Novembre 21, 2020
Par Tarage Anarcha-féminisme
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Texte de la brochure :

PremiĂšre partie

Le Franc CFA est une monnaie coloniale. CrĂ©Ă©e le 25 dĂ©cembre 1945 par le gĂ©nĂ©ral De Gaulle, elle est utilisĂ©e aujourd’hui dans le but de satisfaire les intĂ©rĂȘts financiers français en Afrique. Son existence lamine la souverainetĂ© des États qui l’utilisent et permet Ă  des institutions comme le Fonds MonĂ©taire International (FMI) de soumettre les populations africaines.

Avant le 25 dĂ©cembre 1945, le franc mĂ©tropolitain circulait dans la majeure partie de l’empire colonial, mĂȘme si l’apparence des billets et des piĂšces diffĂ©rait selon les instituts d’émission. A cette date, le dĂ©cret numĂ©ro 45-0136, signĂ© par le prĂ©sident du gouvernement provisoire, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, le ministre des Finances RenĂ© Pleven et le ministre des Colonies Jacques Soustelle, crĂ©e le franc des Colonies Françaises du Pacifique (CFP) et le franc des Colonies Françaises d’Afrique (CFA). Le franc CFA est dĂ©sormais la monnaie de l’Afrique Occidentale Française (AOF, composĂ©e de la Mauritanie, du SĂ©nĂ©gal, du Soudan français devenu le Mali, de la GuinĂ©e, de la CĂŽte d’Ivoire, du Niger, de la Haute-Volta devenue le Burkina Faso, du Dahomey devenu le BĂ©nin et du Togo), de l’Afrique Équatoriale Française (AEF, composĂ©e du Gabon, du Moyen-Congo devenu RĂ©publique du Congo, de l’Oubangui-Chari devenu RĂ©publique Centrafricaine et du Tchad), du Cameroun, de la CĂŽte française des Somalis devenue Djibouti, de Madagascar et de la RĂ©union.

Le franc CFA voit le jour alors qu’un nouveau systĂšme monĂ©taire international se met en place aprĂšs les accords dits de Bretton Woods, signĂ©s en juillet 1944 par quarante-quatre pays. Ce rĂ©gime consacre l’hĂ©gĂ©monie des États-Unis et donne naissance Ă  de nouvelles institutions supranationales basĂ©es Ă  Washington : le Fonds monĂ©taire international (FMI) et la Banque internationale pour la reconstruction et le dĂ©veloppement (qui deviendra la Banque mondiale). Dans ce systĂšme, toutes les monnaies doivent ĂȘtre inscrites auprĂšs du FMI et ont dĂ©sormais une paritĂ© fixe ajustable vis-Ă -vis du dollar, seule monnaie dĂ©sormais convertible en or. On parle d’un rĂ©gime de « changes fixes Â». Ce 25 dĂ©cembre, le gouvernement français dĂ©clare auprĂšs de l’institution de Bretton Woods la nouvelle paritĂ© du franc avec le dollar : un dollar s’échange dĂ©sormais contre 119,10 francs (contre 49,6 francs auparavant). Le lendemain, le 26 dĂ©cembre, Paris dĂ©clare la paritĂ© du franc CFA soit 1 franc CFA = 1,70 franc français.

Le franc CFA acquiert de cette maniĂšre un statut officiel dans le systĂšme monĂ©taire international. Ce mĂȘme jour, l’AssemblĂ©e constituante française procĂšde Ă  la ratification des accords de Bretton Woods. C’est l’occasion pour le ministre Pleven d’affirmer que la crĂ©ation du franc CFA, qui met donc fin Ă  l’unicitĂ© monĂ©taire entre la mĂ©tropole et ses territoires africains, marque la « fin du pacte colonial Â». Ce nouveau systĂšme, insiste le ministre, rĂ©pond Ă  des considĂ©rations d’équitĂ© de la part d’une mĂ©tropole « montrant sa gĂ©nĂ©rositĂ©, son dĂ©sintĂ©ressement, ne voulant pas imposer Ă  ses filles lointaines les consĂ©quences de sa propre pauvretĂ© Â».

Si la dĂ©valuation du franc mĂ©tropolitain et la crĂ©ation de francs coloniaux pouvaient apparaĂźtre comme des signaux positifs, les principes proclamĂ©s par Pleven Ă©taient loin d’ĂȘtre aussi « gĂ©nĂ©reux » qu’il le disait. Car la paritĂ© du franc CFA avait Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©e sans prise en compte vĂ©ritable des spĂ©cificitĂ©s des diffĂ©rents blocs coloniaux. Or, pendant la guerre, la hausse des prix avait Ă©tĂ© plus importante au sein de l’AOF que dans l’AEF. Si les autoritĂ©s françaises avaient vraiment voulu « tenir compte Ă©quitablement des intĂ©rĂȘts de chaque territoire », elles auraient dĂ» concevoir deux monnaies, l’une pour l’AOF, l’autre pour l’AEF, et leur attribuer Ă  chacune une paritĂ© diffĂ©rente, en adĂ©quation avec leur situation Ă©conomique respective.

CrĂ©ation du ministĂšre français des Finances, le franc CFA a en rĂ©alitĂ© Ă©tĂ© conçu afin de permettre Ă  la France de reprendre le contrĂŽle de ses colonies. Car ces derniĂšres avaient, durant la guerre, diversifiĂ© leurs relations commerciales. Alors que 85 % des exportations de l’AOF et 74 % de celles de l’AEF Ă©taient destinĂ©es Ă  la mĂ©tropole en 1939, ces chiffres avaient chutĂ© pour s’établir en 1945 Ă  56 % pour l’AOF et 47 % pour l’AEF. La part de la mĂ©tropole dans leurs importations Ă©tait tombĂ©e sur la mĂȘme pĂ©riode de 64 % Ă  23 % pour l’AOF et de 45 % Ă  4 % pour l’AEF. Or l’économie française, trĂšs affaiblie, avait besoin pour se relancer de rĂ©cupĂ©rer les parts de marchĂ© ainsi perdues et de sĂ©curiser Ă  nouveau ses approvisionnements en matiĂšres premiĂšres.

Dans ce contexte, un franc CFA surĂ©valuĂ© Ă©tait intĂ©ressant pour Paris. Puisque sa valeur Ă©tait plus Ă©levĂ©e que celle du franc mĂ©tropolitain, il permettait de rendre meilleur marchĂ© les produits de la mĂ©tropole. Cela allait par consĂ©quent inciter les colonies Ă  augmenter leurs importations en provenance de la mĂ©tropole. Loin de marquer la fin du « pacte colonial », la naissance du franc CFA permet donc de rĂ©tablir des relations commerciales trĂšs avantageuses pour la France. La crĂ©ation de cette nouvelle monnaie consacre aussi l’institutionnalisation d’un « principe d’automaticitĂ© » : les territoires colonisĂ©s voient leurs monnaies arrimĂ©es fixement Ă  celle de la mĂ©tropole, sont privĂ©s de la possibilitĂ© de rĂ©ajuster la paritĂ© de ces derniĂšres et sont obligĂ©s de subir passivement les dĂ©cisions unilatĂ©rales de la mĂ©tropole qui modifie la valeur externe de sa propre monnaie selon ses besoins.

