NOUS ACCUSONS !

Ce qui s’est passé le vendredi 12 juillet à l’arrière du Panthéon, à Paris, contre des personnes à tous égards non violentes et sans défense, contre les sans-papiers des « Gilets Noirs », ce sont choses dont le déroulement ne s’improvise pas. Aucune « bavure », aucun « dérapage » ou « dérive » là-dedans. Il y avait une volonté politique précise, violente, une volonté despotique de nuire et porter atteinte, causer du tort, l’« accident ». Ainsi qu’il est dit dans un témoignage ci-après, une « provocation délibérée » : visant à produire les effets de l’« état de désordre » propre à justifier, à « nécessiter » (maquiller en « nécessité » d’État, de fonction publique) un assaut militaire punitif. Assaut pour faire mal et faire peur : pour ôter toute envie future de se manifester aux plus faibles et démunis parmi les faibles et démunis de chez nous, parmi les « locataires de la rue », futurs « morts de rue » : les migrants sans-papiers. Visant à renchérir sur la détresse de leur situation humaine et sociale : traités non en hommes, en femmes, mais en choses viles, en sujets « illégaux », en êtres animalisés, « au-dessous des bêtes » (premier témoignage), par les pilleurs de vie humaine.
Qu’on lise, pour ne faire mention que de cela, ce récit (même témoignage), ce réquisitoire sévère et calme de jeune femme profondément blessée. Qu’on lise ces mots parlant du droit bafoué d’accès aux toilettes, d’interdiction infligée à tout le monde et jusqu’aux malades d’aller aux w.-c., avec les séquelles de souffrance et d’humiliation crûment voulues pour abaisser tout le monde et lui arracher son corps et son âme ; ces paroles aboutissant, en fin de récit, à la dénonciation que la pratique de « frustration des besoins corporels fait partie des moyens de torture courants, chez les policiers ».
Ce qui s’est passé ce vendredi 12 juillet fait apparaître au grand jour, pour tous ceux qui ont encore des yeux pour voir, jusqu’où, aujourd’hui, les provocateurs, les vrais fauteurs de troubles, les grands ennemis publics, bourreaux et massacreurs de gens, se trouvent à la tête de l’État. L’illusion étatique, illusion sacrée cultivée par les menteurs de profession et endormeurs publics, cultivée à longueur d’émissions (et de promo permanente de la « France », des « valeurs de la République » mensongère) par les médias et les hommes et femmes liges du pouvoir, quel qu’il soit, encore et toujours fait croire à beaucoup l’inverse de ce qui est : comme si, sans raison d’État, sans racines dans le gouffre du social et du politique, notre société était traversée par des bandes de loups et de « casseurs » enragés sans motifs légitimes – alors que les bandes féroces et lourdement armées, championnes de la « casse », se partagent la cour des Miracles de l’État, légal et illégal.
Seuls, ce vendredi 12 juillet, ont fait échec à cette volonté qui pouvait être meurtrière le courage et la grande dignité en face de l’indigne, le sens de l’honneur en face de l’humiliation et de la violence déchaînée, la détermination, enfin, à ne pas baisser la tête, des sans-papiers, hommes et femmes, des « Gilets Noirs en Lutte ». 

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Article publié le 23 Août 2019 sur Quartierslibres.wordpress.com