Octobre 19, 2022
Par Collectif Emma Goldman
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Depuis environ sept ans, avec le dĂ©but des Marmites autogĂ©rĂ©es (distribution publique de repas gratuits), Ă  Saguenay, sur les territoires volĂ©s du Nitassinan, le Collectif anarchiste Emma Goldman met de l’avant le principe de l’Action sociale anarchiste. C’est un concept qu’il a lui-mĂȘme tissĂ© au fil de ses discussions, expĂ©riences pratiques et rĂ©flexions collectives. En complĂ©ment de la rĂ©alisation d’actions et de la diffusion d’informations, l’Action sociale anarchiste a Ă©tĂ© rĂ©flĂ©chie comme un moyen d’intervenir directement dans la communautĂ© et d’interagir avec les gens de façon horizontale. À cet Ă©gard, des parallĂšles peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s avec certaines dĂ©finitions du travail social. Il faut nĂ©anmoins noter que la dĂ©marche entreprise par le collectif Ă©tait nourrie d’expĂ©riences d’implications (Ă  diffĂ©rents titres) souvent dĂ©cevantes au sein du mouvement communautaire [1] au Saguenay. Dans le texte “Quelques principes de la Marmite AutogĂ©rĂ©e”, diffusĂ© en aoĂ»t 2015 dans un contexte marquĂ© par les mesures d’austĂ©ritĂ©, Ă©taient par exemple dĂ©noncĂ©s:
– « la stigmatisation des personnes Ă  faible revenu exercĂ©e involontairement dans de nombreux organismes communautaires de la rĂ©gion Â», voire « un mur de prĂ©jugĂ©s et la nĂ©cessitĂ© de prouver son statut de pauvre Â»;
– « l’institutionnalisation et des pratiques s’apparentant Ă  la charitĂ© chrĂ©tienne Â»;
– « le systĂšme de bailleurs de fonds (Ă©tatique ou privĂ©) […] [dont les] critĂšres et demandes constituent des attaques directes aux personnes que les organismes soutenus souhaiteraient aider [2] Â».

La professionnalisation du travail social ou de l’organisation sociale nous apparaĂźt la plupart du temps rĂ©alisĂ©e (involontairement) au dĂ©triment de l’aide offerte et de la mobilisation dans les communautĂ©s. L’Ă©cart se creuse de plus en plus avec les optiques de transformation sociale. On assiste Ă  la place Ă  la fabrication de technocrates. Dans plusieurs milieux, comme les CLSC, les tĂąches des organisateurs communautaires et organisatrices communautaires s’apparentent dĂ©sormais davantage Ă  celles d’un ou d’une gestionnaire ou spĂ©cialiste devant faciliter la concertation [LORD 2015, p.2] – et, pourrait-on ajouter, servir de courroie de transmission des directives et orientations du rĂ©seau de la santĂ©. Ce qui est dĂ©signĂ© au QuĂ©bec comme “l’action communautaire autonome” a peu Ă  voir avec les principes d’autonomie collective et souffre paradoxalement aujourd’hui de sa dĂ©pendance aux modes de financement Ă©tatiques. À l’heure du dĂ©sengagement de l’État, plusieurs groupes se lancent dans “l’Ă©conomie sociale” Ă  tĂȘte baissĂ©e. Les discours de mouvement populaire font subtilement place Ă  l’insertion par l’activitĂ© Ă©conomique puisqu’il faut des gagne-petit pour faire fonctionner ces entreprises… Force est de constater que malgrĂ© certaines prises de position, l’action communautaire autonome s’insĂšre dans l’Ă©conomie nĂ©olibĂ©rale et n’est pas en mesure de combattre les transformations. Le professeur Georges A. Lebel se questionne mĂȘme Ă  savoir si, Ă  la maniĂšre d’une fonction publique prĂ©carisĂ©e, elle ne participe pas Ă  « la communautarisation qui constitue une des tactiques de dĂ©construction du service public [LEBEL 2010, p.125] Â». En ce qui a trait Ă  la professionnalisation du travail social, Nicolas Delisle-L’Heureux Ă©crit assez justement : « on a dĂ©sormais affaire Ă  une profession qui se technicise et dont les professionnelLEs sont […] bardĂ©Es de diplĂŽmes et de privilĂšges, protĂ©gĂ©Es par un statut qui leur confĂšre un pouvoir particulier et des avantages importants [DELISLE-L’HEUREUX 2008, p.151] Â». L’approche de la dĂ©fense de droits, bien que rendue possible grĂące aux luttes, permet d’une part d’accomplir bien peu pour l’avancĂ©e des droits et d’autre part, ouvre la porte aux tendances et visĂ©es nĂ©olibĂ©rales dans le travail social. Un rapport de l’Institut de recherche et d’informations socio-Ă©conomiques (IRIS) concluait en 2013 que c’est la logique marchande « qui caractĂ©rise la nouvelle gouvernance entrepreneuriale implantĂ©e dans la sphĂšre publique et qui ruisselle dĂ©sormais jusque dans les milieux communautaires [DEPELTEAU, FORTIER ET HÉBERT 2013, p.36] Â». En dĂ©finitive, en se basant sur les rĂšgles du jeu profondĂ©ment inĂ©gales du systĂšme, le cadre d’analyse de la dĂ©fense de droits lĂ©gitimise et maintient le statu quo face Ă  la violence du systĂšme. On voit aujourd’hui comment les moyens de celui-ci sont lourdement affectĂ©s par les coupures budgĂ©taires et la recherche de financement tandis que les demandes reçues se multiplient et s’aggravent. Le travail social et l’organisation communautaire doivent se remettre en question et se rĂ©inventer.

