Septembre 30, 2021
Par Paris Luttes
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Incitation à la violence

Nous sommes convaincus que les passages à tabac, les arrestations et les condamnations qui ont visé les grévistes, les gilets jaunes, les militantes féministes, les réfugiés et tant d’autres ces dernières années furent le fait d’individus démocrates – c’est-à-dire d’individus qui croient aux institutions républicaines, qui défendent le système parlementaire multipartite, de même que tout ce qui participe à la démocratie actuelle dans le pays, et qui travaillent en conséquence à défendre l’ordre social qui en résulte.

Ces individus, et d’autres avec eux, ont souvent profité de leurs entretiens dans la presse, de leurs passages sur les plateaux télé et de leurs sièges dans les institutions républicaines pour évoquer la nécessité de mettre un terme à la violence – qu’elle soit organisée, c’est-à-dire attribuée à des groupes politiques ou des courants idéologiques, ou bien diffuse, c’est-à-dire renvoyée à une radicalisation générale de la contestation. Pour parvenir à mettre un terme à la violence, ces individus ont à de nombreuses reprises défendu une seconde nécessité : celle de limiter nos libertés constitutionnelles et fondamentales. Certains individus ont même proposé de faire usage de la force militaire et d’armes létales contre la contestation, sans s’être vus concrètement sanctionnés par leurs confrères. Il y a donc eu, du côté d’individus qui symbolisent voire incarnent la démocratie telle qu’on prétend qu’elle existe en France, une incitation à la violence largement relayée par les médias et au sein des institutions républicaines, justifiée au nom de la lutte contre la violence d’une partie des acteurs de la contestation sociale.

Nous sommes conscients qu’il ne s’agit pas là d’une accusation à la légère. Il ne s’agit pas non plus d’une déclaration philosophique abstraite sur le concept de violence légitime. Aussi allons-nous produire plusieurs exemples pour appuyer notre propos.

Nous pensons notamment à l’incitation au meurtre proférée par Luc Ferry, ancien Ministre de l’Éducation, en plein débat sur la violence du mouvement des gilets jaunes, au micro de Radio Classique le 7 janvier 2019 : « [Que les policiers] se servent de leurs armes une bonne fois ! […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies ». Cette déclaration, que Luc Ferry a été incapable d’assumer jusqu’au bout, s’est inscrite dans une série de déclarations visant à criminaliser le mouvement de contestation et à justifier le recours à gestion toujours plus violente de l’ordre. Les mots de Luc Ferry font écho à ceux tenus le 11 février 2019 par Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police (Force Ouvrière), invité sur CNEWS pour commenter la mutilation d’un gilet jaune par une grenade GLI-F4 : « Je vais être très cru, mais c’est bien fait pour sa gueule. »

Nous retenons également l’attitude d’une partie de la presse et des médias, censés incarner le principal contre-pouvoir démocratique, qui a gravement nui à la liberté de l’information en l’assujettissant aux déclarations préfectorales, aux affabulations du Ministère de l’Intérieur et à la rhétorique policière. Ces mêmes médias n’ont pas hésité à se substituer à la justice en transformant leurs plateaux et les tribunes en sous-tribunaux de comptoir, sans débat contradictoire, sans représentation des accusés, mais avec des jurys composés d’experts, de fonctionnaires et stars que tout opposait aux accusés. Des blancs pour nier le racisme, des hommes pour taxer les antisexistes d’hystériques, des policiers pour contester l’existence de violences policières : rien n’était trop anti-déontologique pour la classe médiatique réactionnaire.

Paradoxalement, ces mêmes organes médiatiques ont fait preuve de beaucoup plus de retenue dans leur couverture des scandales et enquêtes visant des personnalités politiques ou artistiques de premier rang. La criminalisation à outrance de la contestation et la décrédibilisation des victimes des violences policières a subitement laissé place à l’éloge de la présomption d’innocence pour les écrivains pédophiles, les policiers racistes, les politiciens fraudeurs et les ministres accusés de violences sexuelles. Cette étrange solidarité s’est exprimée jusqu’aux plus hautes sphères de l’État, où l’on refusait d’ailleurs catégoriquement de reconnaître ne serait-ce que l’expression « violence policière ». Ainsi, le 14 juillet 2020, Macron s’entretenait « d’homme à homme » avec Gérald Darmanin, Ministre de l’Intérieur fraîchement entré en fonction et accusé de viol, lui exprimant sa sympathie et sa confiance, l’érigeant en véritable victime de l’affaire. Le président de la République est pourtant moins bavard quand il s’agit de commenter la mise en détention provisoire de manifestants innocents ou l’extrême précarité des conditions de détention en France.

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Source: Paris-luttes.info