Octobre 18, 2021
Par Lundi matin
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La pseudo candidature du Z à la présidentielle de 2022 occupe les médias bourgeois et y à déjà remplacé toutes les questions politiques posées par la crise que nous sommes en train de vivre et le scandale du quinquennat Macron.

Pourtant il s’est passĂ© beaucoup de choses ces cinq derniĂšres annĂ©es qu’il s’agirait de mĂ©diter : dĂ©mantĂšlement express des services publics au profit des riches, crise sanitaire mondiale mettant en lumiĂšre l’absurditĂ© d’un systĂšme capitaliste destructeur du vivant, explosion de la violence policiĂšre et disparition de la dĂ©mocratie.

Comment dans un tel bordel comprendre la montĂ©e du Z ?

Une premiĂšre maniĂšre serait de partir du covid19 : la structuration paranoĂŻaque de son discours correspond en tous points Ă  la mĂ©diatisation du virus : Un corps Ă©trangers vient corrompre et pervertir le corps sain, etc. Avec cette stratĂ©gie efficace en politique qui consiste Ă  nourrir la peur en se faisant passer pour la solution et dont le gouvernement s’est rĂ©galĂ© pendant la crise : « ayez peur mais ne vous inquiĂ©tez pas, je vais vous protĂ©ger. Â»

Une autre maniĂšre serait de partir de l’épuisement de la social-dĂ©mocratie : Macron en reprĂ©sentant le pouvoir dans sa puretĂ©, c’est-Ă -dire sans maquillage idĂ©ologique est le terminus de la politique affectivement Ă©puisĂ©e. Et lĂ  Bingo, Zemmour apparaĂźt comme ultime tentative de rĂ©enchantement de la politique classique, mais cette fois sur une variante cauchemardesque.

Enfin, nous pourrions apprĂ©hender le phĂ©nomĂšne Zemmour Ă  partir du phĂ©nomĂšne Coluche : En 1981 aussi l’élection est importante, les conjonctures politiques et Ă©conomiques sont tendues, aujourd’hui encore tout le monde se rappel de l’espoir suscitĂ© par la victoire de Mitterrand et de la gauche aprĂšs 23 ans de contre-rĂ©volutionnaires au gouvernement.

Coluche, humoriste de mĂ©tier bien connu des français se prĂ©sente aux Ă©lections « Comme candidat nul, pour faire voter les non-votants. Â» Il annonce sa candidature depuis le thĂ©Ăątre du gymnase oĂč il donne ses spectacles : sa candidature est officiellement une blague, un spectacle, il dit alors : « les politiciens sont tellement mauvais qu’ils me volent mon mĂ©tier, je vais voler le leur Â». Mais cette blague, on finit par la prendre au sĂ©rieux, « un pour tous, tous pourris Â», Â« voter pour moi, c’est voter contre la politique Â» proclame-t-il et elle devient symbole d’une contestation de la politique.

Un sondage paru le 2 dĂ©cembre 1980 dans le Quotidien de Paris donne au comĂ©dien 10 Ă  12,5% des intentions de vote. Un score qui rappel les 16% du Z dans un sondage Harris Interactive rĂ©alisĂ© pour Challenges et publiĂ© mercredi 13 octobre 2021.

Le 16 Mars 1981 Coluche annonce son retrait : Â« Je prĂ©fĂšre que ma candidature s’arrĂȘte parce qu’elle commence Ă  me gonfler [1] Â». EspĂ©rons que le phĂ©nomĂšne Zemmour se dĂ©gonflera de la mĂȘme maniĂšre (bien que rien ne le laisse prĂ©sager).

En tout cas la comparaison des deux phĂ©nomĂšnes est fructueuse car tout oppose les deux pseudos candidats : Quand Coluche se prĂ©sente avec une queue-de-pie jetĂ©e sur son Ă©ternelle salopette, les cheveux en bataille, une Ă©charpe tricolore sur un fond colorĂ©, le Z s’ancre bien droit les bras croisĂ©s dans un costume noir, le teint gris dans un fond noir. Si Coluche Ă©tait alors connu par la justice pour « outrages Ă  agent de la force publique [2] Â», le Z fut condamnĂ© pour « provocation Ă  la haine raciale Â». Alors que le Z assiste Ă  une manifestation de la police le 19 Mai 2021, Coluche reçoit une menace de mort signĂ©e du groupe Honneur de la Police fustigeant son rĂŽle dans Inspecteur la Bavure. Lorsque Zemmour peut compter sur le soutien de deux banquiers d’affaires passĂ©s chez Rothschild, d’élus du RN Ă  la droite filloniste ou de BollorĂ©, Coluche avait l’appui d’un comitĂ© d’intellectuels conduit par FĂ©lix Guattari, avec parmi eux des sociologues reconnus comme Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze et Alain Touraine.




Alors que Zemmour est reconnu pour ses sorties racistes, sa croisade contre les musulmans, sa misogynie caricaturale, son homophobie, son rĂ©visionnisme, sa haine des communistes, Coluche appelait « les fainĂ©ants, les crasseux, les droguĂ©s, les alcooliques, les pĂ©dĂ©s, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piĂ©tons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques Ă  voter pour moi, Ă  s’inscrire dans leurs mairies et Ă  colporter la nouvelle. Â»


Ainsi Zemmour est l’anti-Coluche, le Coluche de droite, l’envers du Coluche. Cette comparaison ne veut pas dire qu’il ne faut pas prendre le Z au sĂ©rieux, au contraire, il faut voir de quoi il est le signe : Le grand remplacement des passions politiques.

Nous pourrions dire entre 1981 et 2021, « il existe un processus, dĂ©libĂ©rĂ©, de substitution des passions Ă©mancipatrices par des idĂ©es de merde, originaire en premier lieu de la droite et de l’extrĂȘme droite. Ce changement de passion impliquerait un changement de civilisation et ce processus serait soutenu par l’élite politique, intellectuelle et mĂ©diatique europĂ©enne, par idĂ©ologie ou par intĂ©rĂȘt Ă©conomique [3]. Â»

« Si le polĂ©miste lance un dĂ©fi au systĂšme, ce n’est pas pour le rĂ©former ou le transformer, mais pour le ridiculiser Â» dit Christian Salmon dans Slate.fr. Que le clown choisit par les français pour reprĂ©senter le discrĂ©dit du systĂšme politique soit le Z et non pas Akira en dit beaucoup sur l’avancĂ©e des passions fascistes dans notre pays.

La crise politique, Ă©conomique, sociale, Ă©cologique qui discrĂ©dite les systĂšmes du pouvoir est un terreau propice Ă  ce que pullulent les passions fascistes. Oui il y a une guerre des passions pour ce que Gramsci appelait l’hĂ©gĂ©monie culturelle et oui, les fafs sont en train de marquer des points.

En 1981, les capitalistes avaient une utopie socialiste refroidie Ă  refourguer aux masses pour contrecarrer le phĂ©nomĂšne Coluche. Aujourd’hui la social-dĂ©mocratie Ă©limĂ©e et ridiculisĂ©e par Macron arrivera-t-elle Ă  contrebalancer le phĂ©nomĂšne Zemmour ?

Peut-ĂȘtre que seul un projet rĂ©volutionnaire d’organisation des passions est aujourd’hui capable d’endiguer l’arrivĂ©e d’un Z au pouvoir.




Source: Lundi.am