Mai 31, 2021
Par Lundi matin
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La numĂ©ricisation est considĂ©rĂ©e, Ă  tort, comme « une simple technique Â» (et un progrĂšs technique) ; mais il n’y a jamais de « technique simplette Â» ou « neutre Â». L’informatisation massive (les machines Ă  calculer, les computers, et les calculs extensifs « sur tout Â») est et n’est que l’extension et le renforcement de la colonisation Ă©conomique la plus ancienne ; l’informatisation est donc le prolongement de la rĂ©duction Ă©conomique au nombre, au compte et Ă  la monnaie ; la culture digitale est ainsi une culture de la violence, du fait de son dĂ©veloppement mĂȘme, de « son origine Â» (« archĂ©ologique Â») Ă©conomique (avec les machines Ă  statistiques et les computers qui sont des machines comptables – dĂ©crypter le sigle IBM).




L’archĂ©ologie du numĂ©rique que propose l’ouvrage de Jonathan Beller, l’ouvrage que nous recensons, a pour objet d’expliciter « l’origine Â» violente, meurtriĂšre, sanglante de la culture digitale. « Origine Â» qui se conserve comme « nature Â».

DĂšs que l’on est capable de comprendre que l’informatisation, ou la digitalisation, n’est que la continuation de la colonisation Ă©conomique, avec les mĂȘmes moyens, ceux du calcul, moyens « algorithmiques Â» (ou de programmation) que l’on trouve dĂ©jĂ  derriĂšre la mesure valeur, la valorisation, l’évaluation, les calculs financiers, les statistiques, la monnaie, etc., alors il est facile d’appliquer Ă  l’informatique la critique dĂ©veloppĂ©e pour montrer que l’économique est une formation disciplinaire.

La critique de l’informatique est un prolongement de la critique de l’économie ; dĂšs que cette critique de l’économie arrive Ă  montrer que le capitalisme (considĂ©rĂ© ordinairement comme « systĂšme Ă©conomique Â») n’est qu’un sous ensemble des « formations de souverainetĂ© Â» (ou de domination) ; c’est-Ă -dire dĂšs que l’on arrive Ă  penser politiquement le capitalisme [2].

L’informatique et la culture digitale n’ont rien Ă  voir avec « la libertĂ© Â» (qui n’est pas un problĂšme technique !) ; mais ont tout Ă  voir avec les mĂ©thodes policiĂšres du despotisme Ă©conomique.

L’informatique doit se penser en termes de despotisme et non pas de « libĂ©ration Â».

Autant qu’il est possible d’analyser l’économie comme un systĂšme politique despotique, il est possible d’analyser l’informatique, ce prolongement renforcĂ© de l’économie (et de tous ses calculs), comme une formation despotique, excluante et disciplinaire.

La numĂ©ricisation est un processus meurtrier qui redouble la violence de l’économie.

Ne pensons, d’abord, qu’aux publicitĂ©s intrusives, qui seraient impossibles sans toutes les techniques informatiques.

La numĂ©ricisation, en tant que processus meurtrier, est l’envers de violence extrĂȘme de toute rationalisation (ou de la rationalitĂ© que l’on attribue au calcul) ; tout progrĂšs de la civilisation (attribuĂ© Ă  la calculabilitĂ© automatique) est identiquement constituĂ© par une sĂ©rie d’actes barbares.

C’est cet « envers Â» de la rationalitĂ© (ici algorithmique), la barbarie cachĂ©e derriĂšre l’hyper-modernitĂ© « computationnelle Â», que traque l’ouvrage de Jonathan Beller. Qui est donc un ouvrage « d’archĂ©ologie Â», au sens de Foucault Agamben.

Quel est l’objet de l’archĂ©ologie (au sens indiquĂ©) ? PrĂ©senter « l’envers obscĂšne Â» (le double diabolique) qui soutient le dĂ©sir de la calculabilitĂ© universelle, la soif du sang, la vampirisation des Ăąmes.

Pour Ă©toffer l’exemple, donnĂ© en passant, de la publicitĂ© (et de ses armes informatiques), il serait intĂ©ressant de dĂ©ployer une analyse critique des dites « monnaies numĂ©riques Â». Mais y a-t-il de la monnaie qui ne serait pas numĂ©rique ? Alors mĂȘme que la monnaie est le prototype de toute numĂ©ricisation ? Parlons donc de monnaies informatiques Ă  technologies spĂ©cifiques (de cryptage). Qui ne sont que des avatars (techniques) des produits financiers (Ă©galement hyper-techniques). Cette analyse critique nous obligerait Ă  Ă©tudier en dĂ©tail la liaison consubstantielle qui colle l’informatique Ă  la finance. Et obligerait Ă  repenser ce que l’on peut entendre par « technique Â», toujours des armes pour le despotisme.

Ces monnaies cryptĂ©es, prĂ©sentĂ©es d’abord comme des crĂ©ations « libertariennes Â» d’une « monnaie libĂ©rĂ©e Â» (façon Hayek), se sont bien vite rĂ©vĂ©lĂ©es ĂȘtre des armes de gangsters pour des gangsters (ou des capitalistes, « cherchant Ă  effacer leurs traces Â»). On retrouverait le mĂȘme dĂ©lire que celui qui s’exprime lors de l’apparition de toute nouvelle technique, toujours supposĂ©e « libĂ©ratrice Â».

DÚs cette introduction, il serait éclairant de comparer le livre de Jonathan Beller (le livre que nous lisons, qui date de 2018) à celui de Cédric Durand, Technoféodalisme (de 2020).

Incitons le lecteur Ă  lire l’ouvrage de CĂ©dric Durand AVEC celui de Jonathan Beller.

Les thĂšses de CĂ©dric Durand sont « classiques Â» en ce sens qu’elles parlent de « rĂ©gression Â» : il y aurait eu un Ă©tat heureux de l’informatique, comme outil de libertĂ©, suivi d’une chute et d’un Ă©tat malheureux, l’informatique devenant un moyen de domination, de contrĂŽle, de surveillance, bref un outil despotique ; mais ce qu’elle n’était pas « avant Â», thĂšse que l’archĂ©ologie de Jonathan Beller met complĂ©tement en cause : il n’y a jamais eu « d’informatique heureuse Â», comme il n’y a jamais eu de « mondialisation heureuse Â», l’informatique Ă©tant nĂ©cessaire Ă  la mondialisation.

« La digitalisation du monde produit une grande rĂ©gression. Retour aux monopoles, dĂ©pendance des sujets aux plateformes, brouillage de la distinction entre l’économique et le politique
 Â».

Alors qu’il ne s’agit pas tant de « rĂ©gression Â», le retour du capitalisme monopoliste d’avant la guerre de 14, avec ses « barons voleurs Â», qu’au contraire de « progression Â», certes oscillante ou alĂ©atoire, vers toujours plus de despotisme, technologiquement surarmĂ©, ou vers un nouveau stade autoritaire ou fasciste de ce despotisme (qui est un rĂ©gime cyclique ou ondulatoire).

Il ne peut jamais y avoir de distinction entre l’économique et le politique, l’économique Ă©tant politique (et mĂȘme le substrat de toute politique, pour reprendre le titre du livre de Jonathan Beller) ; il ne peut donc y avoir de brouillage de cette distinction inexistante.

L’informatique prolonge l’économique considĂ©rĂ©e comme politique ; c’est cela qui explique le caractĂšre meurtrier de l’informatique.

L’économie est politique ; disons l’apparence que prend la politique lorsque celle-ci devient « rationnelle Â» ou « gestionnaire Â» [3] (le despotisme Ă©clairĂ© – mais tout despotisme a un aspect « Ă©clairĂ© Â»).