Sur ces constats, le Collectif se prononçait pour la crĂ©ation de groupes de base militants et au service de la population pour favoriser l’entraide, la mobilisation collective et l’Ă©ducation populaire dans les quartiers. Ce pour et par (puisque l’initiative venait de sans-emploi et de salariĂ©-e-s pauvres), en rupture affirmĂ©e avec le modĂšle communautaire qui fait des organismes des sous-traitants technocratisĂ©s d’un systĂšme brutal, visait le dĂ©veloppement avec les gens du quartier de luttes contre le systĂšme. Il ne s’agissait pas simplement de permettre aux personnes de sortir la tĂȘte de l’eau un tout petit temps avant les prochaines attaques de l’État, mais plutĂŽt de se rĂ©approprier le pouvoir sur leurs vies (favoriser l’empowerment collectif et l’autonomie et essaimer les pratiques auto-organisationnelles). Le collectif s’inspirait en cela de l’animation sociale de Saul Alinsky, de diffĂ©rents groupes anarchistes de GrĂšce notamment, du mouvement transnational Food Not Bombs, mais aussi des “programmes de survie” du Black Panthers Party for Self-Defense (BPP). Dans une annonce du 4 juillet 2015, le Collectif notait que le BPP envisageait : « les  actions sociales comme des actes de propagande par le fait, destinĂ©es Ă  faire prendre conscience aux ‘Have-not’ de ce monde (jeunes sans avenir, chĂŽmeurs et chĂŽmeuses de longue durĂ©e, employĂ©-e-s exploitĂ©-e-s, retraitĂ©-e-s misĂ©reux, mouvements Ă©tudiants) dĂ©sireux de passer Ă  l’action qu’ils et elles pouvaient s’auto-organiser et former ensemble un front commun face Ă  la discrimination des gouvernements et l’arrogance des capitalistes [3] Â». Le BPP Ă©tait Ă  l’origine de plusieurs initiatives dans les communautĂ©s comme la distribution de petits dĂ©jeuners gratuits pour les enfants, l’organisation d’Ă©coles de libĂ©ration, de coopĂ©ratives d’habitation, de cliniques mĂ©dicales gratuites et de programmes d’aide pour les personnes ĂągĂ©es. Pour sa part, le Collectif a depuis matĂ©rialisĂ© plusieurs projets Ă  Chicoutimi, dont les Marmites autogĂ©rĂ©es, les marchĂ©s gratuits, l’Espace social libre (un centre social autogĂ©rĂ©) et le Parc du 19 juillet (un parc autogĂ©rĂ©). En plus de diffuser des idĂ©es et de mettre de l’avant des propositions anarchistes, ces interventions ont permis de dĂ©velopper de nouveaux liens avec les personnes du quartier, d’impulser de nouvelles luttes (par exemple contre un propriĂ©taire d’appartement) et par les nombreux Ă©changes, de mieux cerner la rĂ©alitĂ© avec les besoins et problĂšmes vĂ©cus dans le quartier. En bref, autour du concept d’Action sociale anarchiste et la rĂ©ponse directe aux besoins qu’elle offre, on peut observer trois objectifs qui se dĂ©ploient conjointement: la construction de rapports de force avec les autoritĂ©s, le dĂ©veloppement d’espaces autonomes dĂ©fiant les rapports marchands et oppressifs et la reprise du pouvoir individuelle et collective dans une perspective de changement social nette.