Les « territoires d’outre-mer Â» vont ainsi faire les frais de l’instabilitĂ© du franc mĂ©tropolitain. Le 26 janvier 1948, ce dernier est l’objet d’une dĂ©valuation de 44 %. Le franc CFA s’ajuste dans les mĂȘmes proportions. Le 17 octobre 1948, nouvelle dĂ©valuation du franc mĂ©tropolitain, mais cette fois les autoritĂ©s françaises dĂ©cident de changer la paritĂ© du franc CFA : 1 franc CFA s’échange dĂ©sormais contre 2 francs mĂ©tropolitains. Lors de la crĂ©ation du « nouveau franc Â», dit « franc lourd Â», le 27 dĂ©cembre 1958, la paritĂ© du franc CFA est maintenue. Par la suite, entre 1958 et 1986, la monnaie française sera dĂ©valuĂ©e Ă  quatre reprises, ce qui se rĂ©percutera Ă  chaque fois sur les territoires utilisant le franc CFA.

Lors de la sĂ©ance parlementaire du 21 juin 1949, Sourou-Migan Apithy, futur prĂ©sident de la RĂ©publique du Dahomey (actuel BĂ©nin), dĂ©plore l’absence d’autonomie du franc CFA : « Le franc CFA n’est pas une monnaie autonome, mais un multiple du franc mĂ©tropolitain, comme le dĂ©calitre est un multiple du litre Â», dĂ©clara-t-il, en allusion au fait que le franc CFA Ă©tait alors plus fort que le franc. « L’histoire du franc CFA [
] est la plus belle illustration du renforcement du pacte colonial Â», soutient pour sa part Gabriel Lisette, fondateur du Parti progressiste tchadien. Quant au sĂ©nĂ©galais Lamine GuĂšye, dĂ©putĂ© de la Section Française de l’Internationale OuvriĂšre (SFIO) et futur prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale du SĂ©nĂ©gal, il en profite pour dĂ©noncer sans dĂ©tour l’hypocrisie de l’Union française qui proclamait sur le papier l’égalitĂ© des droits et des devoirs, mais qui ne reconnaissait en pratique aux populations d’outre-mer « que des devoirs et aucune espĂšce de droits Â».

Pour les territoires colonisĂ©s, les devoirs consistent « Ă  produire beaucoup, Ă  produire au-delĂ  de leurs besoins propres, Ă  produire au dĂ©triment de leurs intĂ©rĂȘts les plus immĂ©diats, afin de permettre Ă  la mĂ©tropole de connaĂźtre un sort meilleur et un ravitaillement mieux assurĂ© Â». Les mĂȘmes territoires ont aussi le devoir de « vendre leurs produits au-dessous des cours mondiaux quand ils avaient la possibilitĂ© de vendre Ă  ces cours Â», d’« acheter au-dessus des cours mondiaux quand il Ă©tait possible de faire autrement Â» et, pour couronner le tout, de « ne pas prĂ©tendre utiliser les devises provenant de nos produits Â». La France, tout en gardant le contrĂŽle, procĂ©da seulement Ă  quelques amĂ©nagements durant les annĂ©es suivantes.

Les institutions d’émission devinrent des organismes publics : en 1955 furent crĂ©Ă©s un Institut d’émission de l’Afrique Ă©quatoriale française et du Cameroun et un Institut d’émission de l’Afrique occidentale française et du Togo. En 1959, ces deux Instituts furent remplacĂ©s respectivement par la Banque Centrale des États de l’Afrique Équatoriale et du Cameroun (BCEAEC) et la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), placĂ©es sous tutelle du TrĂ©sor français et avec leur siĂšge Ă  Paris1.

Le gouvernement français intervient dĂšs lors Ă  travers le TrĂ©sor français, qui dĂ©pend du ministĂšre français des Finances. Il apporte sa garantie de convertibilitĂ© et gĂšre les « comptes d’opĂ©rations Â» des banques centrales africaines qui sont, de fait, placĂ©es sous sa tutelle. La Banque de France, elle, est le banquier du TrĂ©sor français. Elle s’occupe de la gestion de ses comptes, dont les comptes d’opĂ©rations. Elle est Ă©galement l’une des correspondantes de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), de la Banque des États d’Afrique Centrale (BEAC) et de la Banque Centrale des Comores (BCC). Cela signifie que ces derniĂšres disposent auprĂšs d’elle de comptes – diffĂ©rents des comptes d’opĂ©rations – qui fonctionnent comme des comptes bancaires ordinaires.

Si la BEAC veut adresser, par exemple, un virement en euros Ă  un opĂ©rateur en France, elle donne l’ordre Ă  sa correspondante sur place, la Banque de France, d’effectuer cette transaction. C’est Ă  travers le systĂšme des correspondants que les banques centrales gĂšrent leurs relations financiĂšres extĂ©rieures. La BEAC, la BCEAO et la BCC sont chargĂ©es d’émettre la monnaie et d’assurer la stabilitĂ© monĂ©taire et financiĂšre de leur zone. Elles supervisent le systĂšme bancaire. La BCEAO et la BEAC disposent d’agences nationales dans chacun de leurs pays membres. Ce sont des succursales qui facilitent la circulation des billets et piĂšces, l’exĂ©cution des paiements et le suivi-Ă©valuation de l’activitĂ© Ă©conomique.

En vertu des accords monĂ©taires, elles doivent dĂ©poser 50 % de leurs rĂ©serves de change auprĂšs du TrĂ©sor français. Elles placent comme elles veulent les 50 % restants, mais on constate qu’elles les utilisent souvent pour acheter des titres de dette libellĂ©s en euros (cas de la BEAC notamment) ou les rĂ©investissent en obligations du TrĂ©sor français ou en titres français. Un objectif majeur est assignĂ© Ă  ces trois institutions : maintenir la paritĂ© fixe des francs CFA et comorien vis-Ă -vis de l’euro. Dans ce but, elles doivent toujours possĂ©der suffisamment de rĂ©serves de change afin de rĂ©pondre Ă  toutes les demandes de conversion de francs CFA et comorien en devises. Soulignons que si la BEAC, la BCEAO et la BCC sont des institutions multinationales, elles apparaissent plutĂŽt « franco-africaines Â» : des reprĂ©sentants français siĂšgent au sein de leur conseil d’administration et de leur comitĂ© de politique monĂ©taire, l’organe chargĂ© de dĂ©finir leur politique monĂ©taire. Cette configuration ne connaĂźt pas d’équivalent : aucun ressortissant non EuropĂ©en ne siĂšge statutairement, par exemple, Ă  la Banque centrale europĂ©enne, ni aucun citoyen non AmĂ©ricain Ă  la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine.

