Août 16, 2020
Par Marseille Infos Autonomes
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Loin de vouloir minimiser la spécificité du contexte biélorusse, il semble que cette révolte fasse écho à tant d’autres à travers le monde contre la corruption étatique et la violence qui la protège. Liban, Chili, France ou encore aux États-Unis. Là bas, l’emploi récent d’agent.e.s des polices fédérales non-identifiées qui kidnappaient aussi des gens dans les rues des villes dites-progressistes, pour terroriser les manifestant.e.s contre les meurtres policiers racistes, laissait des images similaires. Seule l’utilisation d’alphabets différents sur les uniformes permettait de les distinguer.

Et pourtant, la rhétorique anti-impérialiste refait surface. Dans ses grandes lignes, il s’agirait de dire que l’expression d’une solidarité pour une révolte serait appropriée, « à l’exception des moments où celles-ci ont lieu dans des États dont les gouvernements ne sont pas inféodés à la politique étrangère États-Unienne », auquel cas, l’expression de cette solidarité deviendrait un instrument de soutien à l’impérialisme occidental-capitaliste, et la diffusion d’informations sur ces mêmes soulèvements deviendrait un outils de désinformation destiné a déstabiliser ces régimes en faveur de l’Impérialisme. Ces mêmes argumentaires que l’on pouvait encore lire dans des torchons marxistes du printemps 2014, où il était fièrement clamé à quel point la révolution syrienne était « bourgeoise », et qu’il était « urgent de soutenir le gouvernement d’Al-Assad face à l’ingérence capitaliste-occidentale ». Une vision du monde simpliste dans laquelle l’impérialisme n’est qu’occidental et monolithique, et surtout « cohérent. » Quitte a faire des jeux-de-mots en clin d’œil à d’autres essais connus, il serait facile d’affirmer ici : « l’anti-impérialisme protège l’État ! »

Si une analyse géopolitique de la Biélorussie pourrait voir un tiraillement entre des influences russes et polonaises, dont le gouvernement notoirement nationaliste et homophobe a d’ailleurs été la première organisation « officielle » à dénoncer les sévices de l’État policier biélorusse. Faudrait-il alors taire l’arrestation violente de 48 activistes LGBT* la veille à Varsovie ? Laissons ces analyses aux apprentis sorcièr.e.s de la politique… Que ce soit en Biélorussie ou ailleurs, ma solidarité n’est pas l’expression d’une politique extérieure étatique, mais celle d’un désir de liberté que je ne voudrais voir restreindre à personne, et encore moins sur les bases douteuses d’alliances avec des gouvernements. C’est une solidarité avec les punks de Grodno, avec les skins antifascistes de Minsk qui étaient venus chanter des chansons internationalistes un premier mai sur la Plaine, et avec tou.te.s les exilé.e.s rencontré.e.s depuis. Mais c’est aussi une solidarité ouverte avec quiconque sautant dans l’inconnu et tentant ses chances, sans alliance ni programme, pour déstabiliser les États et leurs polices, et ce, même si l’Histoire est criblée d’échecs et de récupérations.

À bas l’État ! Vive la liberté !

Долой государства ! Да здравствует свобода !




Source: Mars-infos.org