Septembre 26, 2021
Par Le Monde Libertaire
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La promesse de l’aube de Romain Gary

Adaptation et jeu Franck DESMEDT

Mise en scÚne Stéphane LAPORTE et Dominique SCHEER.

Une histoire d’amour « merveilleuse » entre une mĂšre et son fils ! Un merveilleux qui transite par la luciditĂ© de l’enfant saisi de honte lorsque sa mĂšre annonce Ă  qui veut bien l’entendre, les voisins, les professeurs « Mon fils sera ambassadeur de France, mon fils sera un grand Ă©crivain français ».
« Son regard de fiertĂ© et d’admiration me suivait partout » confie Romain Gary dans ce roman autobiographique La promesse de l’aube Ă©crit Ă  l’ñge mĂ»r, Ă  45 ans. Le titre, juste le titre que l’on peut glisser sur ses lĂšvres, il est possible de l’associer Ă  une caresse ultime, celle que procure au narrateur la prĂ©sence inaliĂ©nable de cette mĂšre, chevillĂ©e au corps et Ă  l’esprit. Elle prĂ©side Ă  la destinĂ©e de son fils.
D’un naturel exubĂ©rant Mina Owczynska nĂ©e en Lituanie et Ă©migrĂ©e en France (Ă  l’adolescence de Romain) douĂ©e d’une Ă©nergie hors normes, consacra sa vie Ă  l’éducation de son fils au point de l’étouffer, ce dernier se prenant Ă  regretter qu’elle n’ait point eu d’amant.
Cette mĂšre extravagante qui dĂ©clarait avoir Ă©tĂ© une grande actrice avait une personnalitĂ© encombrante mais si pleine de vitalitĂ© qu’elle l’a manifestement transmise au narrateur dont l’Ɠuvre rĂ©vĂšle bien des aspects tourmentĂ©s, voire dĂ©sespĂ©rĂ©s. Gary lui fait dire que « La mort est une formalitĂ© dĂ©sagrĂ©able mais oĂč tous les candidats sont reçus ».
Il fallait exprimer cette promesse de l’aube avec cet humour destinĂ© Ă  « dĂ©samorcer le rĂ©el » Franck DESMEDT s’y emploie en donnant le ton de l’invraisemblance du souvenir. C’est que Gary n’analyse pas ses souvenirs, il les vit comme de vĂ©ritables flash-back Ă©motionnels, comme au cinĂ©ma certaines scĂšnes de film oĂč sa mĂšre jouerait le rĂŽle principal. A croire que sa mĂšre Ă©tait une vĂ©ritable actrice dans la vie. Pour celle qui Ă©tait dans la misĂšre, seule pour Ă©lever son fils, il s’agissait de rĂ©inventer la vie.
Franck DESMEDT met en Ă©vidence les anecdotes les plus croustillantes du roman, celle par exemple oĂč l’enfant Gary est contraint de jouer au tennis devant sa majestĂ© Gustave V de SuĂšde pour ne pas dĂ©cevoir sa mĂšre qui entendait l’inscrire gratuitement Ă  un cours cĂ©lĂšbre ou encore celle oĂč il s’apprĂȘte Ă  aller tuer Hitler Ă  la demande de sa mĂšre qui finit par le prier de « renoncer Ă  ce projet hĂ©roĂŻque ».
L’on y croit Ă  ces scĂšnes et on les visualise Ă  travers la voix de Franck DESMEDT tour Ă  tour aimable, sĂ©millante, colorĂ©e, grasseyante ou pointue, qui interprĂšte aussi bien Gary que sa mĂšre et d’autres personnages.
Et l’on rit pendant le spectacle, ce qui fait un bien fou, avec indulgence pour les fantasmes d’une mĂšre si originale, si pittoresque. Romain Gary Ă©crit avec une pointe d’amertume :
« Avec l’amour maternel, la vie vous fait Ă  l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligĂ© ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours ».
Or, c’est Ă  travers cette promesse de l’aube que Mina Owczynska apparaĂźt comme pour fortifier l’image du narrateur qui se confondrait alors avec celle de la mĂšre, le temps d’un sentiment de tendresse retrouvĂ©e, le temps d’un geste de bienveillance.
L’on ressort du spectacle l’esprit apaisĂ© et heureux !

Eze, le 27 Septembre 2021
Evelyne TrĂąn

au ThĂ©Ăątre Le Lucernaire 53 Av Notre Dame des Champs 75006 PARIS du 25 AoĂ»t au 7 Novembre 2021 – A 18 H 30 du mardi au samedi, le dimanche Ă  17 H.




Source: Monde-libertaire.fr