Comme la centralisation des rĂ©serves de change, cette reprĂ©sentation française est une contrepartie de la garantie de convertibilitĂ© du TrĂ©sor. Elle permet au gouvernement français d’exercer un droit de regard sur l’usage des avoirs extĂ©rieurs des trois banques centrales et sur leur politique monĂ©taire. Aucune dĂ©cision majeure ne peut ĂȘtre prise sans son consentement. Autres acteurs importants de l’ensemble du systĂšme : les banques commerciales. Les banques centrales mettent Ă  leur disposition les billets et les piĂšces de monnaie fabriquĂ©s en France. Comme dans n’importe quel autre systĂšme bancaire moderne, ce sont ces banques commerciales, dites aussi « de second rang », qui crĂ©ent de la monnaie Ă  travers les crĂ©dits qu’elles accordent Ă  leurs clients (États, entreprises, mĂ©nages). Elles crĂ©ent de la monnaie – augmentent les moyens de paiement dans l’économie â€“ quand elles accordent un prĂȘt et elles en « dĂ©truisent Â» – diminuent les moyens de paiement â€“ quand elles reçoivent les remboursements de ces prĂȘts. Derniers intervenants dans le systĂšme CFA : les gouvernements africains. Ils agissent, dans le cas de l’Union Économique et MonĂ©taire Ouest-Africaine (UEMOA) et de la CommunautĂ© Économique et MonĂ©taire de l’Afrique Centrale (CEMAC), Ă  travers la ConfĂ©rence des chefs d’État et de gouvernement et la ConfĂ©rence des ministres2.

C’est en GuinĂ©e que la France est confrontĂ©e une premiĂšre fois Ă  un acte de rĂ©sistance Ă  propos du franc CFA et elle va y rĂ©pondre de maniĂšre violente. Tout commence le 25 aoĂ»t 1958. Ce jour-lĂ , le chef de l’État français, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, atterrit Ă  Conakry, capitale de la GuinĂ©e. Il est lĂ  pour dĂ©fendre le projet de CommunautĂ© qu’il propose aux territoires africains administrĂ©s par la France et qui doit ĂȘtre soumis le 28 septembre par rĂ©fĂ©rendum aux citoyens de chacun des pays concernĂ©s : ils devront choisir entre intĂ©grer la CommunautĂ© (« Oui Â») ou devenir indĂ©pendants (« Non Â»). Les autoritĂ©s françaises ont fait comprendre Ă  leurs interlocuteurs que l’indĂ©pendance entraĂźnerait la fin de toute coopĂ©ration avec la France.

À Conakry, le gĂ©nĂ©ral est accueilli par Ahmed SĂ©kou TourĂ©, dĂ©putĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale française, maire de Conakry, vice-prĂ©sident du conseil de gouvernement guinĂ©en. Cet ancien responsable syndical n’est pas antifrançais. Mais il n’apprĂ©cie pas le chantage Ă  l’aide au dĂ©veloppement que semble vouloir exercer le chef de l’État français. Prenant de Gaulle Ă  partie devant ses concitoyens, SĂ©kou TourĂ© tient un langage sans Ă©quivoque : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais Ă  notre droit lĂ©gitime et naturel Ă  l’indĂ©pendance Â», dit-il. Il ajoute : « Nous prĂ©fĂ©rons la pauvretĂ© dans la libertĂ© Ă  la richesse dans l’esclavage. Â» Ces propos heurtent le prĂ©sident français qui « reçoit tout cela comme une insulte Â», d’aprĂšs l’ancien Haut-commissaire de l’AOF Pierre Messmer.

SĂ©kou TourĂ© n’a pas l’intention de rompre complĂštement avec la France. Quelques jours avant le rĂ©fĂ©rendum, il tient Ă  rassurer les entreprises Ă©trangĂšres prĂ©sentes en GuinĂ©e, dont le secteur agricole est l’un des plus performants d’Afrique de l’Ouest, et qui dispose d’énormes ressources miniĂšres et d’un potentiel hydro-Ă©lectrique exceptionnel : « Notre ardent dĂ©sir est de demeurer dans la zone franc », dit-il, promettant que le transfert des capitaux entre la France et la GuinĂ©e restera libre. Le jour du rĂ©fĂ©rendum, le 28 septembre 1958, le franc CFA est une, sinon la prĂ©occupation majeure des autoritĂ©s françaises. PersuadĂ©es que la GuinĂ©e va choisir l’indĂ©pendance et craignant qu’elle se serve dans la foulĂ©e des rĂ©serves monĂ©taires de l’agence de la BCEAO de Conakry, elles ordonnent Ă  l’armĂ©e française d’évacuer discrĂštement cet argent du pays, ce qui est fait par voie maritime au cours de cette mĂȘme journĂ©e du 28. Le rĂ©sultat du rĂ©fĂ©rendum est sans appel : comme l’avait anticipĂ© Paris, la GuinĂ©e rejette Ă  95 % l’idĂ©e de faire partie de la CommunautĂ©. Parmi les territoires consultĂ©s, c’est le seul Ă  choisir cette option.

Le nouvel État est rapidement reconnu par le Ghana de Kwame Nkrumah, indĂ©pendant depuis un an, par l’Union soviĂ©tique et par l’Égypte. La France, elle, ne le reconnaĂźt qu’en janvier 1959. Entre-temps, elle a rapatriĂ© tout son personnel, supprimĂ© ses aides budgĂ©taires et mis fin au paiement des pensions des vingt mille anciens combattants guinĂ©ens qui se sont battus pour la France. Bien que SĂ©kou TourĂ© se tourne vers de nouveaux partenaires, dont l’Union SoviĂ©tique, la GuinĂ©e reste membre de la zone franc. Pendant plusieurs mois, GuinĂ©ens et Français tentent de trouver un accord sur la question monĂ©taire. Les premiers, SĂ©kou TourĂ© en tĂȘte, veulent crĂ©er une monnaie nationale tout en restant dans la zone franc, mais sans avoir Ă  en respecter les rĂšgles « humiliantes Â».

Finalement, Paris refusant d’assouplir les rĂšgles du dispositif franc CFA, la GuinĂ©e crĂ©e le 1er mars 1960, avec l’aide d’experts Ă©trangers, la Banque de la RĂ©publique de GuinĂ©e (BRG), et lance sa propre monnaie, le franc guinĂ©en, tout en quittant la zone franc. Au passage, les autoritĂ©s, qui ont prĂ©parĂ© secrĂštement cette opĂ©ration, font ce que les Français avaient redoutĂ© en 1958 : elles saisissent les rĂ©serves de l’agence de la BCEAO Ă  Conakry, estimant qu’elles leur appartiennent. Cette mesure marque le dĂ©but d’un long contentieux entre la GuinĂ©e, d’une part, et la France et les États membres de la BCEAO, d’autre part. Pour Paris, c’en est trop. Au cours des mois suivants, la France fait tout afin d’isoler et de dĂ©stabiliser la GuinĂ©e, et de rendre SĂ©kou TourĂ© « vulnĂ©rable Â» et « impopulaire Â». À la manƓuvre : Jacques Foccart, Pierre Messmer et le Service de Documentation ExtĂ©rieure et de Contre-Espionnage (SDECE, actuelle DGSE), qui bĂ©nĂ©ficient de la complicitĂ© active des prĂ©sidents sĂ©nĂ©galais et ivoiriens, LĂ©opold SĂ©dar Senghor et FĂ©lix HouphouĂ«t‑Boigny.

