Policiers et gendarmes ne sont pas les seuls instruments dont dispose l’arsenal répressif. Pour mener à bien sa mission d’étouffement des luttes, la préfecture peut compter, entre autre, sur la collaboration des membres de deux autres institutions : les agents de la propreté et ceux des transports en commun.

En queue de cortège d’une manifestation, il est fréquent de trouver quelques véhicules de police, suivis parfois de véhicules des services de propreté. À Paris, il s’agit du STPP, le Service Technique de la Propreté de Paris. Ces engins verts suivent les manifestants et éliminent consciencieusement, et dans l’instant, toutes traces de leur passage. Jeudi 14 Avril encore, le cortège de machines vertes aux gyrophares oranges a livré une bataille triomphante, censurant toutes traces d’expression citoyenne résiduelle. De sorte qu’après le passage du STPP, les badauds puissent de nouveau profiter de la pollution visuelle publicitaire au milieu des gaz d’échappement et des klaxons des voitures.

Le STPP a donné une autre image flagrante de sa collaboration le matin du 11 Avril. Il est 5h30, le jour n’est pas encore levé, place de la République. La Nuit Debout n’est pas finie, nombreux sont encore éveillés, et quelques uns dorment à l’abri de structures diverses, allant de la simple bâche à la cabane. Il y a aussi un jardin, et différents « stands » déjà montés pour la journée de lutte à venir. Quand les flics arrivent pour évacuer les personnes présentes à République, ils sont accompagnés par les agents du STPP. Ceux-ci apportent des barrières et de quoi « nettoyer » la place. Dans les heures qui suivent, ils faciliteront l’action répressive en éliminant toute trace d’implantation du mouvement, en emportant le matériel des militants, en évacuant les structures, en dérobant le jardin. Ici aussi, il s’agit de rendre l’espace public à sa grisaille en annihilant toute traces d’expression citoyenne, dans un environnement pourtant ceinturé de panneaux publicitaires et d’enseignes lumineuses.

Quant aux agents des transports publics, de la RATP en l’occurrence, ils ont également fourni un parfait exemple de leur collaboration le Jeudi 14 Avril alors que dix policiers, armés, armurés, avaient décidés de se positionner sous la place de la République, à l’entrée principale du métro. Alors qu’ils tentaient d’empêcher le passage de quelques personnes, ces policiers se sont vite trouvé coincés par une cinquantaine de militants. Cet encerclement n’a donné lieu à aucune violence, le groupe exigeant simplement que les policiers quittent les lieux. À la demande de la Préfecture, la RATP est alors entrée en lice. Des annonces au micro ont été diffusée, exhortant les personnes présentes à circuler. Pour contrarier la jonction entre les militants au sous-sol et ceux présents sur la place, une dizaine d’agents de la RATP sont venus fermer les portes principales du métro sous République. Puis ils ont tenté de faire évacuer les couloirs. Face à leur échec, deux stratégies ont alors été utilisées : la police a opté pour le déploiement de flics en civils, portant masques, casques et matraques, dans les couloirs ; la RATP a choisi de menacer ceux qui ne fuyaient pas d’une amende de 60 euros pour « stationnement ». Ces deux stratégies répressives menées conjointement, l’amende et le bâton, ont fini par payer : les couloirs ont été évacués.

Briser ce maillon de la chaîne répressive

Dans ces trois cas, et il en existe plein d’autres, le rôle de ces agents apparaît comme essentiel à l’arsenal répressif. Or, si le retournement des forces de police en faveur des manifestants est un mythe des plus improbables aujourd’hui en France, les travailleurs du STPP, de la RATP ou d’autres services de propreté et de transports en commun sont plus facilement démobilisables. Dans le cadre de la contestation contre la casse du droit du travail en particulier, nous pouvons encourager les syndicats présent dans les services de propreté à entrer en grève. Dans une perspective plus larges, nous pouvons également sensibiliser les agents aux dangers de la mise en place d’un État policier et les encourager à cesser leur collaboration. Leur suggérer, par exemple, d’exercer collectivement leur droit de retrait, sur le motif que les lieux où ils doivent intervenir présentent des risques inhabituels. De manière plus offensives, ce sont des travailleurs qui peuvent aisément mener des actions de blocages, disposant de véhicules capables de bloquer n’importe quel axe routier, y compris ceux empruntés par la police pour intervenir sur les manifestations.

La lutte qui s’organise actuellement autour des places, un peu partout en France, est une lutte urbaine. Les services organisant la ville, au premier rang desquels les services de propreté et ceux des transports en commun, peuvent être des alliés particulièrement efficaces dans nos combats. À défaut de les prendre correctement en compte, et de les encourager à nous rejoindre, ils continueront leur ouvrage et resteront un maillon essentiel dans l’exercice répressif de l’État.