Novembre 1, 2020
Par Le Numéro Zéro
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Commençons par Trump. Que pensez-vous du fait qu’il ait contractĂ© le virus ? Qu’est-ce que cela rĂ©vĂšle sur la maniĂšre dont son administration et la classe politique Ă©tats-unienne dans son ensemble ont gĂ©rĂ© la pandĂ©mie ?

Rob Wallace : Pour ĂȘtre honnĂȘte, pendant au moins un peu de temps hier, j’ai eu la chance de ne pas penser Ă  Trump. Dans ces moments-lĂ , je consacre mon esprit et mon attention Ă  mon implication dans l’activisme et la recherche pour nous aider Ă  sortir de la catastrophe.

Pour ce qui est de la contraction du COVID-19 par Trump, je pense que c’est un spectacle et une intrigue de palais – cela sert de distraction. Le fait mĂȘme qu’il l’ait contractĂ© est Ă  la fois stupĂ©fiant, ahurissant, et pourtant tout Ă  fait prĂ©visible.

Les scientifiques mettent en garde contre une telle pandĂ©mie depuis au moins une dĂ©cennie. Et les plus radicaux avancent que de telles Ă©pidĂ©mies ne sont pas un accident mais le rĂ©sultat d’un systĂšme capitaliste qui fait passer le profit avant l’environnement, les ĂȘtres humains et la santĂ© publique. Quelle idĂ©e radicale : nos systĂšmes sociaux ont un impact sur nos Ă©pidĂ©miologies !

Ce que nous voyons sous l’administration Trump, c’est l’effondrement de l’exceptionnalisme amĂ©ricain, mĂȘme en tant qu’idĂ©ologie. AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont pris en charge la gestion du systĂšme capitaliste mondial en imposant leur puissance politique et militaire dans le monde entier pour protĂ©ger les profits de leur bourgeoisie et de ceux qui s’alignent sur elle.

Dans le cadre de leur domination impĂ©riale, les États-Unis avaient l’habitude de s’occuper des Ă©pidĂ©mies. Le CDC (Centers for Disease Control & Prevention) Ă©tait l’un des bras de cette opĂ©ration, qui consistait principalement Ă  garder les pandĂ©mies potentielles sous contrĂŽle et hors des États-Unis.

Le CDC a progressivement pris conscience que ce n’était qu’une question de temps avant qu’un virus ne traverse le bouclier amĂ©ricain, et il a commencĂ© Ă  alerter les administrations sur ce type de menaces. Mais Trump a ignorĂ© les mĂ©mos que le CDC avait envoyĂ©s Ă  plusieurs administrations.

Le fait mĂȘme que Trump ait rĂ©ussi Ă  gagner la prĂ©sidence est en soi un signe de la faiblesse de l’ensemble de l’establishment politique, rĂ©publicain et dĂ©mocrate. Ils n’ont pas Ă©tĂ© capables de le « filtrer Â» et d’assurer la gestion continue de l’empire.

La responsabilitĂ© de l’émergence de Trump incombe clairement au Parti dĂ©mocrate. Sous la direction d’Obama, la situation de la grande majoritĂ© de la population s’est dramatiquement dĂ©tĂ©riorĂ©e, en particulier dans les rĂ©gions abandonnĂ©es par les investissements capitalistes, notamment les greniers Ă  blĂ© agricoles et les zones anciennement industrialisĂ©es du Midwest.

Dans ces rĂ©gions, les maladies de dĂ©sespoir comme l’addiction aux opiacĂ©s ont explosĂ©. Il suffit de regarder les comtĂ©s oĂč le taux de ces maladies est Ă©levĂ©. Ces comtĂ©s sont passĂ©s d’Obama en 2012 Ă  Trump en 2016, en particulier dans le Midwest et le Sud.

Ils sont passĂ©s Ă  Trump parce que les politiques nĂ©olibĂ©rales des dĂ©mocrates les avaient abandonnĂ©s, les laissant se dĂ©brouiller seuls. Prenez Obamacare. MĂȘme si vous avez une assurance sur l’un des marchĂ©s, vous devez quand mĂȘme payer des primes, des co-paiements et des franchises Ă©normes. Pire encore, Obamacare n’aide mĂȘme pas les 28 millions de personnes qui ne sont pas encore assurĂ©es ou les 44 millions d’autres qui sont sous-assurĂ©es.

De telles conditions de chĂŽmage et de dĂ©tĂ©rioration du niveau de vie, ainsi que toute la colĂšre et le dĂ©sespoir qui les accompagnent dans certains milieux, font de la politique fasciste un choix judicieux. Surtout s’il y a peu d’alternatives Ă  gauche. En ce sens, Trump est un symptĂŽme aigu de l’incapacitĂ© totale du Parti dĂ©mocrate Ă  rĂ©pondre aux besoins rĂ©els des gens.

Trump a profitĂ© de cette situation et a fait peu de cas de toutes les institutions qui dirigeaient l’empire, y compris le CDC. Il l’a transformĂ© en une unitĂ© de propagande politique au point qu’elle est incapable de faire face Ă  une Ă©pidĂ©mie majeure, mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur de nos propres frontiĂšres. Les États-Unis commencent Ă  montrer les caractĂ©ristiques d’un État-nation en faillite.

La pandĂ©mie ne montre aucun signe d’essoufflement. Elle s’est propagĂ©e dans une grande partie du monde capitaliste avancĂ© et elle fait de mĂȘme dans tout le Sud. À quoi pouvons-nous nous attendre dans les mois et les annĂ©es Ă  venir ?

Rob Wallace : Sur la base des modĂ©lisations effectuĂ©es jusqu’à prĂ©sent, les scĂ©narios les plus pessimistes montrent que nous pourrions encore ĂȘtre au cƓur de la pandĂ©mie en 2024. La prĂ©vision la plus optimiste est que nous en serons sortis dans un an. Quoi qu’il en soit, nous ne sommes encore qu’au dĂ©but de la crise.

Il n’y a pas de leadership pour y faire face de maniĂšre consĂ©quente, que ce soit de la part des rĂ©publicains ou des dĂ©mocrates. Les pires Ă©tant, bien sĂ»r, les rĂ©publicains : ils sont engagĂ©s dans un eugĂ©nisme social d’une grande brutalitĂ©.

PlutĂŽt que de parler de vertu ostentatoire, il faudrait parler de vice ostentatoire lorsqu’ils prĂ©tendent que leurs partisans sont impermĂ©ables aux rĂ©sultats de leur propre politique. C’est pourquoi il n’est guĂšre surprenant que Trump ait contractĂ© le virus : ce dernier s’est rĂ©pandu dans une grande partie de la Maison Blanche et maintenant dans ses fiefs de soutien Ă  travers tout le pays.

Mais les dĂ©mocrates de la plupart des grandes villes et des États rĂ©publicains n’ont pas fait beaucoup mieux. Ils ont tous optĂ© pour une approche nĂ©olibĂ©rale. Ils n’ont pas fait comme la Chine, le Vietnam et la Nouvelle-ZĂ©lande : imposer des confinements stricts mais plus courts, effectuer des tests de masse, organiser des systĂšmes de recherche des contacts et fournir au moins une forme de rĂ©ponse massive et bien organisĂ©e en matiĂšre de santĂ© publique.

Au mieux, les États-Unis se sont engagĂ©s dans des confinements temporaires dans certaines parties du pays, suivis d’une rĂ©ouverture rapide de l’économie et d’une reprise des bĂ©nĂ©fices. Le rĂ©sultat a Ă©tĂ© un spectacle d’horreur qui a compromis leur propre espoir de reprise Ă©conomique.

