Il y a un impensé dans les mouvements écologistes, qui est celui du racisme, qui laisse penser que nous serions tous dans le même bateau face au désastre écologique. Les thématiques abordées par les organisations écologistes ne nous permettent pas de nous reconnaître en tant que personnes racisées. Pourquoi montrer de la solidarité avec la police, « doucement on fait ça pour vos enfants », alors que la police tue nos frères et sœurs ? Pourquoi parler des migrants climatiques de demain, alors qu’aujourd’hui des migrants dorment déjà dans les rues ? Pourquoi professer la catastrophe écologique pour 2020, alors que celle-ci, sous le nom de racisme environnemental, a toujours été présente dans les quartiers populaires, d’immigrations et les colonies ? Pourquoi continuons-nous à célébrer Jacques Ellul, raciste avéré, dans les médias écologistes ? Ce décalage entre nos réalités et celles de nos frères et sœurs blanch.es se nomme fracture coloniale [1]. Plusieurs personnes concernées, dont Modibo Kadalie [2], Daiara Tukano, Fatima Ouassak [3], Seumboy [4] ou Malcom Ferdinand [5], s’essayent à proposer d’autres écologies qui prennent en compte nos réalités et nos aspirations en tant que personnes racisées qui luttent pour s’émanciper, c’est-à-dire des écologies décoloniales. Les milieux militants écologistes ne sont pas exempte d’un racisme, latent, dont l’imaginaire écologiste est le vecteur le plus virulent. 

Les réserves naturelles sont perçues par la plupart des occidentaux et occidentales, dont les militants et militantes écologistes, comme des espaces à haute teneur en vie et à l’identité marquée. Ainsi, dans un monde global délitant tout ce qui vit, les parcs ou réserves naturelles seraient un éden : une utopie pour toutes personnes sensibles au “vivant”. En réalité, ces dernières sont très éloignées de cette image d’Épinal : les parcs ou réserves naturelles portent en elles une histoire lourde, faite de déplacements de populations et d’exactions répétées à leur égard. Loin d’être le fruit de la malchance, cette histoire est l’héritage d’une politique qui, dès le départ, exclut des populations par l’accusation mensongère, d’être la cause de l’épuisement des ressources. Les politiques de préservations ont systématiquement considéré les populations locales comme responsables de la destruction de « l’œuvre divine » qu’est la nature. C’est ainsi qu’au Maghreb, pour justifier la colonisation, l’administration française désigna les populations du Sahara comme responsables de la désertification [6]. Pour faire accepter leur gestion du monde, passant par la création de réserves, l’aménagement du territoire et, par la suite, les projets de développement durable, il a fallu, pour ces politiques, réduire les populations locales au “sauvage” afin de décrédibiliser leurs modes de vie et, en premier lieu, leurs rapports multiples aux territoires. Elles furent réduites à l’esclavage, exhibées dans des parcs et des zoos humains comme les reliques d’une époque pré-coloniale mythique où la civilisation n’avait pas pied. Cet argument justifia l’ « œuvre coloniale », supposée être la seule apte à décider du mode de gestion qui ferait un usage “raisonné” des ressources pour le bien de tous et toutes, et toujours mieux que les populations autochtones. Le racisme est une catégorisation des individus en groupe appelé race suivant des caractères subjectifs, et qui induit une hiérarchie à l’échelle globale dans laquelle la race blanche domine les autres. Reconnaître l’histoire des réserves naturelles est nécessaire et demande de l’humilité, afin de pouvoir comprendre comment ces mécanismes racistes et coloniaux persistent aujourd’hui au sein des institutions écologistes et de nos imaginaires militants.

