Février 10, 2021
Par Questions De Classe
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L’actualité a mis au grand jour la situation de jeunes étrangers présents depuis des

années en France, arrivés soit mineurs isolés, soit avec leur famille, en cours d’études, d’apprentissage, accédant à l’emploi souvent dans des secteurs en pénurie de main d’œuvre et soudain victimes de refus de séjour avec obligation de quitter le territoire(OQTF) dès lors qu’ils arrivent à leur majorité.

Nous nous réjouissons évidemment que plusieurs de ces jeunes aient trouvé une

solution heureuse avec l’obtention d’un titre de séjour grâce à la solidarité que leur

situation a suscitée.

Au-delà de ces cas emblématiques, les jeunes en détresse sont nombreux. Depuis

des années, associations, enseignants, éducateurs, chefs d’entreprise, maîtres

d’apprentissage, élus sonnent l’alarme et ne sont pas entendus. Nous sommes

quotidiennement témoins d’un terrible gâchis humain et social : voir des jeunes être

menacés d’expulsion, réduits à vivre dans la peur, l’errance et la clandestinité, alors

que la France est devenue leur pays, celui de leurs liens, de leurs amitiés, de leurs

amours, et qu’ils sont prêts à rendre à la société ce qu’elle a investi dans leur formation.

Pourtant, dès aujourd’hui, il y a des possibilités d’amélioration réelle et immédiate pour au moins réduire l’arbitraire des préfectures :

- il faut faire cesser la suspicion généralisée qui pèse sur de nombreux jeunes

dont les actes d’état-civil sont régulièrement contestés, alors que leur identité

a été confirmée par un juge ou par les services consulaires de leurs pays ;

- il faut cesser d’exiger des documents impossibles à présenter pour obtenir

un titre de séjour (comme des passeports guinéens, par exemple), à plus forte

raison lorsque la réglementation prévoit que leur présentation n’est pas

obligatoire ;

- il faut en finir avec le blocage absurde des demandes de rendez-vous en

préfecture, qui, sous prétexte de dématérialisation, revient à fermer des voies

de régularisation. Ainsi, des jeunes, que la loi oblige à demander un titre de

séjour avant 19 ans, sont mis dans l’impossibilité de le faire ;

- il faut que ces jeunes puissent avoir accès à des formations ou contrats

d’apprentissage, en fonction de leurs niveaux de compétences, qu’ils

puissent poursuivre les parcours engagés, et plus largement poursuivre la vie

qu’ils ont entamée en obtenant aisément un titre de séjour protecteur et

stable ;

- il faut régulariser de façon large et durable les personnes étrangères

présentes depuis plusieurs années sur notre territoire notamment en

appliquant la circulaire du 28 novembre 2012 plutôt que de mettre fin à celle-ci sans le dire et de restreindre l’accès aux droits et ainsi multiplier les

situations dramatiques.

Ce sont là des mesures de bon sens, qui seraient la preuve que le message

de ces jeunes, de leurs éducateurs et enseignants, de leurs employeurs, de

leurs formateurs, a été entendu. Mais elles ne nous dispensent pas de

réfléchir ensemble à la mise en œuvre de politiques d’accueil et de respect

des droits fondées sur l’ouverture des frontières et des cœurs et non plus sur

la peur et la fermeture.

Signataires :

Accompagnement et défense des jeunes isolés étrangers (ADJIE), Ados sans

frontières (ASF), Association de solidarité avec les mineurs isolés étrangers (Asmie),

Association pour la défense des mineurs isolés étrangers (Admie), Avocats pour la

défense des droits des étrangers (ADDE), Céméa, Centre de Recherche et

d’Information pour le Développement (Crid), Chrétiens dans l’enseignement public

(CDEP), La Cimade, Confédération générale du travail (CGT), Comede (Comité pour

la santé des exilés), Emmaüs France, Etats généraux des migrations (EGM),

Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Fédération des

associations de soutien aux travailleurs immigrés (Fasti), Fédération des conseils de

parents d’élèves (FCPE), Fédération éducation recherche culture de la CGT (FERC

CGT), Fédération générale des pupilles de l’enseignement public (PEP), Fédération

indépendante et démocratique des lycéens (FIDL), Fédération syndicale unitaire

(FSU), Groupe accueil et solidarité (Gas), Groupe d’Information et de Soutien des

Immigrés (Gisti), Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement,

Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Patrons

solidaires, Planning familial, Réseau éducation sans frontières (RESF), Roya

Citoyenne, SNPES-PJJ/FSU, Solidarité Laïque, SOS Racisme, Syndicat des avocats

de France (Saf), Syndicat de la magistrature (SM), Tous migrants, Union syndicale

Solidaires, Unsa, Unsa Education, Utopia 56.

Paris, le 8 février 2021




Source: Questionsdeclasses.org