L’apport crucial d’une approche anarchiste

Il faut le dire: le “travail social” a Ă©tĂ© mis Ă  mal par la sociĂ©tĂ© capitaliste et l’État colonial. L’image que plusieurs s’en font comme des professionnel-le-s de la normalisation, de la mise en conformitĂ© des individus [ANDRIEN 2009, p.61], du contrĂŽle social et de l’intĂ©gration au marchĂ© de l’emploi reflĂšte bien souvent la triste rĂ©alitĂ© de la rĂ©duction d’un travail Ă  ce que l’État et l’Ă©conomie en attendent. À Chicoutimi, nous avons mĂȘme vu la participation du Service de travail de rue Ă  l'”opĂ©ration conjointe” d’Ă©viction du squat de l’autogare de la rue Racine en mars 2022. Ce qui n’est pas sans rappeler le traitement accordĂ© aux vagabonds dĂ©possĂ©dĂ©-e-s de leur terre dans les dĂ©buts de ce systĂšme est Ă©videmment Ă  mille lieues de ce que dĂ©fendent les anarchistes. Une autre vision du travail social et de l’organisation communautaire est possible, en misant sur le potentiel des individus et des groupes de transformer radicalement leurs conditions et le monde par la reprise collective du pouvoir.

Les anarchistes n’attendent pas le “Grand soir” de la rĂ©volution sociale pour mettre en pratique leurs idĂ©es et alternatives sociales. La prĂ©figuration de rapports sociaux Ă©galitaires est nĂ©cessaire ici et maintenant dans les luttes, tout comme le chantier d’expĂ©rimentation et de prĂ©paration de nouvelles pratiques et formes d’organisation. L’anarchisme dĂ©fend la possibilitĂ© d’une sociĂ©tĂ© Ă©galitaire et Ă©cologique libĂ©rĂ©e de l’État, organisĂ©e selon une approche qui part du bas vers le haut Ă  travers une collaboration volontaire locale dĂ©centralisĂ©e, l’autonomie collective, l’entraide et la dĂ©mocratie directe. Il a pour but la satisfaction des besoins de chacun et chacune et le plein Ă©panouissement des individus via leur libĂ©ration des systĂšmes d’oppression et de l’exploitation capitaliste.

On le voit, la conflictualitĂ© est nĂ©cessairement au cƓur d’une approche anarchiste de l’organisation communautaire ou du travail social. Nous rejetons l’approche nĂ©olibĂ©rale qui prĂ©tend Ă  l’Ă©galitĂ© des chances et considĂšre qu’il est simplement nĂ©cessaire de vouloir pour pouvoir s’en sortir. Pour cibler efficacement les problĂšmes Ă  leur racine et agir sans intermĂ©diaire, les rapports de pouvoir, les privilĂšges et les systĂšmes d’oppression sont appelĂ©s par leur nom. Ce sont ces conditions matĂ©rielles qui dĂ©terminent en majeure partie la vie des gens et non pas leur attitude, leur moralitĂ© ou leur façon de penser. C’est une approche politique, nous l’assumons, car il faut des idĂ©es pour transformer radicalement la sociĂ©tĂ©, mais elle est en rupture avec le systĂšme politique et sa partisanerie. Dans cette perspective, les institutions Ă©tatiques et l’idĂ©e gĂ©nĂ©rale d’État de droit font l’objet d’une critique quant Ă  leur parti-pris pour le statu quo, la passivitĂ© citoyenne et l’obĂ©issance aux rĂšgles Ă©dictĂ©es par la classe dominante. Cela ne revient pas Ă  dire que les anarchistes sont contre les droits de la population, mais plutĂŽt qu’ils et elles ne comptent pas sur les institutions Ă©tatiques pour les faire respecter – c’est une sĂ©paration nette de l’approche basĂ©e sur la dĂ©fense des droits. Nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens. « Pour avoir eu trop de confiance dans le gouvernement, Ă©crivait l’anarchiste Pierre Kropotkine, les citoyens ont cessĂ© d’avoir confiance en eux-mĂȘmes ; ils sont incapables de trouver de nouvelles voies. L’État n’a plus qu’à intervenir et Ă  Ă©craser les derniĂšres libertĂ©s [KROPOTKINE 1906, p.287.] Â». Et Ivan Illich d’expliquer en ses mots plusieurs dĂ©cennies plus tard: « certes, la pauvretĂ© a de tout temps impliquĂ© l’impossibilitĂ© d’agir sur le plan social, mais faire de plus en plus confiance aux institutions pour extirper les maux de la sociĂ©tĂ© donne Ă  cette impuissance une dimension nouvelle : elle accable maintenant l’esprit, elle retire Ă  l’homme toute volontĂ© de se dĂ©fendre [ILLICH 1971, p.7] Â». L’Action sociale anarchiste assume son autonomie totale face aux institutions coercitives et Ă  l’État. Le refus de l’infĂ©odation aux logiques de commande publique des bailleurs de fonds se pose comme une nĂ©cessitĂ© par souçi de rester fidĂšle Ă  ses objectifs ; les moyens choisis sont dĂ©terminants quant aux fins possibles.

