Août 9, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Deux spectacles pour qui pourra franchir les barrages sanitaires muni du prĂ©cieux sĂ©same. pas de relĂąche pour le spectacle “Abus roi”…
Pour l’instant, donc, deux spectacles proposĂ©s par Evelyne TrĂąn.
(Bernard CRML)


Les TĂ©moins

Auteur / metteur en scĂšne Yann Reuzeau
Assistante Clara Leduc
Avec Frédéric Andrau, Marjorie Ciccone, Catherine Griffoni, Frédérique Lazarini, Morgan Perez, Tewfik Snoussi, Sophie Vonlanthen, Didier Boulle

Les TĂ©moins, quel beau titre pour un journal ! Pour autant les journalistes dĂ©signĂ©s par ce qualificatif qui entendent rester des observateurs et ne pas servir d’idĂ©ologie quelle qu’elle soit, se retrouvent en premiĂšre ligne dĂšs le lendemain de l’accession au pouvoir du candidat d’extrĂȘme droite Thomas MĂ©rendien.

La piĂšce Les TĂ©moins Ă©crite et mise en scĂšne par Yann REUZEAU fait suite Ă  Chute d’une nation « oĂč comment une poignĂ©e d’hommes et de femmes politiques Ă©chouaient Ă  faire barrage au fascisme ».

C’est la face humaine de ces journalistes que nous dĂ©couvrons, en d’autres termes les coulisses de la rĂ©daction d’un journal en pleine tourmente, confrontĂ© Ă  un Ă©lectrochoc, celui de voir remise en cause du jour au lendemain, sa libertĂ© d’expression, minĂ©e progressivement mais inĂ©luctablement par l’instauration de lois destinĂ©es Ă  la bafouer.

Thomas Méridien a été élu démocratiquement. Mais comment accepter que sous la banniÚre de la démocratie, ce soit le loup qui entre dans la bergerie, la dictature qui va broyer tous les droits et libertés acquis de longues luttes.

Cela nous parait inimaginable ! Il s’agit certes d’une fiction, d’un thriller psychopolitique mais la plaie est toujours bĂ©ante, celle des consĂ©quences dĂ©sastreuses, meurtriĂšres du fascisme et du nazisme, il y a seulement quelques dĂ©cennies pendant la 2Ăšme guerre mondiale. Hitler a accĂ©dĂ© au pouvoir par la voie dĂ©mocratique !

Cette vigilance qui s’impose, elle ne peut ĂȘtre exercĂ©e que par des esprits libres. Les journalistes en question n’appartiennent Ă  aucun parti, l’indĂ©pendance est leur credo mais comment la conserver sans soutien financier et politique. Ces journalistes croient encore en leurs lecteurs et s’attachent Ă  les informer le plus objectivement et honnĂȘtement possible. Si leurs enquĂȘtes s’avĂšrent explosives, c’est parce qu’elles sont rĂ©vĂ©latrices des maux qui gangrĂšnent la sociĂ©tĂ©, la corruption, les manƓuvres sans foi ni loi des politiques sans scrupules.

Tous ces journalistes qui n’ont pas le mĂȘme parcours s’accrochent dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  leur devise d’indĂ©pendance et de dignitĂ© alors mĂȘme que les valeurs qu’ils dĂ©fendent s’effondrent sous leurs pieds.

Leurs dĂ©bats poignants nous interpellent. Comment rĂ©agirions-nous, nous-mĂȘmes ? Les rĂ©actions sont contrastĂ©es, elles dĂ©pendent du vĂ©cu et de la personnalitĂ© de chacun et elles Ă©voluent tout le long de la piĂšce qui explore avec acuitĂ© les rĂ©percussions d’un Ă©vĂšnement politique sur le plan humain, moral et psychique.

Yann Reuzeau et l’excellente Ă©quipe des comĂ©diens tiennent brillamment les rĂȘnes de ce thriller captivant qui emporte le spectateur vers la seule issue que nous puissions rĂȘver, la rĂ©sistance face aux discours d’intolĂ©rance et de haine, germes de dictature et d’extinction de la libertĂ© d’expression.

Paris, le 14 Octobre 2019
Mise à jour le 9 Août 2021
Evelyne TrĂąn

Ă  la Manufacture des Abbesses 7 Rue VĂ©ron 75018 PARIS.
A partir du 1er septembre, jeudis, vendredis, samedis 20h45, dimanches Ă  17h (relĂąche les 14 et 15 octobre).