Si les races n’ont aucune réalité biologique, elles continuent d’organiser la perception de la réalité chez les agents sociaux et la société en la faveur d’un monde blanc. Frères et sœurs blanch-e-s, s’approcher de cette histoire, c’est faire face à soi-même : rendre compte d’une écologie politique blanche, qui ne fut jamais tendre avec celles et ceux qui ne rentraient pas dans les normes racistes. Pour être plus juste, c’est lever le voile sur des privilèges. Cette histoire, c’est celle des colonies comme lieux d’émergences des réserves naturelles, celle de la production d’une « nature sauvage » et de l’assignation des populations à la sauvagerie ainsi que le poids de ces stigmates qui nous torturent toujours. Retracer cette histoire, c’est faire un travail de deuil. C’est surtout dévoiler les mécanismes responsables des maigres résultats des 30 dernières années au sein des grandes mouvances écologistes françaises, et renouer avec les luttes qui ont fait émerger d’autres mondes. C’est surtout reconnaître l’action profondément écologique des luttes d’émancipations, avant-garde malgré elles d’une écologie sociale et populaire. Aujourd’hui, c’est à nous de les célébrer, non pas dans un recueillement religieux et culpabilisant, mais dans nos formes de lutte pour l’avènement de mondes plus justes. Pour cela, il s’agit d’abattre le monde capitaliste et colonialiste, sa nature et ses parcs naturels, car nous ne nous contenterons pas d’espaces émiettés condamnés à disparaître. C’est lors de l’expansion de ce monde que les parcs naturels ont émergé, c’est par son expansion culturelle qu’il se maintient et c’est dans l’expansion d’autres mondes qu’il disparaîtra.

1. L’expansion d’un monde : la nature comme moteur de la colonisation.

L’idée de civilisation européenne et celle de l’écologie sont étroitement liées, car ce concept et cette science naissent dans les colonies [7]. Il s’agit pour les entreprises et politiques coloniales de légitimer un système esclavagiste et conquérant, au travers d’une supériorité civilisationnelle présupposée, et, d’autre part, comprendre ces environnements et la répartition des espèces au niveau global pour les exploiter au mieux. L’exploitation y est tellement intense que c’est dans les colonies que les premières politiques de préservation sont mises en œuvre pour enrayer la déforestation. C’est aussi dans ce contexte que le biologiste Ernst Haeckel fonde l’écologie scientifique et avance que les espèces sont toutes en lutte pour l’espace et les ressources. Cependant, l’écologie d’Haeckel décrit bien plus la société coloniale et esclavagiste, basée sur la violence et la domination, qu’elle n’expose véritablement toutes les relations et interactions, notamment l’entraide, entre les espèces (voir la position d’Elisée Reclus [8]). Haeckel essentialise, il naturalise les projets politiques de colonisation. Le paradoxe réside dans le fait que des projets perçus comme naturels soient exposés comme la panacée de la culture et porteurs d’une mission civilisatrice, alors que les institutions coloniales ne cesseront de produire du sauvage et des sauvages afin de légitimer leurs conquêtes pour « civiliser ». C’est ce qui se passa aux États-Unis, où l’idée de « nature sauvage » (wilderness) émergea, concept qui accoucha des premières réserves naturelles.

 De la nature sauvage aux réserves naturelles.

Le colon et journaliste O’Sullivan témoigne dans La Destinée manifeste en 1845, d’une vision de la “nature” perçue telle une terre merveilleuse qu’il faut s’approprier. Il promeut la conquête de l’Ouest par une population d’êtres supérieurs. Des aventuriers, tels Lewis et Clark, créent des routes pour conquérir des territoires toujours plus à l’Ouest. Dans l’imaginaire américain apparaît le personnage de l’homme blanc valeureux et courageux, prêt à braver une nature dangereuse et même mortelle. En développant la notion et le goût du risque, il présage les premiers self-made men.

Chez les colons, en réaction à cette nature exploitée, une autre vision de la nature émerge : celle d’une nature à protéger. Ainsi, en parallèle de l’expansion des lieux dégradés par l’industrialisation, s’est développé un réseau de lieux naturels préservés pour leur qualité, leur beauté ou leur richesse biologique remarquables. Leur protection, assurée par un droit environnemental, fut mise en place et prise en charge par les États. Le plus vieux parc naturel, Yellowstone, créé en 1872, a ainsi abouti au déplacement des tribus Shoshone, Niitsitapi et Apsaalooke.

