Août 3, 2022
Par Lundi matin
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Le 21 juin 2022, vers 18h30, après maintes péripéties, j’arrive enfin au commissariat de Draveil (Essonne) pour émarger une copie de mon sauf-conduit me permettant de quitter exceptionnellement mon lieu d’assignation à résidence afin de me rendre à une convocation de la Cour d’Appel de Paris, le lendemain.

J’ai en effet saisi la Cour pour un relèvement en IDTF (Interdiction Définitive du Territoire Français) et ma présence est exigée.


Pour respecter la séparation des pouvoirs, le secrétariat du Ministère de l’Intérieur me délivre donc un sauf-conduit. En revanche, il y met tellement de contraintes que la moindre incartade même si elle n’est pas de mon fait serait perçue comme une insulte à sa magnanimité.

J’arrive donc ce mardi 21 juin vers 18h30 devant le blockhaus de béton faisant office de commissariat de police dans la commune voisine de celle où résident mes parents, j’aurais dû me présenter une première fois à 15h00 mais le train entre Brive-La-Gaillarde et Paris Austerlitz a mis plus de 2 heures de retard car les caténaires de la ligne étaient prises dans des branchages arrachées par la tempête de la veille dans la région.

Pour entrer dans le commissariat, il faut sonner à l’interphone à l’extérieur du bâtiment. Un agent vous demande de vous identifier et donner la raison de votre appel. Au bout de plusieurs minutes, il se résout enfin à m’ouvrir. Vous rentrez alors dans le sas où se trouve une minuscule fenêtre en verre blindé sous laquelle se trouve une trappe en forme de fente juste assez grande pour glisser une enveloppe. Un écriteau vous indique d’y faire passer votre pièce d’identité. Après vérification, on vous ouvre la seconde porte du sas donnant sur une salle d’attente enserrée sur la gauche par un bocal d’accueil aux côtés duquel deux portes blindées sont burinées dans un mur de béton armé aux finitions sommaires. Inutile de vous dire que l’atmosphère y est assez oppressante. La faible luminosité finit par vous donner l’envie d’en ressortir aussitôt entré.

Je me présente à l’accueil et la fonctionnaire de police commence par me faire remarquer que j’aurais dû me présenter beaucoup plus tôt. Je lui explique calmement que je viens de loin et que mon train a eu beaucoup de retard. Je lui fais remarquer que mes avocats ont pris immédiatement attache avec le secrétariat général de la Place Beauvau pour lui signaler très en amont, les causes de mon retard.

Sa bouche souligne d’un rictus interrogatif et moqueur le « mes avocats Â». Que je viens de prononcer. Je lui répète : « Oui, mes avocats – car j’en ai plusieurs – ont pris contact avec le ministère de l’Intérieur et je n’y peux rien si votre ministère de tutelle ne vous en a pas informée. Sur ce, elle me réponds : « La moindre des politesses, c’est de prévenir quand on sait que l’on va arriver en retard. Â» Je lui rétorque du tac au tac que je suis quelqu’un de poli, que mes avocats ont fait le boulot et que ce n’est pas de ma faute si les services du ministère sont défaillants et ne lui ont pas transmis le renseignement. Ce n’est pas à moi de pallier à ses manquements.

Agacée, elle me tend une copie du sauf-conduit que je prends le temps de lire pour être sûr qu’il s’agit bien du même document que celui qui est en ma possession. Visiblement mon attitude la dérange au plus haut point, elle qui est certainement habituée à ce que la seule vue de son uniforme soit suffisant à inspirer la déférence.

Alors que je suis encore en train de le lire, elle m’arrache le document des mains en m’intimant l’ordre de le signer. Je la regarde droit dans les yeux et lui dit calmement qu’elle peut garder le document car je ne le signerai pas parce que j’ai pour habitude de ne signer que les documents que j’ai entièrement lus. Elle prend cette attitude de ma part comme une défiance à son encontre et à l’encontre de l’autorité qu’elle est censée incarner.

Elle repart avec le document après avoir inscrit en majuscule la mention ’refuse de signer’ tout en indiquant l’heure de présentation que j’ai à peine le temps de vérifier, de visu.


Lorsqu’elle revient, elle est encadrée d’un colosse mesurant à peu près ma taille mais faisant une fois et demi mon volume, arrivant triomphalement, ceint d’une ceinture sur laquelle se détache un pistolet Taser. La volonté délibérée d’intimidation et là : cela se voit à son regard et à celui de son collègue mi-flic mi-molosse, je finis pas repartir après avoir manqué de récupérer mon autorisation provisoire de séjour faisant office de pièce d’identité en claquant un sporadique : « Merci, bonne soirée. Â»

Ayant déjà eu quelques déconvenues avec la fameuse police républicaine que le monde entier nous envie, je m’empresse de faire un tweet pour me protéger de tout mensonge et de toute manipulation en publiant une selfie horodatée témoignant de mon passage au comico de Draveil. On n’est jamais trop sûr !

