Octobre 30, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Marchands d’armes et missions militaires : colonialisme et bonnes affaires

Les armes italiennes, au premier rang le colosse public Leonardo, sont présentes sur tous les théâtres de guerre. Des guerres qui semblent lointaines sont au contraire très proches : les armes qui tuent partout des civils sont produites non loin des jardins où jouent nos enfants.
Turin est l’un des centres de l’industrie de guerre.
Du 30 novembre au 2 décembre Turin abritera Aerospace & defence meetings, un salon-marché international de l’industrie aérospatiale de guerre.
La convention, qui en est à sa huitième édition, se tiendra à l’Oval Lingotto, un centre de conférence qui fait partie des structures construites sur les cendres de l’ancien complexe industriel de l’ex-Fiat.
Le salon-marché est réservé aux professionnels : usines du secteur, gouvernements et organisations internationales, représentants des forces armées étatiques et entreprises mercenaires. La dernière édition a réuni 600 entreprises, 1 300 entre acheteurs et vendeurs et les représentants de 30 gouvernements. La véritable clef de voûte de la convention sont les réunions bilatérales dans le but de conclure des accords de coopération et de vente : en 2019, ils dépassaient les 7 500.
Parmi les sponsors invités de la rencontre se distinguent la Région Piémont et la Chambre de Commerce Subalpine.
Septième dans le monde et quatrième en Europe, avec un chiffre d’affaires dépassant les 16,4 milliards d’euros et 47 274 salariés, l’industrie aérospatiale est une énorme affaire mortifère.
La plupart des entreprises aérospatiales italiennes sont situées dans le Piémont, où le chiffre d’affaires annuel atteint 3,9 milliards d’euros. Les secteurs de production sont étroitement liés aux universités, principalement le Politecnico, et à d’autres secteurs de formation.
Le Piémont compte cinq acteurs internationaux de premier plan : Leonardo, Avio Aero, Collins Aerospace, Thales Alenia Space, ALTEC. La plupart des principales industries mondiales participent à la biennale de l’aérospatiale.
Dans les prochains mois, on construira à Turin la cité de l’aérospatiale, un nouveau pôle technologique dédié à l’industrie guerrière. Le projet inclut la Région Piémont, la Municipalité, le Politecnico, l’Université, la Chambre de Commerce et l’Union Industrielle de Turin, Api [association des petites et moyennes entreprises], Cim 4.0 [services aux entreprises], le District Aérospatial Piémontais et Tne [Torino Nuova Economia : société constituée par la Région et la municipalité, qui gère les anciennes usines Fiat de Mirafiori].
Il va sans dire que ceux qui vivent au Piémont ont sans doute d’autres besoins, tels que le logement, les revenus, la santé, l’éducation, les transports locaux.
Fin novembre, des ruches de bureaux seront installées à l’Oval, où des accords commerciaux seront signés pour les armes qui détruisent des villes entières, massacrent des civils, empoisonnent terres et fleuves. L’industrie aérospatiale produit des chasseurs-bombardiers, des missiles balistiques, des systèmes de contrôle satellitaires, des hélicoptères de combat, des drones armés pour l’action à distance.
L’Aerospace and defence meeting est un événement semi-clandestin et fermé, où on se livre à des jeux mortels pour des millions de personnes partout dans le monde.
L’industrie guerrière est un commerce qui n’entre jamais en crise. L’Italie fait des affaires avec n’importe qui.
La fermeture et la reconversion de l’industrie de guerre sont urgentes et nécessaires.

