Mai 23, 2021
Par Le Monde Libertaire
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« La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. »
Etienne de la Boétie

Non le système scolaire n’est pas ce qu’il prétend être. Il n’est pas ce que le discours dominant prétend, un outil pour faire des enfants et ce dès la maternelle en passant par l’école primaire, le collège le lycée et l’université des adultes responsables. C’est exactement le contraire. Le système scolaire prépare la majorité des futurs adultes de demain à être des individus soumis et obéissants.

L’écrémage se fait dès la maternelle.
Les classes sont surchargées, certaines classes de maternelle peuvent accueillir entre 35 et 40 enfants. Le bruit est insoutenable. Les enseignants passent le plus clair de leur temps à demander aux enfants (de 3 à 5 ans) de se taire et parfois à crier pour se faire entendre et punir. Bonjour la pédagogie. Mon propos n’est pas d’accuser les enseignants (es), de mal faire leur travail. Mais de dénoncer leurs conditions de travail et la casse du système public de l’éducation. Depuis plusieurs décennies « l’État », dont les gouvernements et les différents ministres de l’éducation ont mis le système scolaire dans un tel « état » de délabrement que les enseignants (es) sont dans l’incapacité de faire leur travail. On ne compte plus les enseignants (es) en arrêt maladie pour dépression et fatigue.

Comment dans ces conditions exercer ce beau métier d’éducateur et d’éducatrice ?
Lorsque l’on lit l’article sur l’école paru dans le magazine de l’ APEL, de mai/juin 2021, (association des parents d’élèves de l’enseignement libre), sic ! On ne peut être que sidéré. Car, cet article fait abstraction des inégalités sociales et des origines des enfants. Il est évident que si les enfants ont des parents : patrons, cadres, richissimes, les chances de « réussite » pour leurs rejetons seront nettement supérieures à celles d’un enfant d’immigrés, d’ouvriers ou de chômeurs.
Ainsi, on peut lire des évidences et surtout, une déconnexion totale de la réalité sociale et de l’école avec la vie familiale comme : Parler n’est pas inné.
Et d’expliquer que : la langue est un code. Ce code s’apprend pour comprendre et se faire comprendre. Il est donc essentiel d’accompagner son enfant. Seulement, comment faire lorsque l’on a des parents en échec scolaire, analphabètes, illettrés ou qui ne parlent pas le français.
Le langage oral construit une pensée et permet de mieux communiquer avec l’autre et d’expliquer que la maternelle aide l’enfant à sortir des pleurs qui sont l’expression de toutes les insatisfactions personnelles. L’enfant apprend progressivement à mettre des mots sur ses frustrations : il entre alors en communication et découvre l’autre.
Là encore, l’auteur de cet article est aux antipodes de la réalité, il fait abstraction que de nombreux parents du fait de leur pauvreté financière et intellectuelle sont exclus ou s’excluent de la vie sociale.

Imposer incite à la désobéissance
Les classes surchargées ne permettent pas aux enseignants (es) d’apprendre aux enfants le langage oral et de communiquer. Ils/elles passent leur temps à réclamer le silence. Il y a un tel brouhaha que l’on ne s’entend pas. Il est difficile à des enfants de trois ans d’être attentifs si ce n’est en leur imposant des interdits comme ; de ne pas se déplacer sans autorisation, de demander la parole en levant le doigt et s’il continue à parler sans qu’il lui soit donner la parole il sera puni. On constate que ce n’est pas la bonne méthode. Tout cela est contraire à toute pédagogie et à l’émancipation des enfants.

C’est l’école des interdits

Chaque jour les mêmes interdits sont répétés et plusieurs fois :

C’est « silence dans les rangs » ;
C’est « avancez lorsque je vous en aurai donné l’ordre » ;
C’est « avant de vous asseoir, attendez que je vous le dise » ;
C’est « on dit bonjour maître ou maîtresse » ;
C’est « on ne se déplace pas sans autorisation » ;
C’est « pour parler, on lève le doigt pour demander la parole » ;
C’est « on ne parle pas sans autorisation » ;
C’est « on ne sort pas de la classe pour aller faire pipi, sans être accompagné … »

Pour un peu que ceux et celles qui font preuve de trop de personnalité n’obéissent pas aux ordres et injonctions, c’est la punition assurée. Parfois même, les parents sont convoqués et leurs enfants sont désignés et classés comme étant des perturbateurs et leurs dossiers les suivront toute leur scolarité.

On peut comprendre que dès la maternelle la plupart des enfants ont en horreur l’école et cela s’aggrave lors du passage en primaire. C’est ainsi que plus 20% d’entre eux sont incapables de raconter un événement, un récit, une information en se faisant clairement comprendre, d’expliquer son point de vue, de développer son sens critique, son jugement, en argumentant avec le langage approprié.
Avec le passage au collège puis au lycée, l’échec scolaire grandit et les adolescents qui quittent le système scolaire sans pouvoir analyser un texte, sans s’exprimer correctement, sans interpréter une image et des situations qu’elle suggère dépassent largement les 20%.

Comme on peut le constater, le système scolaire totalement au service du système capitaliste n’a plus la vocation de former des individus indépendants mais totalement dépendants du système.
Le pouvoir politique ne se trompe pas, dès la maternelle, il fait en sorte que les cerveaux soient conditionnés, d’autant que pendant la petite enfance ils sont malléables. Inculquer l’obéissance et la servitude est un jeu d’enfant ! Façonner les cerveaux pour qu’ils ne soient plus aptes à réfléchir et à développer le sens critique est une monstruosité, c’est comme le dit si bien Étienne de la Boétie, habituer les individus à la servitude volontaire. Je dirais dès le plus jeune âge et cela va continuer à chaque étape de leur vie, il n’y a même plus besoin de rappeler les personnes à l’obéissance, elles le font tout naturellement. C’est tellement ancré dans les têtes. D’ailleurs n’est-il pas courant d’entendre dire de la part de nos concitoyens et concitoyennes, « il y a toujours eu des chefs, des patrons et des ouvriers » ou encore, « il y a toujours eu des riches et des pauvres. »
Le constat est que la résignation s’installe durablement. C’est le but des politicards rendre docile les citoyens et les citoyennes pour se maintenir au pouvoir et servir le système capitaliste. En pratiquant un véritable décervelage et cela passe par le système éducatif.

Mais, qu’ils se méfient car les ouvriers et les pauvres pourraient bien se révolter. On n’abuse pas impunément le peuple. L’histoire pas si lointaine (La Commune de Paris), la République Espagnole, 1936) et d’autres encore nous a montré que le peuple est capable de prendre son destin en main et que fort de ces exemples, il sera vigilant et mettra tout en œuvre pour que cette révolution et qu’il n’en soit pas dépossédé…




Source: Monde-libertaire.fr