Avril 21, 2022
Par Les mots sont importants
197 visites

Ca y est. On a votĂ© [1]. Pour Jean-Luc MĂ©lenchon, en dĂ©pit de tout [2] ce qui faisait qu’on n’avait pas envie de voter pour lui.


Ce n’est pas qu’on se soit rendu aux ahurissantes sommations – et autres invectives – de la frange exaltĂ©e de son fan-club qui sĂ©vit sur Twitter : tout au contraire, les procĂšs en « bourgeoisie Â» et en « droitisme Â» intentĂ©s contre quiconque osait rappeler certains errements de l’intĂ©ressĂ© auront Ă©tĂ©, jusqu’au bout, le plus efficace des repoussoirs.

Si on a votĂ© pour lui, c’est parce que c’était, Ă  l’évidence, un choix cohĂ©rent – pour qui redoute rĂ©ellement la possibilitĂ© d’une victoire prĂ©sidentielle de la candidate du parti qui fut cofondĂ© par (entre autres) un ancien Waffen SS et un ancien milicien, et qui, un demi-siĂšcle plus tard, « porte Â», selon le sociologue Ugo Palheta – et nonobstant sa « dĂ©diabolisation Â» par une mĂ©diacratie Ă  laquelle nous devrons Ă©videmment demander des comptes -, « un projet fasciste Â» [3]. Ou, pour le dire autrement – et pour reprendre le titre d’un livre important : la possibilitĂ© du fascisme [4]

.

Seulement voilĂ  : ce vote nĂ©cessaire n’a hĂ©las, et comme on le craignait, pas suffi. Et cette fois : Le Pen risque vraiment de l’emporter le 24 avril. Or : aprĂšs avoir appelĂ© au vote « efficace Â» au premier tour, MĂ©lenchon, dĂ©fait, s’est encore une fois contentĂ©, comme en 2017, de demander Ă  ses troupes, de ne «  pas donner une seule voix Ă  madame Le Pen Â» au second tour. En d’autres termes : il ne leur demande pas explicitement de votre contre cette derniĂšre. C’est-Ă -dire : pour Macron [5].

Entendons-nous bien : nous savons tou·tes pertinemment – on l’a Ă©crit cent fois ici – que le chef de l’État sortant n’a cessĂ©, depuis son Ă©lection, de damer une route devant l’extrĂȘme droite. Nous savons qu’il est, selon le mot de FrĂ©dĂ©ric Lordon, un « fascisateur Â». Mais pour autant – et si du moins les mots ont encore un sens -, il faut l’énoncer nettement : l’autoritarisme capitaliste d’Emmanuel Macron, pour odieux qu’il soit, n’est pas un fascisme. Et cela fait une Ă©norme diffĂ©rence pour celles et ceux qui seraient de toute Ă©vidence les toutes premiĂšres victimes d’une victoire de son adversaire et de la mise en Ɠuvre de son programme nationaliste : on pense bien sĂ»r aux migrant·es et aux musulman·es – puis Ă  tant d’autres encore.

Disons-le, dĂšs lors, plus distinctement : contre la porteuse d’un tel projet, lorsqu’elle est si proche d’une victoire au second tour, il n’est possible ni de s’abstenir, ni de voter blanc. Car ces deux options la propulseront mĂ©caniquement vers l’ÉlysĂ©e.

La mĂȘme – exactement la mĂȘme – dĂ©termination qui nous a fait voter pour Jean-Luc MĂ©lenchon devrait donc nous faire voter pour Emmanuel Macron – sans plus d’états d’ñme, et sans aucune illusion sur le personnage : quiconque ferait un choix contraire devrait sans doute en rabattre sur de futures exhortations au vote au « vote utile Â» – ou « efficace Â».




Source: Lmsi.net