Ils sont tellement dĂ©sorganisĂ©s que les partisans de la rĂ©ouverture, de Trump Ă  sa base, n’ont mĂȘme pas utilisĂ© l’alibi de l’immunitĂ© collective, que la Grande-Bretagne et la SuĂšde ont invoquĂ© avec des rĂ©sultats meurtriers, sacrifiant la vie de milliers de leurs propres partisans. Ce n’est que maintenant, alors que la pandĂ©mie est essentiellement hors de contrĂŽle aux États-Unis, que le personnel politique a commencĂ© Ă  parler d’immunitĂ© collective, l’utilisant essentiellement comme une excuse pour continuer Ă  ne rien faire.

Ils ne se soucient surtout pas des personnes qui ont Ă©tĂ© les plus touchĂ©es : les personnes ĂągĂ©es, les travailleurs essentiels, les non-blancs. C’est Ă©trangement similaire Ă  leur rĂ©action au VIH. Ils laissent ce virus se propager dans les populations parce qu’il s’est d’abord rĂ©pandu parmi les hommes homosexuels et s’est propagĂ© aux BIPOC (LittĂ©ralement les individus noirs, indigĂšnes et de couleur – NdT).

Mais, comme le VIH l’a prouvĂ©, concentration ne signifie pas confinement. Une pandĂ©mie va commencer Ă  un endroit et se propager dans le reste de la population. De la mĂȘme maniĂšre, et nous le voyons maintenant avec le dĂ©but d’une deuxiĂšme vague sur la cĂŽte Est, le COVID-19 continuera Ă  se rĂ©pandre dans tout le pays, Ă©crasant des systĂšmes de santĂ© publique Ă©viscĂ©rĂ©s.

Pour maĂźtriser cette crise, nous aurions besoin de confinements suivis d’une rĂ©ouverture prudente, avec des plans Ă©laborĂ©s de tests et de traçage des contacts pour stopper les nouvelles Ă©pidĂ©mies. Mais aucune administration ne dispose des systĂšmes de dĂ©pistage et de traçage dont nous avons besoin, y compris les États et les villes contrĂŽlĂ©s par les dĂ©mocrates.

Les deux partis ont vidĂ© l’infrastructure de santĂ© publique de sa substance et refusent de rĂ©orienter leurs prioritĂ©s de dĂ©penses en taxant les riches pour la reconstruire. Ainsi, le gouvernement fĂ©dĂ©ral, les États et les villes n’ont pas la capacitĂ© de faire face Ă  la crise.

Ils ne font que trĂ©bucher sur la pandĂ©mie. Le seul point positif est que grĂące aux efforts hĂ©roĂŻques du personnel mĂ©dical, qui a appris Ă  traiter les gens sur le tas, le taux de mortalitĂ© est en baisse. Mais mĂȘme avec cette avancĂ©e, des dizaines de milliers de personnes continueront de mourir d’un virus dont la premiĂšre vague aurait dĂ» ĂȘtre maĂźtrisĂ©e en deux ou trois mois seulement.



Qu’en est-il d’un vaccin ? Quand pouvons-nous en attendre un et cela va-t-il mettre fin Ă  la crise ?




Rob Wallace :
Nous devons comprendre comment l’impulsion en faveur des vaccins est compromise par la façon dont le gouvernement a abandonnĂ© la santĂ© publique. Le gouvernement travaille dĂ©sormais principalement par l’intermĂ©diaire de sociĂ©tĂ©s pharmaceutiques privĂ©es, qui cherchent avant tout Ă  gagner de l’argent.

Bien sĂ»r, je ne suis pas contre les vaccins et les antiviraux. Notre camp a longtemps exigĂ© le dĂ©veloppement et la mise Ă  disposition d’innovations mĂ©dicales pour amĂ©liorer la vie des gens, indĂ©pendamment de leur capacitĂ© Ă  payer.

Mais la combinaison de l’appĂąt du gain et de la politique rĂ©actionnaire – faire rĂ©Ă©lire Trump, par exemple – peut compromettre d’emblĂ©e la santĂ© publique. De telles politiques peuvent miner la confiance du public, ce qui est d’une importance dĂ©cisive.

Prenons par exemple l’approche du virus Ebola par les Nations unies au Congo. L’ONU a collaborĂ© avec la mafia locale lorsqu’elle s’est implantĂ©e au Congo, ce qui l’a conduit Ă  s’aliĂ©ner la population. Ainsi, les populaitions locales jetaient des pierres sur les agents de santĂ© des Nations unies, non pas parce qu’ils Ă©taient fous ou anti-scientifiques, comme l’ont dĂ©peint les mĂ©dias mainstream, mais parce qu’ils Ă©taient en colĂšre que les Nations unies renforcent le pouvoir des voleurs et des voyous locaux.

La maniĂšre dont Trump gĂšre sa campagne pour un vaccin pose un risque similaire. Il fait pression pour qu’un vaccin soit dĂ©veloppĂ© avant l’élection, afin de la remporter, et tout le monde le sait. Ainsi, au fait qu’une large partie de la population ait Ă©tĂ© convaincue que le virus n’est pas une menace, vient s’ajouter une mĂ©fiance gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  l’égard de tout vaccin. En consĂ©quence, les sondages montrent que seuls 50 % des AmĂ©ricains dĂ©clarent qu’ils prendront le vaccin.

Les scientifiques qui dirigent les agences gouvernementales n’ont rien fait pour amĂ©liorer la situation. Le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, Anthony Fauci, a ainsi rĂ©digĂ© un papier au dĂ©but de la pandĂ©mie qui affirmait que le taux de mortalitĂ© du COVID Ă©tait similaire Ă  celui de la grippe. Ce genre de position a aidĂ© Trump Ă  diffuser des informations erronĂ©es et a sapĂ© la confiance du public dans le CDC.

Il ne faut donc pas se mettre Ă  aduler Fauci comme le font les libĂ©raux. N’oubliez pas qu’il a une histoire longue et ternie qui remonte loin, jusqu’à sa catastrophique gestion de la crise du sida sous Reagan. Il ne conteste en rien les problĂšmes systĂ©miques qui produisent des pandĂ©mies.

MalgrĂ© ses appels Ă  la mise en place de masques et autres, Fauci part du principe que la santĂ© publique se limite largement aux vaccins et aux mĂ©dicaments. Les disparitĂ©s systĂ©miques de l’exposition aux maladies et leurs rĂ©sultats sont rarement discutĂ©es. Pourquoi ? Parce que cela implique de changer le systĂšme.

En ce qui concerne la production d’un vaccin, les autoritĂ©s sanitaires sont confrontĂ©es Ă  de rĂ©els problĂšmes. Il n’y a jamais eu de vaccin efficace contre un coronavirus. En plus de ces dĂ©fis, les sociĂ©tĂ©s passent outre les protocoles de sĂ©curitĂ© habituels. On voit ainsi certaines tentatives de vaccination passer directement du laboratoire Ă  l’homme sans tests sur des animaux ou sauter certaines Ă©tapes des tests sur les humains.

En consĂ©quence, il a dĂ©jĂ  fallu interrompre les essais d’un vaccin potentiel en Angleterre en raison des effets secondaires dĂ©couverts tardivement lors de tests sur l’homme. Les efforts dĂ©ployĂ©s pour mettre les vaccins sur le marchĂ© en un temps record entraĂźnent des omissions qui sapent encore davantage la confiance du public.