Au cours des derniĂšres dĂ©cennies, sous le coup de l’institutionnalisation des pratiques, le travail social et l’organisation communautaire se sont de plus en plus axĂ©-e-s sur la parole (la relation d’aide) dans leurs interventions au dĂ©triment de l’action collective. L’approche des travailleurs sociaux et des travailleuses sociales individualise trop souvent les difficultĂ©s rencontrĂ©es de ce qu’ils et elles considĂšrent leurs clients ou clientes. Par consĂ©quent, ils et elles font porter Ă  la personne seule la responsabilitĂ© de sa situation en avouant Ă  priori son impuissance face aux Ă©lĂ©ments structurels qui conditionnent celle-ci. Nous considĂ©rons plutĂŽt que l’action directe devrait ĂȘtre au premier plan puisqu’elle permet aux personnes de faire l’expĂ©rience de leur capacitĂ© d’agir ensemble contre les problĂ©matiques du systĂšme et de leur milieu. Il s’agit de nourrir le pouvoir d’agir (l’empowerment) des individus en leur redonnant confiance en leurs moyens non pas dans l’optique d’une quĂȘte d’ascension sociale individualiste, mais dans celle de l’engagement dans les luttes collectives et la construction de contre-pouvoirs. Pour prĂ©ciser le sens que nous donnons au concept d’empowerment, il est intĂ©ressant de faire Ă©galement appel Ă  celui d’esprit de rĂ©volte formulĂ© par Kropotkine. Il dĂ©finissait celui-ci comme la pulsion de vie prĂ©sente chez tout ĂȘtre humain, une volontĂ©, qui se rĂ©veille Ă  travers le passage Ă  l’action et qui fait germer les consciences, l’insubordination et l’audace contre l’ordre social inĂ©galitaire [KROPOTKINE 1885]. Bien sĂ»r, tous les problĂšmes des individus ne sont pas uniquement de nature structurelle et s’y additionnent de multiples problĂ©matiques davantage personnelles. Mais la sociĂ©tĂ© a cassĂ© les gens. Pour s’en sortir, ils et elles doivent pouvoir reprendre confiance en leurs capacitĂ©s (plutĂŽt que de se rĂ©signer Ă  un sordide conformisme) et tisser de nouveaux liens de solidaritĂ©. Le principe est simple: il faut pouvoir agir pour s’Ă©panouir et transformer le monde. Puis, sur le plan collectif, les petites victoires, qui semblent parfois anodines, construisent des contre-pouvoirs et peuvent engendrer de grands rĂ©cits mobilisateurs. Le boycott en opposition Ă  la sĂ©grĂ©gation raciale des bus de la ville de Montgomery, dans l’Alabama, au milieu des annĂ©es 1950, est un bel exemple de cela.

Dans toutes les Ă©ditions de la Marmite autogĂ©rĂ©e, la rĂ©appropriation directe de l’espace public, soit l’occupation des lieux sans la permission des autoritĂ©s, est ouvertement revendiquĂ©e Ă  l’aide d’affiches dans la ville, de banniĂšres, de tracts et de textes d’invitation. C’est d’une part un geste de rĂ©sistance face Ă  la guerre de l’espace menĂ©e notamment par les classes dominantes qui embourgeoisent nos quartiers, par les rapports marchands qui bouffent le temps de nos vies et atomisent les communautĂ©s, par la police qui rĂ©prime, criminalise et profile et par les racistes et les LGBTQ+phobes qui harcĂšlent et agressent. C’est d’autre part libĂ©rer temporairement un espace oĂč l’on peut pratiquer ensemble l’autonomie collective. Cette forme de rĂ©appropriation de la ville que nous dĂ©fendons se rapproche de ce que la philosophe Manola Antonioli appelle les “machines de guerre urbaines”, soit les formes d’organisation (lieux et usages improvisĂ©s) dans l’espace qui Ă©chappent Ă  l’AutoritĂ© et Ă  l’urbanisme. Nous avons fait le choix de rĂ©aliser nos actions dans les secteurs du centre-ville oĂč les besoins sont les plus grands. Nous composons crĂ©ativement avec les situations qui se prĂ©sentent. Cette dĂ©marche nous apprend beaucoup et vient renforcer les projets. L’acharnement policier envers les plus vulnĂ©rables y est flagrant, mais aussi la convivialitĂ© des gens dans la dĂ©brouille. Ensuite, chaque Ă©vĂ©nement est organisĂ© autour d’une thĂ©matique qui vient politiser un enjeu. L’austĂ©ritĂ©, l’embourgeoisement, les proprios exploiteurs et les grands projets destructeurs de l’environnement ont Ă©tĂ© quelques-unes des thĂ©matiques abordĂ©es. Avec la collaboration d’artistes et de personnes de diffĂ©rents milieux, certains Ă©vĂ©nements ont donnĂ© lieu Ă  des happenings pour briser la distance de l’art et de la culture avec la rue afin d’en faire une action directe contre la sociĂ©tĂ© du spectacle. Enfin, nous profitons de ces moments afin de poser des questions ouvertes aux participants et participantes telles que: « qu’est-ce qui pourrait amĂ©liorer les conditions de vie, ou simplement la vie, dans le quartier? ». Cette dĂ©marche a frĂ©quemment alimentĂ© l’orientation d’actions subsĂ©quentes (dans l’optique de rĂ©pondre de maniĂšre directe et autonome aux besoins du quartier).

