Faisant fi de ce contexte, certains et certaines voudraient voir l’Université suivre un cours presque « normal », et mettent une pression accrue pour que cesse la rétention des notes initiée par le collectif des précaires du Mirail.

Pour rappel, cela fait des années que le collectif multiplie pétitions, tribunes, actions d’interpellation et a, à ce jour, rencontré déjà trois équipes dirigeantes, sans aucun résultat. La rétention des notes est une modalité d’action qui a été longuement débattue et s’inscrit dans une grève historique des précaires de l’Université de Toulouse le Mirail, qui s’est traduite notamment par une journée d’action massivement suivie en février et par une semaine de grève et d’actions, du 2 au 6 mars 2020. Le collectif a été reçu par une partie de l’équipe présidentielle (présidente, vice-président, délégué général, vice présidente de la recherche, gestionnaire des ressources humaines).

Si cette rencontre a permis de voir que l’équipe présidentielle se montrait plutôt « à l’écoute » de nos problèmes, la satisfaction de nos revendications les plus anciennes et les plus prioritaires ne semble pas au programme. Pour l’heure, et malgré ce que certains éléments de communication de la présidence laissent entendre, nous n’avons rien obtenu si ce n’est un petit local pour pouvoir nous réunir, ainsi que l’assurance que la précarité était « prise au sérieux » par la présidence.

Cette année encore, nous constatons d’important retards sur les paiements pour une partie des enseignant.es vacataires.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous maintenons notre action de rétention des notes : c’est bien grâce à des actions visibles, venant perturber le fonctionnement de l’université, que nous avons enfin obtenu, à défaut de résultats concrets, un minimum d’écoute. C’est la seule action qui a permis de faire bouger les choses alors que d’autres formes d’actions restent généralement ignorées (tribunes, pétitions, journées de mobilisations). Le choix de nos actions se fait en fonction des réponses concrètes que l’on nous apporte.

Notre demande est simple : le collectif des précaires de l’Université de Toulouse le Mirail appelle donc titulaires et non titulaires à poursuivre l’action de rétention des notes tant que la présidence ne prendra pas des engagements écrits sur :

  • Le retour au service de 25 heures et non de 24 heures : à l’occasion du remaniement des maquettes, nous avons découvert que les TD passaient de 25 heures à 24 heures rémunerées. Si les TD comptent effectivement pour 24 heures en présentiel, l’heure supplémentaire permettait de valoriser un minimum les réunions pédagogiques et les échanges de mails avec les responsables d’UE, la participation aux examens, les corrections de copies, « l’assistance » par mail aux étudiants et étudiantes, la gestion des absences justifiées, la préparation des cours et les déplacements en bibliothèque à des fins bibliographiques, qui représentent un nombre d’heures conséquent… sans même évoquer « l’amortissement » symbolique de nos ordinateurs personnels (ou tout accident qui pourrait les rendre hors d’usage), un outil « essentiel » pour certains TD. Pour les personnels vacataires, cela représente une perte sèche de salaire, pour un travail qui restera le même. C’est inacceptable.
  • L’exonération des frais d’inscription pour les doctorant-e-s qui enseignent à l’université, et sans plancher d’heures de cours. Il est intolérable que certain-e-s d’entre nous « paient pour travailler » : car si un-e doctorant-e est administrativement considéré.e comme un-e étudiant-e, ils et elles sont massivement considéré-es comme des « collègues » lorsqu’il s’agit de remplacer un enseignant ou une enseignante en CRCT, de participer à la vie du département, etc. Nous demandons un alignement des doctorant-e-s chargé-e-s de cours sur les doctorant.es CDU, à savoir une suppression des frais d’inscription. Si à terme, une suppression des frais d’inscription pour l’ensemble des doctorant.es serait l’idéal, il nous faut surtout insister ici sur le fait que les frais d’inscription sont complètement disproportionnés par rapport aux conditions dont bénéficient bon nombre de doctorant.es qui n’ont parfois même pas de bureau, qui travaillent avec leur propre ordinateur et dont les frais de déplacements liés au travail de recherche sont loin d’être entièrement couverts.
  • L’embauche de personnels dédiés pour la gestion du personnel non titulaire à l’université : aujourd’hui, une seule personne est en charge du versement du chômage de milliers de personnels non titulaires ; pour les chargé-e-s d’enseignement vacataires, ce sont les secrétaires de département qui, chaque année, traitent leurs dossiers, en plus de leurs nombreuses autres tâches. Lorsque nous avons un problème lié à notre situation administrative parfois kafkaïenne, nous devons souvent taper à plusieurs portes et envoyer de nombreux mails avant de trouver le bon interlocuteur. Ce qui conduit à des situations intolérables. Il faut également que le logiciel dédié au dépôt du dossier de candidature contienne des éléments informatifs, afin de nous guider dans les démarches spécifiques à nos statuts respectifs.
  • L’ouverture d’un réel chantier sur la contractualisation avec, en gage de bonne foi, la mensualisation rapide des vacataires qui en font la demande, afin de stopper définitivement les retards de paiement de plusieurs mois, ainsi qu’une information fluide et claire. Cela a déjà été fait dans plusieurs universités et c’est une mesure de bon sens, manifestation du rôle social de l’université en tant qu’employeur. Le statut d’enseignant-e vacataire est un scandale et doit être progressivement supprimé et remplacé par des statuts semblables à celui d’ATER. C’est un statut que certain-e-s sont contraints d’accepter pendant des années, ce qui les maintient dans une grande précarité économique et administrative. La mensualisation n’est qu’une solution de court terme et doit être pensée comme une étape vers la contractualisation, et pas comme une fin en soi.

Après avoir attendu près de 3 mois sans réelles avancées, nous voulons désormais de vraies réponses et de fermes engagements, sans quoi nous durcirons ce mouvement de grève durant le 2nd semestre.


Article publié le 29 Mar 2020 sur Iaata.info