Beaucoup de gens n’obtiendront pas le vaccin s’il est distribuĂ© Ă  la hĂąte avant les Ă©lections ou avant la fin de l’annĂ©e pour tenir la promesse de Trump. MĂȘme les sociĂ©tĂ©s pharmaceutiques ont renoncĂ© Ă  promettre de respecter ce dĂ©lai, par crainte d’ĂȘtre blĂąmĂ©es pour des effets secondaires, des dĂ©cĂšs et voir ainsi leur rĂ©putation entachĂ©e sur le marchĂ©.

Nous sommes confrontĂ©s Ă  deux dĂ©fis trĂšs difficiles : trouver un vaccin et obtenir la confiance du public. Le mieux est de faire en sorte que les diffĂ©rents laboratoires mettent au point un vaccin au moins partiellement efficace. C’est mieux que rien, mais cela ne signifie pas la fin de l’épidĂ©mie elle-mĂȘme.

Nous pourrions voir des Ă©pidĂ©mies cycliques aller et venir. Certains virus s’épuisent et disparaissent. D’autres, comme le VIH, la tuberculose et le paludisme, persistent. Ils trouvent de nouvelles voies pour infecter les humains si un mode de transmission important est interrompu.

Nous disposons d’antirĂ©troviraux pour le VIH, qui sont efficaces pour traiter les personnes qui prĂ©sentent des symptĂŽmes. Mais le VIH continue de se propager dans le monde entier, en partie Ă  cause de la mĂ©diocritĂ© des infrastructures de santĂ©, mais aussi parce que la plupart des nouvelles infections surviennent avant que les gens ne se rendent compte qu’ils sont infectĂ©s. Les mĂȘmes types de complications se produisent pour d’autres maladies, comme le paludisme et la tuberculose.

Ainsi, le COVID-19 pourrait devenir une maladie saisonniĂšre comme la grippe ou une maladie Ă  poussĂ©es Ă©pisodiques. Elle pourrait ne pas ĂȘtre aussi mortelle qu’auparavant, car sa virulence peut s’attĂ©nuer. L’immunitĂ© collective pourrait finalement ĂȘtre obtenue, des annĂ©es plus tard et si c’est le cas, par un vaccin partiellement efficace uniquement. Mais il est complĂštement absurde de penser que la solution consiste Ă  laisser le virus se propager dans la population.

Ce genre de nĂ©gligence n’est en fait qu’une dĂ©claration de capitulation sans pitiĂ©. C’est un meurtre. Le nombre de personnes tuĂ©es au cours de ce processus serait astronomique. On estime que laisser le COVID circuler librement pourrait entraĂźner plus de 600 000 dĂ©cĂšs rien qu’aux États-Unis.

Prenons un peu de recul et examinons la relation entre la pandĂ©mie et le capitalisme. Les Ă©conomistes bourgeois et Trump affirment que cette maladie est sortie de nulle part et n’a rien Ă  voir avec le systĂšme capitaliste. En quoi cela est-il faux ? Quels sont les Ă©volutions du capitalisme mondial qui ont crĂ©Ă© les conditions propices au dĂ©veloppement de ce genre de pandĂ©mie ?

Rob Wallace : La vĂ©ritĂ©, c’est que la bourgeoisie connaĂźt trĂšs bien la relation entre le systĂšme dont elle profite et la pandĂ©mie, tout comme elle connaissait la relation entre le tabagisme et le cancer. Le systĂšme s’efforce de cultiver une amnĂ©sie qui fait que nous ne relions pas suffisamment les points entre eux pour pouvoir agir.

De nombreux scientifiques savent que la bourgeoisie agit ainsi, mais ils se taisent pour apaiser leurs bailleurs de fonds sans lesquels ils ne pourraient pas faire fonctionner leurs laboratoires. Il existe une conspiration structurelle du silence sur les racines capitalistes des pandémies.

Le dĂ©veloppement du capitalisme mondial, en particulier de l’agrobusiness international et de ses fermes industrielles, a tellement englouti le monde naturel que notre sociĂ©tĂ© se rapproche de plus en plus d’écosystĂšmes autrefois isolĂ©s. Cela permet aux virus d’animaux sauvages auparavant isolĂ©s de passer dans le systĂšme alimentaire et les travailleurs agricoles, puis, par le biais des produits alimentaires et des voyageurs, de se dĂ©placer dans le monde entier en quelques semaines.

En d’autres termes, l’ùre du capitalisme mondial est une Ăšre de pandĂ©mies. La grippe aviaire, ou grippe H5N1, est devenue le premier virus cĂ©lĂšbre de cette Ă©poque lorsqu’il est apparu Ă  la fin des annĂ©es 1990. Cela a alertĂ© les États capitalistes et les organismes internationaux qu’ils financent, comme l’ONU, sur la rĂ©alitĂ© soudaine de la menace reprĂ©sentĂ©e par les pandĂ©mies.

Les agences de l’ONU comme l’Organisation mondiale de la santĂ© animale, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation mondiale de la santĂ© ont commencĂ© Ă  se rencontrer pour comprendre comment se produit la transmission de la faune sauvage au bĂ©tail puis Ă  l’homme.

Faire partie de la nature est toujours une entreprise risquĂ©e. Nous devons nous approprier les ressources de la nature pour survivre. C’est la vie. Mais dĂ©truire la grande totalitĂ© de la nature pour remplir les poches de quelques milliardaires nous place au bord du prĂ©cipice de l’extinction.

Cela entraĂźne Ă©galement l’apparition de multiples maladies mortelles, les unes aprĂšs les autres. Dans une sociĂ©tĂ© rationnelle, nous nous comporterions avec la nature en vue de protĂ©ger l’environnement dont nous dĂ©pendons tous. Sinon, nous ne sommes pas en mesure de nous reproduire socialement de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration.

Cela semble Ă©vident, mais ce n’est pas ainsi que fonctionne le capitalisme mondial. La classe capitaliste qui le dirige se concentre presque exclusivement sur les bĂ©nĂ©fices du prochain trimestre fiscal. Une fois que les entreprises Ă©puisent un environnement local, elles s’engagent dans ce qu’on appelle un « spatial fix Â»1, en se dĂ©plaçant vers d’autres endroits pour piller.

Mais il reste peu d’endroits Ă  piller (smash-and-grab), Ă  l’exception du Congo et de l’Amazonie, et les sociĂ©tĂ©s d’agroalimentaire, d’exploitation miniĂšre et forestiĂšre travaillent d’arrache-pied pour abattre les derniĂšres forĂȘts. Pourquoi ? Parce que ce qui est moins disponible et encore essentiel au systĂšme devient plus prĂ©cieux. Il y a donc une ruĂ©e vers ces ressources – et non pas, comme l’affirment les partisans du capitalisme vert, un Ă©lan pour les protĂ©ger.

Les capitalistes et les scientifiques savent ce qu’il en est : avec la destruction complĂšte des derniers vestiges de la forĂȘt surgissent les explosions de pandĂ©mies. Mais ils ne peuvent pas s’en empĂȘcher, car la concurrence systĂ©matique pour le profit les pousse Ă  continuer mĂȘme si cela signifie l’effondrement de l’écosphĂšre.

J’ai un problĂšme avec cela. J’ai un enfant de 12 ans et je veux protĂ©ger son avenir. Je pense que nous avons presque tous un problĂšme avec cela. Mais nos systĂšmes de production transforment rapidement la terre en une nouvelle planĂšte Mars. Je veux pouvoir me promener avec mon fils sans combinaison spatiale. Je pense que la quasi-totalitĂ© de l’humanitĂ© souhaite pouvoir jouir de ces actes simples sans subir les ravages que laisse dans son sillage le capital myope des dĂ©combres.

