Print Friendly, PDF & Email

Remember, remember…

En décembre 2010, un réseau anarchiste actif sur Paris, Lille et Calais, publiait sur Indymedia Paris un premier article annonçant la création d’une équipe de copwatching, avec le slogan : « Nous filmerons et identifierons les flics parisiens un par un. Que la peur change de camp ».

En septembre 2011, le même collectif lançait COPWATCH NORD-IDF, une plate-forme en ligne permettant de mettre en lumière le fonctionnement et les violences de l’institution policière : https://copwatchnord-idf.org/

Le 20 septembre, les profils de plus de 400 policiers étaient rendus publics, avec des mentions spéciales pour les plus zélés ou ceux ayant des affinités affirmées pour l’extrême-droite. Dans les semaines et mois qui ont suivi, le collectif a publié chaque semaine des compte-rendus sans concession sur le harcèlement raciste et les violences à l’encontre des biffins du marché libre de Barbès.

Les syndicats policiers, Alliance en tête, ne s’étaient pas fait attendre, criant au loup et appelant les policiers à prendre une série de mesures pour se protéger sur les réseaux sociaux. Ils ont évidemment aussitôt porté plainte contre le site.

Une dizaine de site miroirs avaient été créés par des soutiens, parmi lesquels des hackers du réseau Anonymous. L’hébergement du site principal avait été permis par les serveurs radicaux de Riseup, qui ont prouvé leur fiabilité en envoyant une fin de non recevoir aux requêtes du gouvernement français. Mais disons-le clairement : les services informatiques du ministère de l’Intérieur étant particulièrement nuls, il n’a jamais été possible d’identifier leurs auteurs derrière le site internet.

Dans la foulée, le ministre de l’intérieur Claude Guéant demandait l’interdiction du site, déposant un référé devant le TGI le 7 octobre 2011. La Justice s’est donc exécutée dans un délais très court, accordant à Guéant le blocage du site en exigeant des fournisseurs d’accès Free, Orange, SFR, Bouygues Télécom, Numericable et Darty Télécom qu’ils rendent inaccessibles les 11 URL menant au site COPWATCH-NORD IDF (site principal et sites miroirs)…depuis la France ! (censure digne du gouvernement chinois).

Free s’était dans un premier temps opposé au blocage quel que soit le moyen, la mise en place du blocage coûtant jusqu’à 12 000 euros l’URL. Mais il n’a pas eu le choix de se plier à la décision de justice.

Mais peu importe le blocage de l’URL principale, puisque le site était relancé au nez et à la barbe de l’Etat en janvier 2012, sous une autre URL : https://copwatchnord-idf.eu.org. Leurs auteurs affirmaient simplement : « Le ministère de l’Intérieur français a voulu nous interdire. Il a échoué ».

Alliance éructait, dénonçant la lâcheté des auteurs du site et appelant de ses vœux une répression judiciaire féroce. Elle n’est jamais venue, parce que les militant-es de Copwatch Nord-IDF ont toujours été plus malins que les informaticiens à un euro du ministère de l’Intérieur.

Saisie d’un nouveau référé, la justice a de nouveau fait bloquer le site Copwatch Nord-IDF, mais a refusé le blocage des 34 sites miroirs, ainsi que “le blocage de sites futurs”. Nouveau camouflet !

C’est donc tout naturellement que le site renaquit dés le 31 janvier 2012 à l’adresse https://copwatchnord-idf.info/

Dans l’année suivante, le collectif Copwatch Nord-IDF s’est employé à infiltrer forums et groupes facebook de policiers pour en extraire un certain nombre d’informations compromettantes pour les forces de l’ordre, notamment sur le racisme inhérent à l’institution policière.

Le collectif tiendra un an avant de cesser ses activités pour des raisons qui lui appartiennent.

Près de 10 ans après cette expérience subversive unique, mais pourtant banale outre-Atlantique (le Copwatching s’y est démocratisé depuis le passage à tabac de Rodney King en 1991), alors que George Floyd est mort sous les yeux du monde entier et que les syndicats de police et l’Etat français essayent de faire adopter des lois empêchant toute prise d’image, Désarmons-les ! considère qu’il est plus que crucial de ressortir des cartons cette pratique légitime et nécessaire.

Désarmons-les ! appelle à la création de dizaines de groupes de copwatching dans les quartiers populaires, à l’alimentation de canaux telegram, instagram et snapchat dédiés, ainsi qu’à l’utilisation de l’application UVP mise à disposition par Urgence Notre Police Assassine.

TROIS RECOMMANDATIONS :

  1. si vous choisissez de centraliser les informations et images recueillies, ne le faites pas par le biais d’outils informatiques non sécurisés et stockez ces données sur des serveurs ou disques durs chiffrés, tout en utilisant un VPN ou le réseau TOR pour accéder à internet et communiquer, y compris sur votre téléphone ! (Riseup VPN et TOR Brower/Orbot sont de très bons outils pour ordinateurs et portables).
  2. nous alertons sur notre opposition politique et éthique à l’utilisation de cette pratique à l’occasion d’actions politiques ou de révoltes (manifestations, émeutes…), la prise d’image restant un outil à utiliser avec prudence et sans mettre en danger les personnes qui luttent de façon radicale contre l’Etat et le système. L’image peut s’avérer utile à la répression si elle montre d’autres personnes que les policiers et les victimes de violences policières.
  3. la pratique du copwatching peut être risquée, c’est pourquoi nous ne conseillons aucunement de filmer les policiers de façon ostentatoire lorsqu’on n’est pas protégé par une foule ou un collectif de personnes solidaires. Attention lorsqu’on filme à rester hors de portée des policiers et à ne jamais s’en approcher à moins de 20 mètres, en veillant si possible, à mettre son visage et son corps à l’abri derrière un obstacle en cas de tir de balles de caoutchouc.

Nous comptons sur vous, faites attention à vous !

Que naissent dix, cent, mille « Copwatch » !






Article publié le 04 Juin 2020 sur Desarmons.net