Face Ă  l’exclusion de la sphĂšre politique des majoritĂ©s exploitĂ©es et opprimĂ©es et au fatalisme qui en dĂ©coule, l’Ă©ducation populaire, de pair avec les conflits sociaux, est l’une des clĂ©s pour amener les gens Ă  comprendre les antagonismes sociaux (les luttes de classes) et la nĂ©cessitĂ© de construire des rapports de force avec les classes dominantes pour amener des changements. L’Ă©ducation populaire est un processus participatif qui implique une coconstruction des savoirs par l’analyse collective des situations vĂ©cues dans toute leur complexitĂ©. Nous approfondissons aussi mutuellement notre comprĂ©hension des causes structurelles. Il est important de dire cela puisqu’on la voit trĂšs frĂ©quemment rĂ©duite Ă  un effort de vulgarisation et de diffusion de connaissances. L’Ă©change avec les gens nous amĂšne au contraire Ă  nous dĂ©faire rĂ©ciproquement des reprĂ©sentations simplistes et schĂ©matiques. L’Ă©ducation populaire n’est pas un outil neutre. C’est un outil des dominĂ©-e-s pour s’Ă©manciper, prendre conscience de leur position dans les luttes de classes et s’organiser. Il permet de mieux comprendre les dynamiques inĂ©galitaires dans la sociĂ©tĂ© et de discerner ceux et celles qui profitent de cet Ă©tat des choses et ceux et celles qui la subissent. La comprĂ©hension de la complexitĂ© des situations permet enfin souvent de prĂ©parer ensemble des cibles et des moyens d’action plus efficaces tout en prenant soin des uns et des autres. Pour nous, la cohĂ©rence entre les fins et les moyens est essentielle. Nous rejetons ainsi catĂ©goriquement les formes d’Ă©ducation Ă©lectoralistes qui prĂ©tendent profiter des campagnes Ă©lectorales pour informer et rejoindre les gens Ă  travers leur partisanerie politique. Nous croyons que ce moyen erre en provoquant davantage d’impuissance chez les gens comme s’il fallait attendre et soutenir un quelconque changement venu d’en haut. À gauche comme Ă  droite, il s’agit d’efforts de communication unidirectionnels, dont la fonction vĂ©ritable est d’appuyer l’arrivĂ©e au pouvoir de politiciens et politiciennes.