Il n’est pas tant question de « technofĂ©odalisme Â» ou de retour du « fĂ©odalisme Â», en fait de retour du capitalisme monopoliste, que de despotisme Ă©conomique (permanent, bien que fluctuant).

L’hypothĂšse du despotisme, que nous soutenons, s’écarte radicalement de celle du fĂ©odalisme, soutenue par CĂ©dric Durand, en ce sens que le capitalisme, c’est-Ă -dire l’économie, n’est ni un systĂšme Ă©conomique (au sens ordinaire de systĂšme de production), ni un systĂšme technique (l’économie englobe tout cela pour en faire des moyens de l’autoritĂ© souveraine), mais est un systĂšme politique de domination ; avec des Ă©lĂ©ments techno-productifs orientĂ©s par le maintien de la domination ; domination qui permet le profit par la prĂ©dation ou l’exploitation [4].

Clairement l’ouvrage de Jonathan Beller, se situe dans le cadre de l’hypothĂšse du despotisme ; qu’il peut servir Ă  complĂ©ter, illustrer, en analysant cet avatar de la discipline Ă©conomique qu’est l’informatique.

Nous lisons le livre de Jonathan Beller comme un appui Ă  la thĂšse du despotisme ; et comme une application de cette thĂšse Ă  l’analyse de l’économie numĂ©rique (ou de la culture digitale).

Encore une fois, c’est lorsque l’on a compris que l’économie est et n’est que politique, que lorsque l’on a compris que l’économie est un systĂšme de conformation de sujets disciplinĂ©s et surveillĂ©s, avant que d’ĂȘtre un systĂšme de production (puisque pour produire il faut des esclaves), c’est lorsque l’on a compris que « la forme valeur Â», ou la mesure Ă©valuation monĂ©taire gĂ©nĂ©ralisĂ©e, est un systĂšme de coercition (de constitution d’agents conformĂ©s) que l’on peut comprendre que l’informatique, ce rejeton de l’économie (et des mesures comptables), est, Ă©galement, un systĂšme de coercition, de discipline, de surveillance.

Il suffit de ramener l’informatique Ă  la mesure et aux calculs, c’est-Ă -dire Ă  l’économie, pour saisir l’aspect oppressif de l’informatique.

Du reste ceux qui prĂ©tendent que l’économie est le royaume de la libertĂ© (free market, free enterprise, free choice) sont les mĂȘmes qui glorifient l’informatique comme la voie royale de la libertĂ©.

Peut-on dire que l’informatique est libertarienne ? Avec ce que cela implique de dĂ©nĂ©gation, de refus de voir « le cĂŽtĂ© obscur Â» et de voir que la soi-disant libertĂ© (la discipline Ă©conomique) est un « enfumage Â» (un mensonge dĂ©concertant), typique de la culture digitale (lĂ  oĂč la propagande devient endĂ©mique, mĂȘme sous ses formes dĂ©lirantes ou inversĂ©es, comme le complotisme, qui n’est certes pas une invention digitale, mais ne peut se « propager Â» amplement que grĂące au rĂ©seau informatique, internet). N’oublions jamais que la publicitĂ© (l’enfant chĂ©ri des GAFAM), bien loin d’ĂȘtre une rĂ©clame pour un objet ou une marque (dans le cadre de « la libertĂ© de choix Â») est d’abord une propagande pour un systĂšme Ă©conomique (qui est imposĂ© sans libertĂ© de choix, sans autre choix que celui de se mettre en guerre) – la publicitĂ© doit toujours se lire au second degrĂ© comme propagande politique « dĂ©centralisĂ©e Â», construite sur le modĂšle de la planification Ă  deux niveaux, modĂšle Janos Kornai, Anti-equilibrium.

Nous devrons revenir en annexe (Les TerrassĂ©s) sur cette imposition autoritaire de la culture consumĂ©riste (la culture du choix !) ; imposition qui signale l’aspect autoritaire ou de force de la propagande (ou du « lavage de cerveau Â») au centre de la culture digitale.

L’informatique (et ses rĂ©seaux communicationnels) n’est pas seulement « mobilisĂ©e Â» pour la cause consumĂ©riste ; c’est son origine Ă©conomique de conscription comptable qui destine l’informatique Ă  ĂȘtre au centre des mensonges commerciaux ; puisque sa finalitĂ© Ă©conomique est le contrĂŽle (une extension de la comptabilitĂ©, qui est dĂ©jĂ  contrĂŽle, compte rĂŽle, rĂŽle comptable).

Toujours lier informatique et comptabilitĂ© ; et les dĂ©rivĂ©s, comme la statistique.

Il existe peu d’ouvrages importants d’analyse critique de la dite « culture digitale Â» ; c’est-Ă -dire de la numĂ©ricisation intĂ©grale et de la calculabilitĂ© extensive que cela permet (la rĂ©duction Ă  des comptes).

« Le numĂ©rique Â» dĂ©ploie son emprise sur toute chose, « rendue numĂ©rique Â», calculable et intĂ©grable dans un systĂšme informatique de calcul automatique de cette information numĂ©risĂ©e.

Les exemples sont tellement nombreux qu’il semble ridicule de ne citer que « la financiarisation de la nature Â», la fameuse Ă©valuation des « services environnementaux Â», services intĂ©grables Ă  des systĂšmes de payements ou de pĂ©ages, Ă©galement automatisĂ©s. Si l’on veut parler de « fĂ©odalisation Â», c’est bien lĂ , avec le retour des pĂ©ages gĂ©nĂ©ralisĂ©s (les toilettes Ă  pĂ©age, les bornes de pĂ©ages pour accĂ©der aux forĂȘts, etc., Ă  l’infini du « puçage Â»).

L’information, et son informatique, est bien entendu « une mise en forme Â» : il faut lutter contre le vol informatique ou contre le tagage des appareils de payements, comme « les radars Â» routiers (en attendant le puçage des voitures, anticipĂ© par le suivi GPS).

L’informatique est au centre d’une bataille permanente ; c’est une arme de guerre.

« La mise en forme Â», et son conflit, n’est que le prolongement de la mise en forme Ă©conomique (la discipline du travail et les rĂ©voltes) et son dĂ©ploiement multi-sĂ©culaire : dĂ©nombrements, mesure comptable, Ă©valuation gĂ©nĂ©ralisĂ©e (le but du nĂ©olibĂ©ralisme, la fameuse marchandisation), arithmĂ©tique politique et statistiques dĂ©veloppĂ©es. Tout est mesurĂ©, tout est enregistrĂ© ; et cela passe pour un progrĂšs de la science (du contrĂŽle).

Ce que les marxistes nomment « forme valeur Â» doit se penser comme la dynamique politique de « la mise en forme Â» (puis de l’informatisation), comme la dynamique autoritaire de la mise en ordre comptable, jusqu’à la financiarisation.

Et rappelons que cette financiarisation (collĂ©e Ă  l’informatisation), bien loin d’ĂȘtre une superstructure secondaire, est au cƓur de l’évaluation gĂ©nĂ©ralisĂ©e des espaces et des temps [5].

Il existe un grand nombre d’ouvrages prĂ©sentant l’histoire de l’informatique ou dĂ©veloppant des critiques spĂ©cifiques, trop Ă©conomiques, sur la menace du chĂŽmage de masse (un poncif dĂ©ployĂ© contre l’optimisme « de cinĂ©ma Â» de RenĂ© Clair !), ou trop technologiques (Ă  la maniĂšre de Bernard Stiegler, pensant, aprĂšs et d’aprĂšs Derrida, « la technicitĂ© originaire Â»).

Mais il y a trĂšs peu livres « d’archĂ©ologie de l’informatique Â» ; peu de livres qui analysent la numĂ©ricisation, la digitalisation, l’informatique, le « en ligne Â», etc., comme un prolongement ou un renforcement de la colonisation Ă©conomique.

