Mai 17, 2021
Par Lundi matin
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Mercredi dernier, les directeurs de L’Odéon, de l’Opéra de Lyon, de la Criée de Marseille et du théâtre national de Nice appelaient à « lever les occupations ».

Cet appel était notamment redoublé par l’interview dans le Figaro de Macha Makeïeff, qui pouvait déployer son chantage au naufrage. Il n’y a pas de hasard au fait que la directrice de la Criée marseillaise soit à l’avant-garde de ce mouvement de réouverture – elle qui avait tenté de cadenasser l’occupation de « son » théâtre.

Ici, Mark Etc, auteur, metteur en scène et ancien secrétaire national de la Fédération des arts de la rue, répond à la grogne des directeurs.

La charge, pleine de bon sens perfide et de haine de classe bien pesée, préfigure celle des CRS. Prenons les paris.

Il fallait oser, quand on se prétend femmes et hommes de culture, céder à pareil amalgame. Lisons plutôt : “Aujourd’hui nous craignons que la banderole ’culture sacrifiée’ prenne un autre sens et que les lieux culturels soient frappés d’une double peine. La culture risque désormais d’être sacrifiée par ceux mêmes qui défendaient à nos côtés son caractère essentiel. [1] »

Tout y est : “Double peine”. “Culture sacrifiée”. rien moins que ça. Oui. Il fallait oser. On imagine déjà les reportages ad nauseam de BFM TV sur les grévistes ‘preneurs d’otage’ qui sabotent la reprise pourtant tant réclamée et privent les hordes de public retraités fraichement vaccinés d’acclamer les artistes prestement autotestés, sans oublier l’interview palpitant des ‘jaunes’ sommés de condamner le black bloc des précaires…

En principe, rien d’étonnant à ce que ces personnages cherchent à siffler la fin de la récréation. Par personnages, il faut bien-sûr entendre personnes qui jouent un rôle social, acteurs. Rien de dépréciatif ici, non. Juste un rappel des règles du jeu : les directrices et directeurs sont bien dans leur rôle à exprimer leurs orientations. Simplement, il n’aura pas fallu 1 journée, au lendemain de la rencontre entre Elisabeth Borne, Roselyne Bachelot, la CGT et les visiteurs de l’Odéon pour aussitôt appeler de manière zélée à la levée des occupations et de “faire preuve de responsabilité”. Il n’aura pas fallu 1 journée quand les paroles qui portent auront tant manqué ces deux derniers mois, si ce n’est du bout des lèvres pour chanter le printemps inexorable, plus petit dénominateur commun revendicatif. Ne rien dire et laisser faire, se résoudre de mauvaise grâce à l’accueil des occupants, avec moultes circonvolutions oratoires, maniant le chaud et le froid pour ne pas risquer d’un côté de déplaire au ministère et de l’autre de contrarier le premier secrétaire de la confédération générale des premiers de cordée, ou pire, s’aliéner le professeur Churin un brin plus médiatique. En effet, c’est peu dire qu’ils n’ont rien dit. Rien sur le monde d’après, rien sur le productivisme obscène du monde de la culture, rien sur l’hyper-concurrence, rien sur le marché libre et non faussé, rien sur la jeunesse, rien sur les externalités administratives positives, rien sur les inégalités de genre, rien sur le sexisme persistant, rien sur la diversité, rien sur l’exploration de nouveaux chemins pour l’expérience artistique et culturelle et au-delà du champ culturel, rien sur les droits sociaux, rien sur la solidarité interprofessionnelle, rien sur rien. Surtout ne changeons rien, ne faisons pas de politique, car de toute façon, les œuvres se chargent d’en faire et d’en éduquer le bon peuple, c’est ce qu’on appelle le ruissellement culturel.

L’essentiel était de se croire essentiel alors que nous savons bien que nous ne manquons à personne. Ni au peuple, ni à ses élus. La fermeture des théâtres et des musées n’a pas soulevé les foules, celles des cinéma a été une aubaine pour la 5G, la fermeture des médiathèques a triplé les profits d’Amazon.

Cette condescendance, cette ambivalence, ne nous a pas surpris, pas plus que nous ne saurions nous étonner de les voir aujourd’hui invoquer les missions de service public pour exhorter à la reprise, et bouter hors des théâtres les sans grade, les briseurs de rêve et leur ’convergence des luttes’ trop syncrétique.

Mais le plus outrageant et définitif dans ce texte tient en un simple adjectif possessif qui trahit un certain séparatisme de leurs auteurs, trop heureux de renouer avec le monde d’avant : « Aujourd’hui, la réouverture au 19 mai est acquise et nous, directeurs et directrices de théâtre publics occupés, souhaitons rouvrir NOS lieux ». Tout est dit. Grandeur de l’appropriation d’un bien public.

Laissez nous travailler chez nous avec notre public, retournez donc tenir vos agoras sur les ronds-points ou allez donc plutôt occuper un MacDo, internet est gratuit !

Ces gens n’ayant manifestement aucune imagination, n’ayant rien tenté d’autre que de se maintenir, ayant depuis bien longtemps renoncé à la lutte des classes leur préférant la lutte des places, il devient temps de leur disputer le leadership du pouvoir.

Moi président, je leur foutrai mon pied au cul.

Noël Godin, reviens !

Makr Etc




Source: Lundi.am