Août 8, 2021
Par Contrepoints (QC)
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Ce texte a été écrit contre la «Zone d’innovation Litoral Est»,  mais ON a pour projet de multiplier les Zones d’innovation partout aux abords du Saint-Laurent. Contre l’économie de la mort, rejoignez NOUS. Où que vous soyez

 

Nous sommes aujourd’hui face à un choix : soit nous subissons la ZILE, soit nous prenons l’ASILE.

 

 

OÙ ÊTES-VOUS ?

Vous êtes dans la  «Zone d’innovation Littoral Est»,  aussi connue sous L’acronyme «ZILE». Un parc techno-industriel de 8,4 km², en plein coeur de Maizerets, visant à accueillir plus de 360 entreprises privées et 12,5 G$ d’investissement d’ici 2035.

 

Si vous êtes dans la ZILE, vous n’êtes nulle part. Vous êtes sur une terre morte, un territoire ravagé par des machines, un lieu sans vie. Vous avez été dépossédé.e et vous êtes entièrement sous l’emprise des industries qui occupent le secteur. À terme, vous serez mis·e au pas et assujetti·e aux «innovations technologiques» de la zone, ou expulsé·e.

 

 

Peu importe la manière, si vous appartenez actuellement à ce territoire qu’on appelle Maizerets, ON tentera de vous effacer de la zone. ON en fera de même si vous tentez d’y expérimenter une vie de communauté. Rangez-vous ! Les ambitions entreprenariales vous dicteront ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire. Les manières dont il est possible de vivre et donc surtout, de mourir.

 

C’est quoi la ZILE?

 

Partie intégrante de la vision maritime Avantage Saint-Laurent de la CAQ, la ZILE matérialise, sur le territoire municipal de Québec, les ambitions coloniales du Plan Nord relancées en 2011 par les libéraux. Après un bref intermède épidémiologique, l’économie pourra redevenir la science maître de l’époque et poursuivre son expansion au-delà de toute frontière.

 

En normalisant des dispositifs qui étaient auparavant largement contestés, la ZILE se veut la fixation territoriale du passage de «l’exceptionnel» au «normal». Canalisation du désir vers des formes d’exposition virtuelle, accumulation de données visant tous les aspects de la vie, contrôle algorithmique et expansion agressive de la marchandise. La ZILE nous dirige vers des formes d’existence diminuées, uniformisées, parfaitement en accord avec la prédictibilité qu’impose la nouvelle forme just-in-time de l’économie.

 

Tandis que s’effondrent sous nos yeux les écosystèmes planétaires qui supportent la vie, Avantage Saint-Laurent traite le fleuve et les zillions d’êtres qui le peuplent comme une vulgaire «autoroute» du transport international de marchandises. Répartie en plusieurs secteurs d’activités, cette vision propose de piller les territoires du Québec comme on pille une banque et de transformer les rives du fleuve en une «Silicon Valley» vouée à l’exploitation des données par des techno-entreprises. Le tout, au détriment de l’ensemble des communautés du vivant qui habitent le cours d’eau et ses berges.

 

 

Avantage Saint-Laurent est une intégration du fleuve dans les processus de valorisation infinie auquel aspirent les assoiffé·es d’argent. Un projet qui profane le caractère sacré du fleuve ainsi que l’ensemble des relations auquel il a donné naissance depuis ses premiers flots. Un saccage éhonté de la vie au nom du profit. Avec ce relent colonial, la CAQ rêve de la « siliconisation de la vallée du Saint-Laurent ».

 

D’une part, ON veut exploiter pleinement les ressources qui se trouvent sur le territoire Québécois en misant sur l’extractivisme et le colonialisme, les mines et les coupes forestières, la pollution des vastes étendues nordiques et la mise à la marge des communautés autochtones qui en subissent déjà pleinement les conséquences.

 

De l’autre, ON prévoit déployer 23 «zones d’innovation» tout le long du Saint-Laurent : des parcs techno-industriels regroupant différentes industries de haute-technologies — intelligence artificielle, technologies sanitaires, logistiques intelligentes des marchandises, collecte de données citoyennes, suivi des comportements, etc. qui seront directement branchés aux flux qui traversent le territoire du Québec — numériques, satellites, routiers, ferroviaires, aériens et maritimes.

 

Cette reconfiguration territoriale et sociale se devine déjà, entre autres, par l’omniprésence des GAFAM, le déploiement accéléré du réseau 5G et des systèmes de surveillance par caméras, la croissance des dispositifs numériques de contrôle et de géolocalisation, la multiplication des centres de serveurs, la prolifération des incubateurs d’entreprises numériques et l’engouement généralisé des subventions pour l’«innovation». Au nom du sacro-saint Progrès, ON condamne les territoires à la mort.