Encore une fois le mirage de « la libĂ©ration numĂ©rique Â», ou par le numĂ©rique, oblitĂšre toute pensĂ©e critique.

C’est mĂȘme lĂ  que se trouve le grand succĂšs de l’informatique (qui n’est pas un succĂšs technique !), dans l’espĂšce de bigoterie (digitale) ou de dĂ©votion qui enchaĂźne aussi bien les incompĂ©tents consommateurs que les geeks fanatiques (et nous nous retrouvons dans le cadre de la religion Ă©conomique, avec ses intĂ©gristes du style macron).

Le progrÚs informatique, avec ses produits dérivés, comme les réseaux sociaux est présenté, comme toute technique nouvelle ou disruptive, par ses adorateurs, comme un progrÚs vers (toujours) plus de liberté.

C’est cette fanatisation ou cette conversion de masse (une confirmation massive) qui reprĂ©sente le grand succĂšs de la culture digitale ; et il s’agit bien d’un succĂšs politique (et non pas d’un succĂšs technique – le succĂšs technique doit se chercher vers la PP, PrĂ©fecture de Police).

Il faut Ă©tudier pourquoi le thĂšme bateau de la libĂ©ration digitale (la croyance dans les rĂ©seaux sociaux) conforme la pensĂ©e ; et augmente l’emprise Ă©conomique.

L’ouvrage de Jonathan Beller rompt avec le conformisme de la pensĂ©e de la technique (mĂȘme dans sa variante Ă  la Stiegler). Ce n’est pas un livre d’histoire (de la digitalisation), ni mĂȘme une Ă©tude simplement critique (l’ouvrage va bien au-delĂ ), c’est un livre d’analyse de l’histoire (un livre d’archĂ©ologie), livre qui montre que ce qui est nommĂ© culture digitale, la dite rĂ©volution informatique, n’est en aucune maniĂšre « disruptif Â», n’étant que le renforcement de la plus vieille culture Ă©conomique (du chiffre).

On ne peut penser l’informatique qu’en liant ce dĂ©veloppement des calculs au despotisme Ă©conomique.

Le socle colonial Ă©conomique est ce qui permet et porte l’informatisation. C’est la comptabilitĂ© (la mesure du profit) qui permet la digitalisation.

La culture digitale n’est qu’une expression (d’actualitĂ©) de la culture Ă©conomique. La logique Ă©conomique est nĂ©cessaire pour autoriser le dĂ©ploiement de la logique numĂ©rique (et des algorithmes).

Ce qui peut paraĂźtre Ă©vident, en prenant l’exemple de la gestion comptable, les ordinateurs sont des machines de bureau, des machines comptables, est Ă©tendu, par Jonathan Beller, au moins Ă©vident ou au contre intuitif, par exemple le cinĂ©ma ; qui est un opĂ©rateur de calcul (de vision encadrĂ©e, dupĂ©e, c’est du cinĂ©ma !) clairement dĂ©masquĂ© par sa numĂ©ricisation et par tous « les effets spĂ©ciaux Â» qui sont rendus possibles ; le cinĂ©ma a toujours Ă©tĂ© un prolongement des « attractions foraines Â» et de leur « magie Â», de la capture de la vision, de l’attention, des affects, pour empĂȘcher tout recul, le travail magicien du cinĂ©ma et l’emprisonnement qu’il gĂ©nĂšre (la culture Hollywood est un complĂ©ment Ă  la culture Ă©conomique, consumĂ©riste – pour se dĂ©sintoxiquer : Miklos Jancso, Pour Électre).

L’informatique, les ordinateurs, les computers ou machines Ă  calculer, tous les mĂ©dias digitaux numĂ©risĂ©s, etc., sont liĂ©s Ă  la violence de la constitution Ă©conomique. Constitution qui doit se reconstituer sans cesse. Il faut toujours penser l’informatique en termes d’accumulation primitive ou de colonisation recommencĂ©e en permanence.

La nouvelle accumulation, la rĂ©volution numĂ©rique ou l’économie digitale, correspond ou est l’expression d’une nouvelle expansion du capital, que Jonathan Beller nomme « colonisation numĂ©rique Â» ou colonisation par le calcul, « computational capital Â» ; capital calculatoire, ce qu’a toujours Ă©tĂ© le capital, mais, dĂ©sormais, avec une extension et une intensitĂ© accrues, grĂąces soient rendues aux techniques « exigĂ©es Â» [6] (par le capital, pour sa gestion).

Le capitalisme s’est Ă©tendu comme une gigantesque machine Ă  calculer, « computer Â» (voir comme exemple parfait le « capitalisme verdi Â» ou le « capital vert Â» [7]). Computer digĂ©rant, ingĂ©rant, « l’ingestion Â», tout pour le dĂ©fĂ©quer en nombres comptables ; ces nombres Ă©tant le fertilisant « basique Â» du capitalisme.

Et lorsque l’on a compris que cette ingestion, digestion, la numĂ©ricisation, la comptabilitĂ© ; « la rationalisation scientifique Â», ne peut se rĂ©aliser que par la plus grande violence coloniale, interne et externe, la civilisation (au sens de dynamique de conformation), alors il devient Ă©vident que la culture digitale est un processus sanguinaire.

Un processus extrĂȘmement violent de structuration ou de conformation, par et pour le capital, de discipline des reprĂ©sentations, de la vision, des sensations, de la concentration, des pensĂ©es.

Autant l’ancienne poĂ©sie Ă©tait un procĂ©dĂ© de magnification du pouvoir royal despotique, autant le nouveau cinĂ©ma est un vecteur essentiel de la propagande Ă©conomique (que peut faire « un cinĂ©aste Â» dĂ©sargentĂ©, sinon travailler pour la publicitĂ©, la rendre « belle Â», ludique et faire « son cinĂ©ma Â»).

Bien loin d’ĂȘtre « un outil pour la libertĂ© Â», l’informatique (ou l’informatisation, la culture digitale) est une nouvelle arme pour renforcer le capitalisme [8].

D’oĂč l’obligation pĂ©remptoire qui est faite de « s’adapter Â» au monde numĂ©rique.

Impossible, dĂ©sormais, de vivre ou mĂȘme survivre, sans une « Ă©ducation numĂ©rique Â», sans savoir manipuler un computer, sans s’exposer sur un rĂ©seau (plutĂŽt asocial que social – le club des narcisses !).

C’est un ordre autoritaire.

Repartons d’un point technique essentiel, d’un point mathĂ©matique :

Un nombre est une classe.

NumĂ©riciser, dĂ©nombrer (dans N), mesurer (dans R ou autre), Ă©valuer, etc., implique d’établir des classements ou de constituer des classes. D’imposer une organisation « topologique Â».

Mesurer ou classer est une opĂ©ration mathĂ©matique qui se dĂ©ploie en ordre politique, qui se projette en structure hiĂ©rarchique ou d’ordre.

Mesurer, Ă©valuer, estimer numĂ©riquement ou quantitativement, « rationaliser Â», rendre Ă  la raison, exige de constituer des diffĂ©rences, diffĂ©rences hiĂ©rarchisĂ©es ou ordonnĂ©es.

Constituer des diffĂ©rences (« graduables Â») implique des sĂ©parations, des exclusions, implique d’établir un ordre, d’imposer l’inĂ©galitĂ©.

Une machine Ă  diffĂ©rences ou Ă  diffĂ©renciations, une machine politique inĂ©galitaire, voilĂ  ce qui constitue la matĂ©rialitĂ© politique de l’informatique [9].

NumĂ©riciser est une opĂ©ration politique (Ă  l’origine mĂȘme du despotisme) ; l’extension de la numĂ©ricisation, par l’informatique, correspond Ă  un « approfondissement Â» du despotisme (comment faire « tenir Â» des milliards d’humains ? – l’informatique apporte la solution Ă  la surveillance individualisĂ©e de ces milliards de personnes).