Le systĂšme et ses sociĂ©tĂ©s capitalistes empĂȘchent de faire quoi que ce soit pour arrĂȘter ce scĂ©nario cauchemardesque qu’ils savent ĂȘtre imminent. Par exemple, One Health avec le soutien des Nations unies et des groupes comme EcoHealth Alliance attirent l’attention sur le pillage des derniĂšres forĂȘts, mais leurs efforts sont soutenus par des fonds d’entreprise, car ces derniĂšres prĂ©tendent protĂ©ger les prochaines gĂ©nĂ©rations dans une vaste opĂ©ration de greenwashing.

Ainsi, au lieu de blĂąmer les vĂ©ritables coupables, ces scientifiques bien financĂ©s accusent les groupes indigĂšnes et les petits exploitants locaux. Ou alors, ils se concentrent sur les conditions locales qui ont produit directement la situation. Bien sĂ»r, nous devons Ă©tudier ces conditions et les comprendre, mais dans le contexte d’un systĂšme global.

Si nous ne le faisons pas, nous finirons par faire porter le chapeau aux acteurs locaux en oblitĂ©rant le rĂŽle du systĂšme et des grandes entreprises. Nous devons regarder la situation dans son ensemble ou ce que les gĂ©ographes appellent les gĂ©ographies relationnelles – voir comment ce qui se passe d’un cĂŽtĂ© de la terre est liĂ© Ă  ce qui se passe de l’autre cĂŽtĂ©.

Nous devons nous concentrer sur les circuits du capital dans le systĂšme mondial et sur la maniĂšre dont ils alimentent les pandĂ©mies. Dans cette optique, il n’est pas surprenant que des endroits comme New York, Londres et Hong Kong soient les pires foyers de maladies, car ce sont les centres de capitaux qui financent la dĂ©forestation et le dĂ©veloppement qui sont Ă  l’origine de la contagion.

Tout cela devrait ĂȘtre assez Ă©vident, et tout le monde le sait, y compris la bourgeoisie et la classe politique qui travaille pour eux. Mais parce qu’ils ont un intĂ©rĂȘt dans l’ordre actuel, ils bloquent toute solution sĂ©rieuse. La classe politique trĂšs instruite et bien Ă©duquĂ©e, qui compte parmi les personnes les plus sympathiques que vous puissiez rencontrer, est en rĂ©alitĂ© structurellement sociopathe.



L’un des points que vous faites valoir dans Big Farms Make Big Flu (Monthly Review, 2016) est que l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) ne joue aucun rĂŽle dans la remise en cause de la dynamique que vous venez d’exposer. Au contraire, elle aide et encourage les coupables qui crĂ©ent les conditions propices Ă  l’apparition de pandĂ©mies : les États et les entreprises capitalistes. Comment l’OMS s’y prend-elle ?

Rob Wallace : L’OMS est complice parce qu’elle est structurellement liĂ©e aux États et aux entreprises capitalistes. Elle Ă©tait auparavant financĂ©e par les États qui avaient de l’argent. Ainsi, comme toutes les agences des Nations unies, elle dĂ©pendait des pays donateurs et Ă©tait liĂ©e Ă  leurs intĂ©rĂȘts.

Les principaux pays donateurs se trouvant au sein du Nord global, dans les pays impĂ©rialistes, en particulier les États-Unis. Ainsi, les politiques et l’approche de l’OMS reflĂ©taient inĂ©vitablement leurs prioritĂ©s : maintenir un systĂšme dans lequel 20 % de la population mondiale consomme 80 % de ses ressources.

Ces États impĂ©rialistes pillent le monde et ont mis en place des institutions comme l’OMS pour les couvrir et faire des victimes les plus pauvres, y compris les groupes indigĂšnes et les petits exploitants forestiers, des boucs Ă©missaires. Aujourd’hui, cependant, mĂȘme les pays les plus riches ont rĂ©duit le financement de l’OMS et d’autres institutions des Nations unies. Des capitalistes « philanthropiques Â» comme Bill Gates ont comblĂ© le vide. Aujourd’hui, environ 70 % du budget de l’OMS provient de dons privĂ©s.

Ainsi, ce sont dĂ©sormais les capitalistes qui façonnent directement les politiques de l’OMS, et moins les États impĂ©rialistes et leur classe politique. C’est comme le dernier acte du nĂ©olibĂ©ralisme : vous rĂ©duisez tellement le rĂŽle de l’État qu’il ne peut plus remplir ses anciennes fonctions et les capitalistes prennent le relais, utilisent leurs dons comme des dĂ©ductions fiscales et font passer la politique de santĂ© publique pour le remboursement des obligations liĂ©es Ă  la pandĂ©mie avant de servir ceux qui sont en premiĂšre ligne, tout cela au nom de la philanthropie.

Ces « philanthro-capitalistes Â» ne font que doubler la mise en Ɠuvre de la mĂȘme approche que celle des États impĂ©rialistes : exonĂ©rer leur systĂšme, se concentrer sur le nettoyage de certains effets plutĂŽt que sur les causes, et faire des populations locales des boucs Ă©missaires.



L’une des choses que vous soulignez dans Big Farms Make Big Flu est la bataille qui se joue entre les États-Unis et la Chine au sujet de l’OMS. Ils l’ont utilisĂ©e comme une sorte de terrain de jeu politique, chaque partie essayant de dissimuler son mauvais comportement et de blĂąmer l’autre. Quelle est votre Ă©valuation de ce que chaque État a fait de l’OMS ?

Rob Wallace : Le point de dĂ©part est la façon dont les États-Unis ont gĂ©rĂ© le systĂšme mondial depuis la Seconde Guerre mondiale. L’élection de Trump doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme le signe que les États-Unis dĂ©clinent en tant que puissance impĂ©riale. Ils gĂšrent toujours le systĂšme, mais depuis une position plus faible, et sous Trump, ils menacent d’abandonner leur rĂŽle de gestionnaire mondial et de faire cavalier seul.

La menace de Trump de le faire est le symptĂŽme d’une bourgeoisie devenue encore plus myope qu’elle ne l’était dĂ©jĂ . En cette fin de cycle d’accumulation, les riches d’ici encaissent l’imperium, vendant ses infrastructures.

Comment expliquer autrement le fait qu’ils dĂ©truisent leurs propres pays et empoisonnent notre eau ? Ils vendent tout, y compris le systĂšme de santĂ© publique amĂ©ricain des 40 derniĂšres annĂ©es.

Ce faisant, ils dĂ©molissent la forteresse AmĂ©rique et permettent aux dangers qu’ils avaient gardĂ©s Ă  l’extĂ©rieur et externalisĂ©s au Sud d’émerger Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres amĂ©ricaines. Bien sĂ»r, l’esclavage, le gĂ©nocide et l’apartheid ont Ă©tĂ© les fondements du systĂšme amĂ©ricain dĂšs le dĂ©but.

Et je ne partage pas la position nativiste consistant Ă  dĂ©fendre les biens mal acquis de l’AmĂ©rique aux dĂ©pens du Sud. Je ne fais que souligner la phase terminale que le nĂ©olibĂ©ralisme a fait s’écrouler sur son propre centre impĂ©rial.

