Janvier 25, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Trân Tô Nga (Photo: Bich Hà/TTXVN)

Un procès historique débute ce 25 Janvier 2021 à Evry

intenté par Madame TRAN To Nga à l’encontre de 14 firmes américaines.

Régulièrement la communauté franco-vietnamienne œuvre pour récolter des fonds pour venir en aide aux victimes de l’agent orange, ce surnom du défoliant déversé de 1961 à 1971 sur la jungle vietnamienne et laotienne par l’armée américaine, sur ordre du Président John Kennedy, le 10 Août 1961.

Soi-disant cet herbicide n’était pas dangereux pour les humains. Mais sous la pression de l’armée, les fabricants ne sont pas attardés sur les effets dévastateurs de ce poison. Et c’est leur inconséquence meurtrière qui est aujourd’hui en ligne de mire grâce au procès que leur intente une femme Madame TRAN To Nga, une journaliste, résistante et militante franco-vietnamienne qui débute ce 25 Janvier 2021 à Evry.

C’est parce qu’elle porte dans sa chair les preuves des ravages de la dioxine que sa plainte qui date de 2014 est aujourd’hui recevable depuis une modification de la loi « qui autorise un ressortissant français à intenter une action en justice pour des faits commis en dehors du territoire français par un étranger. La plainte est déposée en civil et non en pénal comme initialement voulu ».

IL faut savoir que les États-Unis bénéficient de l’immunité pour tout acte commis en temps de guerre. Ce sont les vétérans de la guerre du Vietnam qui ont, les premiers, intenté des procès contre les fabricants et ont obtenu des dédommagements en 1984. En revanche la plainte collective déposée par l’Association Vietnamienne des victimes de l’agent orange contre 11 sociétés dont Dow Chemical et Monsanto, a été rejetée au motif que l’agent orange n’était pas un poison au regard du droit international.

Soixante années se sont écoulées depuis ce 10 Aout 1961, ce poison de dioxine a contaminé trois générations. N’ayons pas peur des mots, il s’agit d’un crime contre l’humanité mais également d’un écocide. Des enfants naissent encore aujourd’hui avec de lourds handicaps physiques et mentaux, le Vietnam affiche l’un des taux du handicap infantile le plus élevé au monde et le 5ème des forêts du sud Vietnam a été détruit par cet herbicide. Ce n’est qu’un détail sans doute, mais les tigres ou les rhinocéros au Vietnam, mentionnés dans des récits exotiques, ont bel et bien disparu.

Le combat de Madame TRAN To Nga, soutenu par le Collectif Vietnam Dioxine, est aujourd’hui relayé par des articles de presse, RFI, Libération, le Monde, l’Humanité etc.

Mais que penser de la chape de plomb qui a enseveli le scandale de l’agent orange pendant des décennies ? Il est vrai qu’il s’agissait d’incriminer des lobbys de l’agrochimie, que la guerre du Vietnam ne faisait plus partie de l’actualité et que les victimes de l’agent orange, considérées comme collatérales à défaut de la pitié ne suscitaient guère d’intérêt.

La donne sans doute a changé depuis les mouvements écologiques.
Ce n’est pas un virus invisible qui a empoisonné des vietnamiens sur plusieurs générations mais un agent chimique parfaitement identifiable.

Il a fallu une petite loi passée inaperçue pour qu’enfin la plainte de Madame TRAN To Nga devienne recevable. Un hasard, une chance, pas seulement, la volonté de tenir tête aux coupables qui n’attendent plus que le silence des morts.

Soyons au rendez-vous du procès qui se tient ce jour même à Evry.

Eze, le 25 Janvier 2021.

Evelyne Trân




Source: Monde-libertaire.fr