Avril 14, 2022
Par Paris Luttes
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Le 26 janvier 2022

En ce moment de crise, nous trouvons qu’il est important de nous positionner en tant que collectif dans les débats sur la lutte contre le coronavirus, et aussi de critiquer les mesures gouvernementales que nous considérons sont répressives et nuisibles à la société. Que ce soit clair : nous ne souhaitons pas parler de théories de complot. Nous savons bien que le Covid-19 est réel. Il constitue un danger non seulement pour des individus, mais pour la société également. Après deux ans de pandémie, il y a très peu de gens sur cette planète qui n’ont pas été affecté par le coronavirus … les gens ont vu leurs familles, leurs amis, ou leurs collègues infectés, ou ont été infectés eux-mêmes. Lorsqu’on voit que le coronavirus a tué au moins 5,5 millions de personnes, nous pouvons écarter les débats de type « est-il plus grave que la grippe ».

La vaccination

Le lancement de la vaccination n’a pas réussi à arrêter la diffusion du coronavirus. C’est essentiellement le fait du nationalisme vaccinal et du capitalisme. Les deux ont montré qu’en fin de compte, là où il y a l’enjeu du profit, la solidarité n’est qu’un mot tendance.

Dans les milieux libéraux, ce qu’on appelle le nationalisme vaccinal est apparu souvent dans les débats sur le corona. L’accumulation des vaccins dans les pays à économie forte a provoqué une situation où les endroits à économie moins forte se sont retrouvés sans le moindre vaccin. Les politiciens des pays industrialisés n’ont tenu aucun compte des appels émanant des scientifiques ainsi que du reste du monde d’être solidaire et de lancer la vaccination partout, plutôt que d’insister sur les campagnes de rappel. Il va sans dire que la pandémie est mondiale, et qu’elle se terminera uniquement si la réponse est également mondiale.

Par contre, le capitalisme, c’est un foutu cauchemar lorsqu’il s’agit de combattre les crises. L’humanité subit cette leçon encore et encore, mais elle semble dépourvue de mémoire à long terme. A cause de la notion capitaliste de brevets et de propriété intellectuelle, nous sommes incapables de partager avec d’autres pays les connaissances sur le vaccin contre le coronavirus. Certains passionnés du capitalisme croyaient que le marché résoudrait les problèmes par lui-même. Mais cela ne s’est pas produit. Est-ce étonnant ?

Le plus offrant remporte le tout, et les pauvres crèvent, tout simplement. Le capitalisme tue littéralement les gens avec la misère économique dans les pays du Sud. Un tel système économique est inexcusable. Ce n’est pas que le capitalisme ne tuait pas les gens auparavant. C’est que la crise actuelle constitue la plus grand concentration de personnes qui meurent à cause des droits de propriété intellectuelle.

Ces deux problèmes ont massivement favorisé la survenue de nouvelles mutations de la souche originelle du coronavirus.

Covid World Vaccination Tracker

Les gens ont déployé beaucoup d’efforts collectifs pour réussir à se faire vacciner. A commencer par accéder à la vaccination pour eux-mêmes avec les aléas au début du lancement de la vaccination (rappelons-nous l’histoire d’AstraZeneca). Beaucoup ont dû endurer des effets pénibles provoquées par le vaccin, avec une véritable souffrance physique. Certains se sont investis dans des campagnes d’information pour promouvoir la vaccination dans toute la société.

Et flûte, beaucoup de gens ont consenti à une restriction de leurs libertés au nom de la vaccination. Après tout, la vaccination obligatoire dans les restaurants et les lieux proposant des services sociaux avait peu à voir avec la prévention contre le virus in situ, et a été mise en place surtout pour pousser les gens à la vaccination. Les modalités du pass vaccinal ont fait croire à certains qu’ils étaient invincibles face au virus et pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Donc du point de vue de l’État, une personne double vaccinée qui fait un tour de trois ou quatre bars le soir en week-end pose moins problème qu’une personne qui est non-vaccinée mais testée négative.

Que ce soit clair : La vaccination a effectivement atténué l’impact du virus sur la population, réduisant le nombre de personnes qui sont mortes ainsi que le fardeau sur les soignants. Mais en ce qui concerne la maîtrise et l’arrêt du virus, avec Omicron, c’est à peu près le retour à la case départ de 2020. La vaccination ne peut pas être une alternative aux dépistages de la population. Un rappel Covid n’empêchera pas la diffusion du variant Omicron, et nous le savons déjà. Mais tout le monde continue à faire comme si tout se passait comme prévu.