ParticuliĂšres

Autrice / Metteuse en scĂšne Clara Leduc
Collaboration artistique Morgan Perez
Création lumiÚre et son Vivien Lenon
Avec Margaux Bonin, Chloé Boutron, Agathe Fredonnet, Ophélie Joly, Charlotte Lequesne

Se dĂ©finir en tant que femme quelle question ! Nous avons beau nous mettre dans le crĂąne la fameuse phrase de Simone de Beauvoir « On ne nait pas femme, on le devient » comment se passer du regard de l’autre et mĂȘme de son propre regard Ă  propos du fĂ©minin, la fĂ©minitude ?

Pendant des siĂšcles de patriarcat, les camps Ă©taient bien retranchĂ©s, d’un cĂŽtĂ© les femmes, de l’autre les hommes. Avant Mai 68, il y avait les Ă©coles de filles et les Ă©coles de garçons. Et puis Ă  la rentrĂ©e de septembre – je m’en souviens pour l’avoir vĂ©cu – les Ă©coles et les collĂšges et les lycĂ©es sont devenus mixtes. Quelle rĂ©volution !

Du cĂŽtĂ© des jeunes filles, entre femmes posons-nous la question, avons-nous notre passe fĂ©minin, disposons-nous des critĂšres qui nous permettront d’ĂȘtre dĂ©finis comme individus de sexe fĂ©minin et soyons honnĂȘtes quels mĂąles nous reconnaitront en tant que femmes ?

Il faut bien dĂ©marrer dans la vie, se trouver un petit ami ou une petite amie, et les mĂąles sont Ă  la mĂȘme enseigne. Belle nature Ă©courte nos considĂ©rations philosophiques.

Dans le spectacle ParticuliĂšres, Ă  l’occasion d’un anniversaire, des femmes se retrouvent entre elles pour parler de « trucs » de femmes. Leurs corps les rappellent Ă  l’ordre, elles ne peuvent pas Ă©chapper Ă  ce qui les distingue physiologiquement des mĂąles.

Exit l’homme, il ne nous comprendra pas. Qu’est-ce qu’il peut comprendre Ă  nos problĂšmes de menstruation, Ă  nos dĂ©sirs de grossesse ou pas, Ă  la fonction de notre clitoris. Il y a tout de mĂȘme toutes ces chaines ancestrales qui ont laissĂ© des marques dans la psychĂ© fĂ©minine et les combats fĂ©ministes ont de belles heures devant eux. Car les femmes qui se soumettent aux dĂ©sirs des hommes par amour sont leurs complices. Qui ne se souvient de cette chanson C’est mon homme chantĂ©e entre autres par Mistinguett.

Il me fout des coups
Il me prend des sous
Je suis Ă  bout
Mais malgré tout
Que voulez vous
Je l’ai tellement dans la peau
Que j’en deviens marteau.

L’auteure et metteure en scùne Clara Leduc nous dit :
« ParticuliÚres raconte des histoires de femmes en construction influencées par la société, par leurs entourages et par leurs envies. »

Le spectacle commence joyeusement avec cette chanson de Richard Antony (1974), « Qu’est ce qui m’arrive aujourd’hui, je suis amoureux de ma femme
 J’avais besoin de mener ma vie d’homme ».

Et enchaine avec le tube de Sylvie Vartan (1968) « On a toutes besoin d’un homme ».

S’ensuivent quelques sketches, l’un de mon point de vue un peu trop long mais assez drĂŽle concerne la guerre des poils pour dĂ©noncer l’épilation comme critĂšre de beautĂ©, l’autre est une parodie de Rendez-vous en terre inconnue : le clitoris.

Certaines interprĂštes n’hĂ©sitent pas Ă  faire la grosse voix comme pour se dĂ©connecter de la sacrĂ©e douceur fĂ©minine.

Le spectacle nous a paru trÚs sympathique et devrait prendre son rythme de croisiÚre au fur à mesure des représentations.

Qui peut mieux se moquer du genre fĂ©minin que la femme ? Le portrait de groupe ne manque pas d’humour mais Ă  vrai dire, c’est le dĂ©senchantement qui se dĂ©gage des propos de ces femmes qui nous a le plus interpellĂ©.

Si vous n’ĂȘtes ni fĂ©ministe, ni antifĂ©ministe, vous avez tout de mĂȘme le droit de vous exprimer. En conclusion :
«T’es une femme qu’on ne peut pas mettre dans une case ».

Eze, le 9 Août 2021

Evelyne TrĂąn

Ă  la Manufacture des Abbesses 7, rue VĂ©ron 75018 Paris
du 27 Septembre au 19 Octobre 2021, Les lundis et mardis Ă  19 H




Source: Monde-libertaire.fr