Cette mise en protection de la « nature » découle d’une idéologie : la wilderness. En réaction aux logiques d’exploitation liés à la colonisation de l’intérieur du continent Nord-Américain, le concept de wilderness sert alors à désigner la « nature vierge » des hommes. Les premières nations ont été largement décimées par le choc bactériologique, par la violence des affrontements et massacres qui émaillent la colonisation du continent américain par les Européens et les Européennes. Elles sont perçues à tort comme uniquement nomades, vivant de la collecte et de la chasse et ne pratiquant pas l’agriculture : autrement dit, aux yeux des colons, elles ne font pas partie de la « civilisation ». Les Européens et Européennes, empreint·es d’une vision dualiste très prégnante, opposant « nature » et « culture », rattachent immédiatement celles et ceux qu’ils appellent les « indiens » et « indiennes »** – indifféremment de leurs coutumes locales ou de leur propre détermination – à la nature. Ils en firent ainsi un « peuple sans culture », c’est-à-dire compris dans la nature sauvage. La constitution des parcs naturels témoigne de l’imprégnation de la wilderness chez les premiers environnementalistes. L’idée de constituer des parcs naturels en Amérique du Nord s’inscrit dans les volontés : de garder « une trace du passé », de distinction – le tourisme de parc était réservé aux ploutocrates –, d’alimenter un nationalisme américain qui se cherche et participe à l’idée que la nature n’est qu’un plaisant décor dans lequel évolue l’humain. Dans le même temps, les premières nations sont parquées dans des « réserves indiennes » pour mieux continuer la conquête et l’exploitation des terres. Ce qui permet d’assigner les populations autochtones comme sauvages, arriérées, figées dans le passé, et inférieures.

Les premiers parcs naturels se créent en expulsant les premières nations de leurs terres. Les populations autochtones se voient assignées un territoire de façon arbitraire, parquées dans les réserves ’indiennes’ créées par le gouvernement américain en parallèle, sans tenir compte des relations préexistantes qu’ils entretiennent avec ces espaces. Ces déplacements de populations sont de méthodes et de traitements ethnocidaires comme la Piste des Larmes dans les années 1830 où sont décimés 4.000 autochtones sur 14.000 ; ou encore l’épisode de Wounded Knee en 1890 où femmes et enfants furent massacrés. Malgré cette histoire et d’autres encore plus brutale, la nature sauvage est toujours mobilisée comme concept central au sein des courants écologistes afin de penser l’altérité radicale des vivants.

La nature sauvage aujourd’hui : continuation coloniale ou réparation, il faut choisir.

Des populations autochtones et les courants anticoloniaux ont longuement travaillé au corps le concept de sauvage et de nature sauvage. Le principal problème du concept de « nature sauvage », c’est sa désignation d’environnements socialement produits comme étant vierges et immaculés. Ce mythe virginal est encore prégnant aujourd’hui : les forêts tropicales qualifiées à tort de « forêts vierges » sont en fait le résultat d’activités agroforestières plusieurs fois centenaires [9]. Sous-entendre l’inverse tient d’un imaginaire colonial.

