DĂ©cembre 7, 2020
Par Le Monde Libertaire
294 visites


En attendant Godot de Samuel Beckett

Mise en scĂšne : Jean-Claude Sachot
Distribution : Philippe Catoire, Vincent Violette ou Guillaume Van’t Hoff, Jean-Jacques Nervest, Dominique Ratonnat.

La salle du ThĂ©Ăątre ESSAION oĂč va avoir lieu, la reprise, le 15 DĂ©cembre 2020 de la piĂšce En attendant Godot, Ă  la fois modeste et belle nous paraĂźt tout Ă  fait appropriĂ©e pour accueillir cette portion d’humanitĂ© imaginĂ©e par Beckett qui n’en finit pas de se demander ce qu’elle fout lĂ , en conversant de tout et de rien, histoire de passer le temps.

Il doit y avoir mille et mille maniĂšres de monter Beckett, mais celle qu’a choisie Jean-Claude SACHOT nous a rĂ©jouis parce qu’elle nous a divertis, Ă©mus, sans que nous ayons eu besoin de nous creuser la tĂȘte ou de nous la cogner contre les murs.
Les vieilles chaussures qui torturent Estragon en disent aussi long que de grands discours et il n’est peut-ĂȘtre pas nĂ©cessaire de chercher Midi Ă  14 heures pour comprendre que nous avons affaire Ă  quelques misĂ©rables Ă©chantillons de l’humanitĂ© auxquels nous pouvons bon grĂ©, mal grĂ© nous identifier.
Dans leur cour de rĂ©crĂ©ation dĂ©sertique, ces gueux d’Estragon, Vladimir, Pozzo et Lucky, poussent leurs gueulantes en geignant, en s’échappant vers la folie, en rĂ©chauffant leurs solitudes par quelques Ă©treintes ou par quelques coups de fouet.
Des échantillons à poil certes, des va-nu-pieds mais qui ont la consistance de nous parler de nos pauvres corps exposés à la maladie, la vieillesse, la dépression, la mort
 Cela est si peu gai que cela en devient risible.
Cette dĂ©sespĂ©rance comique, les comĂ©diens l’expriment Ă  fond, et l’on en arrive Ă  se demander si tous ces personnages qui n’ont rien Ă  perdre – sinon Godot – se prennent vraiment au sĂ©rieux. De la vie Ă  la comĂ©die, il n’y a qu’un pas. La comĂ©die que se jouent ces personnages leur est inspirĂ©e par les tracas de leur condition, par leur sentiment de tourner en rond, comme des Ăąnes.
Il y a ce moment irrĂ©sistible oĂč Pozzo qui tient en laisse Lucky lui ordonne de penser. Comme si l’on pouvait ordonner Ă  quelqu’un de penser ! A travers cet ordre infĂąme rĂ©sonne dĂ©jĂ  toute la folie humaine !
Guillaume van’t Hoff est prodigieux en Lucky atteint de logorrhĂ©e. Philippe CATOIRE et Dominique RATONNAT, respectivement Estragon et Vladimir, Ă  la fois drĂŽles et touchants, par certains aspects rappellent Laurel et Hardy, Jean-Jacques NERVEST est un imposant et inquiĂ©tant POZZO. Il y a aussi cette jolie idĂ©e de faire jouer le petit garçon par une marionnette trĂšs expressive.
VoilĂ  un En attendant Godot oĂč l’on ne s’ennuie pas une seconde, heureux de constater que dĂ©cidĂ©ment la piĂšce n’a pas vieilli, n’a pas eu le temps de vieillir. C’est tant mieux pour cette excellente Ă©quipe que nous avions dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ©e dans Fin de partie et que nous applaudissons de plus belle !

Paris, le 7 DĂ©cembre 2020
Evelyne TrĂąn

En attendant Godot De Samuel Beckett au THEATRE ESSAION – 6 Rue Pierre au Lard Ă  PARIS –
Du 15 DĂ©cembre 2020 au 9 Mars 2021
Les mardis Ă  19h
Durée: 1h45




Source: Monde-libertaire.fr