Septembre 20, 2021
Par Le Monde Libertaire
281 visites


La Chute d’Albert Camus

Adaptation : GĂ©raud BÉNECH et Stanislas de la TOUSCHE
Artiste : Stanislas de la TOUSCHE
Metteur en scĂšne, crĂ©ation sonore et vidĂ©o : GĂ©raud BÉNECH

Dans sa priĂšre d’insĂ©rer de l’édition de la Chute (1956) Camus prĂ©sente « L’homme qui parle » : Il a le cƓur moderne, c’est-Ă -dire qu’il ne peut supporter d’ĂȘtre jugé  Fait-il son procĂšs ou celui de son temps ?

Pour adapter ce roman-monologue sur une scĂšne de thĂ©Ăątre, il faut rentrer dans le film du personnage, c’est-Ă -dire deviner ce qu’il voit, ce qu’il ressent tandis qu’il parle car aussi bien, il y a ce que disent les gestes, le corps et que les mots seuls ne peuvent exprimer. C’est tout l’intĂ©rĂȘt de cette reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale de la chute. IncarnĂ© par Stanislas de la TOUSCHE, Jean-Baptiste Clamence devient un personnage sur scĂšne au mĂȘme titre qu’un personnage Shakespearien ou plus Ă©vident pour nous qu’un personnage de DostoĂŻevski, Stravoguine dans les PossĂ©dĂ©s ou le narrateur des Carnets du sous-sol dĂ©crit comme un individu maniaco-dĂ©pressif.

Mais au fond, au-delĂ  de sa description sociale – il s’agit d’un ancien avocat trĂšs prisĂ© – qui se nomme Jean-Baptiste Clamence, il est un homme parmi les hommes qui est tout nu dĂšs lors qu’il s’expose au jugement et au regard des autres. Le point de dĂ©part du cataclysme moral de cet individu est terrible. L’homme est obsĂ©dĂ© par le souvenir d’une dĂ©faillance : il n’est pas venu au secours d’une jeune femme en train de se noyer.

L’origine de cette dĂ©faillance pourrait ĂȘtre interprĂ©tĂ©e de diverses façons. La plus simple est de penser qu’il n’a pas eu le courage. Manquer de courage c’est aussi ĂȘtre humain mais Jean-Baptiste Clamence dĂ©teste cette image que lui renvoie son comportement, il la dĂ©teste au point qu’il la foule Ă  ses pieds et Ă  travers reconnait celle de l’homme en gĂ©nĂ©ral.

Le rĂ©quisitoire contre la sociĂ©tĂ© de son temps est sous-tendu par la vĂ©hĂ©mence d’une douleur quasiment physique, l’homme a aussi bien mal dans son corps que dans son esprit.

La mise en scĂšne de GĂ©raud BENECH fait penser Ă  un rĂȘve Ă©veillĂ©, un cauchemar qui a cela de pittoresque qu’il nous transporte dans un bouge, un bar d’Amsterdam oĂč se retrouvent des ĂȘtres qui fuient la solitude. Et il y a cet instrument magique du miroir qui ne cesse de s’agiter, de vaciller, se consumer comme une flamme telle la vie de cet homme.

Cette intrusion du fantastique donne de la chaleur au personnage, elle s’accorde Ă  la fiĂšvre qui l’habite si justement exprimĂ©e par Stanislas de la TOUSCHE.

Le personnage hantĂ© par le souvenir de sa propre lĂąchetĂ©, nous ne le voyons pas en quĂȘte du bonheur ni mĂȘme de son salut. Pour excessive que puisse paraitre son introspection bordĂ©e de cynisme, elle agit comme un volet qui frappe contre le mur, elle l’appareille au monde.

Le public se trouve dans la position de l’interlocuteur muet de Jean-Baptiste Clamence, certainement embarrassĂ©, mĂ©dusĂ© par cette confession torrentielle. Stanislas de la TOUSCHE ne donne mĂȘme pas l’impression de jouer, il est cet homme qui se confesse, se livre corps et esprit pour regarder la nuit en face. De chair et de sang, avec cet ego vacillant comme une mouche aveugle, en quĂȘte de lumiĂšre, l’homme qui parle, dĂ©balle sa vie comme un torchon fripĂ©, dĂ©senchantĂ© mais habitĂ©, nous Ă©meut.

Eze, le 21 Septembre 2021

Evelyne TrĂąn

au Théùtre de la Contrescarpe 5 rue de Blainville 75005 PARIS
A partir du 12 Septembre 2021, Dimanches à 14 H 30 jusqu’au 31 Octobre,
Lundis Ă  19 H jusqu’au 27 DĂ©cembre,
Mardis Ă  21 H du 2 novembre au 28 DĂ©cembre.
RelĂąche le 27 Septembre 2021.




Source: Monde-libertaire.fr