Octobre 21, 2020
Par Union Syndicale Solidaires
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Collectif Mayouri Santé Guyane

A l’heure oĂč ce dispositif liberticide controversĂ© est en train de se dĂ©velopper sur l’ensemble du territoire français, il convient de s’interroger sur le bien fondĂ© de cette mesure.

Deux jours avant l’annonce par le PrĂ©sident de la RĂ©publique française de l’extension du couvre-feu Ă  plusieurs grandes villes de France, nous avons dĂ©couvert la prĂ©-publication d’une Ă©tude prĂ©tendant montrer l’efficacitĂ© du couvre-feu sur le dĂ©veloppement du coronavirus en Guyane. Cette prĂ©-publication qui a une valeur scientifique limitĂ©e, car n’étant pas encore validĂ©e par la communautĂ© scientifique, est Ă  nos yeux largement contestable Ă  cause d’au moins deux biais importants.

Tout d’abord, nous constatons que cette Ă©tude Ă©value l’efficacitĂ© du couvre-feu en se basant sur l’évolution du taux de reproduction (R0) en Guyane. Or la variation de ce taux dĂ©pend du nombre de cas dĂ©pistĂ© quotidiennement et par consĂ©quent des capacitĂ©s de dĂ©pistages. Entre la fin juin et la mi-juillet, la Guyane a connu un pic de contamination trĂšs important (>1/10 000Ăšme de la population nouvellement dĂ©pistĂ©e positive chaque jour, ce qui reprĂ©senterait environs 75 000 cas positifs en 24h Ă  l’échelle de la France). La capacitĂ© des tests PCR en Guyane est restĂ©e limitĂ©e ne dĂ©passant que rarement 1 000 tests par jour. Il est donc trĂšs probable que les donnĂ©es Ă©pidĂ©miologiques soient restĂ©es trĂšs en deçà de la rĂ©alitĂ©.

C’est d’ailleurs ce que semble montrer l’étude « Epi Covid Â» menĂ©e par l’Institut Pasteur, qui a Ă©valuĂ©, Ă  l’aide de dĂ©pistages sĂ©rologiques, le nombre de personnes infectĂ©es dĂ©but juillet en Guyane. Les rĂ©sultats sont Ă©loquent, avec 15% de la population contaminĂ©e et des pics Ă  plus de 25% Ă  Cayenne ; cela reprĂ©sente un cumul d’environ 45 000 personnes contaminĂ©es en Guyane au dĂ©but du mois de juillet quand les tests de dĂ©pistage PCR en ont dĂ©pistĂ© 10 fois moins, soit 4 200 cas cumulĂ©s officiellement au 1er juillet.

Ainsi, estimer l’efficacitĂ© du couvre-feu en s’appuyant sur l’évolution du R0 est scientifiquement trĂšs contestable.

L’autre biais majeur que nous constatons, concerne la pĂ©riode de l’étude du couvre-feu. Selon cette Ă©tude c’est l’application de mesure restrictives Ă  compter du 25 juin 2020 qui a restreint l’évolution du Coronavirus (couvre-feu Ă  17h en semaine et du samedi 13h au lundi matin 5h, combinĂ© au confinement stricte de 23 quartiers).

Or, ce que nous constatons c’est que le couvre-feu est en application en Guyane depuis le 11 mai 2020 et qu’il n’a jamais empĂȘchĂ© le dĂ©veloppement rapide de l’épidĂ©mie Ă  partir de la fin mai 2020. En revanche, nous constatons Ă©galement que suite Ă  notre mobilisation, la PrĂ©fecture a consenti Ă  rendre obligatoire le port du masque en Guyane Ă  compter du 24 juin 2020. Il nous paraĂźt donc trĂšs contestable d’affirmer que la rĂ©duction de la dynamique Ă©pidĂ©mique est liĂ©e Ă  l’application du couvre-feu alors que sa date d’application ne correspond pas Ă  la pĂ©riode Ă©tudiĂ©e.

Il apparaĂźt ainsi que contrairement au tapage mĂ©diatique organisĂ© par le gouvernement français, le couvre-feu en Guyane est loin d’avoir fait ses preuves.

Pire, Ă  l’issue de l’état d’urgence sanitaire mi-septembre, le PrĂ©fet de Guyane a prolongĂ© le couvre-feu sans aucune justification lĂ©gale.

Nous maintenons que la gestion de l’épidĂ©mie par l’état français et ses services en Guyane a Ă©tĂ© catastrophique. Ce fut d’abord l’incapacitĂ© de contrĂŽler les voyageurs arrivant d’Europe, entraĂźnant l’importation de nombreux cas sur notre territoire. Puis, la dĂ©cision absurde de lever le confinement le 11 mai en Guyane alors que l’épidĂ©mie Ă©tait extrĂȘmement menaçante Ă  notre frontiĂšre brĂ©silienne.

Enfin, nous avons connu toute une sĂ©rie d’expĂ©rimentation avec le couvre-feu, l’interdiction d’achat d’alcool Ă  partir de 18h ou encore la volontĂ© de mettre en place un centre d’expĂ©rimentation clinique. La jeunesse de la population guyanaise Ă  sans doute permis de limiter le nombre de morts en Guyane, mais l’application de la mĂȘme gestion au niveau de la France aurait probablement eu des consĂ©quences dĂ©sastreuses se dĂ©comptant en millier de morts !

Sept mois aprĂšs le dĂ©but de cette crise sanitaire sans prĂ©cĂ©dent, la Covid-19 est toujours prĂ©sente – quoiqu’on en dise – sur le territoire. C’est pourquoi, le Mayouri SantĂ© Guyane appelle une nouvelle fois les gouvernances locales et nationales Ă  considĂ©rer que la santĂ© n’a pas de prix, Ă  prendre les dĂ©cisions qui permettront de protĂ©ger la population.

TrĂšs concrĂštement, nos revendications sont toujours Ă  l’ordre du jour : masques gratuits, dĂ©pistages coordonnĂ©s, moyens humains Ă  hauteur des enjeux (hĂŽpitaux et dispensaires), crĂ©ation d’un CHU…

Le collectif Mayouri Santé Guyane, le 20 octobre 2020




Source: Solidaires.org