Juin 28, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Caligula d’Albert Camus

Mise en scĂšne : Bruno Dairou, Edouard Dossetto
InterprĂštes : Pablo Chevalier, Edouard Dossetto, Josselin Girard, CĂ©line Jorrion, Antoine Laudet, Antoine Robinet

Créa. lumiÚre : Arnaud Barré
Régisseuse : Héléna Castelli
Scénographie : Pierre Mengelle
Graphiste : Camille Vigouroux

Parce que la mort existe, parce que Dieu est mort, alors tout est permis ! A partir de la conscience de la mort imminente et absurde, Camus fait planer le doute sur la consistance d’un individu face Ă  lui-mĂȘme et face aux autres. Bien que Camus se dĂ©fende d’avoir Ă©crit une piĂšce philosophique et historique, comment ne pas dĂ©celer chez le personnage de Caligula, la volontĂ© de puissance qui peut ĂȘtre aussi crĂ©ative que destructrice et qui interroge sur l’avenir de l’homme d’un point de vue universel.
En rĂ©sumĂ©, la piĂšce « Caligula » met en scĂšne un empereur Romain tyrannique qui agit avec dĂ©mesure en quĂȘte d’impossible (Wikepidia).

Dans une version de 1937, Caligula doit apparaitre en ouvrant le rideau et dire : Non, Caligula n’est pas mort. Il est lĂ , et lĂ . Il est en chacun de nous. Si le pouvoir vous Ă©tait donnĂ©, si vous aviez du cƓur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se dĂ©chainer ce monstre ou cet ange que vous portez en vous
 ».

Dans la rĂ©alitĂ©, chacun sait qu’un homme n’arrive pas seul au Pouvoir, il a des complices, celui qui se croit seul est un fou.

Dans Caligula, il est question d’un drame individuel, d’un cri de rĂ©volte existentiel qui n’a pas vocation Ă  ĂȘtre diffusĂ©, entendu sauf dans une scĂšne de thĂ©Ăątre ou un poĂšme lyrique de Rimbaud.
Pourriez vous l’imaginer dans la bouche d’un Hitler ou d’un Pinochet ?
Si ce cri est audible grĂące au lyrisme de Camus, le comportement des personnes falotes qui l’entourent, Ă  terre et donc humiliĂ©s, est beaucoup moins Ă©loquent.
La scĂšne la plus Ă©mouvante Ă  mon sens est celle de la derniĂšre conversation entre Caligula et sa maitresse qu’il va Ă©trangler alors qu’elle est la seule Ă  accepter de rester auprĂšs de lui jusqu’au bout.

Le spectre de la mort plane. Parce que le tyran a le pouvoir de vie et de mort sur ses sujets. Il est assassin par mĂ©pris des humains qui ne l’intĂ©ressent pas. Il a le pouvoir de tuer mais pas d’aimer.

La piĂšce en somme soulĂšve tellement d’interrogations qu’il n’y a pas d’autre choix que d’écouter la belle langue de Camus. Dans la mise en scĂšne sobre de Bruno Dairou et d’Edouard Dosseto, elle est bien servie par l’ensemble des comĂ©diens.

Pourtant le regard intĂ©rieur du spectateur qui ne peut qu’ĂȘtre choquĂ© par la virulence de la piĂšce, reste en suspens faute de pouvoir reprendre souffle. Le mouvement nous a paru trop rapide ne laissant guĂšre de place aux silences, aux ombres des personnages qui ne tiennent pas seulement au travail de l’éclairagiste mais Ă  leur surface.

Eze, le 28 Juin 2021
Evelyne TrĂąn

au Festival Off d’Avignon Ă  la Factory, Salle TOMASI du 7 Juillet au 31 Juillet 2021 (RelĂąche les lundis 12,19, 26) – Ă  18 H 10
4, rue Bertrand 84000 AVIGNON – 09 74 74 64 90 –




Source: Monde-libertaire.fr