Par ailleurs, ne pas reconnaître ou minimiser systématiquement l’héritage de certaines sociétés sur un territoire permet d’imaginer que des terrae nullius [territoires sans maître] existent. Ainsi tout territoire qui n’est pas soumis à la gestion d’un État peut être revendiqué par un autre État. Le processus de privatisation foncière s’est historiquement développé parallèlement dans les sociétés européennes, avec les enclosures [10], et dans les colonies. Dans les territoires colonisés, l’intérêt de mobiliser le concept de terra nullius pour les colons est triple. C’est l’occasion de déployer l’organisation étatique sur l’ensemble du globe, là même où des sociétés pensaient et s’organisaient différemment voire contre l’émergence de l’État [11]. Ensuite, le concept de terra nullius a permis de continuer la privatisation démarrée en Europe, sans que ne soit remis en cause le modèle d’appropriation privée – qui plus est unilatéralement – comme au Brésil, dont l’économie repose sur la mise en culture de grands espaces arrachés à l’agroforêt tropicale et aux forêts sèches (cerrados) ; en bref : s’accaparer les territoires de populations autochtones. Enfin, il permet de répondre à un besoin ontologique dans des sociétés encore très chrétiennes : l’Éden n’aurait pas disparu, la preuve, des terrae nullius existent.

La volonté de préserver cet Éden fantasmé se retrouve aujourd’hui encore dans les mouvements écologistes au travers des réserves naturelles. Afin de protéger les miettes de cet « Éden », des auteurs et autrices s’essayent à réhabiliter le concept de wilderness. Virginie Maris dans La part sauvage du monde [12]) en trace un fil conducteur entre les grands espaces “sauvages” et ce qu’il « reste de sauvage ». Ainsi tous les espaces et donc toutes les altérités humaines ou non-humaines gagneraient à « s’ensauvager », afin de lutter contre la marchandisation du monde. La “néo” wilderness serait ainsi parfaitement débarrassée de ses relents racistes et colonialistes. Wallace Stegner suggère « qu’il existe un monde qui n’est pas de notre fait, la wilderness peut nous apprendre à être profondément humbles et respectueux face aux autres êtres et à la Terre » [13]. Cependant, le mythe de wilderness est problématique tant l’histoire qu’il charrie est lourde. Pourquoi vouloir réhabiliter ce concept alors que d’autres philosophies non-occidentales proposent déjà depuis plusieurs années des relations et des diversités d’attachement aux territoires qui ne sont pas vecteurs du colonialisme ?

Par ailleurs, le pouvoir de désigner un espace comme sauvage est aussi le pouvoir de désigner les personnes qui s’y associent ou y sont associées comme telles. D’un côté, nous avons des lieux et donc des populations réduites à la sauvagerie, et de l’autre côté des populations en capacité de s’autodéterminer comme sauvage ou non. Alors que tous les collectifs vivant dans des lieux désignés comme sauvages ne souhaitent rien d’autre que la reconnaissance de leurs particularismes et de s’autodéterminer.

La réappropriation positive de termes comme “indigène” ou le “N-word [14] se fait par et dans le cadre de communautés d’intérêt luttant contre le colonialisme, plus que la désignation concrète de communautés d’existence. La “néo” wilderness nie les rapports d’assignation et maintient le prisme colonial « civilisé/sauvage » car elle est aveugle à la question politique de la réparation. Si la réappropriation doit avoir lieu, elle doit se faire par les personnes qui vivent le stigmate d’assignation à la sauvagerie, et non par celles et ceux qui ont le privilège de se définir ou non comme tels ou telles. Peu étonnant, donc, que la nature sauvage soit si vantée par des personnes blanches, inconscientes de leurs privilèges notamment dans le milieu militant écologiste ou courant comme la Deep Ecology. La “néo” wilderness assure ainsi la reproduction du colonialisme, toujours prêt à se redéployer. Il se joue ici une bataille politique. Or, il ne devrait y avoir aucune assignation, ni à la civilisation, ni à la sauvagerie ; il s’agirait plutôt d’abolir ce schème de pensée dualiste. Le sauvage n’est pas, pas plus que le civilisé.

