L’entreprise Vinci est souvent dĂ©noncĂ©e sur ses mĂ©thodes d’obtention des marchĂ©s du BTP. Position partisane ou non, il existe des rĂ©cits qui mettent le groupe devant ses contradictions comme : « Les dix casseroles de Vinci, bĂ©tonneur de Notre-Dame-des-Landes Â» [1] – Reporterre, 2015 – ou encore « Le soleil ne se couche jamais sur l’empire Vinci Â» [2] – Le Monde Diplomatique, 2016.

JPEG - 102.7 ko

Pour dĂ©fendre son entreprise, Xavier Huillard, son PDG, comme d’autres dirigeants des filiales du groupe dans lesquelles on retrouve Vinci Autoroute, use de la communication au travers des mĂ©dias afin de la “verdir” et prĂ©senter comme vertueuse, soucieuse des enjeux sociaux et environnementaux. Du greenwashing avec comme vitrine morale au grand public : la fondation Vinci.

DĂ©but juin 2020, dans le Journal du dimanche (JDD), Ă  l’occasion de la reprise Ă©conomique post covid-19, le patron de Vinci explique pourquoi cette reprise passe par le respect de l’environnement [3]. A la question « Vous pouvez aussi construire des routes plus vertes ? Â» – il rĂ©pond : « Nous avons exposĂ© nos idĂ©es Ă  des responsables politiques. Tout ce qui touche aux pistes cyclables leur plaĂźt bien. Nos idĂ©es sur l’infrastructure routiĂšre, beaucoup moins. Pourtant, la route n’est pas le diable. Elle a autant sa place que le ferroviaire dans un plan de relance et sera utilisĂ©e demain par des voitures Ă©lectriques et des camions Ă  hydrogĂšne. Prenez notre chantier du contournement ouest de Strasbourg, qui porte sur 24 kilomĂštres. Nous avons recrĂ©Ă© sur une zone de 1 300 hectares les habitats naturels des 47 espĂšces protĂ©gĂ©es du site, dont le grand hamster d’Alsace. C’est la premiĂšre fois en France que l’on compense quatre fois la surface utilisĂ©e pour une nouvelle infrastructure. Â»

Ce sont des mensonges. Le GCO n’a rien d’une autoroute verte !

L’autoroute de vinci validee contre toute logique environnementale

Aux propos de Xavier Huillard dans le JDD et plus globalement, ceux qui prĂ©sentent les vertus de la multinationale, les opposants au projet de contournement Ouest de Strasbourg dit GCO ou encore ACOS, regroupĂ©s notamment autour du collectif GCO NON MERCI, opposent la rĂ©alitĂ© du terrain, malgrĂ© de jolis panneaux d’information Ă  proximitĂ© des chantiers oĂč l’entreprise dit ĂȘtre soucieuse de l’environnement et de la biodiversitĂ©.

La vĂ©ritĂ© est toute autre :

  • destruction d’habitat d’espĂšces protĂ©gĂ©es ou non.
  • des compensations en-deçà des propos qu’avancent les dirigeants : Ă  peine dix fois moins de surfaces compensĂ©es sur les 1300 hectares Ă©voquĂ©s,
  • un remembrement sur plus de 11 000 hectares (le projet du GCO = 350ha) qui favorise l’agriculture intensive. Pour mĂ©moire, la FDSEA d’abord contre, s’est couchĂ©e avec l’argent de Vinci.
  • pollutions diverses (boue sur des portions de route, huiles, hydrocarbure
)
  • non-respect de la tranquillitĂ© des riverains avec une amplitude des horaires de chantier de 4h Ă  minuit entre juin et septembre (5h / 23h en-dehors de la pĂ©riode estivale),
  • vitesse des engins et ou des vĂ©hicules de services sur les pistes oĂč les conducteurs s’imaginent ĂȘtre sur le Paris-Dakar,
  • non-respect des routes pouvant ĂȘtre empruntĂ©es par les camions, notamment dans les villages,
  • gaspillage de l’eau pour arroser la terre afin de soi-disant limiter les poussiĂšres. Des prĂ©lĂšvements pompĂ©s dans les cours d’eau Ă  proximitĂ© des chantiers, notamment dans la Bruche Ă  Kolbsheim et dans le canal de la Marne au Rhin Ă  Vendenheim. Des millions de litres gaspillĂ©s en pleine alerte sĂ©cheresse sans que la prĂ©fecture intervienne [4].
  • pollution sonore Ă  venir pour les riverains de la future autoroute, malgrĂ© des protections antibruit installĂ©es ci et lĂ . Vinci finance l’obligation lĂ©gale du cahier des charges sur des prĂ©visions d’une autoroute qui n’existe pas.
  • augmentation de la pollution due au trafic routier prĂ©visible au fait que l’autoroute a pour objectif de favoriser les flux de marchandises entre le nord Europe et le sud, transformant l’Alsace en couloir Ă  camions.