A la lumière d’Omicron, davantage pousser vers la vaccination obligatoire pose question non seulement au niveau des libertés, mais au niveau de son efficacité également. Les vaccins actuels ont été développé pour d’autres variantes. Ils offrent une protection contre des formes sévères d’Omicron également. Cependant, la réglementation actuelle qui a permis à des personnes vaccinées de circuler partout sans se faire tester provoque une situation où elles se croient tout permis, sans conséquence. Cela crée un cluster de personnes qui transmettront le virus sans présenter aucun symptôme. En plus, sachant que beaucoup de kits de dépistage sont nuls, les conditions sont réunies pour une diffusion explosive du virus dans les prochains mois.

Quant à la situation actuelle d’obligation vaccinale en Autriche et de l’obligation vaccinale pour certains en Allemagne, nous voyons ces tentatives d’un oeil critique sur le plan social. Il y a eu beaucoup de manifestations sur cette question dans différents pays. Beaucoup de ces manifestations ont été soutenus et manipulés par des acteurs de la droite, mais la population générale non-politisée les a également soutenues. L’obligation vaccinale ne semble pas poser problème pour le public libéral.

Pour nous, l’obligation vaccinale suscite la question du fonctionnement global de la société. L’État impose certaines règlementations sur le peuple malgré le désaccord public : est-ce embêtant ? En tant qu’anarchistes, nous savons fort bien que c’est ainsi que fonctionne l’État. Il applique sans cesse des règles au peuple, même lorsque nous sommes en désaccord avec elles. Il ne s’agit pas d’une gouvernance par la majorité, mais d’une gouvernance par ceux qui ont le pouvoir. Par contre, ce qui est dangereux est la disposition de la partie libérale de la société à sanctionner ceux qui posent des questions. Nous croyons que les gens devraient se faire vacciner si c’est leur souhait. Mais au lieu de les contraindre à le faire, nous devrions les convaincre. Et ne pas le présenter comme la solution ultime au problème, mais plutôt comme l’une des nombreuses étapes de notre lutte contre le coronavirus.

Ce que nous avons appris au cours des deux dernières années est qu’une solution unique à l’épidémie n’existe pas. Plusieurs actions devraient être entreprises pour le combattre réellement. Et nous devrions vraiment nous demander s’il est moralement défendable que des entreprises pharmaceutiques gagnent de l’argent sur une crise qui a tué des millions de personnes, sape des libertés fondamentales conquises de haute lutte par des générations qui nous ont précédées. Et de manière générale, cela nous amène plus vers l’autoritarisme. Une grande partie de la solution à la crise réside dans l’aspect moral des actions qui devraient être entreprises. Et si nous ne contre-attaquons réellement la cupidité et la folie capitaliste, il n’y aura pas d’avenir pour la liberté. Toute personne sur cette planète devrait avoir accès à la vaccination, et sans que cela crée des profits !

Et on devrait se rappeler ici que le développement de vaccins ARNm s’inscrivait dans un processus long, largement financé par le grand public. Ici il s’agit ni de l’année 2020 ni de 2019, mais des 30 dernières années de recherches autour de l’ARNm. Pour rappel, c’est la technologie ARNm qui est employée par les vaccins les plus prisés et efficaces aujourd’hui, de Pfizer et de Moderna. Le ministère de la santé des États-Unis est même propriétaire d’une partie du brevet Moderna puisque il finance la recherche autour du vaccin [1]. Au moins 28% des coûts du développement du vaccin Pfizer contre le Covid auraient été financés par l’État allemand [2] également.



En quoi est-ce important ? Car beaucoup d’adorateurs du marché tenteraient de te convaincre que leurs profits énormes de la crise sont le fruit des investissements et d’un dur labeur. Sans hésitation, nous pouvons dire que c’est une connerie. Certains chercheurs ont effectivement été bien rémunérés pour leur travail dans le secteur privé. Mais globalement le chemin menant au vaccin ARNm résulte non pas des efforts de quelques-uns du secteur privé, mais de la communauté scientifique dans son ensemble, financés par la société entière.

