Ils sont soixante parlementaires déguisés en pompiers volontaires réunis dans un « collectif d’élus de tous bords ». Ces politiciens et politiciennes professionnels se mobilisent pour éteindre l’incendie qui couve suite à la « crise » (1) du covid 19. Ils disent vouloir penser dés aujourd’hui le « jour d’après », c’est à dire « un monde plus écologique, plus démocratique, plus solidaire »(2). Leur but non avoué étant, en créant cette consultation nationale qui est une sorte de « Grand Débat Démocratique », d’interdire autant que faire se peut l’initiative du débat et son appropriation aux classes dites « populaires » (mot fourre-tout qui permet généralement de nous exclure d’emblée de leur élite dirigeante).

En effet, ce débat du « jour d’après » risque d’être des plus houleux et peut avoir des conséquences majeures vis à vis du capitalisme néo-libéral et de l’actuelle répartition de l’argent et du pouvoir. L’enjeu pour les gouvernements va donc être de s’adapter au minima aux revendications sociales légitimes des habitant.e.s des différents pays et de réformer ce qui ne sera plus supportable en l’état, afin qu’au fond rien ne change.

Il fallait bien s’attendre à la création rapide de ce type de collectif d’élu.e.s. C’est une aubaine à ne pas manquer pour ces parlementaires de s’inscrire dans cette démarche réformiste. Ils leur faut prendre bien soin de la continuité du pouvoir tel qu’il est, ça leur est vital… Cela leur permet de revaloriser une image actuellement détériorée, avec une crédibilité pour le moins remise en question, et ainsi de relancer une carrière aujourd’hui menacée par les conséquences directes de la prédation néo-libérale qu’ils soutiennent. Nos possibles revendications pour un changement radical de direction ne peut être par eux entendable. Le risque de révélations de leur effroyable pouvoir de nuisance ne doit pas non plus apparaître sur le devant de la scène. Et il leur faut écarter toute menace envers leurs rôle auto-déclaré de leaders et de garant de la démocratie. Car c’est évident, on nous l’affirme depuis toujours, nous sommes trop loin des réalités, trop ignorant.e.s des vrais enjeux, et à jamais trop immatures pour prendre en charge notre avenir commun autrement que par des votes qui les maintiennent chaque fois à leur place.

De la même façon que, « pour notre bien » et pour la garantie de la démocratie (et oui ils osent!), nous sommes aujourd’hui soumis aux lois sécuritaires issues de l’état d’urgence de 2015, nous devrons impérativement nous soumettre aux lois que nous imposeront ces grands démocrates éclairés au non de la « solidarité nationale » et de l’urgence sanitaire. Il nous faudra accepter bon gré mal gré leurs applications et ils nous y aideront à grand renfort de répression armée et de communication « pédagogique ». Pour le moment, et encore unefois « pour notre bien », il nous faut nous soumettre à ce tournant ultra-sécuritaire imposé sans nuances ni souplesse. Mais personne n’est vraiment dupe. Ce tournant est bien parti pour devenir la nouvelle norme sociétale post-confinement, avec l’utilisation décomplexée et à grande échelle de tous les moyens technologiques modernes à ce jour disponibles : géolocalisation, espionnage électronique des méta-données et vols de nos données informatiques, mouchards disséminés par les compteurs de type Linky, surveillance par toutes sortes de caméras, de drones, fichages en tous genres et recoupement des dossiers, etc. Le travail imposé est aussi à l’ordre du jour, avec des nouvelles modifications des lois du travail. Les travailleur.euse.s de différents corps de métiers, dont ceux de soignant.e.s ou d’aides aux personnes dépendantes, mais aussi certain.e.s travailleur.euse.s des usines, de l’agro-alimentaire, de l’énergie, du bâtiment, etc, sont d’office réquisitionnés pour fournir l’effort indispensable, à la continuité du bon fonctionnement de la société d’une part, mais aussi à l’enrichissement de certaines entreprises concernées d’autre part (ou bien pour garantir la bonne livraison des commandes, comme dans l’armement par exemple).

Comme à chaque fois que l’occasion se présente, la trop fameuse stratégie du choc (3) est mise en application et permet de faire passer sans trop de difficultés ce qui d’ordinaire ne serait pas même juste envisageable. L’écran de fumée qu’est la « pédagogie » institutionnelle qui est alors utilisée est une arme redoutable! Il suffit de regarder le bel enthousiasme déployé par les foules qui chaque soir à vingt heures applaudissent le personnel soignant (ces foules applaudissaient de la même façon la police après les attentats de 2015). Ces remerciements à peu de frais répondent parfaitement à l’injonction du gouvernements pour une reconnaissance nationale des formidables efforts et des bien réels sacrifices du personnel soignant. Ils répondent parfaitement à la très hypocrite héroïsation macronienne de ces très courageuses personnes. En parallèle, aucune remise en cause massive n’est exprimée vis à vis du très cruel mépris de ce même gouvernement qui, en même temps qu’il les envoie « au front », ne fait quasiment rien pour les protéger de façon efficace. Il les condamne ainsi au « système d » et au bricolage dans des conditions dramatiquement dangereuses pour leur santé, celles de leurs patient.e.s, et celle de leur entourage. Les nombreuses belles promesses et les applaudissement sont pratiquement les seules mesures d’aide concrètes qui ont vues le jour.
N’oublions pas non plus que c’est aussi ce gouvernement qui longtemps a minimisé la pandémie et qui a maintenu des élections juste avant de confiner tout le monde à grand coup de répressions policières!
Mais pour autant, les gens sont sous le choc : pas de rébellion ni concerts de casseroles pour dire ya basta, mais des applaudissements pour remercier les soignant.e.s!

Approprions nous activement le débat, ne laissons pas ce gang de 60 politicien.ne.s opportunistes étouffer notre colère et notre volonté d’un réel changement du monde ! Crions leur à la face qu’ils ne seront jamais autre chose que les nuisibles prédateurs auxquels nous n’apportons aucune confiance. Réveillons nous de notre torpeur et luttons avant qu’il ne soit trop tard. Soyons actifs et décidons nous même pour nos vies. D’ors et déjà, des collectifs indépendants et parfois informels se mettent en place. Des individu.e.s se mobilisent de façons informelles pour apporter de l’aide aux plus démuni.e.s. Si nous devons prendre soin des uns et des autres en faisant attention à ne pas nous contaminer mutuellement, cela ne nous empêche pas de mettre tout en œuvre pour nous approprier par tous les moyens possibles ce débat du « jour d’après ». Pourquoi dans ces temps confinés ne pas faire succéder aux applaudissement des concerts de casseroles qui exprimeraient notre incrédulité et notre rage envers l’enfumage gouvernemental?
Plein d’autres initiatives sont possibles, et tout est à faire…

Organisons nous et manifestons notre désaccord. Battons nous pour nos libertés dans un monde meilleur que nous allons nous même créer.

Notes :
(1) Le mot « crise » permet à cette catastrophe mondiale d’être plus aisément
considérée comme un simple accident qui fera bientôt parti du passé…
(2) https://www.liberation.fr/france/2020/04/04/soixante-parlementaires-lancent-une-consultation-sur-le-jour-d-apres_1784173
(3) https://www.youtube.com/watch?v=Mm8PZFz9T-E


Article publié le 04 Avr 2020 sur Nantes.indymedia.org