Juillet 22, 2016
Par Rebellyon
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Le 6 juillet se tenait une réunion (presque) publique autour de l’espace Mazagran, en présence des élus Loïc Graber et Eddy Acacia. Ce dernier a fait dans la surenchère sécuritaire en incitant les riverain·es à appeler la police à la moindre gêne et en se plaignant du laxisme de la justice.

La réunion se tenait à la Maison de la Guillotière. Elle était, selon les termes employés dans l’invitation, animée par les élus socialistes Loïc Graber et Eddy Acacica. Loïc Graber est dixième adjoint à la Maire du 7ème arrondissement de Lyon (Myriam Picot), en charge de l’urbanisme. Il est aussi vingtième adjoint au maire de Lyon, en charge de la « démocratie participative ». Eddy Acacia est le deuxième adjoint à la Maire du 7ème arrondissement de Lyon. Il y est notamment responsable la « tranquillité publique » et des « droits des citoyens ». Dans cette réunion où des élus sont présentés comme de gentils animateurs, je vais avoir l’occasion de me rendre compte ce que participer et avoir des droits de citoyen veut dire. Comme je n’ai pas le goût de la chose, je mets tout de suite fin au suspens : ça veut dire hurler avec les loups.

Enfin, une certaine catégorie de loups quand même… cette réunion n’était en effet pas tout à fait publique. Tou·tes les habitant·es du coin ou du 7ème arrondissement n’étaient pas officiellement convié·es. D’après l’annonce qui m’a été transféré par des voisins, étaient invités « les associations, conseil de quartier et riverains concernés par l’espace Mazagran et les services gestionnaires ». De fait, une vingtaine de personnes étaient présentes et les fonctionnaires des services étaient, avec deux représentants d’une entreprise de médiation, le plus gros contingent. Pour le reste, étaient assises sur les chaises quelques personnes plutôt âgées et les jeunes responsables du bar de la place ou d’associations du coin.

Nuisances sonores, SDF, fêtard·es et « joueurs de tam-tam »

Après une brève introduction, les élus invitent les riverain·es à s’exprimer d’abord, avant qu’eux puissent répondre à leurs remarques. La soirée commence alors par un festival de récriminations à propos du bruit, de la propreté de la place et surtout à propos de celles et ceux qui l’occupent le plus, particulièrement la nuit. La cible principale des habitant·es est clairement, et dans cet ordre, les SDF et les jeunes fêtard·es. Les propos fleurent parfois bon le racisme, comme lorsqu’une riveraine se plaint à plusieurs reprises des « joueurs de tam-tam ». Alors que mes voisin·es sont unanimes pour dire que les soirées encadrées se passent bien et que ce sont les nuisances « sauvages » qui les incommodent, les « joueurs de tam-tam » posent toujours problèmes lorsqu’ils se produisent lors de concerts par ailleurs appréciés.

Plutôt que de dénoncer des propos agressifs et la stigmatisation des populations pauvres et immigrées, Eddy Acacia prend la parole et donne vite le ton de la soirée : il sera répressif. Ainsi, sa première intervention est destinée à encourager les habitant·es à se plaindre auprès de la police du bruit fait à toute heure et non seulement la nuit, rappelant que désormais tapages diurne et nocturne sont légalement équivalents. Ce sont les riverain·es présent·es qui le reprennent en chœur, rappelant « que la tolérance, ça existe ». Manifestement pas pour l’élu du 7ème. Seul Loïc Graber rejette ensuite mollement les récriminations visant clairement certaines populations, en vantant la « diversité » du quartier.

On n’a jamais voulu, je tiens à le dire de façon très claire, que ce soit un espace qui nie la réalité de la Guillotière. La Guillotière ça a toujours été un quartier de brassage et de métissage. Cet espace est à l’image de cette diversité. On entend bien les difficultés, on va y répondre. Néanmoins, il n’est pas question pour nous de chasser tel ou tel public ou d’interdire à tel ou tel public de le fréquenter.

Ce propos de Loïc Graber va être ensuite systématiquement contredit par son homologue Eddy Acacia. Ce qui surprend quand on a déjà assisté à ce type de réunion, c’est que la langue de bois ne dure longtemps et que le fond du discours se durcit rapidement.