La numĂ©ricisation est « la technique politique Â» la plus archaĂŻque ; celle qui correspond Ă  la constitution de « populations Â» gĂ©rables, quel que soit leur masse (alors qu’il souvent imaginĂ© que « le grand nombre Â» libĂšre ou rend anonyme, l’informatique permet de rĂ©soudre cette malheureuse difficultĂ©, pour les pouvoirs).

L’informatique est liĂ© au contrĂŽle total ; Ă  la chinoise ou façon amĂ©ricaine.

Il faut donc toujours penser l’informatisation comme une opĂ©ration politique violente d’exclusion ou de classement.

Ainsi faut-il penser le cinĂ©ma comme exclusion de « visions Â» (les visions que permet, par exemple, la lecture – l’aspect dĂ©cevant des films « tirĂ©s Â» de livres et censĂ©s les « illustrer Â» ; oĂč l’on retrouverait en plein la rĂ©duction des visions, leur capture par imposition d’une « vision Â» digĂ©rĂ©e et dirigĂ©e par un « metteur en scĂšne Â» ou un « producteur Â»).

L’objet du livre de Jonathan Beller est d’expliciter en dĂ©tail, en particulier sur l’exemple du cinĂ©ma, les exclusions, et les inĂ©galitĂ©s rĂ©sultantes, que propage toute « vision digĂ©rĂ©e Â» (toute « prĂ©vision Â»).

Pour parler Ă  la maniĂšre d’Agamben, l’informatique est un appareil de confort du pouvoir souverain, qui renforce et conforte ce pouvoir : l’informatique est liĂ©e Ă  la souverainetĂ©, Ă  la vue dominante, Ă  l’inclusion par exclusion.

Ce n’est donc pas l’informatique qui doit ĂȘtre libĂ©rĂ©e, c’est « nous Â» qui devons ĂȘtre libĂ©rĂ©s, dĂ©barrassĂ©s, de l’information automatisĂ©e (comme nous devons ĂȘtre dĂ©livrĂ©s du « marchĂ© libre Â» qui « nous Â» opprime).

Cette automatisation qui permet l’extension de la propagande (ou de la publicitĂ©) 24/24 et jusqu’au fond de son lit (pendant le rĂȘve, corrompant toute vision nocturne).

Le livre de Jonathan Beller peut (et doit) se lire comme une critique virulente du thĂšme de propagande que : « l’information doit ĂȘtre libre Â», que le flux informatique (informationnel mĂ©canicisĂ©, comme celui de la « tĂ©lĂ©-vision Â», de la vision commandĂ©e Ă  distance – les dits « journalistes Â» n’étant que des robots programmĂ©s) doit ĂȘtre « laissĂ© Â» (au sens libĂ©ral du laisser-faire laisser se propager) ; lĂ  oĂč « la libertĂ© Â» ne se pense plus que dans les termes du « libĂ©ralisme Ă©conomique Â» (ou du libertarianisme pervers).

Le flux informatique de l’information automatisĂ©e renvoie toujours au pouvoir du capital et Ă  ses stratĂ©gies dans la guerre (de classe) infinie. Renvoie au mensonge dĂ©concertant (inverser le sens de la libertĂ©), Ă  l’emprisonnement de la pensĂ©e (rendue automatique ou rĂ©flexe, ici Stiegler est utile).

L’informatique est la « nouvelle arme absolue Â» du computational capital, ce capitalisme qui peut Ă©tendre la mesure et le calcul, le compte et la monnaie, la finance (« algorithmique Â») partout et tout le temps (c’est mĂȘme la gestion du temps qui est la plus importante des gestions).

RĂ©alisant le rĂȘve de l’économicisation totale, de la subsomption rĂ©elle Ă  la logique Ă©conomique.

VoilĂ  le point important : comme un moustique qui vĂ©hicule une bactĂ©rie pathogĂšne, l’informatique vĂ©hicule le virus (du) capitalisme, capitalisme dĂ©sormais hyper-rationalisĂ© (il se confond avec le calcul), bien au-delĂ  du taylorisme encore archaĂŻque – et avec la finance dominante.

Le capitalisme de la calculabilitĂ© universelle entraĂźne et exige une modification de toutes les reprĂ©sentations et de toutes les identitĂ©s et recompose l’ordre social (Ă  son profit) autour de la culture numĂ©rique qui n’est que l’expression actuelle de la comptabilitĂ© dĂ©sinhibĂ©e.

Recomposition des reprĂ©sentations : donner un prix Ă  un paysage ou Ă  un lieu « sacrĂ© Â», donner un prix Ă  un club de dissidents dĂ©sormais vu comme une marchandise touristique – allez voir les Zapatistes in situ ; et en autobus climatisĂ©.

Recomposition des identitĂ©s : l’auto-entrepreneur ubĂ©risĂ© et contrĂŽlĂ© Ă  distance, qui « gĂšre Â» sa vie et ses amours sous « le regard Â» des camĂ©ras.

La puissance des thĂšses de Jonathan Beller permet Ă  notre auteur de relire Borges avec Turing (et vice versa), Shannon avec Hitchcock (la psychose, cet Ă©tat endĂ©mique du monde de la culture numĂ©rique, « oĂč tout devient possible Â», puisque tout est calculable – au sens vulgaire de ce mot : visible, moyennant pĂ©age [10]).

Et lui permet de repenser la photographie numĂ©risĂ©e avec ses trucages « dĂ©mocratisĂ©s Â» (le trucage devenant une seconde nature) aussi bien que le cinĂ©ma, tous deux envisagĂ©s comme une seule branche de l’arbre Ă  calcul ou Ă  vision (en guise d’arbre de l’abondance « ploutonomique Â»).

Le livre, de Jonathan Beller, a pour objet la dĂ©construction (le dĂ©voilement) des formations de violence qui constituent le substrat de la culture numĂ©rique ; de la communication mĂ©diatique, l’hyper-propagande, totalement programmĂ©e, dirigĂ©e, surveillĂ©e, par ses maĂźtres capitalistes parfaitement conscients que leur pouvoir ne tient qu’à une bataille (d’abord d’idĂ©es), jusqu’à la surveillance universalisĂ©e pour conforter ce pouvoir.

Le plus important est de démasquer la violence endémique qui porte les transmissions quotidiennes.

Toujours trouver derriĂšre la forme technique supposĂ©e « neutre Â» l’ordre social oppressif qui a gĂ©nĂ©rĂ© la technique.

Ceci pouvant se lire comme une gĂ©nĂ©ralisation de l’analyse du « fĂ©tichisme de la marchandise Â» ou de la dĂ©construction de la croyance en une pure objectivitĂ© (ou objectalitĂ©) de la rĂ©alitĂ©, sans « en dehors Â», ni conflit, harmonieuse [11].

L’apparition puis le dĂ©veloppement de l’information, de l’informatique, doit toujours ĂȘtre pensĂ©e comme une extension de la quantification comptable qui arme le capitalisme ; la culture numĂ©rique n’est qu’une maximisation du « mode de vie Â» imposĂ© par le capitalisme, depuis « la dĂ©couverte Â» de l’AmĂ©rique (la ruĂ©e vers l’or !) et depuis que la colonisation meurtriĂšre est la vĂ©ritable infrastructure de l’économie.

Le glissement progressif, au 20e siĂšcle, de la forme « travailleur soldat Â» Ă  la forme « touriste consommateur Â» [12] n’a Ă©tĂ© rendue possible que par la direction gĂ©nĂ©rale de l’information en termes d’hĂ©gĂ©monie culturelle.

