Août 14, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Colombe de la paix de Théo TOBIASSE. Photo E.T

Il est 9 Heures trente à peu près , j’ai rendez-vous avec ma sœur et mon beau-frère devant la colombe de la paix à proximité de la basilique Notre-Dame de l’Assomption [note] . Ils sont en retard ou je suis en avance. Peu importe. Un son insistant, répétitif qui donne l’impression de vouloir cisailler l’air m’alerte. S’agit-il du chant d’un oiseau en plein centre-ville, voilà qui est étonnant ! Une musique à la fois agréable et intrigante. Je regarde autour de moi et je finis par comprendre qu’elle émane d’un flûtiste en position accroupie, de l’autre côté de l’avenue Jean Médecin [note] , devant une grande enseigne. Il y a un gobelet à ses pieds et à droite quelques bouteilles d’eau. L’homme est vêtu de noir. A cette heure, il y a encore peu de monde avenue Jean Médecin. L’ambiance est paisible, les passants ne courent pas, l’un d’eux s’arrête pour enlever un caillou dans sa chaussure. Cela me fait toujours bizarre d’être immobile pendant que les autres bougent. Cela me renvoie à mon enfance lorsque j’aimais regarder le spectacle de la rue à la fenêtre.

L’homme en face aussi est immobile sauf qu’il joue de la flûte. Je le soupçonne d’être une aiguille du temps. Il a fait une pause, des gens l’ont salué. Il est connu dans le quartier. Il se dresse soudain pour dégourdir ses membres puis il reprend son concert. La sérénade me fait penser à un appel de la forêt. Je pense au bruit de la cloche du conte d’Andersen. Personne n’avait réussi à savoir d’où il provenait. Qu’est-ce qui pourrait troubler le flûtiste, l’empêcher de reprendre toujours le même refrain. J’y pense, c’est un matin de bonne heure paisible que deux femmes et un homme ont été assassinés à la basilique de l’Assomption, le 29 octobre 2020. Je voudrais poursuivre mon quart d’heure de méditation ou plutôt de halte. En vérité je ne sais pas attendre. Cet étrange air de flûte s’est introduit dans ma tête. Je voudrais en percer le mystère. C’est une musique qui illustre une matinée ordinaire où rien ne semble se passer, les gens ne sont pas affairés, les boutiques sont encore fermées et le flûtiste semble jouer d’éternité pour cette paix gratifiante.

15 août 2022
Évelyne Trân




Source: Monde-libertaire.fr