OĂč cela nous mĂšne-t-il ? Ce que nous devrions faire, c’est travailler avec les gens du monde entier pour s’attaquer aux racines des problĂšmes comme les pandĂ©mies et le changement climatique.

D’autres centres du capital peuvent avoir d’autres projets. Avec le dĂ©clin des États-Unis en tant que gestionnaire mondial du capitalisme, la Chine se prĂ©sente comme un challenger potentiel pour le remplacer. Mais il n’est pas certain qu’elle puisse le faire, car elle, et en fait tous les États capitalistes, se heurtent Ă  des limites Ă©cologiques. Que reste-t-il Ă  piller (smash-and-grab) ?

La rivalitĂ© entre les États-Unis et la Chine dans ce contexte est particuliĂšre. Les deux pays semblent opposĂ©s l’un Ă  l’autre, mais en mĂȘme temps ils sont totalement dĂ©pendants l’un de l’autre, la Chine dĂ©tient la dette de Washington, les directions des conseils d’administration de leurs grandes entreprises sont imbriquĂ©es, les deux pays investissent dans les Ă©conomies de l’autre et s’intĂšgrent Ă  travers le commerce et la production.

Par exemple, aprĂšs l’effondrement du marchĂ© immobilier en 2008, Goldman Sachs a diversifiĂ© ses avoirs en achetant des fermes en Chine centrale. De l’autre cĂŽtĂ©, un consortium dirigĂ© par des Chinois a rachetĂ© Smithfield, le gĂ©ant amĂ©ricain du porc.

Cela dit, leur interdĂ©pendance n’empĂȘche pas ces camps d’entrer en conflit, voire en guerre. Les États-Unis et la Chine sont donc, selon la caractĂ©risation de Marx, des « frĂšres ennemis Â». Ils se battent pour obtenir un avantage dans un systĂšme mondial qu’ils acceptent tous deux.

Ce qui est inquiĂ©tant, c’est la façon dont chaque puissance tente de rallier sa population autour de son drapeau pour dĂ©tourner la responsabilitĂ© des problĂšmes du systĂšme sur l’autre. Les États-Unis et la Chine utilisent tous deux l’OMS et d’autres agences intergouvernementales comme une arme dans cette rivalitĂ©.

Trump menace de retirer de l’argent Ă  l’OMS pour collusion avec la Chine dans la propagation du virus. Et la Chine utilise l’OMS pour redorer son image dans le systĂšme mondial dans l’espoir d’amĂ©liorer sa position mondiale contre les États-Unis.

Nous devons nous opposer Ă  de telles tentatives de division des travailleurs dans le monde entier dans le sens de cette rivalitĂ©. Les travailleurs ont plus en commun entre eux par-delĂ  les frontiĂšres qu’avec leurs dirigeants.

Ironiquement, la pandĂ©mie le montre trĂšs clairement. J’ai eu le COVID-19 trĂšs tĂŽt. Mon expĂ©rience de la maladie n’est en aucun cas unique. Mon mĂ©decin ne voulait pas me voir ; j’ai Ă©tĂ© renvoyĂ© Ă  un systĂšme informatique et j’ai Ă©tĂ© diagnostiquĂ© par une infirmiĂšre en ligne qui ne m’a mĂȘme pas testĂ©.

Aucun personnel de santĂ© ne s’est prĂ©sentĂ© Ă  ma porte et aucun agent de santĂ© communautaire n’a assurĂ© le suivi. Comparez cela avec le traitement immĂ©diat et financĂ© par l’État que Trump a reçu Ă  Walter Reed.

Ou prenez l’exemple des Brooklyn Nets. Dans les premiers jours de l’épidĂ©mie, tous leurs joueurs ont reçu des tests immĂ©diats, tandis que les infirmiĂšres des urgences de New York, mĂȘme celles qui Ă©taient manifestement infectĂ©es, ne pouvaient pas se faire tester. C’est presque comme si les AmĂ©ricains vivaient dans des pays diffĂ©rents, mĂȘme s’ils se cĂŽtoient tout le temps dans la rue.

La plupart des AmĂ©ricains ont plus de points communs avec les Africains de l’Ouest qui ont Ă©tĂ© infectĂ©s par le virus Ebola qu’avec les AmĂ©ricains plus riches.

Cela montre bien pourquoi les travailleurs ont des intĂ©rĂȘts communs et sont solidaires les uns des autres dans le monde entier. MalgrĂ© nos diffĂ©rences de lieu et de culture, nous sommes finalement dans des positions similaires, confrontĂ©s Ă  des problĂšmes similaires enracinĂ©s dans un systĂšme capitaliste organisĂ© autour de la protection de la bourgeoisie, indĂ©pendamment de ses origines nationales.

Comment les États ont-ils utilisĂ© l’OMS pour dissimuler leur mauvaise conduite ?

Rob Wallace : Dans Big Farms Make Big Flu, je montre comment les États les plus riches et l’industrie agro-alimentaire font pression sur l’OMS et d’autres agences des Nations unies pour les exonĂ©rer de toute responsabilitĂ©. La menace de perdre toute source de financement est un moyen de pression efficace.

Ces menaces introduisent une distorsion diplomatique de la science par des moyens directs et indirects. Elles conduisent au filtrage des scientifiques qui expriment ce qui sont des points de vue considĂ©rĂ©s comme radicaux dans ce contexte, comme la protection des forĂȘts locales et de leurs communautĂ©s contre l’accaparement des terres. Cela a Ă  son tour un impact sur les Ă©tudes produites par l’OMS.

Bien sĂ»r, ce n’est pas tout Ă  fait le cas. Ces institutions ne sont pas monolithiques. Il y a des gens brillants partout. Certains chercheurs font des Ă©tudes importantes, mĂȘme Ă  la Banque mondiale, en suivant les impacts du nĂ©olibĂ©ralisme sur la pauvretĂ©, par exemple. De mĂȘme, il y a des gens Ă  l’OMS qui Ă©crivent la vĂ©ritĂ© sur les pandĂ©mies.

Mais les dissidents sont l’exception, pas la norme. La norme, c’est la dĂ©fĂ©rence envers les États qui financent, les philanthropes privĂ©s et les entreprises. Ainsi, l’OMS peut agir pour protĂ©ger la Chine qui, dans le cas du SARS-1, a essayĂ© de dissimuler la gravitĂ© de la menace. L’OMS a procĂ©dĂ© Ă  une correction de trajectoire aprĂšs cela. Mais la possibilitĂ© que les origines du SARS-2 soient dissimulĂ©es de cette maniĂšre est Ă  nouveau en jeu.

Je pense que le SARS-2 est apparu sur le terrain Ă  partir de chauves-souris, a Ă©tĂ© transmis aux animaux destinĂ©s Ă  l’alimentation, puis aux humains. Mais il y a une autre hypothĂšse que nous Ă©voquons dans notre nouveau livre Dead Epidemiologists, Ă  savoir qu’il serait apparu dans un laboratoire de Wuhan.

Je veux maintenant distinguer cette version de l’hypothĂšse de la thĂ©orie conspirative de Trump selon laquelle le gouvernement chinois aurait dĂ©libĂ©rĂ©ment libĂ©rĂ© le virus. Tout cela n’est que du sectarisme sinophobe qu’il utilise pour blĂąmer la Chine pour sa propre gestion catastrophique de la pandĂ©mie – exactement le type de transfert de responsabilitĂ© dont nous avons dĂ©jĂ  parlĂ©.