Les troupes du Bel paese [note] font la guerre au Niger, en Libye, dans le golfe de Guinée, dans le détroit d’Ormuz, en Irak, en Méditerranée et dans bien d’autres endroits de la planète.
L’été dernier, le Parlement a approuvé le refinancement des différentes aventures néocoloniales des forces armées italiennes. 18 des 40 missions tricolores sont concentrées en Afrique.
Les missions militaires à l’étranger coûtent un milliard et 200 millions d’euros avec 9 449 soldats employés : une forte augmentation par rapport aux chiffres déjà records de 2020.
Les dépenses militaires ont atteint cette année 25 milliards. Vingt ans de guerre et d’occupation militaire de l’Afghanistan ont coûté rien qu’à l’Italie 8,7 milliards d’euros.
La rhétorique des missions humanitaires passe à la trappe et la « défense des intérêts italiens Â» entre en jeu.
Les drapeaux tricolores flottent à côté des drapeaux jaunes avec le chien à six pattes d’ENI [note] .
La décision de construire une base militaire italienne au Niger va dans le sens de la stabilisation de la présence tricolore dans la région, la transformant en avant-poste pour la défense des intérêts d’ENI en Afrique.
La diplomatie armée du gouvernement pour garantir les profits de la multinationale pétrolière va de la Libye au Sahel en passant par le golfe de Guinée. Ces zones sont d’une importance stratégique pour les intérêts d’ENI, car elles abritent les plus grands producteurs africains de pétrole et de gaz. Le but est la protection des plateformes offshore et des installations d’extraction.
ENI représente aujourd’hui le fer de lance du colonialisme italien en Afrique.
La guerre pour le contrôle des ressources énergétiques va de pair avec une offensive contre les migrants, pour les refouler dans les prisons libyennes, où tortures, viols et meurtres sont monnaie courante. Tel un serpent qui se mord la queue, les migrations vers les pays riches sont le résultat de la férocité prédatrice des politiques néo-coloniales. La propagande démesurée sur la « sécurité Â» et la « lutte contre le terrorisme Â» abrite une réalité qui mêle intérêts économiques et rhétorique de la mission de protection des populations locales. Des populations quotidiennement exploitées, pillées et opprimées par des gouvernements complices des multinationales européennes, asiatiques et étatsuniennes.
La guerre extérieure et la guerre intérieure sont les deux faces d’une même médaille.
Dans notre pays, des militaires ont été promus au rang d’officiers de police judiciaire et, depuis plus de dix ans, avec l’opération « routes sûres Â», ils sont présents dans les CPR [centres de rétention des migrants], où sont enfermés les corps en surplus à expulser, dans les chantiers militarisées, et dans les rues de nos banlieues, où se déroule la guerre contre les pauvres avec l’occupation et le contrôle du territoire ethniquement ciblé, pour réprimer dans l’œuf toute éventuelle insurrection sociale.

Dans notre pays, il existe des ports et des aéroports militaires, des champs de tir, des zones d’entraînement, des espaces où on teste des bombes, des chasseurs-bombardiers, des drones, des navires et des sous-marins. Des endroits mortifères aussi pour ceux qui y vivent à côté, car les combustibles, les balles à l’uranium appauvri, les engins de guerre chimique polluent irréversiblement la terre et la mer.
Les répétitions générales des conflits de ces dernières années se déroulent dans les bases militaires dispersées dans toute l’Italie.

Essayez d’imaginer à quel point nos vies seraient meilleures si on utilisait pour l’école, la santé, les transports les milliards qui servent à renvoyer des hommes, des femmes et des enfants dans les camps de concentration libyens, à garantir les intérêts d’ENI en Afrique, à investir dans l’armement.
Un non ne suffit pas à arrêter la guerre. Il faut bloquer ses mécanismes à partir de nos villes, du territoire où nous vivons, où on trouve des casernes, des bases militaires, des aéroports, des usines d’armement, des hommes armés qui patrouillent dans les rues.
Bloquer les missions à l’étranger, boycotter ENI, expulser les militaires de nos villes, paralyser la production et le transport des armes, combattre le salon professionnel de l’industrie aérospatiale de guerre sont des horizons concrets de lutte.

Samedi 20 novembre cortège antimilitariste à Turin 14h30 partant de Porta Palazzo – Corso Giulio Cesare angle via Andreis

Contre les marchands d’armes, les usines de mort et les bases militaires
Contre l’Aerospace & defence meetings
Contre les dépenses de guerre et les missions militaires à l’étranger
Contre le colonialisme tricolore, boycottons ENI
Contre la guerre aux migrants et aux pauvres
Contre la violence sexiste de toutes les armées
Contre toutes les patries pour un monde sans frontières




Source: Monde-libertaire.fr