Comme le racontera quelques dĂ©cennies plus tard Maurice Robert, chef de poste Ă  Dakar puis « directeur Afrique Â» du SDECE, les Français lancent des opĂ©rations armĂ©es, constituant des maquis d’opposition « pour qu’ils dĂ©veloppent un climat d’insĂ©curitĂ© et, si possible, qu’ils renversent SĂ©kou TourĂ© Â». Le SDECE met aussi sur pied des attaques Ă©conomiques. L’une d’entre elles, qui entre dans le cadre d’une opĂ©ration de dĂ©stabilisation baptisĂ©e « Persil Â», est particuliĂšrement perverse : elle consiste Ă  fabriquer en France, dans les imprimeries du SDECE, de faux billets de banque guinĂ©ens et Ă  les Ă©couler en masse dans le pays. RĂ©sultat, l’économie s’écroule. « Cette opĂ©ration a Ă©tĂ© une vĂ©ritable rĂ©ussite et l’économie guinĂ©enne, dĂ©jĂ  bien malade, a eu du mal Ă  s’en remettre ! Â» triomphe Maurice Robert.

D’aprĂšs lui, l’opĂ©ration Persil a Ă©tĂ© conçue par le patron du SDECE, le gĂ©nĂ©ral Paul Grossin : « C’est en tout cas lui qui m’avait donnĂ© les instructions et prĂ©cisions nĂ©cessaires Ă  son application », Ă©crit-il. Il affirme aussi qu’il n’était pas question de « punir SĂ©kou TourĂ© de l’affront fait Ă  la France Â», mais d’« empĂȘcher Â» les pays de l’Est, « intĂ©ressĂ©s par les ressources miniĂšres de la GuinĂ©e Â», d’exploiter « une tĂȘte de pont pouvant servir Ă  la diffusion de la subversion Â». En 1962, le Premier ministre français, Georges Pompidou, explique de son cĂŽtĂ© Ă  ses ministres qui craignent de voir les autres pays africains de la zone franc revendiquer Ă  leur tour une monnaie nationale : « Laissons se dĂ©rouler l’expĂ©rience de SĂ©kou TourĂ©. Beaucoup d’Africains commencent Ă  sentir que la politique guinĂ©enne est suicidaire et contraire aux intĂ©rĂȘts de toute l’Afrique Â».

Les relations diplomatiques entre la GuinĂ©e et la France sont rompues en novembre 1965. Elles ne seront rĂ©tablies que le 14 juillet 1975, aprĂšs la mort du gĂ©nĂ©ral De Gaulle et de son successeur, Georges Pompidou, et avec la mise Ă  l’écart de Jacques Foccart. Bien que l’opĂ©ration « Persil », conjuguĂ©e Ă  d’autres facteurs, ait abouti Ă  une forte dĂ©prĂ©ciation du franc guinĂ©en et Ă  d’importantes hausses de prix des produits de base, la GuinĂ©e gardera sa monnaie (qui porte le nom de syli entre 1972 et 1986). Elle restera hors de la zone franc et son Ă©conomie demeure encore aujourd’hui trĂšs fragile3.

Jusqu’à la fin de la guerre froide, le Franc CFA fut utilisĂ© par la France ainsi que les Etats-Unis (Ă  travers le FMI et la Banque Mondiale) comme un outil de contrĂŽle et de chantage Ă  destination des pays africains. Les annĂ©es Ă  venir verront cette monnaie consolider les intĂ©rĂȘts d’entreprises françaises comme Orange, BollorĂ©, Bouygues, Total ou Areva tout en condamnant les populations africaines Ă  une pauvretĂ© toujours plus intense. Nous verrons dans le papier suivant qu’elle permet Ă  l’Union EuropĂ©enne de maintenir sous son joug encore davantage ses « possessions coloniales Â» pas vraiment anciennes.

Seconde partie

Nous avons vu dans [la premiĂšre partie] comment la « guerre froide Â» fut un prĂ©texte trĂšs utile pour maintenir les pays de l’ancienne « Afrique française Â» coincĂ©e dans le carcan monĂ©taire du Franc CFA. IndexĂ©e sur le cours de l’euro, cette devise permet Ă  la France de pomper l’ensemble des matiĂšres premiĂšres et des richesses de ses « anciennes Â» colonies. Bien que huit États de la zone CFA comptent adopter une nouvelle monnaie baptisĂ©e « Eco Â» d’ici 2020, peu de garanties nous permettant de croire que va cesser cette « ingĂ©rence Â» nous sont prĂ©sentĂ©es.

L’« africanisation Â» des institutions de la zone franc lancĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1970 n’a pas Ă©tĂ© complĂšte : la France siĂšge toujours au sein des instances des trois banques centrales de Dakar, YaoundĂ© et Moroni. Au sein des conseils d’administration de ces trois institutions, elle dispose du mĂȘme nombre de reprĂ©sentants et de voix que chaque État membre des espaces monĂ©taires concernĂ©s. Les dĂ©cisions se prennent Ă  la majoritĂ© simple des voix, sauf celles concernant la modification des statuts de la BCEAO et de la BEAC qui doivent ĂȘtre prises Ă  l’unanimitĂ© par les administrateurs. Cela signifie que la France a un droit de veto implicite sur les questions essentielles.

L’architecture institutionnelle des deux unions monĂ©taires est chapeautĂ©e par une ConfĂ©rence des chefs d’État et de gouvernement et par un Conseil des ministres. La premiĂšre se rĂ©unit annuellement afin de dĂ©cider, entre autres, des entrĂ©es et sorties de membres de son union monĂ©taire. Dans le cas de l’Union MonĂ©taire Ouest‑Africaine (UMOA), elle tranche les questions qui n’ont pas fait consensus au sein du Conseil des ministres. Cependant, les compĂ©tences dĂ©volues Ă  ces organes sont souvent honorifiques : c’est l’État français, en tant que garant de la convertibilitĂ© des francs CFA, qui continue de donner le « la Â». Paris a ainsi bloquĂ© pendant plusieurs annĂ©es la rĂ©intĂ©gration du Mali au sein de l’UMOA : elle n’est intervenue qu’en 1984, alors que Bamako en avait fait la demande depuis 1967.

De mĂȘme, la GuinĂ©e-Bissau n’a pu rejoindre l’UMOA qu’en 1997, aprĂšs avoir essuyĂ© le refus des autoritĂ©s françaises pendant plus de dix ans. Selon Paris, ces deux pays ne donnaient pas suffisamment de « gages de stabilitĂ© macroĂ©conomique Â» (les taux d’inflation, de dĂ©ficit public et d’endettement extĂ©rieur de la GuinĂ©e-Bissau par exemple s’écartaient des normes observĂ©es dans les États de la zone franc)4. Tout en maintenant un fort ancrage au sein des instances africaines de la zone franc et au-delĂ , Paris prend toutes les grandes dĂ©cisions concernant les francs CFA et comorien, souvent sans mĂȘme informer au prĂ©alable les États concernĂ©s.