L’abstraction (rĂ©alisĂ©e) a franchi une nouvelle Ă©tape (anticipĂ©e par Baudrillard) qui permet la mĂ©canisation de la pensĂ©e (voir Stiegler) et la rĂ©duction des philosophes au chĂŽmage technique.

Mais, encore une fois, cette abstraction, la gĂ©nĂ©ralisation du calcul et de « la puissance de calcul Â», n’est pas une invention de l’économie numĂ©rique : il n’y a pas de nouvelle rĂ©volution industrielle, il n’y a qu’une extension « Ă©volutive Â» de cette puissance de calcul.

L’abstraction et sa progression (supposĂ©e progressiste) est consubstantielle au capitalisme (et au despotisme) dont une dĂ©finition pourrait ĂȘtre justement « le calcul Â», mesure valeur, comptabilitĂ©, monnaie, finance.

Depuis longtemps le calcul dirige les usines. Il est maintenant l’usine elle-mĂȘme.

De mĂȘme qu’il faut penser la sociĂ©tĂ© en termes « d’usine universelle Â», il faut penser l’usine, « l’usine nouvelle Â», en termes informatiques ou de programmation ou de planification. Dont le fameux capitalisme de plateforme donne un exemple (mais seulement un exemple).

Si donc la sociĂ©tĂ© est une usine et l’usine un computer, la sociĂ©tĂ© « nouvelle Â» doit se penser en termes de programmation ou de rĂ©seaux, cependant automatiques.

L’ouvrage de Jonathan Beller cherche Ă  analyser ce fait que le dĂ©veloppement au niveau mondial de l’inĂ©galitĂ© est liĂ© Ă  l’intensification de la production permise par l’informatisation ; comme les dĂ©localisations, gĂ©rables Ă  distance (une extension du rĂŽle central du tĂ©lĂ©phone dans le dĂ©veloppement industriel).

Mais si l’inĂ©galitĂ© est liĂ©e Ă  l’informatisation via l’intensification gĂ©ographiquement distribuĂ©e, elle est, surtout, la consĂ©quence du contrĂŽle idĂ©ologique, contrĂŽle intensifiĂ© par la culture numĂ©rique (le contrĂŽle de la pensĂ©e et des affects, la rĂ©duction psychotisante).

La constitution d’une classe consumĂ©riste fixĂ©e aux Ă©crans et qui se pense « diffĂ©rente Â» (supĂ©rieure technologiquement) mais « craint le monde Â» (la psychose du consommateur, le narcissisme de la culture digitale – pouvoir commander en ligne un timbre Ă  son effigie, quel progrĂšs !) est un nƓud (de vipĂšres) qui tire l’inĂ©galitĂ©.

Il faut absolument lier l’analyse de l’inĂ©galitĂ© (nĂ©o-coloniale) Ă  la mĂ©diatisation ou Ă  la constitution d’une « tĂ©lĂ©-vision Â» commandĂ©e.

MĂ©diatisation, les mĂ©dias font Ă©cran, et tĂ©lĂ©-vision (de propagande) conformiste (les journalistes apeurĂ©s) gĂ©nĂšrent une INDIFFÉRENCE radicale, le mĂ©pris de l’autre, le racisme, la misogynie, etc.

Nous allons dĂ©velopper sur une exemple, « les terrassĂ©s Â» (voir Ă  la fin), ce que signifie indiffĂ©rence consumĂ©riste, indiffĂ©rence produite, constituĂ©e, par l’exposition aux Ă©crans – la mĂ©diatisation implique la sĂ©paration par rapport au monde : le fĂ©tichisme digitalisĂ©.

La culture digitale consumériste correspond au déploiement du capitalisme informatisé et à la quantification généralisée que la comptabilité exige.

Et nous savons que cette mesure comptable se place dans le cadre d’une axiomatique de l’inĂ©galitĂ© et de l’ordre : l’inĂ©galitĂ© est posĂ©e comme axiome, ce qui permet la mesure.

L’inĂ©galitĂ© peut ĂȘtre raciale (la colonisation externe) ou de statut (la colonisation interne) ou de genre (le rĂŽle Ă©ternel de la femme, soumise et machine biochimique de la reproduction).

Abstractions, mesures, Ă©valuations, codifications et codes, machines Ă  calculer, les computers qui « voient Â», rĂ©seaux informatiques (ou tĂ©lĂ©phoniques dĂ©ployĂ©s), ne sont pas des constructions techniques neutres « pour le bonheur des consommateurs Â», ce sont des formations politiques plantĂ©es sur le terreau de l’inĂ©galitĂ© et renforçant sans cesse cette inĂ©galitĂ©.

Ne pensons qu’au « porno dĂ©mocratisĂ© Â», un beau produit digital, et Ă  la violence faite aux femmes.

La culture digitale est construite sur la base matĂ©rielle de la domination d’un capitalisme ancien, colonial ou impĂ©rialiste (le lien de l’informatique Ă  la guerre est tellement Ă©vident que nous ne l’avons mĂȘme pas mentionnĂ© – il faudrait un livre entier pour analyser l’aspect militaire de l’informatique, cet aspect « impulsif Â»).

L’informatique est un produit impĂ©rialiste ; mĂȘme, et surtout, lorsqu’il est captĂ© par la Chine.

La violence « archĂ©ologique Â» de la mesure (valeur) est inscrite dans l’architecture « logique Â» des machines Ă  calcul  ; cette violence est projetĂ©e, mĂ©diatiquement (« mĂ©diologiquement Â») dans les corps, diffĂ©renciĂ©s ou racialisĂ©s, et modĂšle les esprits pour la dĂ©fense de l’inĂ©galitĂ©.

ANNEXE : LES TERRASSÉS

L’informatique, la culture digitale et du calcul (de la vision), est un produit de l’économie ; c’est un sous-produit de l’économicisation ou de la rĂ©duction comptable.

Cette culture est donc liĂ©e au consumĂ©risme de toutes les maniĂšres possibles, depuis les ruĂ©es sur les nouveaux gadgets, smartphones, jeux, computers quantiques, etc., jusqu’à l’attente religieuse des « messages Â», de la publicitĂ©, des concours avec prix monĂ©taires, de la propagande Ă©tatique (les messages royaux), etc.

La culture digitale se manifeste comme le produit d’un appareil de commandement, appareil qui dĂ©livre des ordres et qui exige obĂ©issance.

Illustrons cela sur un exemple « terrassant Â».

Nous savons que les crises Ă©pidĂ©miques et les crises liĂ©es « au terrorisme Â», sans parler des crises Ă©conomiques, sont toutes gĂ©rĂ©es de la mĂȘme maniĂšre (relire RĂȘve Ă©pidĂ©mique, LM 250 du 21 juillet 2020, et l’idĂ©e de « prĂ©texte imparable Â» qui complĂšte la vieille idĂ©e de « mensonge dĂ©concertant Â»).

La finalitĂ© de la gestion est toujours la mĂȘme : qu’il ne se passe rien, que la crise ne puisse dĂ©gĂ©nĂ©rer en rĂ©volte ou en insurrection.

Tout l’appareil culturel est alors mobilisĂ©.

Et la digitalisation augmente la résonance des ordres.

Quel est l’ordre ?

DĂ©fendre l’économie.

Avec le slogan, Ă  la Bush junior : consommez, consommez, tout le reste vous sera rendu.

Tout le monde se souvient de l’appel Ă  consommer, Ă  continuer de consommer, Ă  recommencer Ă  consommer (videz vos bas de laine !), appel autoritaire lancĂ© aprĂšs les attentats du 11 septembre 2001 ; appel Ă  la mobilisation consumĂ©riste, pour montrer que rien ne peut « nous Â» (les consommateurs disciplinĂ©s) atteindre.

