Mars 21, 2020
Par Marseille Infos Autonomes
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Le malheur des uns fait la fortune des autres. ConfinĂ©s chez eux, les Français se reportent en masse sur le commerce en ligne et l’épidĂ©mie de coronavirus arrange bien les affaires d’Amazon, leader mondial du secteur. ProblĂšme, Ă  l’autre bout de la chaĂźne, les salariĂ©s de la plateforme commerciale dĂ©noncent leur mise en danger avec de nouveaux arrivants intĂ©rimaires chaque jour, des consignes de sĂ©curitĂ© sanitaire impossibles Ă  respecter… « On nous demande de garder les distances d’un mĂštre entre nous mais c’est impossible vu le nombre qu’on est. La direction a dĂ» nous fournir une dizaine de masques pour tout le monde, il n’y a pas de gel, il n’y a rien Â», confie Sarah, employĂ©e au tri sur la plateforme Amazon Logistics de Bouc-Bel-Air ou travaillent prĂšs de 200 salariĂ©s.

Trois cas détectés chez des livreurs

La voix enrouĂ©e au tĂ©lĂ©phone, la jeune salariĂ©e dit sortir d’une semaine d’arrĂȘt maladie pour grippe. MĂȘme si elle n’est pas encore totalement remise, la jeune femme a repris son poste en trois-huit la nuit derniĂšre, pour ne pas risquer de perdre une partie de son salaire. « On nous a dit clairement que mĂȘme si on faisait notre demande de droit de retrait, on ne serait pas payĂ©. Â» Alors que partout dans le pays, des entreprises annoncent se mettre en stand-by face au risque de contamination au Covid-19, la salariĂ©e s’inquiĂšte des derniĂšres dĂ©cisions de sa direction. « Il y a eu trois cas du virus confirmĂ©s ici ce mercredi, chez des livreurs. Mais les managers et le directeur du site ne veulent pas nous en parler. On nous dit que “ce n’est pas grave”. Ils n’envisagent pas du tout de fermer l’entrepĂŽt. Â» En revanche, ce jeudi matin, le directeur Amazon de Bouc-Bel-Air venait annoncer aux salariĂ©s qu’ils pourraient peut-ĂȘtre bientĂŽt bĂ©nĂ©ficier d’une augmentation temporaire (!) de 2 Ă  3 euros de l’heure brut pour accepter de venir travailler durant l’épidĂ©mie de coronavirus. Le groupe a proposĂ© une rencontre en ce sens avec les syndicats vendredi, dĂ©jĂ  largement refusĂ©e par les dĂ©lĂ©guĂ©s du personnel. Sarah reste pragmatique : « Si on meurt, ça sert Ă  rien, l’augmentation de salaire. Â»

Le mépris de classe comme réponse aux craintes de salariés

« De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, du moment qu’il n’y a pas de test, Amazon rĂ©fute tout symptĂŽme. À croire que leurs dirigeants sont mĂ©decins Â», tĂ©moigne Antoine Delorme, dĂ©lĂ©guĂ© syndical CGT du groupe qui rapporte les cas suspects d’infection qui se multiplient dans les entrepĂŽts. PrĂšs de Douai dans le Nord, au moins 200 salariĂ©s ont fait valoir leur droit de retrait. MĂȘme chose Ă  MontĂ©limar ou la moitiĂ© des CDI ont refusĂ© d’aller travailler. À ChĂąlons-sur-SaĂŽne, comme pour d’autres sites, un CSE extraordinaire concernant une « mise en danger grave et imminente Â» avec demande de droit de retrait se tenait ce mercredi pour le personnel Amazon. Le syndicaliste de d’Amazon Sevrey (71) affirme que la rĂ©ponse de la direction est la mĂȘme partout : « Ils contestent tous les droits de retraits Â», Amazon se cachant derriĂšre des annonces de mesures sanitaires prises sur ses plateformes.

« Aucun motif lĂ©gitime Â». Vraiment ?

Dans un mail qu’a pu consulter La Marseillaise, le groupe rĂ©pond mĂȘme sĂšchement aux salariĂ©s qui invoquent ce dispositif d’urgence pourtant prĂ©vu par le code du travail : « Il n’existe aucun motif lĂ©gitime de vous retirer d’une situation de travail. Nous vous informons donc que votre absence sera considĂ©rĂ©e comme injustifiĂ©e et ne sera pas rĂ©munĂ©rĂ©e. Â» InterrogĂ© sur France Inter ce jeudi matin, Bruno Le Maire dĂ©clarait « Ces pressions sont inacceptables et nous le ferons savoir Ă  Amazon. Â» Mais en substance, le ministre de l’Économie, pour l’heure, dit surtout s’en remettre au « dialogue social Â» dans chaque entreprise. Dans les faits, le syndicaliste Antoine Delorme lui rĂ©pond : « Deux euros d’augmentation provisoire, c’est ça, le dialogue social, chez Amazon. Â»




Source: Mars-infos.org