Cela fut le cas, Ă  la veille des indĂ©pendances, lors de la dĂ©valuation de dĂ©cembre 1958 du franc français, et lors de celle d’aoĂ»t 1969. Ces dĂ©cisions unilatĂ©rales ont obligĂ© les pays africains Ă  s’ajuster, afin de maintenir la paritĂ© avec le franc français, et ont eu des rĂ©percussions nĂ©gatives pour eux, dont une hausse du coĂ»t de la vie, surtout en ville, et un renchĂ©rissement de la dette extĂ©rieure. En 1994 se joua un scĂ©nario semblable, avec des consĂ©quences plus dramatiques encore : contre l’avis de la majoritĂ© des dirigeants africains, la France dĂ©cida de dĂ©valuer de 50 % les francs CFA. L’histoire de cet Ă©vĂ©nement, qui provoqua une onde de choc sans prĂ©cĂ©dent dans la zone franc, montre comment les autoritĂ©s françaises ont pris l’habitude de fonctionner.

Tout commence au dĂ©but des annĂ©es 1980 avec la hausse des taux d’intĂ©rĂȘt au niveau mondial, la chute des cours des matiĂšres premiĂšres et la crise internationale de la dette qui s’ensuit. Les pays de la zone franc sont durement touchĂ©s. TrĂšs vite, on assiste mĂȘme Ă  la descente aux enfers de ses poids lourds, le Cameroun et la CĂŽte d’Ivoire. Le FMI, qui a dĂ©jĂ  accordĂ© des prĂȘts Ă  plusieurs pays et ne voit pas venir les remboursements, exige alors un « ajustement rĂ©el Â», c’est-Ă -dire une compression de la demande intĂ©rieure via une baisse des dĂ©penses publiques et des importations afin de ramener Ă  l’équilibre les comptes publics et le solde extĂ©rieur. Il souhaite l’accompagner d’un « ajustement monĂ©taire Â» qui doit se concrĂ©tiser par une dĂ©valuation des francs CFA. Du point de vue du FMI, il ne s’agit pas seulement de rĂ©cupĂ©rer ses fonds, mais aussi d’installer les conditions nĂ©cessaires Ă  l’imposition de son dogme nĂ©olibĂ©ral, en plein triomphe depuis la chute du bloc soviĂ©tique en 1991.

La France refuse cette seconde mesure : elle craint de toucher Ă  un symbole prĂ©cieux de la coopĂ©ration monĂ©taire franco-africaine. Elle veut un ajustement rĂ©el et rien d’autre. Mais sa politique intĂ©rieure va compliquer les choses. Le gouvernement socialiste de François Mitterrand, Ă©lu en 1981, a en effet optĂ© pour une stratĂ©gie de « dĂ©sinflation compĂ©titive Â» : ayant Ă©chouĂ© une premiĂšre fois Ă  relancer l’économie française, il veut recouvrer un regain de compĂ©titivitĂ©-prix en rĂ©duisant l’écart d’inflation avec les pays concurrents. Exsangues et rattrapĂ©s par leurs erreurs de gestion passĂ©es, les États de la zone franc sont obligĂ©s de baisser les prix garantis aux producteurs agricoles, les dĂ©penses sociales et d’investissement. Face au plafonnement du crĂ©dit intĂ©rieur, ils accumulent les arriĂ©rĂ©s de paiement intĂ©rieurs et laissent filer la dette extĂ©rieure. En 1991, Ă  l’exception du Burkina Faso et du Tchad, tous les pays de l’espace franc CFA prĂ©sentent un ratio d’endettement extĂ©rieur dĂ©passant 100 % du PIB : plus de 600 % en GuinĂ©e Ă©quatoriale et au Congo, plus de 300 % en CĂŽte d’Ivoire, plus de 200 % au Gabon, au Mali et au Cameroun. Au mĂȘme moment, les investisseurs Ă©trangers, profitant de la libre convertibilitĂ© du franc CFA et du libre transfert des capitaux, rapatrient massivement leurs profits et dĂ©sinvestissent lourdement.

Les dirigeants africains ne veulent pas d’une dĂ©valuation : ils en redoutent les consĂ©quences Ă©conomiques, sociales et politiques. Car elle aura pour effet d’augmenter les prix des importations de biens et aliments, dont leurs pays sont de grands consommateurs, et donc les prix intĂ©rieurs. Le pouvoir d’achat va donc baisser, surtout en milieu urbain. Le risque est alors de voir Ă©merger des tensions sociales, susceptibles de dĂ©stabiliser politiquement les pouvoirs en place. Autre consĂ©quence inĂ©vitable : leurs dettes extĂ©rieures Ă©tant libellĂ©es en monnaies Ă©trangĂšres, leur montant va s’alourdir. En ce qui concerne les pays exportant principalement des produits primaires dont les prix sont fixĂ©s Ă  l’étranger, les bĂ©nĂ©fices sont loin d’ĂȘtre assurĂ©s.

Au dĂ©but des annĂ©es 1990, la situation ne s’amĂ©liorant pas, le FMI revient Ă  la charge avec son projet de dĂ©valuation. Il va trouver les relais nĂ©cessaires pour le voir se rĂ©aliser, entre autres grĂące Ă  son directeur, Michel Camdessus, ancien directeur du TrĂ©sor et gouverneur de la Banque de France. Afin de se faire entendre, le FMI pratique un chantage : fin 1991, il refuse de continuer Ă  prĂȘter de l’argent Ă  la CĂŽte d’Ivoire, lui offrant deux options. Soit elle rembourse les dettes qu’elle a contractĂ©es auprĂšs du Fonds monĂ©taire, soit elle accepte l’idĂ©e d’une dĂ©valuation. Faute de quoi, le pays sera dĂ©clarĂ© off-track, c’est-Ă -dire suspendu des programmes de prĂȘts des deux institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale. En 1992, la rumeur d’une dĂ©valuation prochaine se rĂ©pand, aggravant les fuites des capitaux. C’est la panique chez les dirigeants africains qui ne sont tenus au courant de rien par Paris. Le 31 juillet, FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny, Omar Bongo, Blaise CompaorĂ© et Abdou Diouf, respectivement prĂ©sidents ivoirien, gabonais, burkinabĂ© et sĂ©nĂ©galais se rendent en catastrophe Ă  l’ÉlysĂ©e. Ils demandent Ă  François Mitterrand d’intervenir afin d’empĂȘcher la dĂ©valuation. Leur hĂŽte français les rassure
 alors que la dĂ©cision de dĂ©valuer est dĂ©jĂ  prise !

Un changement de majoritĂ© politique en France va aider Ă  concrĂ©tiser le projet. En mars 1993, Édouard Balladur, partisan d’une politique libĂ©rale, est nommĂ© Premier ministre. Il nomme dans son cabinet une cadre du TrĂ©sor, Anne Le Lorier, qui a dĂ©jĂ  travaillĂ© avec lui lorsqu’il Ă©tait ministre de l’Économie. C’est elle qui va piloter l’opĂ©ration de dĂ©valuation en lien avec un petit groupe de hauts cadres français, le FMI et la Banque mondiale. Le 2 aoĂ»t 1993, l’affaire se prĂ©cise : les autoritĂ©s monĂ©taires de la zone franc suspendent les rachats des billets CFA en dehors de la zone franc. Peu aprĂšs, la BEAC dĂ©cide de ne plus assurer la convertibilitĂ© de ses billets de francs CFA dĂ©tenus dans l’UMOA. La BCEAO fait de mĂȘme concernant ses billets se trouvant au sein de la CEMAC. Les billets de francs CFA des deux zones ne peuvent donc plus s’échanger directement entre eux, il faut dĂ©sormais passer par la « monnaie d’ancrage Â», c’est-Ă -dire le franc français.

