Les luttes sociales structurent les relations humaines. Aujourd’hui, parallèlement aux luttes historiques (anticapitalisme, antiracisme, féminisme, lutte pour les LGBTQIA, etc.) s’affirment de nouveaux combats : écologiste déjà, le capitalisme n’étant qu’un saccage, non seulement des êtres humains, mais aussi de la faune et de la flore ; antispéciste enfin, la société de consommation qui nous est imposée faisant des animaux des marchandises comme les autres.

Dans une France qui s’urbanise et s’embourgeoise, et alors que la légitimité du monde patriarcal est depuis longtemps déjà remise en cause, la contestation de l’idéologie carniste prend de plus en plus d’importance, à travers l’antispécisme (animaux et humains sur un pied d’égalité) et son mode de vie dérivé — le véganisme (ne pas consommer de produits issus des animaux).

La convergence des luttes contre l’asservissement des femmes et des animaux se fait jour. En effet, il y a une même exploitation industrielle du corps des femelles, chez les animaux (élevage) comme chez les humains (industrie publicitaire). Les animaux comme les femmes deviennent des morceaux de viande à consommer.

Ce que soutient Carol Adams, écrivaine féministe et militante pour les droits des animaux, qui étudie les similitudes entre les oppressions de genre et d’espèce. Selon elle, « le féminisme est la théorie, le végétarisme la pratique ».

Et pourtant…

Il faut avouer que chez certains antispécistes, les déterminants du mode de domination sexuelle hérité du passé se perpétuent. Au point d’une caricature.

L’ONG américaine PETA est reconnue pour instrumentaliser la nudité féminine et blanche comme principal levier de promotion du véganisme. Les exemples sont connus, quel que soit le pays ou l’année. Au Canada, PETA a mis en scène une jeune femme dénudée, enduite de sauce barbecue, et allongée dans une assiette géante, en plein milieu de la rue, afin d’interpeller les passants sur l’exploitation animale. Dans d’autres pays, régulièrement, les activistes usent des femmes mises à nu pour dénoncer la cruauté du gavage des oies, le traitement indigne réservé aux animaux dans les zoos et aquariums ou encore la corrida. PETA a également mis en scène la nudité d’actrices hollywoodiennes, mais aussi d’actrices de films X pour sa campagne antifourrure. Sans parler de certaines publicités qui ne visent qu’à satisfaire la lubricité des téléspectateurs, sans message de fond. Et à la promotion du véganisme, on ajoute l’injonction corporelle : les femmes sont généralement blanches, minces et valides.



Pamela Anderson, vegan de longue date, et soutien de PETA

En France, PETA va jusqu’à instrumentaliser Zahia Dehar, malheureusement connue pour avoir été une mineure exploitée par le système prostitutionnel, dans une campagne provégane. Ce genre de procédés semble se propager, sans recul critique. Il y a un malaise apparent à voir s’exhiber seins nus l’ancienne Femen Solveig Halloin du collectif Boucherie abolition, qui perpétue les clichés sexistes afin d’imposer la cause antispéciste.

Un autre groupe d’activistes, DxE France, réussit même l’exploit de mettre en avant un mannequin, en petite culotte et en position suggestive, pour promouvoir un T-shirt de l’association, et leur boutique en ligne par la même occasion. T-Shirt et hoodies sont vendus entre 20 et 40 euros, mais on ne demandera pas où (Inde, Pakistan ?), ni par qui (des enfants ? des femmes en deçà des salaires minimums, quand ils existent ?) ils sont fabriqués. DxE France met la misogynie au service d’un but lucratif, et ce, au prétexte du secours aux animaux.



La mannequin anglaise Amber Tutton pose pour DxE France, elle est spécialisée habituellement dans la lingerie fine

Devant cette perpétuation de la domination masculine, l’antispécisme est-il encore crédible ? Après tout, pourquoi devrions-nous nous étonner que des clubs de strip-tease exclusivement vegan voient le jour ?

Intersectionnalité des luttes : on en parle ?

Un « Me Too » au sein du mouvement antispéciste est absolument nécessaire, afin de mettre en lumière ce sexisme latent. Pour cela, il faut permettre la libération de la parole des militantes.

Il est indéniable que certains antispécistes sont réactionnaires et ne se focalisent que sur les rapports de domination animaux-humains. De fait, ils hiérarchisent, empiètent sur d’autres luttes, ici le droit et le respect des femmes, voire les bafouent.

Reste à savoir si cela n’est qu’une simple dérive minoritaire et non conscientisée ou alors une réelle tendance de l’antispécisme ? Aux vrais antispécistes de faire le ménage et de s’inscrire dans une dynamique d’inclusivité et de non-stigmatisation ! Ils y gagneraient de nouvelles et de nouveaux sympathisant·e·s.


Article publié le 22 Août 2019 sur Paris-luttes.info