Octobre 10, 2022
Par À Contretemps
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■ Auteur d’une Ɠuvre thĂ©orique aussi vaste qu’irrĂ©ductible aux catĂ©gories disciplinaires communĂ©ment admises par l’Alma Mater, Cornelius Castoriadis (1922-1997) demeure, vingt-cinq aprĂšs sa mort, une sorte d’exemple de maquisard de la pensĂ©e Ă©mancipatrice. Par la forme non systĂ©matique qu’elle adopte, par le « style Â» singulier qu’il lui confĂšre, par le sens politique qui l’inspire, par l’inconfort qu’elle suscite, sa pensĂ©e rĂ©siste, en effet – et telle est sa principale force –, aux reflux d’un temps de basses eaux critiques charriĂ©es par l’impensĂ©e postmoderne devenue culturellement dominante.

Étroitement liĂ©s de la fin des annĂ©es 1940 au milieu des annĂ©es 1960 Ă  une dĂ©bordante activitĂ© politique et militante au sein du groupe-revue « Socialisme ou Barbarie Â», ses Ă©crits s’inscrivent alors dans une perspective socio-politique rĂ©volutionnaire plus marxienne que marxiste et d’inspiration conseilliste. Sa prise de distance critique prĂ©coce et claire avec les positions trĂšs majoritaires dĂ©fendues Ă  l’époque par la gauche ou son extrĂȘme sur la nature du rĂ©gime social de l’URSS va l’inscrire dans un questionnement du marxisme comme idĂ©ologie de lĂ©gitimation. Et ce, jusqu’à la rupture. Le bilan critique qu’il Ă©labore, entre 1964 et 1965, dans les derniers numĂ©ros de Socialisme ou Barbarie, atteste, en effet, d’une mise en cause sĂ©vĂšre de nombre de prĂ©supposĂ©s philosophiques de Marx dont il juge nĂ©cessaire de s’émanciper pour penser la praxis de l’autonomie de maniĂšre renouvelĂ©e et pertinente. Dix ans plus tard, ce « tournant philosophique Â» se voit confirmĂ© dans la deuxiĂšme partie de son ouvrage L’Institution imaginaire de la sociĂ©tĂ© (1975). Cette dĂ©cennie, Castoriadis l’a employĂ©e Ă  Ă©largir considĂ©rablement – notamment Ă  la psychanalyse – son champ de recherche thĂ©orique dans la perspective, chaque fois rĂ©affirmĂ©e et amplifiĂ©e, de restaurer le sens originel du projet Ă©mancipateur.

Datant de 2008 et publiĂ© dans un premier temps en espagnol [1], cet entretien avec Xavier Pedrol et Jordi Torrent Bestit [2], deux grands connaisseurs de l’Ɠuvre de Castoriadis, nous semble exemplaire Ă  deux titres : d’abord parce que les deux interviewĂ©s fournissent des rĂ©ponses extrĂȘmement fouillĂ©es Ă  des questions parfois vagues ; ensuite parce que, l’un et l’autre, amis dans la vie, peuvent diverger sur certaines interprĂ©tations de l’Ɠuvre de Castoriadis sans jamais jouer les exĂ©gĂštes. Bonne lecture !

À contretemps




Source: Acontretemps.org