Juillet 3, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Reprise de Boule de suif de Guy de Maupassant
au Th√©√Ętre LE LUCERNAIRE

Adaptation : André Salzet et Sylvie Blotnikas
Mise en scène : Sylvie Blotnikas
Avec André Salzet (narrateur)
Création lumières : Ydir Acef
Musique : César Franck
Production : Compagnie Carpe Diem (Argenteuil)
Cor√©alisation : Th√©√Ętre Le Lucernaire

J‚Äôai toujours les oreilles qui sifflent lorsqu‚Äôil s‚Äôagit de Maupassant mais de fa√ßon positive bien s√Ľr. Voil√† pourquoi, je livre ci-dessous une petite chronique concernant une adaptation de son roman Boule de suif qui fait l‚Äôobjet d‚Äôune reprise cet √©t√© √† Paris.

La nouvelle de Maupassant Boule de suif, c’est tout d’abord un objet de la littérature dite classique. Maupassant y règle les phrases comme un photographe ajuste le plus précautionneusement possible son objectif. Les tremblements de la main ne sont pas permis. Il faut saisir pourtant les impressions qui se chevauchent suivant que l’on s’éloigne ou se rapproche un tant soit peu de la vision que l’on souhaite figer à jamais sur une photographie. En vérité, la photographie ne correspond jamais à l’impression qui a motivé le désir de la fixer.

Pour l’écrivain Maupassant, disciple de Flaubert, un mot, une phrase peuvent déclencher des émotions chez le lecteur. Il faut pourtant les brider ces émotions. Faute de quoi la route celle de l’écriture serait réputée difficile, vaseuse ou encore vertigineuse.
Mais comment donc faire entrer dans le cadre d’un récit, ce qu’il est convenu de nommer la nature humaine sans avoir auparavant développé sa propre vision critique.
Maupassant observe de loin et de pr√®s des comportements de personnages que n‚Äôimporte quel individu peut se targuer de reconna√ģtre. Il joue le r√īle d‚Äôun miroir ni grossissant ni d√©formant mais suffisamment banal pour faire cr√©piter tous ces d√©tails susceptibles d‚Äôentrer dans la description d‚Äôun individu, celui qu‚Äôon entrevoit dans la foule, celui dont on s‚Äô√©carte vivement parce qu‚Äôil froisse notre √©piderme ou nous rappelle de mauvais souvenirs, celui ou celle dont l‚Äôapparence nous choque, celui ou celle qui nous √©tonne ou nous fait r√™ver.

Dans la nouvelle Boule de suif, Maupassant se r√©v√®le particuli√®rement impitoyable dans le portrait qu‚Äôil fait d‚Äôune soci√©t√© bourgeoise dont il r√©v√®le les pens√©es et les gestes d‚Äôautant plus ¬ę assassins ¬Ľ qu‚Äôils sont banals et qu‚Äôils r√©pondent √† des r√©flexes devenus conventions immuables.
L’intrigue du récit en soi est mince. Il s’agit juste d’un fait divers, un de ces faits divers qui passent à la trappe parce qu’ils ne changeront pas la face du monde et qu’ils n’intéresseraient personne si l’écrivain n’avait pas réussi à force d’arguments descriptifs à en extirper le venin qui en découle.
Donc, Maupassant raconte comment au mépris de la personne humaine, des bourgeois vont livrer une prostituée dénommée Boule de suif à l’ennemi Prussien afin de recouvrer leur liberté.

Andr√© SALZET est un paisible narrateur qui se soucie du bruissement de la langue. C‚Äôest une question de respiration aussi bien pour le com√©dien que pour l‚Äôauditeur. Le charme de la voix agit, surprend m√™me. Il est donc possible d‚Äô√©noncer de fa√ßon agr√©able un fait divers r√©voltant. Le r√©cit s‚Äôest d√©roul√© comme ¬ę sous le Pont Mirabeau coule la Seine ‚Ķ les jours s‚Äôen vont, je demeure ¬Ľ.

C’est sans doute une part de la mélancolie et de l’état d’esprit de Maupassant que met en valeur la mise en scène sobre et efficace de Sylvie BLOTNIKAS, en y imprimant aussi ce rayonnement d’ironie en taille-douce irrévocable.

Article mis à jour le 4 Juillet 2022
Evelyne Tr√Ęn

AU TH√Č√āTRE LE LUCERNAIRE 53, Rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS. Du 29 juin au 21 ao√Ľt 2022
Du mercredi au samedi à 19 h. Dimanches à 15H30.




Source: Monde-libertaire.fr