Mai 30, 2021
Par Le Monde Libertaire
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La violence qui nous tue, nous détruit de l’intérieur

Traduction de l’espagnol Monica Jornet Groupe Gaston Couté FA

Actuellement, la violence de genre est ainsi définie : “tout acte fondé sur l’appartenance au sexe féminin ayant entraînant une blessure ou souffrance physique, sexuelle, psychologique à l’encontre de la femme, de même que les menaces de commettre de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté dans la vie privée ou publique.” Il y a une vaste typologie des violences, qui s’exercent majoritairement contre des femmes et dont on n’a quasiment pas connaissance ; pas plus que des problèmes qu’elles causent.

C’est sans doute de la violence de genre dont on entend davantage parler dans les médias, elle s’est étendue et touche de nombreux foyers. Nous sommes démunies et cela s’est aggravé avec ce confinement produit par la pandémie et qui nous a fait cohabiter avec nos agresseurs.

La violence est physique quand elle se traduit par des actions qui infligent de la souffrance ou des blessures physiques portant atteinte à l’intégrité des femmes (hématomes, blessures, brûlures, bousculades etc.).

Elle peut être psychologique, ce qui cède habituellement le pas à d’autres types de violence. Elle se produit dans tout type de contextes et de situations, et concerne toute action qui nous fasse nous sentir rabaissées comme personnes ou contrôlées dans nos actions ou nos décisions, Elle est plus courante qu’on ne pense et ne va pas toujours jusqu’au harcèlement incessant ou l’humiliation, elle peut revêtir des formes comme l’insistance, la limitation, la manipulation, l’isolement, le contrôle…

En lien avec tout cela, on trouve la violence sexuelle, à savoir tout type de harcèlement, d’exploitation, d’abus ou d’intimidation existant ou menaçant le droit d’une femme à décider de sa sexualité.

Chez les femmes enceintes nous trouvons la violence obstétrique, exercée par le personnel de santé sur le corps et tous les processus de gestation, à travers un traitement déshumanisé, avec un abus médicamenteux et la pathologisation des processus naturels. Elle se manifeste par la discrimination, la raillerie et la critique envers la femme ou son enfant.

Nous subissons aussi la violence économique, que nous définirons comme tout acte générant des restrictions dans le but de contrôler l’argent ou priver de ressources une femme l’empêchant de vivre de façon autonome, Nous les femmes, nous continuons à gagner moins. Cette violence s’exerce aussi sur nos lieux de travail, que ce soit le harcèlement sexuel, le harcèlement au travail ou mobbing, l’exploitation…
La violence institutionnelle est celle moyennant laquelle des fonctionnaires ou des autorités entravent, retardent ou empêchent l’accès à la vie publique des femmes, rendant impossible l’exercice de leurs droits.

Il est de plus en plus fréquent que l’agent visible commettant ces violences soit l’État, non seulement parce que ses agents sont auteurs de violence physique, psychologique et sexuelle mais aussi de par sa responsabilité dans la prévention, la sanction et l’éradication de telles violences.
C’est particulièrement évident pour les femmes migrantes, pour beaucoup criminalisées, exploitées, au seul motif qu’elles habitent un pays où elles ne sont pas nées, mais qui est le leur autant que le nôtre, et qui, bien souvent, y sont, parce qu’elles ont déjà été obligées de fuir leur pays d’origine pour cause de la vioolence qui y règne.
Toutes ces formes de violence sont contenues et liées dans la violence symbolique. Elle rassemble les stéréotypes, messages, valeurs ou signes transmettant ou favorisant des relations fondées de façon répétée sur l’inégalité, le machisme, la discrimination ou la banalisation de tout rôle de subordination des femmes. Elle est difficile à éradiquer, car elle est bien ancrée dans la collectivité et rien que la permissivité à son égard, la renforce.

Il fait aussi se souvenir des millions de femmes victimes de traite d’êtres humains, réduites en esclavage, pour abuser de leur corps, attribuer une valeur à leur activité sexuelle qui sont exploitées par des délinquants qui tirent profit de leur souffrance.
La violence contre les femmes est une violation des droits humains, et un problème de santé publique qui affecte toutes les strates de la société partout dans le monde. Depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, une femme sur trois est frappée, contrainte à des relations sexuelles ou abusée sous une autre forme dans sa vie, Sans oublier la violence que la société exerce sur nos corps quand elle nous criminalise pour avoir subi des violences et le dire.

Le mal que fait la violence va bien au-delà de la douleur physique. Elle est cause de dépression, anxiété et autres maux comme le stress post traumatique, les troubles du sommeil, de la personnalité, alimentaires, bipolaires, les profils schizophrènes, l’agoraphobie etc. et favorise l’apparition de maladies telles que la fibromyalgie, l’intestin irritable… Elle contribue aussi à l’apparition de cancers de maladies cardiaques, d’accidents cérébro-vasculaires et de du sida car les victimes de violence cherchent souvent à faire face à leurs expériences traumatiques en adoptant des comportements à risque comme la consommation de tabac, alcool et drogue, ainsi que des pratiques sexuelles à risque.

La violence peut faire des ravages émotionnels et nuire à notre développement personnel, allant jusqu’à des problèmes psychologiques plus graves qui conduisent de nombreuses femmes au suicide. Tout cela fait qu’une femme ayant subi des violences rencontre plus de difficultés pour accomplir n’importe quel acte de la vie quotidienne. Ce qui pour une personne ne souffre d’aucune maladie est un acte naturel et simple, devient une grande victoire pour une personne survivante de violence de tout type.
La perception sociale associe les maladies mentales à l’accomplissement d’actes violents, ce qui rend encore plus difficile l’intégration et marginalise les femmes qui les subissent.
Le système de santé peut jouer un rôle vital pour répondre à la violence contre les femmes et la prévenir. Cela implique de repérer très vite l’abus, le traiter et guider les femmes pour qu’elles bénéficient d’un suivi adapté. L’équipe sanitaire doit aussi travailler pour prévenir la violence. Et comme les recommandations en matière de santé publique le stipulent clairement, le premier pas de la prévention de la violence, c’est de comprendre ses mécanismes, aussi les services de santé ont un rôle clé pour nous aider à mesurer et à comprendre la violence contre les femmes. Mais le nombre de consultations grandit et la réponse n’est ni assez rapide ni suffisante. Lorsque l’on met côte à côte ces conséquences sanitaires et le nombre de personnes touchées, on commence à découvrir l’ampleur du problème.

L’intervention des services de santé en matière de violence doit aller bien au-delà du simple constat, qui n’est qu’une réponse passive au problème. Il s’agit sans aucun doute d’un problème de santé publique et doit donc être traité comme tel. Une vigilance systématique s’impose et de nouvelles attitudes doivent être encouragées.
La violence ne fait pas que tuer. Luttons toutes ensemble pour que les violences qui nous traversent, soient révélées, dénoncées et combattues.

Sororité et entraide.




Source: Monde-libertaire.fr