Juillet 24, 2016
Par Paris Luttes
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Je comprend pourquoi cette idée avait réussi à tromper quelques libertaires européens : c’est l’avis le plus diffusé en dehors du Brésil par la gauche institutionnelle et ses grands médias.

Par contre ce n’est pas l’avis de beaucoup d’organisations libertaires, autonomes et anticapitalistes radicaux du Brésil.

Pour donner quelques exemples qui soutiennent cet avis marginalisé, je remarque, entre autres, qu’il y a des professeurs d’université du domaine numérique qui se méfient du système de vote électronique du Brésil ; que le gouvernement du Parti des Travailleurs – PT -, depuis Lula, était allié à beaucoup de groupes et politiciens qui ont soutenu la dictature militaire ; que le PT a adopté les mêmes politiques économiques et “sociales” que la dictature militaire et les gouvernements néolibéraux précédents – politiques de priotarisation du marché et d’intégration des pauvres dans le consumérisme et la dépendance aux dettes bancaires ; que le PT a réprimé avec beaucoup de férocité diverses grèves de travailleurs, manifestations des classes populaires et révoltes d’indiens et de paysans pauvres ; que le PT a fait plusieurs occupations militaires de beaucoup de favelas et que les habitants de ces lieux ont subi des violences quotidiennes de l’armée ; que le PT a soutenu et commandé beaucoup de persécutions policières et judiciaires contre des organisations populaires libertaires, autonomes et anticapitalistes radicales ; etc.

Donc, défendre la thèse de l’existence d’une vraie démocratie et de partis et de politiciens démocrates au Brésil, c’est participer à l’effacement de la vraie marque autoritaire et anti populaire du système brésilien et du gouvernement du PT.

Ce qui arrive maintenant au Brésil, c’est qu’à partir des grandes vagues de protestations populaires radicales et autonomes de Juin 2013, le rôle de “pacification” et de conciliation de la lutte de classes que le PT a joué pour les groupes dominants a atteint ses limites et à partir de ce moment là le PT a perdu son intérêt pour les élites brésiliennes, qui ont décidé de le remplacer pour perpétuer les vaines espérances du peuple dans la “démocratie” (je rappelle que des enquêtes d’opinion publique montraient que la confiance populaire dans le gouvernement Dilma était de moins de 10% en fin d’année dernière !).

C’est pour ça que la thèse du “coup contre la démocratie”, qui implique qu’il y ait une démocratie et des partis et politiciens démocrates au Brésil, cache la réalité qui est qu’en fait, soit sous la dictature militaire, soit dans le Brésil contemporain ; avec des généraux de l’armée ou avec le Parti des Travailleurs ; les mêmes grands groupes économiques ont continué a déterminer les grandes décisions et directions de la société brésilienne.

Il est dommage qu’il y ait eu dans le milieu libertaire européen des discours défendant la thèse du “coup contre la démocratie” : je pense que le but des anarchistes devrait être de dénoncer le vrai piège que le PT représente pour des organisations et luttes populaires et montrer que l’unique espoir pour ces organisations et luttes est l’organisation autonome et anticapitaliste.

Mais, comme les sources défendant les intérêts du PT ont plus de moyens financiers pour répandre ses thèses, je comprends pourquoi la thèse fallacieuse du “coup contre la démocratie” a réussi à s’établir, même chez des anarchistes.

Par contre, la lutte contre les illusions créées par le système continue, ici et au Brésil.

À la lutte, camarades !

Santé et anarchie !

Vantiê Clínio Carvalho de Oliveira.

Chercheur en Sciences Sociales et militant anarchiste brésilien.




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