Janvier 24, 2022
Par Dijoncter
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Pour son prochain séminaire, le 27 janvier, l’atelier d’écologie politique « Penser les transitions » accueille Rémi Eliçabe, Amandine Guilbert et Samuel Lehoux autour du thème de la transition dans le monde urbain.

Le 27 janvier 2022

Avec Rémi Eliçabe, Amandine Guilbert et Samuel Lehoux

de 14h à 17h, salle Chevrier (3e étage, bâtiment Droit-Lettres, côté Droit), université de Bourgogne

La ville en quartiers : des brèches dans la métropole

Nous observons depuis quelque temps, la montée en puissance d’une forme de rejet de la ville, lié à des revendications fortes de dénonciation du bétonnage et de maintien ou de reprises de terres nourricières, lequel rejet pourrait presque, dans sa traduction la plus “radicale”, s’apparenter à un appel à sécession au profit de la ruralité [1]. Ce mouvement, qui s’est emballé avec la crise sanitaire du COVID, n’est pas nécessairement un fait nouveau qui prendrait racine au 21e siècle puisque d’autres époques ont connu cette tentation de rupture.

Ainsi celui que nous voyons se dessiner aujourd’hui ne diffère pas sensiblement d’un point de vue sociologique de celui que l’on a connu dans les années 70. Les individus qui proclament aujourd’hui ouvertement leur désir de ruralité sont majoritairement de jeunes adultes au capital socio-culturel élevé mais dans le même temps, des populations plus âgées semblent aussi tentées d’emprunter cette voie. S’ils se rejoignent donc sur la destination finale, ils se distinguent en revanche quant aux motivations, avec notamment une construction idéologique plus prégnante chez les jeunes générations, qui considèrent la ville comme un lieu obsolète voir impropre (au sens propre comme figuré…) au développement d’une société écologique. La campagne, le monde rural, quelle que soit sa dénomination, serait alors et toujours un territoire rêvé, voire mythifié, de refuge, d’expérimentations, et synonyme de qualité de vie et de « robustesse » face aux crises à venir, climatique, environnementale et sociale.

Ce qui interroge dans le rejet actuel du monde urbain, proche d’une forme d’exode urbain (d’ailleurs accentué par la crise sanitaire), ce n’est pas tant la volonté de rupture avec la ville, et plus précisément avec les métropoles – car les motivations peuvent être objectivées aisément autour de questions écologiques notamment –, mais ce que cela induit en termes de projection par rapport à celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent s’insérer dans ce mouvement. Quel regard est porté vers des populations qui n’ont précisément pas d’autres alternatives que de vivre en ville et notamment dans les métropoles, soit en leur sein soit dans péri-urbanité proche ?

Le recentrage politique et militant sur le monde rural – on pense au mouvement des « Soulèvements de la Terre » – peut-il impliquer ou sous-entendre qu’il y a au fond, sinon un désintérêt, du moins un détournement de l’attention pour les luttes sociales et environnementales urbaines au profit d’un recentrage sur la ruralité ? Ne peut-on pas craindre, dans le discours actuel, qu’une fois encore les populations vivant dans les quartiers populaires de nos métropoles et villes, ne se retrouvent isolées et surtout ne plus être associées (encore faudrait-il qu’elles l’aient été…) à ce qui doit être le projet politique global, trans-territoral de la nécessaire transformation écologique de nos sociétés ? Est-il possible d’envisager cette transformation écologique sans que les quartiers qui regroupe près de cinq millions de personnes (chiffre INSEE 2016) ne soit invités à y participer, sans donc que l’on prenne le temps de construire avec ces territoires et leurs habitants des passerelles et une culture de lutte commune ?

Les intervenant.e.s

Rémi Eliçabe et Amandine Guilbert sont chercheur et chercheuse indépendant.es du Groupe de Recherche Action (GRAC), un collectif d’enquêtes autonome travaillant depuis 2006 dans le domaine de la sociologie urbaine). Iels ont publié, avec Yannis Lemery, Quartiers vivants, Liège, Éditions D’une Certaine Gaîté, 2020, et Habiter en transition. Trois modalités d’expérimentation démocratique en milieu urbain, Vaulx en Velin, Grac, mars 2001.

Samuel Lehoux est coordonnateur et animateur de l’association L’Autre Champs, association à vocation socio culturelle intervenant autour de l’écologie urbaine et de l’agriculture urbaine à Villetaneuse en Seine-Saint-Denis.

L’atelier “Penser les transitions”

Initiative du Laboratoire Interdisciplinaire de recherche « Sociétés, sensibilités, soin (LIR3S, université de Bourgogne), l’Atelier d’écologie politique »Penser les transitions” regroupe des personnes de divers horizons scientifiques, académiques et non académiques, qui veulent réfléchir à une mise en critique du concept de transition et son usage pour l’invention d’autres mondes. Voir son site : https://transire.hypotheses.org/




Source: Dijoncter.info