Mai 6, 2016
Par Paris Luttes
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Pour en finir avec la désinformation autour du cortège de tête. “Ne nous regardez pas, rejoignez-nous !”

Depuis plus d’une semaine, les médias tournent en boucle sur les « heurts » qui auraient eu lieu « en marge des manifestations contre la Loi Travail » et qui seraient le fait de 300 « casseurs » cagoulés n’ayant rien à voir avec le reste de la manifestation. Malheureusement pour le storytelling parfaitement huilé des chaines d’informations en continue, ceci est entièrement faux. En effet, pour qui était aux manifestations de la semaine dernière, il est évident que le cortège où les affrontements avec la police ont eu lieu comptait des milliers de personnes, dont un petit millier était effectivement tout de noir vêtu et se cachait le visage. Car oui, depuis presque deux mois, à chaque manifestation, le cortège « déter », « black block », « totos », « casseurs » – utilisez l’expression que vous préférez, on s’en fiche – devient de plus en plus important et c’est pourquoi le cortège du 28 avril et celui du 1er mai étaient aussi massifs, impressionnants et, disons-le, beaux. De manière un peu provocatrice, et en détournant la propagande médiatique, on pourrait presque dire qu’« en marge des dernières manifestations, des individus marchaient calmement derrière des camions ».

Si nous sommes nombreux-ses à nous réjouir de cet état de fait, on ne peut, cependant, pas ignorer que ce fameux cortège est la cible d’une entreprise de décrédibilisation d’une rare intensité, que ce soit par le gouvernement ou par les médias. Ainsi, quiconque ayant allumé sa télé ou sa radio en rentrant de manifestation a pu se rendre compte du degré de désinformation diffusé par les médias mainstream. Ils arriveraient presque à nous faire peur d’un cortège dans lequel nous étions quelques heures auparavant… Le fait que ce cortège de tête continue de grandir montre que cette entreprise médiatique et gouvernementale ne fonctionne pas aussi efficacement qu’on aurait pu le craindre. Le comportement du reste du cortège et la solidarité en acte observés lors de la manifestation du 1er mai sont également d’excellents signes. Néanmoins, il nous faut prendre en compte le fait que la mobilisation dans son ensemble diminue progressivement, au moins d’un point de vue purement numérique, et qu’un grand nombre de personnes continuent de voir d’un très mauvais œil ce cortège de tête et la diversité de ces pratiques.

Si l’objectif n’est évidemment pas de faire l’unanimité ni de ne froisser personne, il faut, je crois, tout de même prendre au sérieux le risque de l’isolement. C’est pourquoi, il est bon de garder en tête ce passage de A nos amis du Comité Invisible : « Lorsque la répression aveugle s’abat sur nous, gardons-nous donc d’y voir la preuve enfin établie de notre radicalité. Ne croyons pas que l’on cherche à nous détruire. Partons plutôt de l’hypothèse que l’on cherche à nous produire. ». En effet, il suffit de prêter attention aux tactiques policières tentant constamment de scinder le cortège ainsi qu’au traitement médiatique des dernières manifestations pour comprendre que cet avertissement nous concerne au plus haut point.

Ainsi, j’aimerais apporter ma contribution à l’entreprise de démythification du cortège de tête, dans laquelle je crois qu’on devrait collectivement se lancer. Il tente de nous « produire », il tente de faire du cortège de tête un épouvantail, ne tombons pas dans le piège de la pseudo-radicalité. Soyons insaisissables. Oui, nous sommes radicaux – là n’est pas la question – mais il est crucial que notre radicalité soit inclusive, c’est-à-dire qu’elle ne nous isole pas. Nous devons être « rejoignables ».

En fait, et c’est une bonne nouvelle, je pense que c’est déjà le cas. Je pense que nous sommes déjà insaisissables et rejoignables (la preuve, toutes les semaines de nouveaux-elles manifestant-e-s viennent grossir les rangs du cortège de tête). Il nous suffit juste de le revendiquer. Si on laisse les médias décider de qui est dans ce cortège et de qui ne l’est pas, les fantasmes éculés sur l’ultra-gauche” et ses milles mouvances ne s’arrêteront jamais. Alors répétons-le : dans ce cortège, cagoulé-e-s ou non, il y a des étudiant-e-s, des chômeurs-euses, des lycéen-e-s, des anars, des précaires, des intermittent-e-s, des autonomes, des chercheur-e-s, des membres des différentes AG interprofessionnelles, des syndicalistes qui ont décidé de dépasser leur insupportable SO etc. Ce cortège n’est pas si jeune que cela. Il est très loin d’être entièrement masculin, comme voudraient le faire croire les médias qui, derrière les cagoules, sont incapables d’imaginer des femmes. Enfin, il n’est pas “hyper-entrainé à l’émeute”, il est simplement composé de gens-tes qui ont décidé de s’équiper, différemment selon l’appréciation de chacun-e, face à la brutalité policière et, surtout, d’être solidaires afin de ne pas laisser la rue et ses trottoirs à la police.

Rejoignez-nous.

Un étudiant d’une « grande école » là où on ne l’attend pas, comme le reste du cortège de tête.




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