Au mĂȘme moment, le ton de Paris Ă  l’égard de ses « partenaires Â» africains change radicalement. Le 16 septembre, Édouard Balladur annonce par Ă©crit aux chefs d’État que la France ne consentira plus d’avances aux pays qui n’auront pas conclu un accord avec le FMI et la Banque mondiale. Le mĂȘme message est dĂ©livrĂ© quelques jours plus tard par Edmond AlphandĂ©ry, ministre français de l’Économie, lors d’une rĂ©union des ministres des Finances de la zone franc Ă  Abidjan. Cette nouvelle politique, appelĂ©e « doctrine d’Abidjan Â» ou « doctrine Balladur Â», fait de la dĂ©valuation un passage obligĂ©, puisque le FMI ne veut traiter qu’avec les États ayant acceptĂ© le principe d’une dĂ©valuation.

Le dernier acte de cette Ă©trange saga se dĂ©roule en janvier 1994 Ă  Dakar. Officiellement, les reprĂ©sentants des pays de la zone franc, dont dix chefs d’État, y sont rĂ©unis pour dĂ©cider du sort de la compagnie aĂ©rienne panafricaine Air Afrique qui traverse une grave crise. En rĂ©alitĂ©, ils parlementent pendant des heures Ă  propos de la dĂ©valuation, qu’ils veulent toujours Ă©viter, avec des cadres du TrĂ©sor français, dont son directeur Christian Noyer, le ministre français de la « CoopĂ©ration Â» Michel Roussin, le directeur gĂ©nĂ©ral du FMI Michel Camdessus et une responsable de la Banque mondiale, Katherine Marshall. AprĂšs dix-sept heures d’un huis clos trĂšs tendu, les dirigeants africains jettent l’éponge et, le soir du 11 janvier, Ă  20 h 50, le ministre camerounais des Finances, Antoine Ntsimi, encadrĂ© par Michel Roussin et Michel Camdessus, annonce aux mĂ©dias qu’à partir du 12 janvier Ă  0 heure, un franc CFA vaudra 0,01 franc français, contre 0,02 auparavant5.

En 1970, le Conseil Ă©conomique et social français dresse, dans un rapport, la liste des « avantages incontestables pour la France Â» du maintien de la zone franc. Il relĂšve que les pays africains de la zone franc apportent Ă  l’Hexagone de plus en plus de devises dont une partie sert Ă  rĂ©gler leur dĂ©ficit commercial vis-Ă -vis de l’économie française. Autre aspect bĂ©nĂ©fique pour l’État français : « Les pays d’outre-mer restent pour les exportations françaises sinon des « marchĂ©s privilĂ©giĂ©s Â», du moins des dĂ©bouchĂ©s Ă  la fois importants et stables Â». Enfin, le systĂšme CFA « s’est rĂ©vĂ©lĂ© intĂ©ressant car la libertĂ© des transferts apporte une garantie aux intĂ©rĂȘts français en Afrique Â» et il permet Ă  la France « d’acheter des matiĂšres premiĂšres en francs français Â». PrĂšs de cinquante ans aprĂšs ce diagnostic, la situation n’a guĂšre changĂ©.

Contrairement aux affirmations selon lesquelles il participerait dĂ©sormais « Ă  la politique d’aide au dĂ©veloppement de la France Â», le franc CFA poursuit en effet sa mission d’origine consistant Ă  travailler, avant tout, au service des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques français. Cela n’a rien d’étonnant puisque, conçu dans cet objectif, il n’a jamais Ă©tĂ© soumis Ă  des modifications de fond depuis sa naissance. Deux acteurs en sont toujours les grands bĂ©nĂ©ficiaires : l’État et les multinationales françaises, dont les intĂ©rĂȘts sont entremĂȘlĂ©s. Comme autrefois, le franc CFA donne Ă  la France un accĂšs privilĂ©giĂ© et aisĂ© Ă  des ressources agricoles, forestiĂšres, miniĂšres et Ă©nergĂ©tiques : le mĂ©canisme du compte d’opĂ©rations lui permet d’acquĂ©rir en zone franc ces matiĂšres premiĂšres dans sa propre monnaie. Ce systĂšme amĂšne donc les pays africains Ă  concĂ©der Ă  la France des facilitĂ©s relativement Ă©largies sur leurs propres ressources.

GrĂące au dispositif franc CFA, la France reste l’un des premiers crĂ©anciers des États de la zone, ce qui est aussi avantageux : sur chaque prĂȘt qu’elle accorde, elle gagne de l’argent et des moyens de pression sur ses dĂ©biteurs. Cette position de crĂ©ancier privilĂ©giĂ© en zone franc s’explique par au moins trois raisons. D’abord, la stabilitĂ© du taux de change permise par la paritĂ© fixe tend Ă  stimuler les emprunts dans la monnaie d’ancrage : le risque de change est plus faible vis-Ă - vis de l’euro que vis-Ă -vis des autres devises. Ensuite, le systĂšme CFA pousse, comme nous le verrons plus loin, Ă  freiner le crĂ©dit intĂ©rieur, ce qui oblige les États Ă  s’endetter Ă  l’extĂ©rieur afin de financer leur dĂ©veloppement. Enfin, la dimension politique du franc CFA, qui place les États de la zone franc sous la tutelle du gouvernement français, oblige bien souvent ces derniers Ă  se tourner vers la France pour des demandes d’aides.

Paris a par exemple beaucoup prĂȘtĂ© Ă  la CĂŽte d’Ivoire. Entre 1970 et 2009, la dette bilatĂ©rale globale de la CĂŽte d’Ivoire « excĂ©dait en moyenne Â» sa dette multilatĂ©rale en raison de ses « liens particuliers Â» avec « certains pays occidentaux, notamment la France Â», relevait la Commission Ă©conomique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) en 2013. La France a Ă©tĂ© Ă©galement l’État qui a le plus fourni de financements au Cameroun entre 1975 et 1998, lui accordant 253 prĂȘts valant 5 035 millions de dollars, devançant largement l’Allemagne, second bailleur de fonds (86 prĂȘts pour 2 166 millions de dollars), selon la CEA. Ces prĂȘts Ă©taient trĂšs majoritairement « liĂ©s Â», c’est-Ă -dire comportant une contrepartie : en Ă©change des crĂ©dits obtenus, le Cameroun devait se fournir auprĂšs de la France en biens et services. RĂ©sultat, la France Ă©tait Ă  la fois le premier crĂ©ancier du Cameroun et son premier fournisseur.