Bush junior : la meilleure maniĂšre de prouver notre rĂ©sistance (notre rĂ©silience), la meilleure maniĂšre de dĂ©fendre « notre mode de vie Â» est de continuer Ă  consommer, toujours plus – reprenez l’avion !

Comme chacun le sait, la France suit le schĂ©ma amĂ©ricain avec retard (ici 20 annĂ©es !).

Macron endosse donc le costume de Bush (et finalement Bush fut rĂ©Ă©lu !).

Et le gouvernement post-viral de clamer (sur toutes les frĂ©quences) : montrons que nous savons vivre avec le virus, sans crainte ni peur ; dĂ©fendons « l’art de vivre Ă  la française Â», recommençons Ă  nous entasser sur « les terrasses Â» des bars ou restaurants (n’oublions pas que la France est « physiocrate Â», adepte des produits buvables ou consommables).

Qu’est-ce qui est essentiel dans l’ordre lancĂ© ? La dĂ©fense de l’économie, la dĂ©fense du mode de vie consumĂ©riste ; continuer comme avant, comme si de rien n’était, business as usual, comme aprĂšs chaque crise.

Cette dĂ©fense, sous forme d’un ordre de mobilisation, de « l’art de vivre Ă  la française Â», peut s’analyser Ă  deux niveaux :

1 – L’obĂ©issance Ă  cet ordre montre le pouvoir de la propagande consumĂ©riste et la soumission trĂšs gĂ©nĂ©rale aux impĂ©ratifs Ă©conomiques (dans notre texte sur le RĂȘve Ă©pidĂ©mique, LM 250, nous avions dĂ©jĂ  tentĂ© d’expliquer que « le confinement Â» n’était nullement « anti-Ă©conomique Â», comme certains pouvaient le croire ou l’espĂ©rer, mais, au contraire, Ă©tait une mĂ©thode, peut-ĂȘtre un peu dĂ©sespĂ©rĂ©e, de « sauver l’économie Â» – l’économie est toujours la prioritĂ© des prioritĂ©s).

Soutenir l’emploi dans la restauration (la marotte nĂ©olibĂ©rale style Cahuc), soutenir les profits (ça a plus de gueule), dĂ©fendre le « style de vie Â» de la petite bourgeoisie collaboratrice qui, toujours, lorgne du cĂŽtĂ© de la grande bourgeoisie – les grands chefs et les Ă©toiles.

DĂ©fendre « la restauration Â» au sens le plus politique (retour Ă  l’identique aprĂšs la grande dĂ©pression virale).

Rien de mieux que cette « prĂ©cipitation Â» (terme de la chimie) – pour s’agglutiner et retrouver le sens grĂ©gaire – rien de mieux que cette « concentration Â» (autre terme chimique) prĂ©sentĂ©e comme « conviviale Â» (mais au sens du conformisme : con-viviale, le vivre ensemble selon les normes religieuses) pour montrer la force du pouvoir et de sa propagande.

Il n’a jamais Ă©tĂ© vraiment question de profiter du « confinement Â» pour « changer de style Â» ; rien qu’attendre « la restauration Â».

Il n’est certainement pas question de lancer un mot d’ordre de boycott des bars et des restaurants, de s’opposer Ă  « la restauration Â». Revenir au mĂȘme « style Â» petit bourgeois.

Toujours une crise sera dĂ©passĂ©e, voire rĂ©cupĂ©rĂ©e ; contrairement Ă  ce que pouvaient imaginer croire les archĂ©o-marxistes (qui attendaient la rĂ©volution APRÈS la crise).

Toujours une crise autorise (le prĂ©texte imparable) l’accentuation des mesures autoritaires ; qui semblent s’évanouir (fictivement) dĂšs que l’on peut s’entasser sur une terrasse ; dĂšs que « la libertĂ© Â» est de nouveau octroyĂ©e par le pouvoir autoritaire, qui a amplifiĂ© son despotisme.

2 – L’obĂ©issance Ă  l’ordre de mobilisation Ă©conomique exprime au mieux l’INDIFFÉRENCE ou plutĂŽt le mĂ©pris (de caste et dĂ©rivĂ© du mĂ©pris qu’exprime chaque acte de gouvernement).

Alors que nous devrions tous savoir ce qui est « la cause Â» de l’épidĂ©mie, c’est-Ă -dire le dĂ©sastre Ă©cologique (Ă©tudier HĂ©lĂšne Tordjman, 1re rĂ©fĂ©rence note 7 ET, ici, surtout Marie-Monique Robin, La fabrique des pandĂ©mies, fĂ©vrier 2021 – est-ce que le livre de Marie-Monique Robin est levĂ©, placardĂ© et exposĂ© sur « les terrasses Â» ?), le comportement consumĂ©riste grĂ©gaire retrouvĂ©, commandĂ©, tĂ©lĂ©-commandĂ©, renforce l’expression d’une INDIFFÉRENCE absolue.

Rien Ă  foutre, il faut continuer.

Je sais bien ce qui est « en cause Â», mais je n’en tiens pas compte ; seul compte « la restauration Â» du style de vie consumĂ©riste, qui est la seule « libertĂ© Â» octroyĂ©e.

IndiffĂ©rence cynique : les entassĂ©s des terrasses sont des cyniques violents (dont la violence est l’expression de la violence mĂ©diologique).

Pas question de traiter des « causes Â», ce serait trop lourd Ă  porter, maintenant que les « symptĂŽmes Â» semblent corrigĂ©s (jusqu’à la prochaine fois supposĂ©e improbable).

L’emprise Ă©conomique consumĂ©riste est bien plus forte que la menace virale (menace que la propagande gouvernementale manipule).

Il n’est mĂȘme plus question de « tirer des leçons Â», juste de « restaurer Â».

Comme pour toute crise (du systĂšme Ă©conomique – la crise virale Ă©tant bien une crise du systĂšme Ă©conomique) il faut faire comme s’il ne s’agissait que d’un Ă©pisode dĂ©sagrĂ©able, d’un Ă©pisode qui sera, comme toujours, « ingĂ©rĂ© Â».

Au lieu de penser « la reprise Â» ou le dĂ©confinement en termes politiques de rupture ou de changement, il n’est question que de revenir « au bon vieux temps Â».

VoilĂ  le sens profond du « terrassement Â» (et des « terrassĂ©s Â») : « la restauration Â».

La critique radicale du consumĂ©risme (et de sa forme la plus abjecte, le tourisme) doit ĂȘtre mise Ă  la base de toute Ă©cologie radicale.

Et cette critique doit savoir qu’elle se heurtera Ă  « la puissance de feu Â» de l’appareil de la propagande ; jusqu’à l’intervention policiĂšre

Le style de vie des terrassĂ©s, celui de la dĂ©nĂ©gation (ou de l’oubli malintentionnĂ©), n’est-il pas le signe de la (fameuse) dĂ©cadence, le signe du dernier homme (la classe moyenne) ?

DĂ©chĂ©ance, dĂ©gradation, dĂ©composition, dĂ©liquescence, vive la richesse qui terrasse !

Jonathan Beller, The Message is Murder, Substrates of Computational Capital, Pluto Press, 2018.

[1Nous retiendrons ce terme de « culture digitale Â» pour englober la numĂ©ricisation, depuis la comptabilitĂ© jusqu’aux films numĂ©riques, l’informatique, et ses machines Ă  calculer, tous les nouveaux mĂ©dias avec les rĂ©seaux sociaux, le cinĂ©ma avec sa distribution « en ligne Â», tout ce qui tourne autour de la calculabilitĂ© ou des fameux algorithmes. Le pouvoir des algorithmes qui n’est que l’expression actuelle du pouvoir capitaliste, par la comptabilitĂ©, la statistique, les calculs prĂ©visionnels et donc « la finance Â».