Les luttes pour l’autodétermination mettent en avant d’autres diversités d’attachements à la terre, aux mondes qu’ils produisent, au travers du « raisonner avec le cœur » zapatiste, du buen-vivir (sumak kawsay en Kichwa) de Bolivie, d’un sentir-penser des populations afro-descendantes colombiennes [15]. Ces revendications n’émanent pas seulement d’Amérique du Sud, mais de nombreuses populations, comme le xeer issa de Somalie [16]. L’écologie politique prônée par la “néo” wilderness laisse croire qu’il y aurait du sauvage universel, alors que la seule universalité tangible est l’oppression normative : froide et morbide justement parce qu’elle se veut universelle et qu’elle doit donc abolir toute singularité située.

Le mythe de la nature sauvage parle bien plus d’un monde né en Europe que des mondes qu’il croit pouvoir décrire. Cette histoire, est donc celle des conquêtes coloniales, qui, bien qu’elles aient rencontré des résistances, ont su se maintenir durant plusieurs siècles jusqu’à aujourd’hui.

2. Le maintien d’un monde : le développement durable, c’est le colonialisme.

Le combat pour la décolonisation et la reconnaissance des populations autochtones émerge avec force dans les années 1950. Bien que réprimées cela faisait plusieurs siècles que les populations résistaient au désastre organisé à l’échelle mondiale que fut la colonisation : ethnocide, génocide, esclavage, famine organisée, kidnapping et viols de masse. Des esclaves fuyaient et formaient des communautés dites marronnes, alimentant en armes et imaginaires les luttes pour la liberté. Des femmes esclaves préféraient avorter plutôt que d’enrichir les maîtres en jeunes esclaves. Des soulèvements durement réprimés qui se soldaient par l’exécution pure et simple de tous les mutins et mutines. Mais aussi des victoires comme à Haïti, premier pays décolonisé dès 1804. Hélas, après les indépendances, le droit à l’autodétermination obtenue, le système colonial a su perdurer dans un ensemble très large de processus de discriminations et d’exploitations (dépréciation des langues, racismes, assignations à des identités telles que « le bon sauvage », « barbare » et la mise à disposition des corps des femmes racisées. Ce système implicite continue d’exister au travers d’une dette imposée (les États africains ont été contraints d’acheter leur indépendance à la France), d’une monnaie contrôlée (le franc CFA), mais aussi par le pilotage en interne des politiques via la Banque Mondiale ou les projets de développement tenant rarement compte des aspirations des populations locales. C’est pour répondre à ces critiques ainsi qu’aux enjeux écologiques que le capitalisme fait véritablement émerger le Développement Durable au Sommet de la Terre à Rio en 1992 : celui-ci résoudrait enfin les contradictions internes du capitalisme. Il permettrait ainsi de prendre en compte les populations (droit à la dignité, autodétermination) et la terre tout en les exploitant. Dès lors, il n’était plus question de parler de gestion pour les populations, mais de gestion avec les populations. Comme s’il suffisait de reformuler des rapports de dominations intériorisés et institutionnalisés pendant 500 ans pour que tout change. Le colonialisme est donc encore aujourd’hui vivace : que ce soit dans la création des réserves naturelles qui mobilise des logiques de conquête sous forme de fronts écologiques, que dans les projets de développement durable qui assujettissent des populations à des intérêts, capitalistes, blancs et bourgeois.

Les fronts écologiques.

Les fronts écologiques [17] désignent des processus d’appropriation pionnière de l’environnement qui se font au détriment des populations locales et de leur autonomie politique, afin de constituer des réserves naturelles ou plus largement des espaces centrés sur la nature comme les écoquartiers et des terroirs écoresponsables. À la différence des fronts pionniers qui suivent une logique d’exploitation, les fronts écologiques se forment autour d’un enjeu esthétique très fort comme les « paysages grandioses » et d’une valeur écologique importante, réelle ou fantasmée, d’un territoire dont les éco-colons (écolons) souhaitent accaparer la gestion de la “préservation” aux populations locales.