GrĂące Ă  ses prĂȘts, la France ne gagne pas seulement de l’argent : Ă  la clĂ©, il y a aussi des contrats pour ses entreprises. Une partie des fonds octroyĂ©s sont en effet utilisĂ©s dans des projets qui profitent Ă  des opĂ©rateurs Ă©conomiques français. Bouygues, Keolis et Alstom ont ainsi obtenu le marchĂ© de la construction et de l’exploitation d’une ligne de mĂ©tro Ă  Abidjan, financĂ© par un prĂȘt français de 1,4 milliard d’euros accordĂ© Ă  la CĂŽte d’Ivoire en 2017. Les autoritĂ©s françaises ont en plus conçu un instrument qui permet aux grands groupes français de tirer des revenus supplĂ©mentaires des prĂȘts aux États africains. Il s’agit du Contrat de DĂ©sendettement et DĂ©veloppement (C2D). Ce dispositif a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2001 Ă  la suite de la dĂ©cision des pays donateurs d’effacer les dettes des États ayant rempli les conditions de l’initiative pour les Pays Pauvres TrĂšs EndettĂ©s (PPTE) du FMI et de la Banque mondiale.

Alors que les autres bailleurs de fonds ont annulĂ© effectivement les dettes bilatĂ©rales contractĂ©es par leurs partenaires, la France a choisi de les convertir de maniĂšre trĂšs spĂ©ciale, comme l’explique elle-mĂȘme « l’Agence Française de DĂ©veloppement (AFD) Â», Ă©tablissement public français de financement du dĂ©veloppement : « Une fois qu’un pays pauvre trĂšs endettĂ© a signĂ© un C2D avec l’AFD, le pays continue d’honorer sa dette jusqu’à son remboursement et, Ă  chaque Ă©chĂ©ance remboursĂ©e, l’AFD reverse au pays la somme correspondante sous forme de don. Celle-ci sert alors Ă  financer des programmes de lutte contre la pauvretĂ©. Â»

L’AFD contrĂŽle donc l’ensemble du processus, participant au choix des secteurs Ă  financer, contrĂŽlant les passations de marchĂ©s, etc. Selon ses propres chiffres, les entreprises qui hĂ©ritent des marchĂ©s financĂ©s par ce mĂ©canisme sont essentiellement françaises. Ainsi, pour le premier C2D (520 millions d’euros) conclu en 2006 avec YaoundĂ©, 88 % des projets routiers ont Ă©tĂ© attribuĂ©s Ă  des entitĂ©s françaises, dont une filiale de Vinci. Dans le cadre du second C2D (327 millions d’euros), signĂ© en 2011, les expertises et l’assistance technique de projets dans le secteur agricole ont Ă©tĂ© confiĂ©es Ă  des organismes qui Ă©taient tous français. L’AFD explique cette prĂ©dominance par le fait que les groupes tricolores opĂšrent depuis longtemps au Cameroun et ont par consĂ©quent acquis un savoir-faire et des sources d’approvisionnement en matĂ©riaux plus performants que leurs concurrents. Les prĂȘts français facilitĂ©s par le systĂšme CFA et les C2D permettent de ce fait aux sociĂ©tĂ©s hexagonales de conforter leurs positions et monopoles historiques6.

AprĂšs les dĂ©bats qu’il a suscitĂ©s lors de la dĂ©valuation de 1994, le franc CFA est redevenu un non-sujet, en particulier pour les mĂ©dias français. La situation a changĂ© Ă  partir de 2015-2016, rĂ©sultat probable d’une conjonction de divers facteurs : les rumeurs de dĂ©valuation en zone CEMAC en 2015 et 2016, les dĂ©clarations critiques du prĂ©sident tchadien Idriss DĂ©by en aoĂ»t 2015 appelant Ă  « couper un cordon qui empĂȘche l’Afrique de dĂ©coller Â», la prise de conscience de plus en plus aiguĂ« des « jeunes gĂ©nĂ©rations Â», la prise de parole de quelques intellectuels africains. La publication, en septembre 2016 en France, Ă  la veille d’une rĂ©union des ministres des Finances de la zone franc, d’un livre collectif d’économistes africains et français, Sortir l’Afrique de la servitude monĂ©taire. À qui profite le franc CFA ? a tout particuliĂšrement redonnĂ© de la visibilitĂ© Ă  la monnaie franco-africaine dans le paysage mĂ©diatique francophone.

Selon les Ă©conomistes critiques du franc CFA, plusieurs Ă©volutions sont indispensables : aller vers un rĂ©gime de change qui octroie plus de flexibilitĂ© aux pays de la zone franc ; avoir des banques centrales d’un nouveau type qui, outre la stabilitĂ© des prix, prennent en compte la croissance et le dĂ©veloppement et articulent de maniĂšre cohĂ©rente leur politique monĂ©taire avec les politiques budgĂ©taires nationales ; rĂ©former les systĂšmes financiers et bancaires en vue de faciliter le financement des Ă©conomies ; et renforcer la solidaritĂ© budgĂ©taire entre États. ParallĂšlement Ă  la rĂ©Ă©mergence de ce discours expert critique, on assiste Ă  une mobilisation inĂ©dite d’associations et de groupements citoyens africains autour d’enjeux plus politiques. Au SĂ©nĂ©gal, un « Front antifranc CFA » s’est par exemple constituĂ© et a organisĂ© des confĂ©rences et manifestations de rue, mettant en avant la nĂ©cessitĂ© pour les pays africains de la zone franc d’acquĂ©rir leur « souverainetĂ© monĂ©taire Â».

Ces mouvements sociaux plaident en faveur de la disparition des symboles de la « colonialitĂ© monĂ©taire Â», de moins en moins supportables. Ils ne veulent plus du nom franc CFA et souhaitent que les signes monĂ©taires ne soient plus fabriquĂ©s en France. Ils demandent la suppression des comptes d’opĂ©rations et la fin de la prĂ©sence française dans les banques centrales. Leurs arguments rencontrent un Ă©cho important dans l’opinion publique, qui sent bien que, sans indĂ©pendance monĂ©taire, les États de la zone franc restent soumis Ă  la France de multiples maniĂšres. Si les partis politiques restent trĂšs timides, on a constatĂ© une petite Ă©volution du cĂŽtĂ© de certains chefs d’État. Comme nous l’avons vu, Idriss DĂ©by a Ă©levĂ© la voix en 2015 afin de rĂ©gler ses difficultĂ©s budgĂ©taires – ce qui lui a valu d’ĂȘtre qualifiĂ© en off d’« analphabĂšte monĂ©taire Â» par un fonctionnaire de Bercy quelques mois plus tard. Avant Idriss DĂ©by, le prĂ©sident sĂ©nĂ©galais Abdoulaye Wade avait dĂ©clarĂ©, de maniĂšre assez isolĂ©e, en 2010 : « AprĂšs cinquante ans d’indĂ©pendance, il faut revoir la gestion monĂ©taire. Si nous rĂ©cupĂ©rons notre pouvoir monĂ©taire, nous gĂ©rerons mieux. Le Ghana a sa propre monnaie et la gĂšre bien ; c’est le cas aussi de la Mauritanie, de la Gambie qui financent leurs propres Ă©conomies Â».