[2Nous retrouvons lĂ  un terme essentiel du dĂ©passement de la critique ordinaire de l’économie. Qui renvoie Ă  l’analyse critique de « la souverainetĂ© Â» (Agamben).

Résumons les choses, qui sont cependant préliminaires.

Habituellement le capitalisme est envisagĂ© comme un systĂšme Ă©conomique. L’économie englobe donc le capitalisme, capitalisme qui est alors pensĂ© comme le cas particulier de l’économie capitaliste. Il existerait donc d’autres systĂšmes Ă©conomiques, comme le fameux systĂšme socialiste, ou comme l’économie sociale, etc.

Plus d’un siĂšcle de dĂ©bats enflammĂ©s (et au lance flamme) permettent de dire : la seule Ă©conomie qui « existe Â» (en rĂ©alitĂ©) est l’économie capitaliste. Le dĂ©bat sur « le socialisme Â» ou « l’économie socialiste Â» (dans les ex-pays de l’Est en en ex-URSS) est achevĂ© : il n’y a jamais eu de supposĂ©e Ă©conomie socialiste (ou de capitalisme monopoliste d’État, etc.), il n’y a jamais eu que du capitalisme – il fallait distinguer les phases du « dĂ©veloppement Â».

Et, surtout, penser le capitalisme non pas comme un systĂšme Ă©conomique (avec la libertĂ© d’entreprise opposĂ©e Ă  la planification) mais comme un rĂ©gime politique (le despotisme Ă©conomique, activĂ© par le nĂ©olibĂ©ralisme : libertĂ© encadrĂ©e ou planifiĂ©e des entreprises, l’imposition de « la concurrence Â», compĂ©tition qui peut se calculer).

Angleterre victorienne, États-Unis de la reconstruction – American Reconstruction Era – URSS stalinienne (avec « la planification Â»), Chine « communiste Â» appartiennent au mĂȘme ensemble « Ă©conomique Â», qu’il faut toujours penser en termes politiques de despotisme Ă©conomique. Ensemble du despotisme auquel appartiennent le nĂ©olibĂ©ralisme, l’ordolibĂ©ralisme, etc.

Pour synthĂ©tiser : il n’existe pas d’économie non capitaliste ; et, prĂ©cisĂ©ment, Ă©conomie <=> capitalisme. Parler du capitalisme c’est parler de l’économie (ou de sa logique) ; et vice versa.

Sans renvoyer Ă  la somme de Edward Hallett Carr ou aux Ă©tudes de Charles Bettelheim (dont nous avons Ă©tĂ© l’élĂšve) indiquons seulement un ouvrage rĂ©cent et rĂ©jouissant :

Steve Paxton, Unlearning Marx, Why the Soviet Failure was a Triumph for Marx, 2021.

Pour lire correctement l’ouvrage de Jonathan Beller, que nous recensons, il faut insister au prĂ©alable sur un point :

le capitalisme, toujours pensĂ© politiquement, n’est qu’un cas particulier des formations de domination, c’est une forme de despotisme (relire Agamben de ce point de vue : la question de la souverainetĂ© est prĂ©alable).

La soi-disant possibilitĂ© de « dĂ©velopper Â» une Ă©conomie non capitaliste (socialisme ou alternative sociale, etc.) qui, bien sĂ»r, peut se revendiquer du Marx du Manifeste Communiste, n’est que le rĂȘve de paysans arrivĂ©s et figĂ©s dans la peur de « la pauvretĂ© Â» (pensons Ă  l’Italie des annĂ©es 1950 et au nĂ©o-rĂ©alisme) ou dans l’angoisse de « la rĂ©gression Â».

Il semble impossible aux descendants des paysans (nous le sommes presque tous) de ne pas aspirer Ă  « l’enrichissement Â» ; il semble, donc, impossible de « sortir de l’économie Â». Ce pourquoi « la classe moyenne Â», hĂ©ritiĂšre des fantasmes et des peurs des paysans misĂ©rables, est le plus solide dĂ©fenseur de l’économie (du) capitalisme. C’est une question « psychologique Â».

[3Nous serions, là, renvoyés au grand débat sur le néolibéralisme autoritaire.

DĂ©bat rĂ©sumĂ©, en partie, dans l’ouvrage de Dardot, GuĂ©guen, Laval, SauvĂȘtre, Le Choix de la Guerre Civile, avril 2021 ;

Thomas Biebricher, The Political Theory of Neoliberalism, 2018 ;

Werner Bonefeld, The Strong State and the Free Economy, 2017 ;

Wendy Brown, Undoing the Demos, Neoliberalism’s Stealth Revolution, 2015.

Mais la bibliographie sur « la nature Â», la permanence, depuis les Physiocrates, autoritaire (et nullement « libĂ©rale Â») du nĂ©olibĂ©ralisme serait immense.

Ici aussi, il ne s’agit pas de « tournant autoritaire Â» ou de « retour fasciste Â», mais bien d’une permanence, d’un autoritarisme plus ou moins aggravĂ© (voire fasciste) suivant les moments (rĂ©volutionnaires, par exemple – point besoin d’ĂȘtre autoritaire si tout le monde obĂ©it).

Voir nos thĂšses sur le despotisme Ă©conomique : Qu’est-ce que le despotisme Ă©conomique ? LM 203 et suite, 4 Ă©pisodes.

[4Il y a eu, en Ă©conomique, un trĂšs long conflit, sĂ©culaire, et souvent violent, sur « la nature du profit Â».

DĂ©clarons, pour rĂ©sumer presque 2 siĂšcles d’invectives : « le profit, c’est le vol Â».

L’impĂŽt Ă©tant le prototype du profit d’extorsion (profit upon alienation, de James Denham Steuart).

Et le fait que ce profit (le surplus ou le surproduit) soit, ou pas, « gĂ©rĂ© dĂ©mocratiquement Â» ne change rien Ă  « sa nature Â» de prĂ©dation (ce qu’explicite parfaitement le dĂ©sastre Ă©cologique qu’implique la croissance, populaire – toujours l’envers obscĂšne).

Le rappel de ce point (contestĂ©) de « thĂ©orie Ă©conomique Â» Ă©tant fait pour indiquer que l’hypothĂšse du despotisme, avec l’extorsion, la prĂ©dation, le pouvoir Ă©conomique de voler (l’impĂŽt), etc., se dĂ©ploie parfaitement en termes d’analyse critique de la culture digitale.

Il peut ĂȘtre rĂ©jouissant de relire le vieil ouvrage de Jean Ullmo, polytechnicien, thĂ©oricien de la physique quantique, Ă©lĂšve de Paul Langevin, Le Profit, 1969.

Cet ouvrage appartient Ă  « l’époque bĂ©nie Â» de la croyance en la nĂ©cessitĂ© de la croissance (et donc du profit) pour produire les bases d’un « communisme luxueux Â» (et non pas « dĂ©croissant Â» !).

Pour une version rĂ©cente, adaptĂ©e Ă  « la crise Ă©cologique Â», voir :

Aaron Bastani, Fully Automated Luxury Communism, Verso, 2019.

Le rĂȘve Ă  la RenĂ© Char, À nous la libertĂ©, 1931, le machinisme comme force de la rĂ©volution, le travail remplacĂ© par l’automation, semble sortir d’un autre monde.

Voir 1895, Revue de l’association française de recherche sur l’histoire du cinĂ©ma, vol. 72, 2014, pp. 109-127, Le machinisme et la rĂ©volution dans À nous la libertĂ© ! de RenĂ© Char, vus par trois pĂ©riodiques de gauche ; et, en particulier, la critique de RenĂ© Crevel et Paul Éluard, dans la revue Le SurrĂ©alisme au service de la rĂ©volution, SurrĂ©alisme ASDLR, n° 4, dĂ©cembre 1931.

