Janvier 6, 2022
Par Le Monde Libertaire
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> LE HORLA

de Maupassant. Adaptation de Frédéric GRAY

Mise en scĂšne de FrĂ©dĂ©ric GRAY assistĂ© d’Olivier TROYON
Avec Guillaume BLANCHARD et Olivier TROYON en alternance avec Frédéric GRAY.

Il est en chair et en os cet Ă©trange personnage jailli d’une nouvelle de Maupassant LE HORLA justement cĂ©lĂšbre. Le thĂ©Ăątre permet cela, l’aventure sur une scĂšne d’un personnage en quĂȘte de lumiĂšre, d’écoute, et son message rĂ©sonne comme une bouteille jetĂ©e Ă  la mer de spectateurs non virtuels mais vivants.

La mise en scĂšne et l’adaptation de FrĂ©dĂ©ric GRAY ne manquent ni de chair ni de fantaisie. Elles illuminent la noirceur de l’histoire d’un homme malheureux qui consigne dans son journal de bord le rĂ©cit de son naufrage parce qu’il est hantĂ© par la prĂ©sence invisible et sournoise d’un parasite Ă©tranger.

Dans cette nouvelle fantastique, le narrateur qui reste lui-mĂȘme un Ă©tranger pour le lecteur, se prĂ©sente comme un homme « Ă©tonnĂ© » un poĂšte en quelque sorte, qui s’enthousiasme devant les beautĂ©s de la nature, et qui est heureux de vivre. Mais les gens heureux n’ont pas d’histoire et voici cet homme frappĂ© par un sentiment obscur, la mĂ©lancolie puis l’angoisse et finalement la peur voire la terreur.

A la lecture ce qui interpelle, c’est la solitude de cet homme et cela Ă  tel point que nous pourrions imaginer que la prĂ©sence du Horla n’est pas tombĂ©e du ciel, elle s’impose pour combler le vide affectif et moral qui accable sans qu’il puisse le dĂ©finir le narrateur.

A cette Ă©poque, il n’y avait pas les rĂ©seaux sociaux, la radio et la tĂ©lĂ©vision pour se distraire, juste la fĂ©e providentielle ou maudite de l’imagination et Moustaki ne chantait pas Ma solitude. Toutes les interprĂ©tations sont permises. Cette prĂ©sence du Horla est-elle le fruit d’un fantasme, d’hallucinations, d’une matĂ©rialisation de son angoisse ?

La frontiĂšre n’est-elle point tĂ©nue entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©, la vie et la mort, la bonne santĂ© mentale et la folie, entre l’invisible et le visible ? Ces questions visiblement sont au cƓur des prĂ©occupations de Maupassant – dont le frĂšre a Ă©tĂ© internĂ© en hĂŽpital psychiatrique – qui a suivi les cours de Charcot. Par ailleurs, il est difficile de ne pas faire un rapprochement entre les pensĂ©es du narrateur de la nouvelle avec celles de Maupassant qui sombra lui-mĂȘme dans la folie ou l’inconscience quelques annĂ©es aprĂšs sa publication en 1886 et en 1887 (Il y eut 2 versions).

Il n’est pas besoin d’ĂȘtre psychanalyste ou mĂ©decin pour ĂȘtre touchĂ© par la souffrance dont tĂ©moigne le personnage qui lutte contre un ennemi invisible. GrĂące Ă  l’interprĂ©tation poignante de Guillaume BLANCHARD, le spectateur Ă©prouve de l’empathie pour ce fou, voire de la compassion. Et les personnages secondaires fort bien jouĂ©s par Olivier TROYON dĂ©tendent l’atmosphĂšre.

La reprĂ©sentation de cadres suspendus comme des miroirs sans fond, fort Ă©loquente, fait judicieusement appel Ă  l’imagination du spectateur. Comme si le metteur en scĂšne l’invitait Ă  jouer Ă  cache avec le fantasme du narrateur anonyme, Ă  y croire sans y croire, car aprĂšs tout l’invisible est lĂ , il ne peut ĂȘtre confondu, il est juste tangible.

En rĂ©sumĂ©, voilĂ  un spectacle bien trempĂ© dans la plume de Maupassant oĂč l’imagination agit comme une loupe lumineuse permettant de sortir des sentiers battus de la censure. Quiconque prendrait Ă  sa charge les propos de cet anonyme serait pris pour un fou. Il y aura toujours des rĂ©ponses convenues. Mais l’homme serait-il humain s’il n’était que raisonnable ?

Eze, le 6 Janvier 2021
Evelyne TrĂąn

A LA FOLIE THÉÂTRE 6, rue de La Folie MĂ©ricourt 75011 PARIS du 11 Novembre 2021 au 30 Janvier 2022 – Jeudi Ă  19 H 30, samedi Ă  18 H et Dimanche Ă  15 H 30.




Source: Monde-libertaire.fr