MĂȘme si je soutiens l’hypothĂšse des origines du COVID sur le terrain, il y a lieu d’étudier la possibilitĂ© qu’un accident au laboratoire ait trĂšs bien pu libĂ©rer le virus. Nous ne sommes qu’à dix mois du dĂ©but de la pandĂ©mie. Il y a de la place pour examiner ces origines.

MĂȘme de nombreux piliers de l’establishment, comme la journaliste Laurie Garrett et les scientifiques Marc Lipsitch et Alison Galvani, ont longtemps craint qu’un tel accident soit de plus en plus probable. Au lendemain du 11 septembre, des milliers de laboratoires ont prolifĂ©rĂ©, testant des virus dans le monde entier. Cela fait partie d’une tentative pour comprendre comment les virus fonctionnent et comment les arrĂȘter.

Certains des pays qui ont crĂ©Ă© ces laboratoires ne disposent pas de systĂšmes rĂ©glementaires solides ou n’appliquent pas les normes de sĂ©curitĂ© mondiales. Cela inclut les États-Unis. Ces conditions posent des risques, comme la possibilitĂ© d’accidents et de contagion. Mais mĂȘme le simple nombre de laboratoires impliquĂ©s fait pencher un Ă©vĂ©nement rare comme un accident de laboratoire vers l’inĂ©vitable. Aux États-Unis, il y a eu de multiples accidents, notamment la mise Ă  la poste d’échantillons mortels de grippe aviaire.

De mĂȘme, il y a eu de multiples accidents en Chine avec le SARS-1. Ainsi, l’inquiĂ©tude concernant un accident pour le COVID n’est pas sans fondement et doit faire l’objet d’une enquĂȘte approfondie. L’Alliance EcoHealth travaille avec des scientifiques chinois sur des Ă©tudes de gain de fonction qui consistent Ă  laisser un virus Ă©voluer selon ses propres moyens pour percer le systĂšme immunitaire humain. MĂȘme si le systĂšme de biosĂ©curitĂ© de votre laboratoire est rigoureux, de telles expĂ©riences comportent les risques Ă©normes de voir un virus mortel se rĂ©pandre parmi la population.

C’est pourquoi un moratoire a Ă©tĂ© imposĂ© sur les expĂ©riences de gain de fonction aux États-Unis. AprĂšs le moratoire, l’Alliance EcoHealth a utilisĂ© les fonds du NIH (National Institute of Health) pour aider Ă  relancer les expĂ©riences en Chine. Ainsi, pour le meilleur et, dans ce cas, pour le pire, les directions imbriquĂ©es s’étendent Ă  la pratique scientifique. Dans ce cas, cela a permis Ă  Trump de blĂąmer la Chine pour le virus.

Mais nous ne devons pas laisser la source immĂ©diate du virus, que ce soit chez les chauves-souris ou un laboratoire, masquer l’origine des pandĂ©mies. L’empiĂštement de l’agro-industrie, de l’exploitation miniĂšre et forestiĂšre sur les derniĂšres forĂȘts du monde demeure la cause principale. De telles incursions augmentent l’interface entre la faune sauvage, auparavant isolĂ©e, qui abrite des agents pathogĂšnes mortels, et le bĂ©tail, et les travailleurs qui s’en occupent.

Ni la recherche de la source immĂ©diate d’un virus, ni la mise au point de vaccins ne permettront de rĂ©soudre ce trafic croissant. Aucune Ă©tude de l’EcoHealth Alliance, financĂ©e par Colgate, qui contribue Ă  la dĂ©forestation pour l’huile de palme, ne s’attaquera aux circuits de capitaux qui alimentent le dĂ©veloppement et qui produisent ces maladies.

Ainsi, les politiciens et les chercheurs, et pas seulement Trump, sont complices de la dissimulation des origines documentĂ©es des pandĂ©mies. Un exemple classique est l’émergence de la pandĂ©mie de H1N1 en 2009 sous la surveillance d’Obama.

Des sociĂ©tĂ©s agroalimentaires comme Smithfield, qui reprĂ©sentent une part importante de l’économie amĂ©ricaine, ont profitĂ© de l’ALENA pour s’implanter au Mexique, ce qui a conduit de petites exploitations porcines mexicaines Ă  la faillite. Une sĂ©rie d’études gĂ©nĂ©tiques a montrĂ© que les exploitations agro-alimentaires amĂ©ricaines et canadiennes ont infectĂ© ces nouvelles fermes industrielles et leurs porcs avec la grippe porcine qui a donnĂ© lieu Ă  la pandĂ©mie H1N1. C’est pourquoi notre Ă©quipe a renommĂ© ce virus « grippe de l’ALENA Â». Ce sont les donnĂ©es molĂ©culaires qui ont permis une telle caractĂ©risation.

Comparez cela avec la rĂ©ponse d’Obama Ă  l’épidĂ©mie. Il a fait en sorte que le virus soit appelĂ© par le terme plus gĂ©nĂ©rique, « H1N1 Â», mĂȘme si la souche pandĂ©mique est clairement apparue dans les Ă©levages de porcs amĂ©ricains. Obama a voulu s’assurer que le terme « grippe porcine Â» n’était pas utilisĂ© parce qu’il souhaitait protĂ©ger l’industrie porcine des consĂ©quences d’une mise en cause. Et il a obtenu que l’OMS joue le jeu.

Trump est terrible, mais il n’est certainement pas le premier prĂ©sident Ă  jouer Ă  des jeux politiques avec des pandĂ©mies. C’est un projet bipartisan.

Passons maintenant Ă  l’impact de la pandĂ©mie aux États-Unis. Elle a frappĂ© de maniĂšre disproportionnĂ©e la classe ouvriĂšre, en particulier les non-blancs. Cela se produit en mĂȘme temps que nous avons cette incroyable rĂ©bellion multiraciale menĂ©e par les Noirs contre la brutalitĂ© policiĂšre, les meurtres policiers et le racisme en gĂ©nĂ©ral. Que signifie cette rĂ©bellion pour la lutte autour de la santĂ© publique ?

Rob Wallace : La pandĂ©mie et la rĂ©bellion soulignent le fait que le capitalisme, depuis ses dĂ©buts, est un capitalisme racial. Il a Ă©tĂ© largement fondĂ© sur l’esclavage et le colonialisme racialisĂ©s et ses dirigeants ont depuis utilisĂ© le racisme pour diviser et conquĂ©rir les travailleurs. Plus spĂ©cifiquement, la politique amĂ©ricaine est consacrĂ©e Ă  la reconstitution quotidienne de ces origines : esclavage racial, gĂ©nocide et exploitation.

Les liens entre le racisme et la pandĂ©mie devraient ĂȘtre Ă©vidents. Les militants de la santĂ© publique ont longtemps dĂ©crit la brutalitĂ© policiĂšre comme la crise de la santĂ© publique. Je comprends leur idĂ©e, car la brutalitĂ© est une autre exposition de la santĂ©. Mais je pense que ce cadre masque l’intention systĂ©mique de la brutalitĂ© policiĂšre et des meurtre racistes.

Des Ă©tudes rĂ©centes montrent qu’il y a beaucoup plus de Noirs tuĂ©s par la police lorsqu’elle n’est pas armĂ©e que de Blancs tuĂ©s lorsqu’elle est armĂ©e. Si vous regardez oĂč ces meurtres policiers sont concentrĂ©s, ce sont dans les villes les plus sĂ©grĂ©guĂ©es, caractĂ©risĂ©es par des divisions semblables Ă  l’apartheid dans toutes les formes de vie et de communautĂ©, y compris le logement et l’emploi.

Oui, le racisme a un impact sur la santé publique et il interagit avec la violence policiÚre raciste.

