Les scores sans précédent de l’extrême droite dans les pays historiques de l’UE et dans les pays centraux de l’économie capitaliste, qui semblaient plus épargnés jusque-là par le raz-de-marée réactionnaire, font craindre le pire. Par exemple en Autriche où le FPÖ, parti implanté depuis longtemps, a manqué de peu d’être majoritaire ; en Norvège et au Danemark où ils sont au gouvernement ; en Allemagne où la montée en puissance en moins de deux ans du parti AFD et l’influence de l’organisation islamophobe Pegida se sont traduites par des logiques de pogroms qui semblaient révolues notamment à l’est du pays. On peut également citer la Suisse où l’UDC est majoritaire au « Conseil national » ou encore les Pays-Bas. Enfin la situation italienne est la plus désespérante, car, par le jeu d’une alliance avec le parti 5 Stelle (5 étoiles), la Ligue du nord s’est retrouvée au pouvoir et dicte sa politique comme bon lui semble. Cela n’est évidemment pas sans conséquence puisque le nombre de ratonnades et d’assassinat d’immigrés a bondi !

Il suffit aussi de penser que le slogan « Les Italiens d’abord », aujourd’hui mis en avant par le gouvernement, est un slogan inventé par Casapound il y a plusieurs années. Par ailleurs, en 2015, il y a eu une alliance entre Salvini et Casapound, sous le nom « Souveraineté », qui a été abandonnée rapidement par l’actuel ministre de l’Intérieur, non pas pour des divergences de point de vue, mais pour des raisons de calculs électoraux et d’opportunités politiques.

Jusqu’à récemment, la Lega était surtout le parti des entrepreneurs du nord de l’Italie. C’est le groupe dirigeant autour de Salvini qui l’a transformé en parti ouvertement nationaliste et protofasciste : ils n’ont fait qu’absorber les discours et théories du néo-fascisme en l’assaisonnant avec un peu de « qualunquismo » individualiste [1], typique de tous les partis de droite. En faisant cela, ils ont rendu hégémoniques les pires discours et pulsions réactionnaires. Face à cela, le M5S est resté complètement sans défense : il était le premier parti d’Italie après les élections, mais il s’est avéré être, comme on pouvait s’y attendre, un tigre de papier, sans discours, sans stratégie et sans cadres capables de le diriger. À l’inverse, la Lega peut se vanter d’une longue expérience politique et, en peu de temps, elle a conquis le leadership au sein du gouvernement, rendant son allié complètement soumis.

Malgré le fait que nous nous organisions sur le sujet spécifique de la lutte antifasciste, nous le faisons autour de principes et pratiques anti-autoritaires. Nos réunions sont ouvertes (mais pas publiques) et sont basées sur l’auto-organisation. Au delà de l’antifascisme, notre AG s’implique aussi dans les luttes et activités concernant le travail, la solidarité aux migrant·e·s ainsi que l’expression et la création culturelle auto-organisées.

Parce que nous considérons que la question de l’antifascisme ne se limite pas à l’opposition physique aux groupes fascistes, mais qu’elle comprend aussi la limitation de leurs idéologies et de leurs idées sur la société (le racisme, l’homophobie, la misogynie, le militarisme), notre intervention dans la région du Pirée s’appuie aussi sur une activité de propagande avec des affiches, des tracts et des journaux de rue.

En France, outre l’attaque sur le cortège du NPA, la montée de l’aggressivité fasciste dans le mouvement sociale s’est illustrée de diverses manière :

Le tout avec une montée de l’usage et de la possession des armes à feu dans les rangs de l’extrême droite.

Nous pensons que, face à la diffusion capillaire du fascisme dans les sociétés contemporaines, il est nécessaire d’apporter une réponse qui soit aussi capillaire et diffuse, et cela ne peut fonctionner que si nous faisons l’effort de sortir des frontières de notre lutte politique quotidienne – qu’elle s’effectue à l’échelle du quartier, du territoire ou de la ville. L’avancée de ce que nous avons appelé en Ialie une « marée noire », et qu’on puisse aussi observer au niveau européen ou mondial, rend encore plus évident la nécessité de développer une réponse qui soit à la hauteur des enjeux. D’autre part, en invitant des camarades d’autres villes italiennes, on voulait avant tout partager les analyses et les pratiques propres à chaque réalité, dans un esprit de sincère collaboration et autocritique. Et, en conséquence, élaborer de nouvelles formes d’action qui soient en mesure d’affronter réellement cet assaut général et généralisé auquel on doit faire face, en partant de nos propres limites pour essayer de les dépasser. Il ne s’agit donc pas d’une recherche intellectuelle qui se suffirait à elle-même, mais d’une enquête qui aboutirait à l’acquisition d’outils qui nous permettront de dépasser ce sentiment d’inefficacité et d’impuissance latent face à la progression du fascisme du 3e millénaire.

Le mouvement des Gilets jaunes n’est pas apparu sur des motivations fascistes. Ce coup de rage contre des situations sociales impossibles a rassemblé nombre de celles et ceux qui attendaient depuis tellement longtemps « que ça pète vraiment pour tout péter ». Il a pris dans bien d’endroits des formes d’organisation prolétarienne, ouverte, antiraciste et féministe. Mais le mouvement, depuis le début, est traversé par des thématiques clairement d’extrême droite. Il s’agit de ne pas le nier. Il s’agit d’aller les combattre.

Nous ne pouvons pas nous contenter de participer aux Gilets jaunes en taisant nos convictions d’émancipation collective. Nous ne pouvons pas rester là à regarder les choses se faire et à prédire le pire.

Nous ne pouvons pas réduire le combat antifasciste à une histoire de baston, et laisser le sale boulot aux antifascistes les plus costauds. « Pendant trop longtemps la lutte antifasciste a été laissée à de petits groupes qui, malgré leur courage et leur dévouement héroïques, ne peuvent à eux seuls écarter le danger nazi. »

Et ainsi, nous ne pouvons pas nous fondre dans un front antifasciste, dans une grande alliance interclassiste et républicaine.


Article publié le 11 Juin 2019 sur Paris-luttes.info