« Vous prenez trois jeunes aujourd’hui, vous les emmenez au commissariat, le lendemain ils retournent dans la rue »

Une habitante, appuyée par des hochements de tête de quelques autres présent·es, se plaint du fait que lorsqu’elle appelle la police, celle-ci ne se déplace pas. C’est là le début du « show Acacia », un show sécuritaire bien sûr. Très vite, en écoutant le deuxième adjoint du 7ème, je me demande si les propos que j’entends visent bien à lutter contre les nuisances sonores causées par quelques SDF et fêtard·es ou ne se sont pas échappés d’un précédent discours sur le grand banditisme. La retranscription de son discours parle d’elle-même.

Eddy Acacia commence par se poser en garant de la sécurité publique, en vantant « la stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance » lyonnaise, laquelle sert à coordonner les acteurs impliqués. Au premier rang de ceux-ci, on trouve évidemment les polices nationale et municipale, mais sont aussi associés à cette stratégie les bailleurs, des associations ou l’éducation nationale. Au passage, il présente le GOM (groupe opérationnel mobile), sorte de BAC municipale active depuis début juin les jeudi, vendredi et samedi soirs jusqu’à 2h30 du matin et qui fait « des interventions et des actions y compris sur l’espace Mazagran ». Très vite, il prend le contrepied de son collègue Loïc Graber en semblant quelques secondes regretter de ne pouvoir interdire à certain·es de fréquenter les lieux.

Nous sommes dans un état de droit républicain, où, par définition, la voie publique est publique. On ne peut pas empêcher quelqu’un de fréquenter la voie publique, qu’il soit tout seul où qu’il soit en regroupement de personnes. Mais leur liberté s’arrête, comme le dit le proverbe, là où commence celle des autres. Et pour ça, on a un cadre spécifique qui est le cadre juridique et la stratégie que nous mettons en place.

Dans la stratégie mise en place par la police et la mairie, Eddy Acacia semble avoir une idée très claire de la place participative à faire aux habitant·es : celle de délateurs (on peut aussi dire poucaves, balances, etc.). Il répète ainsi à l’envie (je n’ai pas tout retranscrit parce qu’à la fin ça devenait lassant) qu’il faut que ceux-ci appellent la police à la moindre gêne.

Il est important pour nous qu’on ait un maximum d’éléments recensés, mairie et police, pour être le plus efficaces. Il faut bien comprendre que la police, quand bien même elle se déplace et qu’elle constate quelque chose, si derrière il n’y a rien, bah c’est un coup d’épée dans l’eau, elle a agi pour rien. La police nationale, pour être efficace, a besoin que derrière il y ait du judiciaire qui soit pris en compte. Et pour qu’il y ait du judiciaire, il faut que le procureur ait des éléments concrets et factuels : dépôts de plainte, mains courantes, appels au 17. Les appels au 17 ne sont pas en vain.

À des habitant·es qui lui reprochent le fait que ces appels au 17 « ne servent à rien » puisque la police ne se déplace pas systématiquement, il assure que ceux-ci sont quand même importants puisqu’ils renforceraient la force de l’action judiciaire qui succède à l’action policière. Et de regretter, dans des termes qui hésitent entre le discours du café du commerce et celui du FN, que la justice ne soit pas aussi sévère qu’il le souhaiterait.

Je peux vous assurer que les appels du 17 sont tous tracés. Et c’est un élément important pour le procureur, qui peut se dire « je vais me saisir de ce dossier pour que sur ce secteur on ait une attention encore plus loin ». La police nationale est efficace à l’instant t, si derrière il n’y a pas de prise en main par le parquet, par la juridiction, ça ne sert à rien. Vous prenez trois jeunes aujourd’hui, vous les emmenez au commissariat, le lendemain ils retournent dans la rue. C’est un souci mais c’est notre République qui fonctionne comme ça.

Il est bon de rappeler ici que, dans les propos hallucinés et hallucinants d’Eddy Acacia, le terme jeunes désigne les occupant·es festif·ves ou SDF de la place Mazagran… dont on ne sait pas exactement quel sort il aimerait leur voir réserver mais à l’entendre on voit bien que ça ne le gênerait pas s’ils et elles étaient enfermé·es. L’appel à la délation et la dénonciation d’une justice qui ne condamnerait pas assez (contre toute évidence statistique) est désormais un grand classique des élus (de tous partis) de notre beau pays. Il n’est donc pas très surprenant de voir le deuxième adjoint du 7ème se vautrer dans pareil caniveau de la pensée. Cette sortie a au moins un mérite : nous savons désormais parfaitement à quoi nous en tenir avec lui.

Antoine Marcadier, riverain de la place Mazagran

Illustration : Locaux Motiv’




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