Des hommes politiques de droite comme le dĂ©putĂ© Peter King ont affirmĂ© que le meurtre d’Eric Garner par la police rĂ©sultait de sa mauvaise santĂ© hylique plutĂŽt que du bras du policier enroulĂ© autour de son cou. C’est un argument, bien sĂ»r, utilisĂ© pour essayer d’accuser la victime de sa propre mort. Donc, c’est des conneries.

En mĂȘme temps, la brutalitĂ© policiĂšre et la mauvaise santĂ© sont toutes deux des consĂ©quences de l’oppression raciale sous le capitalisme. Les flics tuent de maniĂšre disproportionnĂ©e les non-blancs dans le cadre d’une politique raciale pour diviser et vaincre la classe ouvriĂšre. Et le racisme institutionnel et les taux Ă©levĂ©s de pauvretĂ© produisent de mauvaises conditions sanitaires.

Parmi les multiples sources de mauvaise santĂ©, les non-blancs souffrent de taux plus Ă©levĂ©s de maladies infectieuses et chroniques. Il en va de mĂȘme pour le COVID. En GĂ©orgie, par exemple, au dĂ©but de l’épidĂ©mie, 80 % des personnes qui se sont rendues dans les hĂŽpitaux pour le COVID Ă©taient noires. C’est probablement pour cette raison que la GĂ©orgie a dĂ©cidĂ© de rouvrir l’économie.

Un tel racisme est rendu visible au niveau national dans la façon dont Trump a gĂ©rĂ© la pandĂ©mie. Il n’a pas utilisĂ© la loi sur la production de dĂ©fense pour fabriquer des Ă©quipements de protection individuelle. Il a utilisĂ© son pouvoir pour Ă©tiqueter les travailleurs du secteur de l’emballage de la viande comme Ă©tant essentiels, obligeant ces travailleurs, largement non-blancs, Ă  rester ou Ă  retourner travailler sur la chaĂźne de production mĂȘme en cas d’exposition indue au virus mortel.

Lorsque certains ont refusĂ© de retourner dans les usines de l’Iowa, le gouverneur a dĂ©clarĂ© que ces travailleurs n’auraient pas droit Ă  l’assurance chĂŽmage. En consĂ©quence, des milliers de ces travailleurs dans l’Iowa et dans tout le pays ont Ă©tĂ© contraints de retourner dans les usines, oĂč plusieurs centaines ont contractĂ© le COVID.

Il y a une longue histoire d’une telle contrainte de l’État sur les travailleurs non-blancs dans l’agroalimentaire qui remonte Ă  l’esclavage racialisĂ©. Comme l’ont affirmĂ© les historiens Walter Johnson et Monica Gilsolfi, les racines de l’agrobusiness se trouvent dans l’esclavage d’avant la guerre. De nombreuses pratiques de travail de l’agriculture esclavagiste ont Ă©tĂ© reprises de l’époque de Jim Crow jusqu’à aujourd’hui.

Comme l’a dit Malcolm X, les joueurs peuvent changer, mais le jeu reste le mĂȘme. Nous assistons Ă  une nouvelle itĂ©ration du capitalisme racial sur lequel le pays a Ă©tĂ© construit. Il s’exprime de nombreuses façons, de la brutalitĂ© policiĂšre aux mauvaises conditions sanitaires.

La vie et la mort de George Floyd condensent tout cela. Son espĂ©rance de vie a Ă©tĂ© bloquĂ©e par le racisme, la police raciste l’a assassinĂ©, et son autopsie a rĂ©vĂ©lĂ© qu’il avait le COVID-19. Comme le COVID est une maladie circulatoire qui attaque le systĂšme vasculaire, de nombreux travailleurs de l’industrie de la viande contraints de retourner au travail par des pratiques de travail racistes et tuĂ©s par le COVID ont souffert du genre d’étranglement sanguin qui a mis fin Ă  la vie de Floyd.

Compte tenu de votre analyse des racines de la pandĂ©mie, il est Ă©vident que nous avons besoin d’un changement structurel massif de l’ensemble du systĂšme Ă©conomique mondial. Quel genre de rĂ©formes les militants devraient-ils exiger dĂšs maintenant ? De quel type de changement systĂ©mique avons-nous besoin pour arrĂȘter les pandĂ©mies ?

Rob Wallace : Il existe deux sources principales de pandĂ©mie. La premiĂšre est le pillage des forĂȘts, qui ouvre la sociĂ©tĂ© humaine aux virus, notamment ceux des chauves-souris qui abritent le virus Ebola et les coronavirus. Les forĂȘts complexes, denses et isolĂ©es ont gĂ©nĂ©ralement pour effet d’enfermer les agents pathogĂšnes dans leurs populations hĂŽtes et peut-ĂȘtre dans quelques autres espĂšces.

Une fois que l’agrobusiness s’attaque Ă  la forĂȘt, plusieurs choses se produisent. La complexitĂ© de la forĂȘt qui avait emprisonnĂ© les pathogĂšnes est simplifiĂ©e. Cela libĂšre les agents pathogĂšnes qui peuvent alors se propager plus facilement Ă  d’autres espĂšces et plus loin gĂ©ographiquement.

Les espĂšces hĂŽtes typiques quittent Ă©galement leurs anciens habitats. Elles ne s’éteignent pas comme ça. Nombre d’entre elles sont comportementalement plastiques. Lorsque les chauves-souris sont chassĂ©es de la forĂȘt, elles trouvent de nouveaux habitats plus proches des populations humaines, ce qui ouvre de nouvelles voies de propagation des virus.

Lorsque les oies voient leurs zones humides dĂ©truites le long du golfe du Mexique, elles se nourrissent de cĂ©rĂ©ales dans des fermes industrielles jusqu’au Minnesota. Tout ce grain entraĂźne une explosion de la population d’oies. Les nouvelles Ă©cologies augmentent Ă©galement les interfaces entre ces hĂŽtes de maladies et les humains, crĂ©ant ainsi de nouveaux vecteurs de transmission des virus.

Il est Ă©vident que nous devons immĂ©diatement cesser d’abattre les forĂȘts. Nous devons mettre fin Ă  l’expulsion des rĂ©sidents et des petits exploitants indigĂšnes. Ensemble, ils pratiquent le type d’agroĂ©cologie qui aide Ă  prĂ©server les forĂȘts et ne violent ces pratiques que lorsqu’ils sont soumis aux pressions capitalistes. Lorsque l’agrobusiness s’installe, il force les populations locales Ă  couper dans la forĂȘt voisine simplement pour survivre.

L’autre grande source de pandĂ©mie est l’industrie du bĂ©tail et de la volaille. Elle construit des fermes industrielles avec des animaux presque gĂ©nĂ©tiquement identiques pour nourrir les populations urbaines. C’est le moyen le plus efficace de sĂ©lectionner les pires agents pathogĂšnes imaginables.

Pensez-y. Lorsque vous mettez 15 000 dindes presque gĂ©nĂ©tiquement identiques dans une Ă©table, vous enlevez tous les pares-feux immunologiques nĂ©cessaires pour empĂȘcher les agents pathogĂšnes de se propager. Cela permet de sĂ©lectionner les agents pathogĂšnes qui peuvent brĂ»ler le plus rapidement Ă  travers ces animaux non protĂ©gĂ©s. Cela sĂ©lectionne les souches les plus mortelles.

