Janvier 22, 2023
Par Le Monde Libertaire
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Le Joueur d’échecs de Stefan SWEIG

Seul en scÚne avec Gilbert Ponté

Stefan ZWEIG est un Ă©crivain autrichien, cosmopolite, pĂ©tri d’idĂ©al humaniste. Contemporain de grandes figures intellectuelles du dĂ©but du 20Ăšme siĂšcle, dont Sigmund FREUD, il fait partie de ces auteurs cĂ©lĂ©brĂ©s de leur vivant, qui n’ont pas sombrĂ© dans l’oubli. Il s’est distinguĂ© par l’écriture de nouvelles et de biographies d’une grande profondeur psychologique.
Il rĂȘvait d’une fraternitĂ© europĂ©enne et son drame fut d’ĂȘtre confrontĂ© Ă  l’antisĂ©mitisme du rĂ©gime nazi qui le condamna Ă  l’exil.

La nouvelle posthume Le joueur d’échecs fut Ă©crite quelques semaines avant son suicide Ă  PetrĂłpolis au BrĂ©sil. Il s’agit d’une Ɠuvre de circonstance, y sont relatĂ©es longuement les conditions de torture d’un personnage autrichien, trĂšs cultivĂ©, arrĂȘtĂ© par la Gestapo. Ce dernier raconte son calvaire mental dans une chambre d’hĂŽtel hermĂ©tiquement fermĂ©e au monde extĂ©rieur, sans livre, sans montre, ni papier, ni crayon, sans voir aucune figure humaine sauf celle du gardien. Il devra sa survie Ă  un manuel d’échecs subtilisĂ© dans la poche de ce gardien et c’est ainsi que pour meubler le temps, il deviendra joueur d’échecs contre lui-mĂȘme.
ParallĂšlement, Stefan SWEIG fait le portrait d’un jeune champion mondial d’échecs, inculte et rustre.

Les deux joueurs se rencontrent dans un paquebot Ă  destination de Buenos Aires. Le point d’ancrage du rĂ©cit est donc cette rencontre entre un « bon » et un « mĂ©chant » et le suspense qui en dĂ©coule.

Pour cette nouvelle, Stefan ZWEIG s’inspire de sa propre situation d’exilĂ©. Il Ă©crit Ă  son ex Ă©pouse Friederike « J’ai commencĂ© une petite nouvelle sur les Ă©checs, inspirĂ©e par un manuel que j’ai achetĂ© pour meubler ma solitude et je rejoue quotidiennement les parties des grands maitres ».
Elle est un tĂ©moignage des angoisses et du bouleversement moral de Stefan Zweig qui vont l’acculer au dĂ©sespoir et au suicide. Il aurait jouĂ© longuement aux Ă©checs avec son ami Feder avant de se donner la mort le 22 fĂ©vrier 1942.

GrĂące Ă  son talent de romancier Stefan ZWEIG rĂ©ussit Ă  prendre de la distance avec sa propre histoire. Le narrateur est un homme bienveillant, voire jovial qui s’amuse Ă  observer les comportements des voyageurs d’un paquebot et c’est tout naturellement que sa curiositĂ© le conduit Ă  s’intĂ©resser Ă  deux personnages antinomiques qui s’affrontent dans une partie d’échecs.

Le rĂ©cit sur scĂšne est formidablement menĂ© par Gilbert PONTE, comĂ©dien conteur qui dispose d’une voix trĂšs chaude. Pas de pathĂ©tisme dans son jeu. Les spectateurs peuvent facilement s’identifier Ă  des voyeurs en train d’assister rĂ©ellement Ă  une partie d’échecs.
Pas de décor, peu de jeux de lumiÚres, juste mais elle est essentielle, la présence du conteur.
Le rĂ©cit se suffit Ă  lui-mĂȘme et tout le long, l’on est surpris de retenir son souffle, Ă©tourdi d’imaginer Ă  quelle extrĂ©mitĂ© peuvent ĂȘtre poussĂ©s deux joueurs d’échecs, passionnĂ©s. A la vie, Ă  la mort, pourrait-on dire. Échec ou mat ?
Ou bien mĂ©taphore cinglante d’une humanitĂ© qui sombrait dans l’obscuritĂ© et la barbarie sous le rĂ©gime d’Hitler et de la lutte obstinĂ©e de ses opposants .

Faut-il se reprĂ©senter l’état d’esprit de celui ou celle qui pose son dernier pion ou attendre ou rĂ©clamer la prochaine partie ?

23 janvier 2023
Evelyne TrĂąn

Au ThĂ©Ăątre de l’ESSAION 6, rue Pierre au lard 75004 PARIS
du 14 novembre 2022 au 31 janvier 2023, les lundis et mardis Ă  19 H 15




Source: Monde-libertaire.fr