Août 31, 2021
Par CQFD
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Le programme du Grand soulagement est pour l’instant placardé dans l’Est parisien, ainsi qu’à Lyon, Rennes, Biarritz, Nantes et Bordeaux. Peut-il devenir universel ?

« Ce programme a vocation à se répandre, oui. Pas dans un esprit de conquête, mais plutôt comme un souffle, un petit vent frais, qui se glisserait dans les fissures d’un monde en ruine (rires). Sans doute parce qu’il émane d’un inconscient collectif, auquel finalement plus de gens qu’il ne semble aspirent et pourraient adhérer… »

« Le Grand soulagement est un programme de relaxation politique à objectif tendrement insurrectionnel », écrivez-vous. Est-il vraiment possible de concilier « tendresse » et « insurrection » ? Le « remplacement » de Gérald Darmanin par un « bouquet de persil », par exemple, ne passe-t-il pas forcément par la case guillotine ?

« Nous souhaitons avant tout provoquer un élan de douceur. Peut-être qu’une douceur amplifiée, face à l’abjection d’un pion comme Darmanin, peut par contraste se révéler offensive. Pas question de guillotine, donc. L’un des objectifs du Grand soulagement est d’ailleurs de remplacer la peine de mort par des bisous dans le cou. Je ne pense pas pour autant que nous soyons des “bisounours”, cette insulte chère à l’extrême droite qualifiant les gens qui seraient “en dehors des réalités” et ne verraient pas que le monde est à feu et à sang… Une extrême droite qui considère qu’il serait alors naturel de réprimer à coup de LBD 40 des contestataires écolos, de matraquer à mort des gens de “pas-la-bonne-couleur” ou de piétiner Geneviève Legay qui était là où il ne fallait pas, sans doute afin de protéger les honnêtes-citoyens-qui-n’ont-rien-à-se-reprocher, et qui, eux, auraient conscience des réalités…

Pour en revenir à Darmanin, il est possible que des bouquets de persil fleurissent à chacune de ses apparitions. Pourquoi pas ? »


S’agit-il de lâcher prise ou plutôt de reprendre prise ?

« Il s’agit de dériver. Dans l’espace public et politique. De donner à voir et entendre d’autres perspectives que celles imposées et finalement admises – par résignation ou adhésion. De se débarrasser de ce qui nous semble toxique, mais qui pourtant monopolise l’attention. Et de suggérer qu’une dérive serait éminemment bienvenue et surtout : envisageable. »

« Dès les premiers résultats obtenus, vous pourrez développer votre méthode autonome en inventant vos propres gestes apaisants », promettez-vous sur les affiches. C’est donc un programme visant à éradiquer les programmes ? Et une campagne politique visant à éradiquer les campagnes politiques ?

« C’est un programme politique, oui. Concernant les promesses, il n’y en a aucune, nous sommes plutôt pour l’effet boule de neige, ou même l’effet papillon – nous souhaitons secrètement que les gens se réapproprient les pistes évocatrices de ce programme. Peut-être ne sommes-nous pas si loin du “pas de côté” proposé par Gébé avec [sa bande dessinée] L’An 01

Notre campagne, si c’en est une, s’annonce en tout cas comme différente d’une campagne politique classique, bien souvent paternaliste et verticale, se concentrant sur la figure d’une personne, autour de laquelle gravite une masse de croyants et d’opportunistes – pardon, de militants. Il s’agit aussi de détourner ce concept d’extrême droite qu’est le grand remplacement, of course. Nous avons pour objectif, accessoirement, de remplacer le grand remplacement. »

Tu es membre actif de L’Armée noire, groupe d’artistes dynamitant de manière fort punk la poésie, le dessin et la politique [2]. Ce réjouissant contingent boiteux va-t-il rejoindre la campagne lancée en fanfare ?

« À l’écoute de mon petit doigt, je dirais : peut-être. La revue Mon Lapin quotidien [3] est également complice du Grand soulagement.
Si notre campagne prend en premier lieu la forme d’affiches, des actions différentes sont prévues dans les prochains mois. Ce sera au gré des désirs. »

Propos recueillis par Émilien Bernard





Source: Cqfd-journal.org