En effet, les agents et agentes des fronts écologiques se sentent chargé·es d’une mission : le plus souvent de protection de la nature. Elle peut prendre un caractère belliqueux ; la WWF en 2017 a ainsi enclenché un processus génocidaire contre les Baka pour établir une réserve sur leur territoire [18]. Cette approche est la stricte continuité idéologique de la mission civilisatrice de l’occident : si l’enjeu n’est plus d’apporter la « bonne culture », l’enjeu est bien d’apporter une culture blanche (c’est-à-dire européocentriste) et bourgeoise de gestion de l’environnement aux populations, voire d’administrer directement si les écolons jugent ces dernières incapables de le faire correctement. À El Kala en Algérie, la population s’est vu interdire la cueillette des coraux rouges [19] [19] – utilisés dans la bijouterie – via l’établissement d’une aire marine protégée et dont dépendait leur mode d’existence. Cette interdiction a été prononcée en dehors de toute consultation et expertise, alors que l’espace concerné était l’un des derniers lieux de la méditerranée où les coraux rouges n’étaient pas menacés en raisons d’une compréhension fine de l’écologie des coraux. Cette opération de greenwashing organisée aux dépens des populations, a été menée par l’État algérien qui désirait redorer son image auprès de la communauté internationale afin de capter des devises étrangères, suite à la décennie sanglante. La création d’aires protégées sert l’image et la légitimité des États dans les diverses négociations internationales autour de l’environnement et plus largement.

Ainsi, les écolons mènent une conquête idéologique, car il s’agit bien de conquérir les esprits en persuadant les populations qu’ils et elles sont les plus à même d’administrer cet espace. Les procédés de désignation, voire de diabolisation, d’un « ennemi de la nature » contre lequel il faut la protéger sont à l’œuvre. Si les populations locales ne sont pas désignées comme des ennemies par les organisations environnementales, c’est leur “bêtise” qui est imputée à une soi-disant mauvaise gestion de leur territoire. Ainsi, la colonisation ne s’exerce plus par l’Église pour propager la foi, ou par l’État pour diffuser la “civilisation”, mais au travers d’instances internationales telles que les ONG, les programmes de l’ONU (UNESCO, FAO) de développement durable, des appels à dons pour des projets de sauvegardes de la biodiversité. Avec l’idée suivante, et comme le résume bien Françoise Vergès [20]  : « vous êtes sous-développé-es, mais vous pouvez être développé-es si vous adoptez nos technologies, nos manières de résoudre les problèmes sociaux et économiques ». Par ailleurs, les organes internationaux de légitimation comme l’ONU, la presse ou les COP sont essentielles au processus de colonisation verte, bien plus que la contrainte armée. On assiste à la mise en place d’une propagande, d’une rhétorique de justification autour de la nature ou de la biodiversité à protéger.

Les écolons.

Ce discours émane des nords vers les suds, des dominants vers les dominés. On retrouve aussi des rapports d’éco-conquêtes identiques au sein des pays des nords, comme dans les pays scandinaves avec les Saami ou dans les Cévennes. Il s’agit donc également de comprendre quels rapports au monde convoquent aujourd’hui les concepts de nature et de biodiversité sur lesquels repose la propagande des pays des nords, des dominants et dominantes. Selon ce discours, le monde serait séparé en deux entre d’un côté la nature (les non-humains) et de l’autre côté, la culture (les humains qui sont à part) – représentation qui est largement blanche puisqu’il n’y a qu’en Europe que l’on trouvait une telle séparation politique du monde.

Quant à la biodiversité, si elle n’est pas seulement spécifique puisque nous pouvons parler d’une biodiversité des communautés, paysagère ou génétique qui permettrait de penser les relations à l’œuvre au sein de l’espace, elle est aujourd’hui majoritairement comprise et utilisée comme un outil de comptabilité. Et comme toute comptabilité, elle a besoin de découper le monde afin de compter ses segments qu’elle a elle-même produit. Ce faisant, la biodiversité cache toujours qu’un environnement est plus que l’addition d’entités calibrées, mais le fruit de leurs relations, le tout formant un collectif complexe et non-modélisable. Nous n’en avons que faire d’avoir beaucoup d’entités (indice de densité), des entités rares (indice de rareté) ou des associations d’entités plus ou moins rares dans un même espace car, si elles n’interagissent pas entre elles, nous avons affaire à un ensemble mort. Les réserves du Muséum National d’Histoire Naturelle, ou de la banque de graines de Svalbard, sont sans doute les espaces avec la plus grande biodiversité au monde, et tout y est mort. La conception selon laquelle le vivant serait un stock quantifiable, c’est-à-dire la biodiversité, émane d’une conception capitaliste d’accumulation et de “rationalisation” du vivant [21].