Et n’oublions pas comment le système de santé moderne a évolué ces dernières décennies. Oui, nous célébrons le développement rapide des vaccins, mais dans de nombreux pays occidentaux, les tentatives d’optimiser les profits des services médicaux ont conduit à son lent déclin pour tous. Les pauvres continuent à mourir, mais les riches et les puissants se portent bien même après avoir eu le coronavirus. Cela est parce que bien qu’en étant « égaux », nous sommes toujours traités différemment, et les ressources auxquelles nous avons accès sont totalement différentes.



L’État et le gouvernement

Le premier confinement en Allemagne a suscité de nombreuses discussions sur les libertés individuelles et les attaques menés par l’État contre les tentatives de la société de s’organiser. Paradoxalement, c’était lors du premier confinement que le pays a vu le moins de cas de coronavirus. L’efficacité de certaines mesures reste discutables, ainsi que la contribution de la répression policière à la lutte contre le Covid. Mais l’impact économique de telles mesures difficiles a tant impressionné les politiciens que nous n’avons plus vu rien de tel depuis.

Lors de ces deux dernières années depuis la première vague, nous avons vu les politiciens faire de leur mieux pour maintenir l’ensemble de l’économie à flot. Y compris les nombreux emplois qu’on pourrait bien appeler des emplois de merde (bullshit jobs) [3]. Les mesures pour combattre le coronavirus concernent surtout la vie privée des gens. La consommation et le temps libre sont sujets au statut vaccinal. Par rapport à 2020, le nombre d’actes de répression suite aux infractions à ces règles a chuté, mais globalement il reste élevé tout de même. Avec les dernières règles 2G+ (en Allemagne, 2G+ signifie qu’on est vacciné/rétabli avec un test rapide négatif) : le gouvernement donne aux restaurants/bars la possibilité de rouvrir, mais en même temps a utilisé la règlementation pour réprimer les petits commerces qui ne respectent pas les règles. Nous avons déjà évoqué à tel point ces règles sont disproportionnées.



Lors des deux dernières années, le public n’a quasiment jamais eu la possibilité de participer aux débats sur la gestion du coronavirus, à l’exception des élections. Pour une grande partie de 2020 et 2021, les manifestations ont été restreintes ou interdites dans de nombreuses régions du pays. Les infractions aux règles gouvernant les manifestations peuvent être punies sévèrement. Les gens évitent donc une escalade sur ce front. Le droit aux rassemblements publics est la base pour une démocratie qui est au moins libérale. Ce qui ne semble guère intéresser ceux qui sont au pouvoir dans l’État allemand actuellement. Avec l’évolution de la crise, les hommes et femmes politiques se sont retrouvés dans le rôle d’« experts » qui savent la gérer. Au fil des années, nous avons vu qu’il y avait peu de compréhension du fonctionnement des choses, ainsi que de nombreuses tentatives d’utiliser la crise à des fins électorales.

Et ce serait aberrant de s’attendre à un autre résultat. Les politiciens œuvrent à préserver leur pouvoir et celui de leurs partis politiques. Ils ne feront rien qui puisse saper leur autorité. C’est un piège risqué, comme plus les politiciens croient en leur propres compétences, plus ils arrachent du pouvoir à la société. C’est l’évolution inexorable de Big Brother. Les récentes discussions autour de la vaccination obligatoire illustrent à quel point les politiciens se considèrent au-dessus des gens ordinaires. Plutôt que faire de la pédagogie auprès des non-vaccinés, l’État croit que c’est le moment d’appliquer les règles. Le fait que la majeure partie de la population est vaccinée rend cette décision directive un peu moins risquée, comme il est peu probable que les vaccinés protesteraient à ce stade de l’épidémie.

Globalement, il est évident que l’État consolide ses pouvoirs dans une tentative de mettre fin au virus. Ces pouvoirs consistent notamment en la répression et en davantage de maîtrise sur la population, qui, comme nous enseigne l’histoire, seront utilisés afin de davantage consolider le pouvoir. Le pouvoir de la rue est en chute libre, rétrécissant les possibilités du peuple de faire pression sur des questions importantes concernant la pandémie. A l’heure actuelle, il est difficile d’imaginer qu’un mouvement populaire de taille contraindrait le gouvernement allemand et le secteur privé de lever les brevets sur les vaccins. Sachant que le FDP, parti favorable aux affaires, est dans la coalition au pouvoir, c’est à la limite de l’impossible.

