En Algérie, le Hirak (le mouvement populaire) continue à rassembler dans la rue, chaque semaine, des milliers et des milliers d’Algériens et d’Algériennes qui veulent faire tomber la dictature militaire et sa complice qu’elle protège, l’oligarchie capitaliste. Notre slogan c’est : Système dégage !

Petit historique
Le 22 février dernier, s’est déroulée l’Insurrection de la Dignité contre le cinquième mandat, le mandat de trop, d’Abdelaziz Bouteflika. Ce n’était que la goutte qui a fait déborder le vase. Après les vingt années de règne du Bouteflikisme, le peuple algérien dénonce les inégalités sociales, l’exploitation capitaliste, les prédations des oligarques. Le tout encadré par un pouvoir autoritaire. C’est la grève générale du 10 mars 2019, une désobéissance civile, qui a précipité le départ de Bouteflika. Le boycott des élections présidentielles du 18 avril et du 4 juillet ont été de grands acquis pour le mouvement populaire.

Composition du mouvement
Trois franges de la société remettent en cause l’ordre établi. D’abord les jeunes, souvent branchés sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) sont pour beaucoup dans la mobilisation. Et des blogueurs défendent les mêmes objectifs que le peuple en colère. Les jeunes sont empêtrés dans la misère sociale, le chômage et la précarité. Puis les femmes qui marchent chaque semaine contre le pouvoir. Ceci malgré une islamisation rampante. Enfin, la classe moyenne (profs, médecins, avocats…) écrasée par la cherté de la vie et mécontente du régime, rejoint les rangs des manifestants. Dès le départ, le Hirak refuse toute forme de structuration, refuse d’être parrainé, récupéré par des partis politiques, par des hommes politiques, par des syndicats. Le pouvoir veut des chefs, des représentants pour obtenir des arrangements, des capitulations, des « décapitations ». Or le Hirak n’a jamais accepté de porte-parole, de mandataires clairement désignés. Sa force est dans son bordel initial !

Les manifestations

Les mardis et les vendredis, jours de manif, le rapport de forces est en notre faveur. Tous les mardis, les étudiants entretiennent la flamme du Hirak. Ils quittent les bancs des amphis pour rejoindre les centres-villes et les manifestations. Les vendredis, les jeunes se réunissent dans les quartiers, fabriquent des pancartes et des banderoles et préparent des slogans contre le pouvoir. Les gens s’auto-organisent dans des comités de quartiers. Les comités de base sont en place dans plusieurs villes.

Les revendications du Hirak
Nos revendications sont claires : Système dégage ! Une partie du Hirak revendique des élections présidentielles dans le cadre de la constitution actuelle. Une autre partie du Hirak appelée Forces de l’Alternative Démocratique appelle à une transition démocratique, l’élection d’une assemblée constituante souveraine et représentative des aspirations démocratiques et sociales de la majorité du peuple algérien. Elles demandent la libération des détenus d’opinion et la levée de toutes les entraves à l’exercice effectif des libertés publiques et syndicales. Le mouvement populaire veut le départ de ce système corrompu, ce pouvoir autoritaire qui protège les riches et affaiblit les pauvres.

La répression

Il y a plus de 200 détenus politiques, emprisonnés depuis le 22 février. Des porteurs du drapeau amazigh (kabyle) ont été arrêtés. Le pouvoir a interpellé des militants et même des chefs de partis politiques (Louisa Hannoun du Parti des Travailleurs, Karim Tabou du Parti de l’Union Social-Démocrate. Le pouvoir tente de verrouiller les champs politiques et médiatiques. Il détient les moyens de la propagande et de la désinformation (Mass medias, appareil judiciaire et même les mosquées).

Perspectives
Le Hirak continue et ne s’affaiblit pas. Nous continuerons par tous les moyens à nous opposer à ce pouvoir corrompu. Le Hirak rejette la mascarade de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, supervisée par Gaid Salah, chef de l’état-major, et appelle à son boycott.

Conclusion
L’Algérie d’après le 22 février ne sera plus jamais la même. Le peuple veut une nouvelle république, sociale et démocratique. Le pouvoir militaire résiste et ne veut pas céder. La caste capitaliste prédatrice et corrompue a peur des travailleurs librement organisés. Le silence des Occidentaux, amis du pouvoir algérien, est complice et hypocrite. En France, vous pouvez briser le mur du silence pour montrer au monde entier que le peuple algérien est opprimé et en quête d’émancipation.
Vive la solidarité internationale des peuples !
Vive le Hirak !
Système dégage !

Teteh Asli, propos recueillis par Gilles Durand.


Article publié le 09 Déc 2019 sur Monde-libertaire.fr