 

 

De même, l’accaparement des ressources nécessaires au fonctionnement d’une économie numérique s’amplifie: projets miniers dans le Nord-du-Québec et au Saguenay, extraction croissante des métaux rares, présence des groupes de recherche néocoloniaux comme «Habiter le Nord» au sein de communautés innues et inuites, expansions portuaires à Contrecoeur, Hochelaga, Québec. 

 

Dans les villes, ON raccordera les nouvelles classes travailleuses à ces techno-industries via les systèmes de transport en commun: REM à Montréal, RSTC à Québec, voies ferroviaires du CN et troisième lien autoroutier qui relierait les rives de Québec et Lévis.

 

Les fondations logistiques, humaines et infrastructurelles nécessaires à l’émergence d’un Québec silicolonisé sont posées en cet instant.

 

À NOUS, maintenant, de jouer les trouble-fêtes

 

Dans Maizerets, la ZILE annonce un accaparement des sols publics ainsi qu’une expulsion progressive des communautés vulnérables et marginales habitant tout le long de l’axe du futur tramway — corridor gentrifié par les employé·e·s de la techno-industrie. Nous assistons à une mutation techno-capitaliste de la métropole. Une nouvelle phase d’abstraction des réalités territoriales et sociales. Pour les politiques qui dictent ce projet, c’est l’économie marchande qui passe avant tout. Le profit prime sur la vie. Et tout ce qui entrave cette ruée vers l’innovation devra être supprimé.

 

 

Face à ce désastre annoncé, nous voulons constituer une force de résistance; une puissance collective, vive, enracinée, démultipliée et organisée; animée par l’énergie du sol, du fleuve et de l’ensemble des communautés du vivant qui les habitent. Une communauté visant à protéger le territoire contre ces invasions impériales, la dépossession qu’elles forcent et le contrôle qu’elles imposent.

 

La ZILE contre la vie

 

La ZILE est un lieu sans vie qui empiète sur un territoire habité. C’est un cluster de haute-technologies: un regroupement de chercheur·es, de technicien·nes, d’entreprises, de serveurs, d’écrans, d’antennes et autres dispositifs de contrôle.

 

C’est un projet d’aménagement sans appartenance: un espace mécanique qui gère, procède, opère, accélère et qui n’a rien à faire des habitant·es du territoire, des sols, d’une quelconque biodiversité, ou de l’existence du fleuve Saint-Laurent, si ce n’est que de les surveiller, les domestiquer, les régir et les dominer. C’est le parfait mélange entre un déracinement des communautés locales au profit des entreprises, une nouvelle phase de métropolisation et une croissance du contrôle policier.

 

 

La ZILE c’est 15 immenses territoires publics totalisant plus 400 000 m², fragments de sol à la fin d’un cycle de valorisation, bradés au privé à des fins d’exploitation et de marchandisation. 15 territoires sur lesquels ON empêchera l’émergence de la vie, la régénération des sols, l’autonomisation des communautés locales, l’habitat d’amphibiens, la nidification d’oiseaux, la reproduction des papillons, la prolifération des insectes pollinisateurs, l’épanouissement d’une prairie demi-sauvage emplie d’herbes médicinales qui entourerait des espaces de jeu ou de jardinage.

 

La ZILE, c’est 15 territoires vendus à des entreprises qui gèrent des marchandises, des flux, des données. C’est l’installation délibérée d’un désert servant à opérer des chaines de production lucratives.

 

LA VILLE et la ZILE

ON aime se faire croire que les institutions publiques travaillent dans l’intérêt du bien commun et que les tâches quotidiennes d’un organisme qu’ON appelle LA VILLE seraient dédiées au bien-être des habitants du territoire qu’elle administre; que LA VILLE serait un être bienveillant au service de ses chers «payeurs de taxes». Mais détrompons-nous.

 

Dans Maizerets, LA VILLE ignore complètement les inquiétudes exprimées face au déploiement de la ZILE par les groupes locaux que sont le Conseil de quartier Maizerets et la Table citoyenne Littoral Est. Elle impose sa vision et balaie toute opposition; c’est une machine administrative vouée à la reproduction des mécanismes de domination sur le territoire qu’elle gère.Dans la ZILE, c’est la chambre des commerces et le milieu des affaires qui règnent en maître. Les résidant·es du quartier seront discarté·es.

 

 

LA VILLE nous est hostile, à nous qui cherchons à entretenir une relation de soin avec le sol, à établir des interactions libres et libérées entre humains et non humains, à vivre au sein d’une communauté d’êtres vivants. LA VILLE abhorre les prairies florissantes et buissonnantes, les parcs ensauvagés et les lieux qui laissent libre cours à la gambade des marmottes et aux chasses des renards, aux expériences permaculturelles qui favorisent la complémentarité entre différentes plantes et bestioles.