Il est clair que l’État en tant qu’institution est incapable de gérer la crise mondiale. Face à l’escalade de la crise climatique, nous devons agir rapidement et lutter pour des solutions collectives, au-delà de l’État-nation. Le virus ne s’arrête pas aux postes frontières, et a besoin ni de passeport ni de visa pour circuler. La lutte contre le coronavirus n’est pas une question de pays isolés, c’est une lutte de l’humanité entière. Et comme beaucoup d’autres luttes, elle implique une lutte contre certains individus, États et entreprises, qui sans sourciller, laisseront mourir la planète entière si cela leur permet de faire du profit et de préserver leur pouvoir.

La gauche et le virus

Concernant la réaction du mouvement anarchiste ainsi que des milieux de gauche d’une manière générale au coronavirus : elle a été timide, c’est le moins qu’on puisse dire. L’orientation vers les questions de la justice sociale et économique était extrêmement restreinte. Et globalement, les militants ainsi que les partisans d’une politique anti-autoritaire suivaient et défendaient les règles de l’État régissant les évènements publics, à la différence de l’aile droite de la société. Les rues ont donc été plus au moins laissées aux groupes de droite tels que le Querdenker et d’autres groupes, qui diffusent un mélange d’idées réactionnaires et de théories de complot.



Campagne anticapitaliste à Dresde, « Pas sur nos épaules ».

La gauche anarchiste et non-autoritaire a été assez occupée avec les nombreux conflits sociaux dans les régions germanophones : les luttes économiques, la justice sociale, l’écologie, la solidarité internationale, l’antifascisme, ainsi qu’une multitude d’autres luttes. Entre mars et mai 2020, nous avons dû faire face à la nouvelle réalité de mesures strictes, de contrôles et de répressions policières. A l’époque, certains groupes avaient commencé à réagir à la « gestion de crise » de l’État avec des actions locales. Leurs idées ont pu parler à des pans plus larges de la société, renforçant la résistance contre les mesures autoritaires, la restriction de droits fondamentaux et la répression. Mais cela n’a pas duré longtemps, et à la fin de la première vague, nous sommes tous retournés à nos vies avec l’espoir d’un retour à la normale.

Donc l’été de 2020 s’est passé, et les anarchistes sont retournés à leur lutte. En grand partie, ils ignoraient la situation. Il y a eu quelques petites tentatives pour faire avancer la question, mais sans réellement trouver d’écho chez les militants politiques. Nous avons tenté d’aborder les problèmes qui sont importants pour la société de manière générale, mais nous avons manqué de marquer une pause dans les luttes en cours et de réellement entamer le travail sur un enjeu qui façonnera le visage du monde pour la décennie à venir.

Une des raisons pour cela est que les anarchistes sont devenus trop lents pour réagir aux évènements dans le monde réel. Nous l’avons déjà vu lors de la crise économique en 2008. L’État semble plus à même de réagir à une telle situation que les militants de terrain, qui depuis des générations étaient ceux qui géraient les problèmes directement. Il y avait l’espoir que cela allait être le cas en 2020, lorsque les réseaux de solidarité ont surgi dans diverses parties du pays, mais c’était souvent symbolique, et les militants y ont vite renoncé.

L’organisation et les projets à long terme sont primordiaux pour la préservation des espaces conquis dans nos villes et nos communautés. Mais en temps de crise, certains projets et certaines luttes pourraient être moins prioritaires. Et nous devrions être prêts à prendre du recul sur ces luttes-là, afin d’empêcher l’État d’écraser nos droits et nos perspectives. Ce n’est pas le rôle de ce texte d’expliquer l’importance de la lutte dans ta région ; c’est à tes groupes d’en discuter. Mais il est clair que nous ne serons pas en mesure d’aborder la crise si nous ne libérons pas du temps et d’énergie pour s’organiser.

Les actions actuelles des gauchistes dans différentes régions du pays montrent qu’il y a des problèmes dans la compréhension de la gestion de la crise. Ce sont surtout les antifascistes et la gauche libérale qui font barrage contre les manifestations qui dénoncent la vaccination forcée. Beaucoup ne savent pas exactement qui sont ces personnes qui participent à ces actions collectives. Certains identifient clairement ces groupes comme étant des nazis, mais cela nous pose problème de qualifier de nazi un grand groupe qui n’a pas d’affiliation politique clairement nazie. Certains groupes complotistes participent à ces manifestations, ainsi que des vaccino-sceptiques. En Allemagne et en Autriche, on voit que les Nazis sont aussi dans les rues. Par contre, à quel point est-ce que cette situation nous force vraiment à entrer en mode « barrage » ?