Une approche libertaire ne pourrait exister sans puiser dans l’amour indomptable pour l’humanitĂ© des anarchistes. L’amour libĂšre de la peur et du carcan qui rĂ©git nos vies. Nous ne sommes par contre pas des sauveurs ou des sauveuses et refusons de l’ĂȘtre. PlutĂŽt que la relation paternaliste et autoritaire professionnel-le/clientĂšle fortement inspirĂ©e du modĂšle mĂ©dical, cette approche place la militante ou le militant comme simple participant / participante d’un processus d’action parmi les autres partageant sa condition. La cuisine sociale l’Autre humain (O Allos Anthropos), qui distribue gratuitement des repas en GrĂšce, est un bel exemple de cela. L’Autre humain rejette la charitĂ©, oĂč des personnes plus favorisĂ©es aident les autres en Ă©tant animĂ©es par la pitiĂ© et la misĂ©ricorde. C’est plutĂŽt une action de solidaritĂ© horizontale, guidĂ©e par l’amour de son prochain, oĂč chacun et chacune offre ce qu’il peut offrir aux autres et reçoit ce dont il ou elle a besoin. Chaque personne est favorisĂ©e autour des immenses marmites de la cuisine sociale ; tous et toutes cuisinent et mangent ensemble, peu importe leurs diffĂ©rences. En plus de la nourriture, diffĂ©rentes personnes mettent Ă  contribution leurs aptitudes dans la mobilisation pour les Ă©vĂ©nements, en partageant leurs connaissances et talents sur place ou en Ă©gayant simplement un moment de vivre-ensemble par leur participation. L’initiative n’est pas neutre ou apolitique. Elle engage au contraire les gens dans une autre vision de la sociĂ©tĂ©, en rupture avec les systĂšmes inĂ©galitaires. « La nourriture n’est pas l’essentiel, dit Konstantinos ‘Kostas’ Polychronopoulos dans le film “L’Amour et la RĂ©volution”. La nourriture, c’est le cheval de Troie! Le cheval de Troie pour nous rapprocher. Ce n’est rien d’autre que ça! MĂȘme pour ceux qui ont le plus faim, ce n’est pas la nourriture qui les attire ici! Ils viennent pour ĂȘtre avec nous, discuter le temps d’un repas partagĂ©! C’est ça: un moyen de sortir de l’indiffĂ©rence Â». Les collectifs anarchistes sont appelĂ©s Ă  agir comme des facilitateurs de ces processus par le partage de ressources. Nous y donnons vie Ă  nos idĂ©es et les partageons Ă  travers l’expĂ©rience commune. Dans la convivialitĂ©, les militants et militantes doivent tout de mĂȘme garder un esprit critique face aux relations de pouvoir et Ă  leurs privilĂšges. Il ne suffit pas d’avoir conscience de ceux-ci pour qu’ils soient “dĂ©construits” ; ils reposent sur des systĂšmes d’oppression bien Ă©tablis socialement et interreliĂ©s aux autres formes de domination. À l’heure actuelle, les personnes qui militent doivent au fil de leurs interventions reconnaĂźtre une ligne de tension permanente entre leurs privilĂšges et leur idĂ©al libertaire afin de ne pas reproduire ceux-ci et de prĂ©figurer des rapports plus Ă©galitaires. Il faut admettre que la confrontation sur les pratiques par les autres militants et militantes est aussi saine dans l’optique de la construction d’un tel mouvement.

La posture dĂ©fensive de plusieurs libertaires quant au mouvement communautaire, limitĂ©e Ă  une perspective Ă  court terme de satisfaction de besoins immĂ©diats, peut ĂȘtre comprĂ©hensible sous certains angles compte tenu de la proximitĂ© de plusieurs valeurs dĂ©fendues. Des militants et militantes la justifient sous le prĂ©texte d’un manque de maturitĂ© des collectifs libertaires locaux ou tout simplement leur absence [4]. Toujours est-il que le dĂ©veloppement de tels groupes ne tombera pas du ciel. Il n’y a pas de raison valable pour faire attendre l’apparition de collectifs libertaires, de contre-pouvoirs, de l’autonomie collective et de stratĂ©gies rĂ©volutionnaires cohĂ©rentes dĂ©passant le rĂ©formisme. Les anarchistes n’ont pas Ă  prendre la dĂ©fense du “filet social” de l’État que la classe dominante a volontairement percĂ©, car c’est sur le dos des plus pauvres que se construit sa richesse. Comme l’énonçait l’organisation ontarienne Common Cause en 2014 : « Il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© historiquement que les gens de la classe ouvriĂšre ont le potentiel d’organiser leurs propres rĂ©seaux de soutien, qui peuvent exister indĂ©pendamment de ceux administrĂ©s par l’État et qui ne nous obligent pas Ă  attendre l’aube d’une utopie postrĂ©volutionnaire. Ces rĂ©seaux Ă©mergents de contre-pouvoir ont un potentiel rĂ©volutionnaire dans le combat pour construire un monde meilleur – un monde oĂč le bien-ĂȘtre des individus est la responsabilitĂ© partagĂ©e des communautĂ©s dont elles et ils font partie [COMMON CAUSE 2014, p.38] Â». Il est comprĂ©hensible que les conditions sociales et Ă©conomiques existantes amĂšnent, par compromis, un grand nombre de libertaires Ă  faire du travail social ou de l’organisation communautaire un emploi. Sans tomber dans le jugement ou le rejet dogmatique, nous observons comment le salariat et des cadres Ă©tatiques mutilent et emprisonnent le potentiel transformateur de ces deux domaines – tout comme l’ensemble des emplois. Kropotkine pensait que : « les lettres et la science ne prendront leur vraie place dans l’Ɠuvre du dĂ©veloppement humain que le jour oĂč, libres de tout servage mercenaire, elles seront exclusivement cultivĂ©es par ceux qui les aiment et pour ceux qui les aiment. La littĂ©rature, la science et l’art doivent ĂȘtre servis par des volontaires. C’est Ă  cette condition seulement qu’ils parviendront Ă  s’affranchir du joug de l’État, du Capital et de la mĂ©diocritĂ© bourgeoise qui les Ă©touffent [KROPOTKINE 1892, p.141-142] Â». L’Action sociale anarchiste est rĂ©alisĂ©e sur la base du volontariat, sans salaire et au sein de collectifs politiques, afin de dĂ©passer les conditions prĂ©sentes.