Les défenseurs et défenseuses de la biodiversité sont légions. L’intégration des logiques de mise en parc et de la rationalisation du vivant s’inculquent tôt. Les occidentales et occidentaux, jeunes, étudiants ou étudiantes, qui doivent valoriser leurs profils, sont poussés à la réalisation de stages et de séjours humanitaires dans les anciennes colonies. Cependant, l’humanitaire est ancré dans un système d’exploitation. D’un côté, les entreprises extractivistes privent les populations locales des ressources, de l’autre elles organisent la paix sociale sur ces lieux en recourant, par le biais de fondations et d’organisations humanitaires, au maintien d’un minimum de conditions matérielles et sociales. Ces jeunes occidentales et occidentaux sont le relais de ces logiques d’exploitation et participent à l’administration coloniale du désastre socio-écologique.

Développement Durable ou la continuité coloniale.

La poursuite du projet colonial au travers des fronts écologiques se fait via des agents spécifiques comme les ONG internationales. Le développement durable apparaît comme l’idéologie sous-jacente à ces projets coloniaux. La constitution de réserves naturelles s’inscrit parfaitement dans des pratiques coloniales dont le développement durable est l’avatar. Si les créateurs de réserves naturelles ont des intentions louables, il convient d’être conscient du décalage entre les intentions avouées d’un côté, et les motifs réels et les faits de l’autre. Hélas, les intentions sont souvent plus intéressées que généreuses, ce qui se retrouve dans les projets de développements durables déployés autour et dans les réserves naturelles.

Dans les projets de développement durable, ce sont souvent des jeunes envoyé·es par les pays coloniaux placé·es à des postes de responsabilité élevée et sans expérience, qui gèrent des projets parfois imposés aux populations, et toujours réfléchis dans les sièges d’ONG et d’entreprises au mépris du contexte local et des volontés des populations. Ces projets sont à la jonction d’un « colonialisme pubère » et d’une écologie entrepreneuriale cherchant à tirer profit de la situation plutôt que les populations s’émancipent en trouvant elles-mêmes les solutions aux problèmes. Ce n’est rien d’autre que du mépris des populations locales, dont les connaissances en écologie sont plus profondes que n’importe quel vingtenaire européen. Le développement durable permet le maintien d’une organisation coloniale et de la gestion capitaliste du vivant, en plus de provoquer la disparition de certains milieux. Par exemple, en hiérarchisant les milieux vivants en fonction de leur rentabilité, via la notion de « service écosystémique », les milieux les moins « rentables », comme les déserts, pourront être tranquillement liquidés [22].

La logique de segmentation capitalistique du monde est absolue : tous nos rapports aux entités vivantes deviennent marchands, et donc marchandisables. Le développement durable tue durablement d’autres rapports au monde ou, pour être plus juste : il tue d’autres mondes. Iriez-vous vendre un membre de votre famille élargie ? Le développement durable, oui. Si les Maoris ont fait reconnaître comme entité vivante dans la loi Néo-Zélandaise le fleuve Whanganui, ce n’est pas parce qu’il représenterait une entité sacrée en surplomb ou/et hors de leur société (comme la nature), mais bien une part de leur collectif politique avec lequel ils entretiennent des relations matérielles, symboliques et intimes, proprement sociales [23]. Il s’agissait alors pour les Maoris de faire reconnaître et défendre l’un des leurs. Ici, il n’y a donc pas de nature à conserver, mais une relation qu’il convient de protéger. Pourtant, c’est la promesse que ferait n’importe quel projet de développement durable aux Maoris.