Pour une version plus rĂ©cente du dĂ©bat sur le profit voir :

Costas Lapavitsas, Profiting without Producing, 2013.

[5Insistons sur l’importance cruciale de la financiarisation, qui est le cƓur du capitalisme depuis toujours.

Il est essentiel de lier l’informatisation, la numĂ©ricisation, et la financiarisation ; cette financiarisation n’étant que l’expression dĂ©ployĂ©e de l’organisation comptable monĂ©taire.

Comme introduction Ă  ce thĂšme, lire :

Robert Shiller, The New Financial Order, 2004 ;

Finance and the Good Society, 2013 ;

Narratives Economics, How Stories Go Viral & Drive Major Economic Events, 2019 ;

George Akerlof, Phishing the Phools, Economics of Manipulation and Deception, 2016.

Sur la question du sujet capturĂ© par l’économie et l’informatique :

Maurizio Lazzarato, La fabrique de l’homme endettĂ©, 2011 ;

Gouverner par la dette, 2014 ;

Martijn Konings, Capital and Time, 2018.

[6Encore une fois c’est l’illusion de « la neutralitĂ© technique Â» qui paralyse la pensĂ©e critique.

Ainsi la digitalisation n’est souvent pensĂ©e que comme « un simple moyen technique Â», qui ne change pas « le fond Â» ; la digitalisation du cinĂ©ma, par exemple, n’est donc pas envisagĂ©e comme « ouverture Â» ou rĂ©vĂ©lation sur « la nature du cinĂ©ma Â», le mensonge technicisĂ©, et ne peut renvoyer Ă  une pensĂ©e du mensonge (ou de la propagande) comme socle du despotisme ; le lien du cinĂ©ma Ă  l’emprise autoritaire est souvent refusĂ© (il y aurait un cinĂ©ma contestataire, qui dĂ©voilerait de lui-mĂȘme son « in-formation Â» – toute la question de « l’écriture Â» chez Derrida, voir note 9 plus bas).

ComplĂ©tant l’illusion de neutralitĂ©, se place le mythe de « la bonne technique Â» ou du bon usage des techniques.

Le problĂšme ne serait pas la technique (neutre) mais son usage.

La question de la technique se rĂ©sumerait, alors, Ă  la question de « l’usage Â».

C’est cette question que l’archĂ©ologie de Jonathan Beller dĂ©construit.

Un « bon usage Â» de l’informatique exigerait de reconstruire « une histoire Â» oĂč la comptabilitĂ© n’existerait pas, une histoire « sans logique Ă©conomique Â» (« sortir de l’économie Â»), ce qui reviendrait Ă  « effacer Â» l’informatique elle-mĂȘme, au lieu de « la corriger Â» (comme dans les films de SF oĂč « le retour vers le passĂ© Â», dans une machine Ă  remonter le temps, a pour objectif « d’effacer Â» ou de « modifier Â» un acte prĂ©sent – en choisissant une nouvelle bonne direction, en « remontant le temps Â», en le reconstruisant, choix informĂ© par le rĂ©sultat actuel – bref, l’impossibilitĂ© radicale !).

Le « bon usage Â» de l’informatique est une impossibilitĂ© radicale !

ImpossibilitĂ© qui demande Ă  ĂȘtre pensĂ©e : la pensĂ©e de la technique doit commencer par un rejet du mythe de « la neutralitĂ© technique Â», la technique (depuis l’écriture puis la comptabilitĂ©) est toujours liĂ©e au pouvoir et Ă  la domination.

Pour une analyse complĂšte, voir PUNK Anarchism, LM 277 et suite, feuilleton publiĂ© Ă  partir du 1er mars 2021.

[7HĂ©lĂšne Tordjman, La croissance verte contre nature, Critique de l’écologie marchande, mars 2021.

Et pour une version Ă©conomiste, en termes d’économie alternative ou de « shadow prices Â», pour parler le langage de la planification :

Jean Gadrey et Aurore Lalucq, Faut-il donner un prix Ă  la nature ? Ă©dition de 2014.

[8David Sanger, The Perfect Weapon, 2018 ;

Cathy O’Neil, Weapons of Math Destruction, 2016.

[9Pour une pensĂ©e complĂšte des diffĂ©rences nous devrions renvoyer Ă  Derrida et Ă  toute sa succession dĂ©constructrice, en termes de politique antagoniste, ou de fĂ©minisme de lutte ou d’anti-racisme combattant.

Notons que le livre de Jonathan Beller se dĂ©ploie sur une telle basse, du combat fĂ©ministe, anti-raciste, contre l’inĂ©galitĂ© (que propage l’informatique).

L’analyse critique dĂ©constructive de l’écriture par Derrida pourrait s’appliquer au numĂ©rique de la mesure.

Mais il faudrait d’abord critiquer, traverser le travail derridien de Bernard Stiegler.

Il faudrait ajouter que le numĂ©rique est une formalisation secondaire et donc une rĂ©duction supplĂ©mentaire, un tour de vis supplĂ©mentaire dans « le progrĂšs du despotisme Â» (voir notre introduction Ă  PUNK Anarchism, LM 277 et suite, la rĂ©fĂ©rence Ă  Baudrillard).

Peut-on comparer l’écriture d’un algorithme ou d’un processus de calcul, ou d’un programme (et programmer c’est plus qu’engrammer) Ă  « l’écriture Â» d’un poĂšme ?

Se poserait Ă©galement la question des relations de la programmation, de l’écriture informatique, avec ses « langages Â» codĂ©s, Ă  la mathĂ©matique ; thĂšme que nous avons traitĂ©, du point de vue du rejet des « mathĂ©matiques opĂ©ratoires Â» ou « discrĂštes Â» par la mathĂ©matique conceptuelle.

Relire, de ce point de vue, MathĂ©matique et Apocalypse, La RĂ©volution Grothendieck, LM 272, 26 janvier 2021.

Alexandre Grothendieck, le plus rigoureux pourfendeur de l’informatique : confondre mathĂ©matique et calcul, l’horreur absolue !

[10Plusieurs fois nous avons parlĂ© des pĂ©ages automatisĂ©s. Il faudrait prendre cet exemple comme l’expression mĂ©tonymique de la culture digitale.

Culture digitale doit se dire pĂ©age automatique (et ce que cela implique de « technologie Â»).

[11En une proposition, « le fĂ©tichisme Â» (au sens marxiste) est l’affirmation que le RĂ©el est impensable (n’existe pas) ; ou, inversement, que la rĂ©alitĂ© posĂ©e « objective Â» (« objectale Â») est « toute Â» (position du rĂ©alisme ou du positivisme).

Pour ce rĂ©alisme, l’idĂ©e de rĂ©alitĂ© comme « simulacre Â» ou « semblant Â» (sang blanc) est une absurditĂ©.

Le fĂ©tichisme consiste en l’écrasement du RĂ©el en rĂ©alitĂ© ; et consiste dans le refus de la pensĂ©e « dualiste Â» des « deux domaines Â», RĂ©el & rĂ©alitĂ©, avec la proposition que la rĂ©alitĂ© n’est pas RĂ©elle (la thĂšse de la rĂ©alitĂ© comme simulacre ou abstraction rĂ©alisĂ©e).

[12Notons que comme la discipline & le contrĂŽle, la forme travailleur soldat & la forme touriste consommateur ni ne s’opposent ni ne se substituent l’une Ă  l’autre, mais plutĂŽt se complĂštent et s’articulent. La distribution territoriale (discipline & travail dans « l’au-delĂ  pĂ©riphĂ©rique Â» de la petite bourgeoisie, contrĂŽle & tourisme comme propriĂ©tĂ©s « centrales Â» de cette petite bourgeoisie achetĂ©e) occulte la complĂ©mentaritĂ©.




Source: Lundi.am