avec Macha MERIL
textes de Marguerite DURAS réunis par Alain VIRCONDELET
mise en scĂšne Stephane DRUET
musique Michel LEGRAND
LumiÚres François LOISEAU

Entrer dans la forĂȘt de Marguerite Duras, pieds nus ce n’est pas un exercice pour Macha MĂ©ril mais un exploit, exploit dans son sens le plus humble, peut-ĂȘtre ce sentiment d’avoir rĂ©ussi le saut vers l’inconnu.
Il y a toujours cet inconnu qui rîde dans l’univers de Marguerite Duras. La sorciùre est-elle celle qui jette un sort ? Il y a ce rapport intime avec les mots, insaisissable ; ils peuvent aussi bien paraitre lourds lorsqu’on les soulùve qu’inattendus lorsqu’il faut les lñcher sans se soucier des malentendus. N’est-ce point l’intention qui compte ?
Dans le spectacle, ils font penser Ă  des feux follets qui vous mordent les chevilles et pourraient vous faire danser comme Macha MĂ©ril dans une forĂȘt heureuse et magique.
Des mots donc, des phrases lĂąchĂ©es qui deviennent une nĂ©buleuse avec pour fil rouge le mot sorciĂšre Ă  connotation tapageuse. L’écrivaine a Ă©crit pour la revue « SorciĂšres ». Il faut jeter un sort au mot sorciĂšre, rappeler ce qu’il Ă©voque et qui il dĂ©signe.

Poings serrĂ©s qui se dĂ©tendent au fur et mesure pour dire ces Ă©motions propres aux femmes, la perte d’un enfant, les humiliations que des hommes infligent aux femmes parce qu’elles sont des femmes et puis les Ă©chappĂ©es belles de celle qui regarde mourir une mouche, raconte une recette de soupe aux poireaux, et comment, elles, les sorciĂšres ont commencĂ© Ă  parler aux arbres en l’absence des hommes partis Ă  la guerre ; enfin le rappel d’instants d’enfance enchantĂ©e au Vietnam « on est le mĂȘme corps Ă©tranger ensemble soudĂ© fait de riz et de mangue
 »
La musique sensuelle fleurie de Michel Legrand exprime « une joie d’exister sans recherche de sens
 en inventant des solutions personnelles Ă  l’intolĂ©rable du monde ».
Redevenir paysage dans l’esprit de Duras, l’esprit de la forĂȘt, ĂȘtre femme dans l’invisible nuit, la scruter cette nuit en se rappelant qu’on est femme aprĂšs tout, choisie par la forĂȘt, un instant prodigieux, enchantĂ©, dĂ©livrĂ©. S’inventer femme avec cette douceur permĂ©able de celle qui entend revenir Ă  la source, se dit femme non pas seulement Ă  travers le regard de l’homme mais Ă  travers son corps indĂ©finissable, jouissif et libre.

Le spectacle suggĂšre tout cela et nous aimons cette femme que nous ne connaissions pas, une femme qui tĂ©moigne pour les femmes, celles qui ont prĂ©fĂ©rĂ© ĂȘtre dĂ©signĂ©es sorciĂšres et ont tenu tĂȘte aux mĂąles et Ă  cette invention de la virilitĂ© qui ignore la fĂ©minitĂ© des hommes, en soi, une autre gageure.

Il faut toujours oser regarder Ă  travers la forĂȘt aussi obscure soit-elle car il n’y a pas d’autre issue que celle de l’apprivoiser, et l’entendre et l’écouter comme nous l’avons fait au cours de ce spectacle si gracieusement incarnĂ© par Macha MĂ©ril.

Paris, le 27 Septembre 2020 Evelyne TrĂąn

Au THEATRE POCHE MONTPARNASSE 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS
à partir du 15 septembre 2020 30 REPRÉSENTATIONS EXCEPTIONNELLES
du mardi au samedi Ă  19H00 – matinĂ©e le dimanche Ă  15H00


Article publié le 28 Sep 2020 sur Monde-libertaire.fr