    
 mise bout à bout, la liste est longue.
JPEG - 56.5 ko

A cette rĂ©alitĂ©, il est important de rappeler que le projet a Ă©tĂ© validĂ© en 2018 par l’État contre toute logique environnementale. Sept avis dĂ©favorables [5] – deux enquĂȘtes publiques « loi sur l’eau Â» et cinq organismes d’État – pointent les insuffisances du dossier sur les compensations qui ne permettent pas de rĂ©parer les destructions que l’autoroute occasionne. Un dossier bĂąclĂ© dans lequel les avis soulignent la faiblesse des mesures pour rĂ©duire l’impact des nuisances sonores, de prĂ©venir des risques d’inondation dues au ruissellement des eaux de pluies.

Vinci dicte et impose ses cadences

Du cĂŽtĂ© de la prĂ©fecture et des services censĂ©s surveiller les chantiers : « Circulez, il n’y a rien Ă  reprocher aux entreprises qui interviennent Â»â€Š N’oublions pas non plus la participation de la gendarmerie pour Ă©loigner les « nuisibles Â» et autres dĂ©fenseurs de la nature, notamment entre 2016 et 2019, lors des nombreuses actions, d’abord sur les chantiers prĂ©paratoires, puis ensuite sur les chantiers dĂ©finitifs. Une rĂ©pression policiĂšre forte les mois qui ont suivi l’évacuation de la zad du moulin [6] en septembre 2018, comme ici en avril 2019 [7], suivie d’une pression judiciaire pour faire plier les plus radicaux.

Dans sa relation avec l’administration, Vinci dicte et impose ses cadences. Tout est fait pour faciliter l’avancement des travaux. Par exemple, le DĂ©partement ferme des routes sans aucune consultation prĂ©alable avec les maires et quand ceux-ci tentent d’inflĂ©chir les pĂ©riodes de fermeture vis-Ă -vis de leurs administrĂ©s et impacts sur la circulation dans leurs secteurs (saturation des axes secondaires, aggravĂ©e par les travaux), ils/elles ne sont pas entendu(e)s, juste de jolies formules toutes belles pour aller se faire voir ailleurs
 Vinci est roi !

Prouver tout ce qui est constatĂ© (tĂ©moignages de nombreux d’habitants proches des chantiers que reçoit GCO NON MERCI, par exemple) est difficile. Vinci a l’argent et utilise son monde pour dĂ©fendre son univers.

Doit-on se taire pour autant ? La rĂ©ponse est “non !”

Au-dela la lutte
 la lutte continue !

MĂȘme si la parole citoyenne est dure Ă  faire entendre, que les travaux avancent et font mal aux yeux, l’opposition n’est pas vaincue. Quoi qu’il advienne, il y aura toujours Ă  redire sur la route de Vinci, directement ou pas : le dĂ©rĂšglement climatique, la pollution, notamment celle des gaz Ă  effet de serre, le dĂ©ni de dĂ©mocratie, les projets annexes ou connectĂ©s comme la liaison GCO-Entzheim ou encore le projet d’entrepĂŽts Amazon Ă  Dambach-la-Ville, seront autant de sujets qui feront parler de l’opposition au GCO.

Les dirigeants de Vinci savent peut-ĂȘtre manipuler l’opinion publique, mais ils n’en restent pas moins des menteurs. Non, Vinci n’est pas une entreprise soucieuse des enjeux climatiques et sociaux. Non, l’entreprise n’est pas vertueuse
 et non, nous opposants Ă  l’autoroute Ă  pĂ©age de contournement Ouest de Strasbourg, voulue et imposĂ©e par quelques Ă©lus, nous ne rĂ©signerons jamais !

— 

Bruno Dalpra,

Membre de GCO NON MERCI


Article publié le 26 AoĂ»t 2020 sur Manif-est.info