Cependant, comme autrefois, il ne semble pas y avoir unanimitĂ© au sein du « club » des dirigeants de la zone franc, dont les rapports avec Paris restent dĂ©cidĂ©ment ambigus : le prĂ©sident de la CĂŽte d’Ivoire Alassane Ouattara s’est Ă©levĂ© Ă  plusieurs reprises contre les demandes de changement formulĂ©es par des Ă©conomistes du continent. CĂŽtĂ© français, plusieurs partis ont pris, au cours de ces derniĂšres annĂ©es, notamment Ă  l’occasion de la prĂ©paration de la prĂ©sidentielle française de 2017, des positions prĂŽnant la fin du franc CFA : le Parti Communiste Français, La France Insoumise, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et Lutte OuvriĂšre. Cependant, ces diffĂ©rentes formations politiques n’ont pour l’instant posĂ© aucun acte permettant d’aller plus loin, Ă  l’exception du Parti communiste.

En fĂ©vrier 2018, une sĂ©natrice de ce parti, Christine Prunaud, membre de la commission des Affaires Ă©trangĂšres et de la DĂ©fense, a ainsi adressĂ© une question au ministre français de l’Économie sur l’avenir du franc CFA. S’interrogeant sur les « mesures envisagĂ©es » en vue de rĂ©pondre aux contestations grandissantes sur le continent africain, la sĂ©natrice prĂ©cisait : « Si ces pays se sont libĂ©rĂ©s de la tutelle coloniale, leur autonomie et indĂ©pendance financiĂšre ne sont toujours pas assurĂ©es, compte tenu des spĂ©cificitĂ©s du franc CFA Â». Trois ans plus tĂŽt, la fondation Gabriel PĂ©ri avait organisĂ©, sous le parrainage du sĂ©nateur communiste Dominique Watrin, un dĂ©bat sur l’avenir du franc CFA au SĂ©nat7.

« Il faut sortir du franc CFA Â», affirment de plus en plus les mouvements sociaux africains et un certain nombre d’économistes. Comment cela peut-il se faire ? Sur le plan juridique, la rĂ©ponse semble simple puisque la « sortie Â» est une option prĂ©vue par les traitĂ©s signĂ©s par les États membres. L’article 36 du traitĂ© de l’UMOA stipule dans ses deux premiers alinĂ©as : « Tout État membre peut se retirer de l’Union monĂ©taire ouest-africaine. Sa dĂ©cision de retrait doit ĂȘtre notifiĂ©e Ă  la ConfĂ©rence des chefs d’État et de gouvernement de l’UMOA. Elle entre en vigueur de plein droit cent quatre-vingt (180) jours aprĂšs sa notification. Ce dĂ©lai peut, cependant, ĂȘtre abrĂ©gĂ© d’accord parties Â». Le traitĂ© de la CEMAC comporte en son article 58 des dispositions similaires. Chaque État peut Ă©galement dĂ©noncer la convention de coopĂ©ration monĂ©taire et, par ricochet, la convention de compte d’opĂ©rations qui le lient Ă  la France. En somme, s’il veut sortir de la zone franc, aucun État n’a besoin de permission. Il suffit de prendre ses responsabilitĂ©s.

Cela Ă©tant dit, il faut distinguer deux scĂ©narios de sortie : une sortie individuelle et une sortie collective. La premiĂšre pourrait ĂȘtre qualifiĂ©e de « sortie nationaliste » : les pays dĂ©cidant de suivre cette voie iraient battre leur propre monnaie. Évidemment, si l’un des pays phares des deux unions monĂ©taires, soit le Cameroun, la CĂŽte d’Ivoire ou le SĂ©nĂ©gal, choisissait de quitter la zone franc, comme l’ont fait autrefois l’AlgĂ©rie, la GuinĂ©e, Madagascar, le Maroc, la Mauritanie, la Tunisie et le Vietnam, le systĂšme CFA pourrait difficilement se maintenir. La solution d’un dĂ©part isolĂ© comporte toutefois beaucoup d’incertitudes et de risques et n’est pas immune de tentatives de sabotage. L’autre option envisageable, c’est celle que l’on pourrait appeler la « sortie panafricaniste Â» : les pays africains d’une mĂȘme union monĂ©taire dĂ©cideraient d’abolir la convention de coopĂ©ration monĂ©taire et la convention de compte d’opĂ©rations avec la France dans une dĂ©marche collective et solidaire. En lieu et place d’éventuelles sorties individuelles, c’est donc la France qui « sortirait » dans un premier temps, alors que les unions monĂ©taires seraient maintenues en l’état. Il n’y aurait en consĂ©quence plus de compte d’opĂ©rations, de centralisation des rĂ©serves de change Ă  Paris ni de « garantie Â» française de convertibilitĂ©. Il n’y aurait Ă©videmment plus de reprĂ©sentants français dans les banques centrales et les rĂ©serves en devises repasseraient sous le contrĂŽle des pays africains. La politique monĂ©taire et de change relĂšverait dĂ©sormais de la responsabilitĂ© collective des États africains, qui auraient aussi la latitude de renommer leurs monnaies et de faire fabriquer leurs signes monĂ©taires ailleurs qu’en France.

Au-delĂ  des questions concernant les modalitĂ©s de sortie et leurs consĂ©quences, il existe plusieurs propositions visant Ă  rompre avec l’immobilisme monĂ©taire actuel. Certaines prĂ©voient de rĂ©former la zone franc. Parmi celles-ci, une idĂ©e est de plus en plus Ă©voquĂ©e : arrimer le franc CFA Ă  un panier de monnaies (dollar, euro, yuan, livre sterling, par exemple) et non plus seulement Ă  l’euro, afin de tenir compte, entre autres, du fait que les pays de la zone franc commercent de plus en plus avec d’autres espaces monĂ©taires. Si elle constituerait une avancĂ©e en donnant plus de flexibilitĂ© au taux de change, cette rĂ©forme ne rĂ©soudrait toutefois pas le problĂšme de l’absence de solidaritĂ© budgĂ©taire entre des États qui ne disposent pas du levier de la politique monĂ©taire et de change permettant de s’ajuster. Elle maintiendrait donc toujours la « dĂ©valuation interne Â» comme mĂ©canisme d’ajustement. Par ailleurs, elle ne mettrait pas fin Ă  la tutelle française sur l’UEMOA et la CEMAC dont l’autonomie monĂ©taire, quoique plus importante, resterait limitĂ©e8.

Le Franc CFA constitue ainsi un frein Ă  toute possibilitĂ© d’émancipation pour les populations subissant son existence. Complaisamment gardĂ© en activitĂ© par les États qui l’utilisent, il demeure un formidable outil de mainmise monĂ©taire pour Paris et plus gĂ©nĂ©ralement pour l’Union EuropĂ©enne. Le souverainisme Ă  l’africaine ne reprĂ©sente pourtant pas une solution viable Ă  la rĂ©solution de ce problĂšme. Les gouvernements africains comme europĂ©ens ne sont en effet pas des institutions vis-Ă -vis desquelles nous pouvons avoir confiance, Ă©tant donnĂ© leurs prĂ©dispositions Ă  exercer rapine et prĂ©dation.




Source: Tarage.noblogs.org