28 novembre 2025
Par Trongnon.info (source)
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Mes parents ont tout donné, à contrecœur, pour la cause sioniste, et ils ont été bafoués – tous exceptée ma tante raciste – par l’inqualifiable enthousiasme des américains de la seconde génération et d’après pour un État éloigné avec des policiers, des professeurs et des patrons juifs, puisque ces personnes étaient déjà des policiers, des professeurs et des patrons en Amérique. Ma tante raciste a compris sur quoi reposait cet enthousiasme : la solidarité raciale. Mais je n’étais pas conscient de cela à l’époque. Je n’étais pas un petit écolier américain émérite et surbrillant et je pensais que la solidarité raciale était quelque chose de limité aux Nazis, aux Afrikaners et aux sudistes américains.

Je commençais à me familiariser avec les caractéristiques propres aux nazis qui m’avaient presque capturé : le racisme, qui réduit des gens à leurs connexions généalogiques sur cinq ou six générations, le nationalisme de croisade, considérant le reste de l’humanité comme un obstacle, la Gleichschaltung, coupant toute liberté de choix individuel, l’efficacité technologique, faisant de petits humains de simples boulons de rechange d’une gigantesque machinerie, le militarisme despotique et arrogant, lançant des murs de tanks contre une minuscule cavalerie en arrachant cent fois les pertes subies et la paranoïa officielle, donnant de l’ennemi, des citadins et des villageois pauvrement armés, l’image d’une conspiration quasi omnipotente et toute-puissante, de portée et de dimension cosmique. Mais je ne voyais pas en quoi ces aspects étaient présents en Amérique ou en Israël.

[…]

C’étaient les autres qui monopolisaient tout le vacarme et qui se disputaient avec tout le monde. Et ceux–ci étaient explicites à propos de ce qu’ils admiraient dans l’État d’Israël. Ils l’ont affirmé, ils s’en sont vanté et cela n’avait aucun rapport avec l’égalitarisme de l’aile souffrante. Ce qu’ils admiraient était :

- Le nationalisme de croisade qui ne considère les humains alentours que comme des obstacles à son fleurissement.

- La puissance industrielle de la « race » qui avait réussi à révolutionner le désert en le faisant fleurir.

- L’efficacité des êtres humains remodelés en opérateurs de tanks et d’avions à réaction incroyablement précis.

- La sophistication technologique des instruments de mort eux–mêmes, infiniment supérieurs technologiquement à ceux des Nazis.

- La police secrète spectaculairement entreprenante dont les prouesses n’étaient pas inférieures, malgré un si petit État, à celles de la C.I.A., du KGB ou de la Gestapo.

- Le militarisme arrogant et despotique qui envoya ses dernières inventions d’une science meurtrière contre une collection hétéroclite d’armes en arrachant cent fois le nombre de pertes subies.

[…]

Des esprits logiques auraient pensé que ces révélations épouvantables ne peuvent avoir qu’un seul effet : retourner les gens contre les responsables de telles atrocités, provoquer chez les gens de l’empathie avec les victimes, contribuer à la résolution d’abolir la possibilité même d’une répétition de telles persécutions, d’une telle déshumanisation et de tant de meurtres de sang–froid. Mais, quoi qu’il arrive, de telles expériences, quelles aient été personnellement vécues ou révélées, ne sont rien d’autre que le terrain sur lequel la liberté humaine s’élève comme un oiseau de proie. Les révélations sur les Pogroms vieux de quarante ans ont même été transformées en justifications des Pogroms d’aujourd’hui.

[…]

Le tour de passe–passe consistant à déclarer la guerre contre la résistance armée et à attaquer ensuite la famille non-armée des combattants aussi bien que la population environnante avec les produits les plus horribles de la science homicide n’est pas nouveau. Les pionniers américains étaient aussi pionniers en cela. Ils ont fait une pratique standard du fait de déclarer la guerre aux guerriers indigènes pour ensuite assassiner et brûler des villages entiers composés seulement de leurs familles. C’était déjà la guerre moderne, ce que nous appelons la guerre contre des populations civiles.

Cela a aussi été appelé, de façon candide, tuerie de masse ou génocide.

Peut–être ne devrais–je pas être étonné que les protagonistes d’un pogrom se dépeignent en victimes, dans le cas présent, en victimes de l’holocauste.

[…]

C’est comme si l’expérience d’être une victime donnait l’exemption de toute solidarité humaine, comme si elle donnait des pouvoirs spéciaux, comme un permis de tuer. Peut–être ne devrais–je pas être étonné, mais je ne peux pas m’empêcher d’être en colère, parce qu’une telle posture est celle d’un salaud, la posture de celui qui refuse ou nie la liberté humaine, qui nie avoir choisi d’être un tueur. Inexpérience, qu’elle ait été personnellement vécue ou enseignée, n’explique ni ne détermine rien, ce n’est rien qu’un faux–alibi. Melville a analysé l’intégrité morale du raciste anti-indien.

[…]

Le rire cynique traduit en mots : Nous (ils disent toujours Nous), Nous avons conquis les primitifs, les avons expropriés et expulsés, mais les expropriés résistent encore, alors qu’au même moment Nous avons acquis deux générations qui n’ont aucune autre maison qu’Israël. Étant réalistes, nous savons que nous pouvons en finir avec la résistance une bonne fois pour toutes en exterminant les expropriés. Un tel cynisme sans une brindille d’intégrité morale pourrait être réaliste, mais il pourrait aussi s’avérer être ce que C.W. Mills appelait le « réalisme pathologique », parce que la résistance pourrait survivre et s’étendre. Cela pourrait continuer comme en Irlande.

[…]

Le long exil est fini. Le réfugié persécuté retourne enfin à Sion, mais si traumatisé et avec tant de cicatrices qu’il en est méconnaissable, il a complètement perdu son individualité et s’est perdu lui-même : il revient antisémite, pogromiste et boucher. Les années d’exil et la souffrance sont toujours inclues dans son maquillage, mais seulement comme autojustifications, et comme répertoire des horreurs à imposer à des « primitifs », et même à la terre elle–même.

[…]

Si je continuais, j’en arriverais probablement à des résultats déjà découverts par Willhelm Reich dans son étude de la psychologie de masse du fascisme. Cela m’irrite qu’un nouveau fascisme choisisse d’utiliser l’expérience des victimes du fascisme précédent parmi ses justifications.

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Source: Trognon.info