De concert avec l’exploitation capitaliste, une multitude de systĂšmes d’oppression (patriarcat, racisme, colonialisme, capacitisme, LGBTQ+phobie, etc.) dĂ©truisent et ternissent la vie. Nous voulons un monde libĂ©rĂ© de l’exploitation et des formes d’oppression. Nos initiatives dans les communautĂ©s se veulent inclusives ; chacun et chacune peut y apporter sa couleur avec ses diffĂ©rences. Ces derniĂšres sont une richesse collective que la sociĂ©tĂ© inĂ©galitaire actuelle, embrigadĂ©e Ă  travers le nationalisme, le productivisme et l’individualisme, condamne par l’oppression systĂ©mique, la stigmatisation et l’exclusion. Le “care” (prendre soin) est coutumier parmi les membres de bien des groupes marginalisĂ©s comme les personnes immigrantes, queers, trans, Autochtones, racisĂ©es, en situation de handicap, etc. La formation de rĂ©seaux informels apparaĂźt souvent comme une question de survie pour plusieurs d’entre elles. Ces expĂ©riences d’action sociale sont toutes aussi valides mĂȘme si elles sont plus “underground”, Ă  l’abri des regards et invisibilisĂ©es [LEFRANÇOIS 2022, p.500]. L’Action sociale anarchiste a beaucoup Ă  apprendre d’elles, est appelĂ©e Ă  les soutenir et doit elle aussi refuser quelque forme de standardisation que ce soit. Puis, il faut noter que cette auto-organisation du “care” est souvent une solution de rechange aux rapports de domination vĂ©cus avec les professionnel-le-s. « Ceux et celles habituellement exclu-e-s de la sociĂ©tĂ© dominante/conventionnelle ont dans le passĂ© Ă©tĂ© dominĂ©-e-s par des professionnel-le-s, qui ont tentĂ© de rĂ©guler leur sexualitĂ©, leur genre, leur systĂšme culturel racialisĂ© de connaissances, leurs pensĂ©es, leurs Ă©motions, leur comportement, leurs sensations et leurs dĂ©sirs jugĂ©-e-s ‘dĂ©viants’ par la police, la psychiatrie et d’autres institutions Ă©tatiques, dont le travail social [LEFRANÇOIS 2022, p.507] Â». Nous concevons qu’il est impossible de libĂ©rer d’autres groupes de personnes Ă  leur place ; cette tĂąche revient aux membres de ceux-ci de maniĂšre autonome. Comme le dit le slogan fĂ©ministe : « Ne me libĂšre pas, je m’en charge Â». Les mobilisations de permanents et permanentes payĂ©-e-s, comme il se voit trop souvent dans le milieu communautaire, nous semblent vaines. Elles participent plutĂŽt Ă  soutenir encore le dĂ©veloppement du pouvoir d’agir de ces professionnel-le-s ; c’est la dĂ©rive qui survient quand l’empowerment est pensĂ© “par en haut”. Les anarchistes doivent chercher Ă  se faire complices des efforts d’auto-organisation en offrant leur soutien aux initiatives et actions. De mĂȘme, nous entendons et reconnaissons les tĂ©moignages et rĂ©cits qui font Ă©tat du racisme systĂ©mique et du colonialisme Ă  l’Ɠuvre historiquement dans les pratiques des travailleurs sociaux et travailleuses sociales et des organisateurs et organisatrices communautaires de la majoritĂ© blanche du soi-disant QuĂ©bec. Bien de leurs responsabilitĂ©s Ă©taient autrefois celles des “agents des Indiens”. Involontairement, les travailleurs sociaux et travailleuses sociales jouent couramment encore aujourd’hui un rĂŽle important dans la perpĂ©tuation du colonialisme de peuplement: « en aidant la dĂ©possession et l’extraction des peuples Autochtones de leurs territoires et communautĂ©s, en soutenant la (re)production de l’État colonial et en agissant comme une zone tampon pour endiguer et pacifier les communautĂ©s Autochtones qui sont en confrontation directe avec l’État colonial ou qui font face Ă  des crises provoquĂ©es par les pratiques d’extraction des ressources et de dĂ©possession de l’État et des entreprises [FORTIER ET HON-SING WONG 2018, p.6] Â». Les pratiques et modes de vie traditionnel-le-s des peuples Autochtones, dont le colonialisme a cherchĂ© Ă  effacer les mĂ©moires, auraient pourtant beaucoup Ă  nous apprendre – leurs formes d’organisation sociale Ă©tant plus Ă©galitaires.

