Nous avons bien ri en Occident de ces images présentant la lutte désespérée de consommateurs des grandes chaînes pour l’accaparation de quantités irrationnelles de papier de toilette. Interrogés par certains médias, les consommateurs répondaient alors ne pas savoir pourquoi ils avaient besoin d’autant de rouleaux ou bien simplement suivre le mouvement de la foule.

Le sentiment de catastrophe est difficile à refouler. Les experts de l’État nous demandent de nous en remettre aux héroïnes, des héroïnes des soins de santé qu’ils ont surmenées, épuisées et découragées à force de coupures répétées dans les budgets et de dévalorisation de leurs métiers en vue des négociations de conventions collectives.

La dissonance est intense… la colère l’est aussi. Les directions « rationalisent » le matériel de protection des employé-e-s ; c’est-à-dire encore à ce jour pas de masque et peu de gants pour les soignants et soignantes dans bien des foyers de personnes âgées malgré l’hécatombe.

Des divertissements et des boucs-émissaires. Pendant que les « anges gardiens » se tuent à la tâche pour des salaires réels plus bas que ceux des décennies précédentes (prospérité l’oblige claironne le patronat québécois!), le peuple est prié de regarder ailleurs – de regarder des vidéos de bébés animaux. Ça va bien aller… et surtout attendez patiemment que l’État remette en place les conditions normales de votre exploitation. Ce n’est pas un beau rêve. L’État est le plus froid des monstres, pour paraphraser Nietzsche, des mensonges rampants de sa bouche, il nous dit : ‘moi l’État, je suis votre soignant ».

Le récit que tout un chacun se faisons des événements n’est pas personnel… il est façonné en grande partie par l’État. Face à la crise, celui-ci nous sort les mêmes vieilles recettes. Xénophobie au rendez-vous, le virus aurait la nationalité chinoise pour plusieurs, dont Trump, ou du moins la faute serait à rejeter sur ce peuple; une duperie qui fait bien l’affaire des populistes qui sentaient leur fierté nationale froissée par la montée de la Chine. Le racisme ne demeure jamais vraiment confiné dans le « domaine des idées ». Il s’est bien manifesté de plusieurs façons par l’expression et les gestes haineux envers les personnes d’origine chinoise ou associée à pour des raisons parfois stupides. Une chicoutimienne née en Chine a par exemple dénoncé plusieurs incidents survenus dans notre région [https://www.iheartradio.ca/energie/energie-saguenay/nouvelles/coronavirus-une-chicoutimienne-nee-en-chine-victime-de-racisme-1.10852664].

Fidèle à ses habitudes, l’État a également envoyé son bras armé pour « mater la crise ». Les appels à l’ordre public ont généré un véritable régime de délation où chacun est appelé à épier les gestes des autres et s’en remettre aux policiers. L’ennemi est potentiellement le voisin ou la voisine. La situation québécoise est actuellement tellement pitoyable que même les flics se disent dépassés par le flot d’appels sordides et demandent aux québécois et québécoises de « slacker » la délation! Certains politiques croient que l’État est trop mou et demandent l’intervention de l’armée. Faut croire que ce virus est une sorte d’anarchiste…

Enfin, les frontières. C’est par le pouvoir des politiciens, et non celui du corps médical, que le récit populaire des événements a acquis la croyance que le virus serait propagé par les personnes provenant de l’extérieur, voir particulièrement les personnes immigrantes, et que la fermeture des frontières nationales constituerait une façon d’enrayer sa propagation. Après les pressions populistes, le gouvernement canadien a même pris des mesures pour empêcher l’accès au Canada des demandeurs du statut de réfugié. Pensons-nous pouvoir vivre dans une bulle de verre hermétique? Le fantasme des populistes de droite est d’une stupidité sans nom. On demande le confinement forcé à des milliards de personnes du Sud global, qui pour une grande partie n’ont pas l’eau potable à la maison ou doivent se débrouiller au jour le jour pour répondre aux besoins de base de leur famille… Combien vont mourir de faim ou de soif plutôt que du coronavirus alors que des pays comme le Canada préféreront investir des milliards pour soutenir l’industrie délétère des énergies fossiles? Comment ensuite penser que cette absence de solidarité avec le Sud global dans le contexte de pandémie ne favorisera pas une propagation encore plus intense et encore plus difficile à combattre au Canada dans le futur? Fuck!

S’il vous plait, protégeons-nous contre le virus, mais combattons également le confinement des consciences par la solidarité de classe et la solidarité internationale. Ciblons les vrais ennemis.

Anarchiste du Pekuakami


Article publié le 10 Avr 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com