Cette scène que je viens de vous narrer, deviendra quelques semaines plus tard dans la prose du ministère de l’Intérieur ceci :




Une carence de pointage, un refus d’émargements, des comportements irrespectueux et provocateurs, une propension à vous affranchir des obligations qui vous sont fixées. En novlangue administrative cela signifie ceci :

Réponse à ma demande de sauf-conduit pour le festival Résistances

Carence : incapacité à faire face à ses responsabilités. Exemple : la carence des pouvoirs publics (le Robert).

Refus d’émargement : il n’y a aucune obligation à émarger les documents de ce type. La mention « refuse de signer Â» suivie de la date et de l’heure est suffisante comme visa.

Irrespectueux : qui n’est pas respectueux. Synonyme : impertinent, insolent. Provocateur : personne qui provoque, incite à la violence. Synonyme : agitateur.

Voici en quelques lignes résumé ce que beaucoup reprochent à l’institution policière. Biais de représentativité, illusion de corrélation, effet de vérité illusoire, erreur fondamentale d’attribution, excès de confiance, effet Dunning-Kruger, effet de halo, biais de conformisme, biais de faux consensus, biais de favoritisme intra-groupe, biais de statu quo, biais d’omission, biais d’ancrage. Tout y est.

Ces quelques lignes se retrouvent dans un document du ministère de l’Intérieur en guise d’argumentaire pour justifier son refus de me délivrer un sauf-conduit pour me rendre au festival Résistances auquel je suis invité par la directrice du festival, en personne.

Lettre d’invitation de la directrice du festival Résistances

Faire valoir mes droits – entre autres celui de ne pas signer un document que je n’ai pas eu le temps de lire – ou refuser de donner des renseignements concernant ma famille (n’ayant aucun rapport avec la mission confiée à l’agente de police) constituent-ils un délit dans un état de droit ?

Avoir des interactions, même virtuelles, avec « des milieux idéologiques radicaux Â» éloignés de surcroît de mes convictions politico-religieuses supposées, font-il de moi un individu réfractaire à la loi et radicalisé ?

C’est tout cela que le Ministère de l’Intérieur insinue dans ce document. Et comme a l’accoutumée, une description non seulement partielle mais aussi partiale et diffamatoire des faits deviendra une vérité au ministère de la Vérité auquel ressemble de plus en plus la Place Beauvau. Les ressorts même du pouvoir exercé par l’administration en général et le ministère de l’Intérieur en particulier sont à questionner avec la plus grande rigueur lorsqu’on réalise comment naît un story telling sur un tel non-évènement.

Le service juridique du ministère de l’intérieur et celui du gouvernement s’échinent pourtant à présenter mon assignation à résidence comme une mesure restrictive et non privative de liberté. Selon eux, ma résidence surveillée est une mesure administrative visant à me garder à disposition des forces de police en cas d’ordonnance d’expulsion du ministère de l’Intérieur.

Par ailleurs, signer un document administratif a à peu près la même valeur juridique que de refuser de l’émarger. Cela ne constitue pas, bien entendu, un délit dans un société démocratique. En retour, cela confine à de la défiance lorsque ce droit est exercé par un olibrius comme moi. Ne pas signer un document avec lequel je ne suis pas d’accord a pour moi une valeur symbolique et c’est ce symbole qui est intolérable pour les hauts-fonctionnaires qui gèrent mon dossier depuis plus de 14 ans.

Je ne parle même pas du fait que la Place Beauvau a outrepassé les conditions de mon assignation à résidence en m’imposant 3 pointages quotidiens ce jour du 21 juin 2022 et non deux comme prévu depuis février 2019.

C’est pour cela que je soutiens que ce sauf-conduit poursuivait un autre but que celui d’encadrer mes déplacements. Comment expliquer alors qu’immédiatement après l’audience, je n’ai eu aucune obligation de me présenter de nouveau auprès d’un commissariat pour signaler ma présence ?

Paradoxalement, c’est seulement le lendemain de l’audience, le 23 juin à 9h00 que reprenaient à Aurillac les mesures de surveillance et de contrôle comme vous pouvez le constater sur le document ci-dessous.

1ère page du sauf-conduit accordé par le Ministère de l’intérieur pour me rendre à l’audience obligatoire de la Cour d’Appel de Paris.

Ce sauf-conduit visait avant tout à exercer une pression avant l’audience du 22 juin 2022 devant une formation sans doute moins acquise aux thèses fumeuses du ministère de l’intérieur et du ministère public. Cette interprétation est d’autant plus crédible que ma femme a failli ne pas obtenir l’autorisation de s’absenter à son travail trois jours consécutifs (nécessaires à son déplacement).

J’avais en effet saisi un huissier afin qu’elle vienne témoigner à la barre – au grand dam du ministère – de ce qu’elle endure depuis 14 ans avec nos enfants.

Sun Tzu résumait son Art de la guerre en écrivant que « Tout l’art de la guerre est basé sur la duperie. Â». Dans cette guerre que me livre le ministère de l’intérieur depuis 171 mois, la duperie elle-même s’est transformé en art à la fois baroque et surréaliste. Le ministère dupera peut-être celles et ceux acquis à sa cause mais échouera de plus en plus à illusionner le grand public.





Source: Lundi.am