Banderole au contre-rassemblement à Vienne

Nous ne prétendons pas que ces manifestations sont proches de nos idées publiques (quoique certaines personnes dans ces manifestations pourraient être plus proches des idées anti-autoritaires que du fascisme). Mais il est très important de saisir la chose avant de construire sa position par rapport à elle. Des fois les anarchistes et la gauche sont forts pour cela, mais des fois on est lamentable.

Et bien sûr il est question de quelle énergie on devrait accorder à ces gens, et quelle énergie on devrait accorder aux problèmes réels que nous rencontrons. Pour notre mouvement politique, est-il plus important de bloquer quelques centaines de personnes, ou de développer notre propre approche et perspective face à la crise ? C’est une question en suspens, mais nous pouvons déjà prendre Querdenker comme exemple. Nous pensons bien qu’il y a des enjeux plus importants autour de la réponse au coronavirus que ce mouvement qui est relativement marginal. Même si le gouvernement allemand tente de le présenter comme la plus grande menace pour nos libertés.

Solutions/Conclusions ?

Nous sommes assez sûrs que tout le monde aimerait bien une solution simple à la situation actuelle, de type « faire A pour obtenir B, et le monde sera meilleur pour nous tous ». Mais il n’existe pas de formule simple pour les problèmes complexes. Et c’est justement pourquoi les solutions ne devraient pas être déléguées à la sphère politique ou à la sphère économique. La gestion du COVID est d’intérêt public et nous pensons qu’elle devrait donc être abordée par le public. Nous pensons que l’État ne protège ni notre santé, ni celle des gens autour de nous lorsqu’il nous est interdit d’organiser des rassemblements, des manifestations, ou tout autre évènement politique qui est public. Nous pensons que la protection de la propriété intellectuelle n’est vraiment ni dans l’intérêt général, ni dans l’intérêt de l’humanité. Par ailleurs, nous ne pensons pas qu’il suffit de prendre une seule pilule pour que tout aille bien après. Nous ne pensons pas que le marché, le capitalisme ou l’État soient capable de gérer les problèmes actuels, comme ils sont tous corrompus et ils ont peu à voir avec le monde réel.

Par contre, nous pensons bien qu’en tant que militants, agitateurs, éducateurs et organisateurs, nous devrions peser les risques de s’organiser ouvertement, et décider à quel point on devrait sacrifier la liberté au nom de la santé. De même, nous pensons réellement qu’il n’y a pas d’espace qui soit épargné par le Covid actuellement : même en dehors de nos groupes politiques nous continuons à travailler/étudier, et nous risquons de tomber malades là aussi. Tant que le capitalisme ne s’arrêtera pas, l’isolement ne fonctionnera pas. Nous devrions donc arrêter l’isolement social en ce qui concerne notre organisation politique, et arrêter de nous faire des illusions sur la qualité des tentatives actuelles pour lutter contre le virus.

Au sein de nos communautés, nous ne devrions pas avoir peur de parler du virus et de la réponse que nous y apportons. Nous ne devrions pas non plus avoir peur des gens qui pourraient avoir des informations erronées. Ils ne sont pas nos adversaires, tant qu’ils ne sont pas organisés dans un collectif louche, et tant qu’ils ne font pas partie des efforts de l’extrême droite pour manipuler la crise. Convainquez les gens de se joindre à la lutte contre les brevets de la même façon que vous éveillez les gens au changement climatique ou à la justice sociale.

Nous devrions reprendre la lutte, et nous consacrer à la question du coronavirus. Ce qui se passe actuellement est difficile et compliqué, mais c’est seulement une infime partie des problèmes que l’humanité affrontera pendant ce siècle. Nous devons être en mesure de réagir à ces problèmes, et de développer nos propres théories politiques, non pas sur la base de la peur et de l’argumentation étatique, mais sur la base de ce qui se passe réellement. Somme toute, notre survie et notre liberté sont en jeu.

Pour un monde sans coronavirus, capitalisme ou État

Anarchist Black Cross Dresden

(La Croix Noire Anarchiste Dresde).


Publication originale en allemand




Source: Paris-luttes.info