En conclusion, cet article a tentĂ© de dresser les contours d’une approche libertaire dans le travail social et l’organisation communautaire. En toute humilitĂ©, il peut ĂȘtre dit que l’Action sociale anarchiste demeure somme toute assez floue, mais cela peut ĂȘtre une bonne chose. AprĂšs tout, l’important n’est pas de dĂ©velopper un nouveau courant qui puisse ĂȘtre ajoutĂ© aux classifications enseignĂ©es Ă  l’universitĂ©, mais d’articuler des rĂ©flexions autour de notre expĂ©rience militante. Une telle approche ne devrait pas enfermer ses pratiques dans un Ă©tat statique. Elle est appelĂ©e Ă  se renouveler sans cesse au fil des Ă©vĂšnements si elle veut rester fidĂšle Ă  ses principes. Adeline De LĂ©pinay Ă©crit assez justement : « Les expĂ©riences dont on peut s’inspirer sont nombreuses. Si essayer de reproduire et de formaliser des ‘outils’ et des ‘mĂ©thodes’, c’est risquer de leur retirer leur potentiel subversif et Ă©mancipateur, nous pouvons toutes et tous aller puiser dans ce qui existe, pour essayer de nouvelles choses Ă  notre tour, en nous adaptant aux rĂ©alitĂ©s politiques dans lesquelles s’ancrent nos actions. L’enjeu, c’est de construire des processus auto-constituĂ©s, et non de proposer des dispositifs ‘par en-haut’, sans pour autant vouloir rĂ©inventer la poudre et mĂ©priser l’existant [DE LÉPINAY 2016] Â». À travers le monde, des militants et militantes libertaires s’engagent dans une foule d’expĂ©riences inspirantes. Avec les gens de leur quartier, certains et certaines ont remis en Ă©tat des installations sportives, ont construit des rampes pour favoriser l’accĂšs Ă  tous et toutes Ă  diffĂ©rents lieux, ont ouvert des squats pour les mal-logĂ©-e-s et les personnes immigrantes, ont fait poussĂ© des potagers et nettoyĂ© les espaces verts, etc. Ce n’est bien sĂ»r que des gouttes d’eau devant la violence d’un systĂšme, mais ce qui se construit au cours de ces actions autonomes est aussi important que les besoins qui sont comblĂ©s. Le futur n’est pas Ă©crit ; soyons crĂ©atifs et crĂ©atives. « Il n’y aura pas d’avenir, soulignait Henri Laborit, si nous ne l’imaginons pas [LABORIT 1976, p.85] Â».

RĂ©sumĂ© par points d’une pratique anarchiste en travail social ou en organisation communautaire:
– dĂ©professionnaliser et abattre les positions de pouvoir et de coercition;
– soutenir le dĂ©veloppement du pouvoir d’agir des personnes, de la reprise du pouvoir sur leur vie et de la rĂ©animation de leur esprit de rĂ©volte;
– soutenir le dĂ©veloppement de rĂ©seaux d’entraide et de solidaritĂ© active dans les communautĂ©s;
– cibler les structures sociales responsables des problĂ©matiques vĂ©cues par les gens Ă  travers l’Ă©ducation populaire;
– entrer en conflit avec les rapports sociaux de domination, les institutions et les capitalistes / engendrer collectivement des luttes sociales et pratiquer l’action directe;
– autonomiser complĂštement les pratiques par rapport Ă  l’État et aux bailleurs de fonds publics ou privĂ©s;
– soutenir, ouvrir la porte et s’inspirer des pratiques auto-organisationnelles de “care” des communautĂ©s marginalisĂ©es / Ă©viter toute mentalitĂ© statique et se renouveler dans une posture militante horizontale.

Notes
[1] Le concept de mouvement communautaire au Québec fait référence à ce qui est plus souvent nommé mouvement associatif en Europe.
[2] Collectif Emma Goldman. “Quelques principes de la Marmite AutogĂ©rĂ©e”, 25 aoĂ»t 2015, http://ucl-saguenay.blogspot.com/p/action-sociale-anarchiste.html
[3] Collectif Emma Goldman. “Face Ă  l’austĂ©ritĂ© : l’action sociale anarchiste”, 4 juillet 2015, http://ucl-saguenay.blogspot.com/2015/07/face-lausterite-laction-sociale.html
[4] L’analyse critique produite par Marc-Aurel de QuĂ©bec, “Mouvements communautaire et anarchiste : une rencontre fructueuse?”, publiĂ©e dans la 6e Ă©dition de la revue Ruptures (printemps 2006) en est un bon exemple. Vous pouvez retrouver la publication en ligne Ă  cette adresse : https://causecommune.net/publications/ruptures/6.html

Bibliographie
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Source: Ucl-saguenay.blogspot.com