ArticleGlobalValidepublié le vendredi 15 avril 2016 à 12:34 | R.B.

Ce matin, Jean-Jacques Bourdin recevait dans son émission Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, qui a tenu des propos où elle cumule racisme, sexisme, négrophobie et islamophobie. La réaction ne s’est pas faite attendre avec une pétition demandant sa démission et la diffusion du hashtag ?#‎TousUnisContreLaHaineDuGouvernement?.

Tout commence par un débat sur la “modest fashion” et l’engouement des grandes marques pour des collections à destination notamment des femmes musulmanes à travers le monde. Polémique suscitée par une interview de Pierre Bergé, président de la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent où il disait : “je trouve le comportement de ces marques honteux. J’ai peur qu’on fasse comme si c’était des vêtements normaux.”

Jean-Jacques Bourdin, comme d’autres médias, s’empare de la polémique et s’ensuit un emballement médiatique. Elle sera son invitée durant la matinale de ce mercredi 30 mars.

Pendant 8 minutes, l’interview portera sur les femmes musulmanes et le port du voile. La ministre nie leur liberté de choix et les assimile à des esclaves. Un paradoxe pour celle qui est la ministre des droits des femmes. Elle emploiera ensuite le terme de « nègres » qui suscitera une montée au créneau des internautes et des réseaux sociaux. Ainsi, Laurence Rossignol, en plus de considérer les femmes voilées comme aliénées et portant l’étendard selon elle, de “l’islam politique”, s’enlise dans un discours raciste et négrophobe.

En réaction à ces propos, un collectif de femmes initiée par Hawa N’dongo, étudiante en master de Science Politique, a lancé une pétition en ligne pour demander la démission de la ministre :”Que la ministre soit sanctionnée pour ses propos racistes”.

« Il est terrible de voir que cette France qui se revendique partout dans le monde comme le pays des droits humains débatte, en 2016, des choix vestimentaires de certaines de ses citoyennes. Il est terrible de voir que la négrophobie persistante est ici utilisée pour justifier et légitimer une islamophobie genrée. Nous ne sommes pas dupes, nous savons que ce n’est pas la première fois et que le racisme d’État s’exprime sous différentes formes – mais toujours – librement depuis des décennies. Seulement quand c’est aussi limpide que cela, il appartient aux responsables politiques et médiatiques de sanctionner. Nous appelons donc :

– le Président de la République à prendre les mesures nécessaires contre cette ministre dont les propos font honte à la fonction ministérielle 
 le CSA à prendre des résolutions fermes contre la libération médiatique des paroles racistes en sanctionnant les chaînes concernées. »

Le hashtag #TousUnisContreLaHaineDuGouvernement a été propulsé sur les réseaux pour mettre en porte-à-faux le gouvernement, qui il y a quelques jours encore médiatisait, sa campagne contre le racisme et les discriminations.

Plusieurs journalistes ont réagit en niant le caractère raciste des propos de la ministre. Pour exemple, le directeur adjoint de L’Express, Eric Mettout qui relativise l’utilisation du mot « nègre ».

Plantu, dessinateur de presse au Monde, a ajouté ses amalgames à l’emballement médiatique en proposant un dessin assimilant femmes voilées et terroristes.

Interrogé par l’AFP, Agence France Presse, Laurence Rossignol a tenté de justifier ses propos : “J’ai employé le mot ’nègre’ dans le seul usage qu’on puisse en faire pour parler de l’esclavage en Amérique et des négriers. “Mais je n’ai pas mesuré la perception la plus répandue. Et qu’on ne dit pas ’nègre’ même quand c’est autorisé à propos de l’esclavage. En dehors de cette faute de langage, je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit.” Ainsi, elle participe sciemment de la banalisation des propos islamophobes et du racisme structurel des responsables politiques et médiatiques français.

“Les nègres et les femmes voilées vous emmerdent !”

Plutôt que Montesquieu, évoquée par la ministre pour se justifier, les internautes ont préféré lui répondre avec la poésie chère à Aimé Césaire.

http://contre-attaques.org/l-oeil-de/article/laurence

Contre-attaques :

Ce 1er septembre 2015, nous lançons ce site « Contre-attaque(s). Pour en finir avec l’islamophobie ». Il s’agit pour nous de réagir face à une campagne qui ne cesse de s’amplifier, en France comme en Europe.

Le racisme gangrène nos sociétés : contrôles au faciès, destruction de camps roms, agressions de femmes musulmanes, discriminations des personnes portant des noms à « consonance étrangère », projets de loi et circulaires ciblant les femmes voilées, interdiction des repas diversifiés dans les cantines…

Ces attaques s’inscrivent dans un climat idéologique et médiatique qui, au nom de la « guerre contre le terrorisme » ou d’une conception particulièrement cynique de la devise « liberté, égalité, fraternité », entretient la haine contre ceux et surtout celles qui sont décrits comme « étrangers ». Un climat qui s’est encore alourdi depuis les attentats de janvier 2015 contre Charlie-Hebdo et l’Hyper Casher.

Depuis une trentaine d’années, l’islamophobie est devenue le canal privilégié d’expression du racisme contemporain. Car, sous le prétexte fallacieux de « pouvoir critiquer l’islam », ce que personne ne conteste, et derrière le masque trompeur des « valeurs universelles » (la République, la laïcité, l’égalité des sexes…), le racisme se redéploie et se régénère : un redoutable système d’exclusion se construit jour après jour, en France comme dans les autres pays occidentaux.

http://contre-attaques.org/magazine/article/pourquoi-ce