 

Nous ne voulons pas de ces espaces aménagés par LA VILLE, mais bien d’un territoire habité réellement. Et nous souhaitons vivre pleinement les expériences rendues possibles par la co-présence de multitudes d’êtres.

 

L’asile contre la ZILE

 

Face au déploiement imposé de la ZILE dans Maizerets, nous revendiquons l’asile. L’asile comme symbole d’une communauté qui résiste à sa dépossession. L’asile pour fuir la folie qui s’est emparée de LA VILLE, mais surtout comme refuge d’une communauté qui cherche à demeurer en vie, précisément là où l’on tend à la rendre impossible. L’asile comme refuge pour toutes celles et ceux qui souhaitent établir des relations de soin avec le sol et avec l’ensemble des communautés qui l’habitent; un lieu pour tout le monde qui n’appartient à personne.

 

Prendre exile à l’asile, ce n’est pas déserter géographiquement. C’est déserter les rapports qu’impose LA VILLE. Fuir les manières d’être ensemble mais seul; d’être avec des humains mais contre le vivant, d’être un consommateur ou une consommatrice parmi tant d’autres. Refuser d’être un engrenage dans l’immense bulldozer d’une économie mortifère. Et forcément, dans cette désertion, inventer ce qui suivra.

 

 

Par définition, l’asile est un lieu inviolable ou l’on trouve refuge, sérénité et paix; un «lieu où, selon la définition du CNRTL, l’on se met ou se sent à l’abri d’un danger, d’un milieu extérieur hostile, pour se soustraire à la fatigue, à la misère, etc.»; un lieu où les communautés se permettent d’exister, hors des menaces d’une ZILE hostile qui bétonne le sol, domine le non-humain et efface tout ce qui n’obéit pas aux normes de LA VILLE, ou à la fatigue de ses citoyen·nes.

 

L’asile comme lieu d’expérimentation; un territoire d’accueil pour les communautés du vivant et toutes les relations potentielles qu’elles permettent d’expérimenter. Nous souhaitons re-générer les processus de vie, contribuer quotidiennement à l’enrichissement des sols, interagir avec les êtres divers qui y trouveront refuge, co-exister et vivre ensemble sur un territoire d’où prend racine une culture relationnelle.

 

L’asile comme refuge pour les communautés du vivant, au coeur de ce milieu hostile à la vie qu’est la ZILE.

 

L’asile comme centre social; un espace politique permettant l’autonomisation et l’autogestion. Un parti pris pour le vivant. Un lieu festif où l’on peut se ressembler et s’aimer librement. Un lieu pour expérimenter, transmettre, débattre, s’organiser. Une zone à défendre, d’abord, et à partir de laquelle nous lutterons, ensuite. Un lieu de permaculture, de soin, de régénération. Un espace de pédagogie pour apprendre et transmettre nos habiletés et découvertes surgissant de nos expérimentations. Un lieu où humain et non-humain se côtoient tous les jours, se respectent et co-évoluent. Un lieu pour lequel le sol est une source de vie permettant l’émergence d’une biodiversité indigène. Un lieu pour vivre, habiter et se reterritorialiser, collectivement.

 

 

Pour rendre possible ce projet, nous faisons appel aux communautés de tous types, aux animaux de toutes sortes, à l’ensemble des groupes communautaires se faisant sans cesse exploiter par LA VILLE, aux militant·es qui s’opposent à la marchandisation de la vie, à tous les habitant·es qui cherchent à sortir du cadre normatif de la citoyenneté et du salariat, à celles et ceux qui ne supportent plus de voir disparaitre des boisés au nom du développement, aux amoureux et amoureuses du vivant.

 

L’invitation est lancée à tous celles et ceux qui ne veulent pas assister à la mort d’un autre territoire et à la dépossession de ses habitant·es ou qui veulent expérimenter joyeusement d’autres formes d’existence. Nous aurons enfin un lieu pour nous rejoindre et pour vivre.

 

 

 

Ce texte a été écrit pour l’asile puisque NOUS avons pour projet de consolider un réseau capable de prendre soin du vivant.
Pour participer à cette émergence
rejoignez NOUS.
Où que vous soyez

 

 

 

 L’asile
est un garage municipal dans lequel une occupation communautaire est en
cour. La localisation exacte est pour l’instant maintenue secrète, mais
la rumeur court vite. Restez attentives.

Demandez à n’importe quel habitant, il vous dira.

 

 

Contactez-nous via [email protected]




Source: Contrepoints.media