L’autre pratique des fermes industrielles qui aggrave le problĂšme est de ne pas permettre aux animaux de se reproduire sur place. L’industrie Ă©lĂšve des bĂȘtes aux caractĂ©ristiques morphomĂ©triques comme une croissance plus rapide chez les porcs et une plus grande poitrine chez les poulets et les dindes. Tout cela est fait par des sociĂ©tĂ©s d’élevage au niveau des grands-parents des animaux et loin de la ferme.

Cet Ă©levage homogĂ©nĂ©ise les populations et les rend moins rĂ©sistantes aux virus. Mais il empĂȘche Ă©galement les populations de bĂ©tail de rĂ©agir en temps rĂ©el Ă  une maladie en circulation. Supposons qu’une maladie se dĂ©clare dans une Ă©table et tue la plupart des animaux, mais que certains survivent. Logiquement, vous prendriez ces animaux rĂ©sistants et vous les Ă©lĂšveriez pour permettre au troupeau d’acquĂ©rir une rĂ©sistance Ă  jour Ă  l’agent pathogĂšne circulant. Mais sans laisser les animaux se reproduire sur place, vous ne pouvez pas faire cela. Vous avez supprimĂ© la sĂ©lection naturelle dans l’agriculture.

Au lieu de cela, l’agroalimentaire s’appuie davantage sur des interventions telles que les vaccins et les antibiotiques qui, souvent, ne fonctionnent pas lors d’une Ă©pidĂ©mie. Ces produits lucratifs expliquent le chevauchement et la fusion totale entre l’agrobusiness, les sociĂ©tĂ©s pharmaceutiques et les entreprises chimiques.

Leur activitĂ© consiste Ă  concurrencer la nature. Pourquoi ? Parce que c’est rentable. Si elles se dĂ©barrassent des sols fertiles, elles peuvent vendre des engrais. Si elles se dĂ©barrassent de la capacitĂ© des troupeaux Ă  se protĂ©ger en dĂ©veloppant une immunitĂ© en temps rĂ©el, elles peuvent vendre des vaccins et des antibiotiques.

C’est une question de gĂ©ographie. Ce complexe industriel agro-pharmaceutique n’est pas une industrie rurale. C’est une industrie de banlieue. La quasi-totalitĂ© de leurs siĂšges sociaux sont situĂ©s dans les banlieues, tandis que les comtĂ©s ruraux sont traitĂ©s comme des zones de sacrifice. C’est le cas tant dans le Nord global que dans le Sud global.

La guerre totale contre les moyens de subsistance ruraux et le contrĂŽle des communautĂ©s contribue Ă  expliquer Ă  la fois les maladies de dĂ©sespoir qui en rĂ©sultent, comme l’alcoolisme et l’épidĂ©mie d’opiacĂ©s, ou encore l’élection de Trump en 2016. Dans ces communautĂ©s rurales, les agriculteurs vivant sous le nĂ©olibĂ©ralisme de l’ùre Obama ont Ă©tĂ© contraints de vendre leurs fermes parce qu’ils ne pouvaient pas s’en sortir et qu’ils luttaient pour trouver du travail autour de chez eux.

Les agriculteurs qui ont pu survivre et racheter les fermes de leurs voisins n’ont pas d’argent car la quasi-totalitĂ© de leurs revenus est consacrĂ©e Ă  l’achat des intrants que leur vend l’agroalimentaire, des antibiotiques aux engrais chimiques. Ainsi, en substance, les revenus des agriculteurs ne circulent pas localement pour reproduire une Ă©conomie locale mais sont aspirĂ©s dans les caisses des entreprises. En consĂ©quence, les comtĂ©s ruraux se retrouvent dĂ©molis et appauvris.

Ainsi, se protĂ©ger contre l’évolution et la propagation d’agents pathogĂšnes mortels est intimement liĂ© au droit des agriculteurs Ă  exercer leur autonomie. De la porte de la ferme Ă  travers tout le paysage rural.

La gauche doit apprendre les spĂ©cificitĂ©s de ces dynamiques dans les zones rurales et aider Ă  soutenir la rĂ©sistance. Mais nous ne devons pas dĂ©barquer et expliquer aux gens ce qu’ils doivent faire. Nous devons les accompagner dans leur combat pour dĂ©fendre leurs exploitations, repousser les agro-industries et redĂ©velopper des mĂ©thodes agricoles Ă©cologiquement saines, comme le remplacement des monocultures par des cultures diversifiĂ©es et l’élevage d’animaux naturellement divers et rĂ©sistants.

Nous devons résister aux éco-modernistes de gauche qui parodient notre argumentation en la présentant comme hostile aux travailleurs. Nous devons faire valoir que les travailleurs urbains devraient développer des alliances avec les peuples indigÚnes et les petits agriculteurs.

Mes collĂšgues et moi expliquons comment en dĂ©tail dans Dead Epidemiologists. Nous soutenons que notre mouvement devrait viser Ă  aider Ă  surmonter le fossĂ© mĂ©tabolique qui divise actuellement les ruraux et les urbains au sein des pays et Ă  l’échelle mondiale. Les travailleurs urbains, les petits exploitants et les populations indigĂšnes ont clairement des intĂ©rĂȘts communs Ă  remettre en question l’agrobusiness capitaliste.

Nous devons unir ces forces ensemble, et ne pas permettre que nos luttes soient divisées et conquises séparément. Une gauche urbaniste bien trop instruite mais peu expérimentée limite la lutte aux seuls travailleurs urbains alors que nous devrions aider à combler la division entre les populations ouvriÚres urbaines et rurales.

Nous devons faire ce que Martin Luther King a accompli. Il a rĂ©ussi Ă  faire en sorte que les États-Unis et le monde entier prennent conscience, comprennent et assimilent comme leur propre histoire ce qui se passe dans les zones rurales de l’Alabama, de la GĂ©orgie et du Mississippi.

Nous devons construire un mouvement qui amĂšne les gens dans les rues de Philadelphie Ă  s’intĂ©resser Ă  ce qui se passe dans le Nebraska rural et vice versa. C’est une façon de surmonter le clivage politique qui reflĂšte Ă©galement le clivage Ă©cologique.

Historiquement, comme nous l’a montrĂ© King, nous pouvons le faire aux États-Unis. Nous l’avons Ă©galement fait au niveau international dans les annĂ©es 1960, lorsqu’une grande partie du peuple amĂ©ricain s’est identifiĂ©e Ă  la lutte du peuple vietnamien pour la libĂ©ration. Nous devons converger vers ce type de solidaritĂ©, au niveau national et mondial.

Nous devons nous orienter davantage vers la crĂ©ation d’alliances avec des personnes avec lesquelles nous ne sommes pas nĂ©cessairement d’accord sur tout, mais avec lesquelles nous sommes d’accord sur les luttes immĂ©diates pour tout, des cours d’eau polluĂ©s aux sources d’épidĂ©mies mortelles, en passant par le logement, la faillite des fermes, la brutalitĂ© policiĂšre, les luttes sur le lieu de travail, le racisme et la guerre.

Du Sud amĂ©ricain au Sud global, nous devons nous unir dans des luttes concrĂštes et nous sortir de ce qui semble ĂȘtre une catastrophe aprĂšs l’autre.

Ce faisant, je pense que nous pouvons récupérer notre droit de réimaginer notre monde. Les gens se rendront compte que nous devons remplacer le mode de civilisation actuel. Il est basé principalement sur le mode de production capitaliste et est la source de presque tous nos problÚmes les plus dangereux. Ensemble, nous sommes notre propre voie vers un monde meilleur.

P.-S.




Source: Lenumerozero.info