Les dogmes et la popularité du développement durable, de la croissance verte et même de l’entreprenariat social donnent un poids indéniable à toutes les entreprises de fronts écologiques. La puissance des acteurs du colonialisme vert est aussi une question d’échelle. Comme le montrent Guyot et Richard (voir notes 17), les multinationales, les ONG et l’ONU s’organisent à un niveau international échappant à tout contrôle aussi bien des populations des suds que de celles des nords. Ce genre d’entreprises globales produit un système raciste en privant les populations de leurs moyens d’autodétermination au travers des politiques de développement qui ignorent systématiquement la profondeur de leurs savoirs et des relations qu’elles entretiennent avec les entités avec lesquelles elles vivent.

En outre, le déploiement de parcs naturels s’inscrit dans une logique de mise en spectacle de ces lieux, de leur exhibition, de leur mise en valeur (marchande), via les projets de développement durable et de tourisme (durable). Ces projets, comme le commerce “équitable” ou l’écotourisme, s’ils apportent de véritables améliorations matérielles, sont à la fois délétères sur ces espaces et humiliants pour les populations concernées puisqu’ils entraînent des logiques sociales qui contreviennent à leur mode d’organisation. À titre d’exemple, plusieurs réserves gérées par des ONG en Équateur ont fini par soumettre les populations via le salariat avec la promesse de revenus stables et donc d’une « vie meilleure ». Quand le succès touristique tant recherché fut venu, ces mêmes ONG ont demandé aux populations devenues salariées et donc subordonnées de quitter le “parc”, c’est-à-dire leurs terres. En effet, la présence humaine trop importante menaçait l’existence des parcs et donc des projets touristiques. Les ONG auront, à défaut de préserver le mode d’existence des populations, choisi de préserver leur existence à elles, au profit des touristes les plus fortunés [24].

Nous pourrions aussi évoquer la mise en scène, pour le plaisir de touristes blanc·hes, d’activités sociales privées voir intimes, comme des rites qu’ont les populations ou carrément la mise en place de réseaux de prostitutions associés, plus ou moins formellement, aux projets d’écotourisme. Le développement durable est un proxénète qui n’oublie pas d’exploiter les femmes.

Les missions de développement durables promues par des ONG de toutes tailles, ont bien souvent fait des femmes une de leurs cibles principales. Un marketing de la « production féminine autochtone » c’est aussi développé autour de cet “empowerment” par le développement économique. Ces missions économiques occultent totalement les raisons de la grande précarisation des femmes. L’omerta est faite sur l’impact destructeur des pratiques d’accaparement des terres qui dépossédèrent massivement les femmes des suds de leur activité paysanne et notamment semencière. Les crises humanitaires, c’est-à-dire les crises de productions, poussent de nombreuses ONG à s’intéresser aux femmes des suds, notamment en zone de conflit où elles sont des cibles privilégiées de violence. Les mutilations et les viols sont utilisés comme des armes de guerre. C’est souvent dans ce cadre, que les femmes blanches et l’ONG féministes mobilisent la notion de soin social [care] et omettent la fracture coloniale. A bien des égards la notion de soin a de réels intérêts ; reconnaissance du travail des femmes, reconstructions psychologiques des femmes. Toutefois et comme tout concept, son usage par des personnes en situation de domination amène à des dérives. Le vocabulaire du care utilisé par les ONG s’impose aux femmes racisées, structure et norme leur discours en les empêchant d’user de leurs propres mots pour parler de leurs oppressions. L’impérialisme du langage occidental les dépossède de leur histoire et de leur propre manière de lutter (voir note 20). Les ONG féministes se font les relais du capitalisme et du colonialisme.

Les fronts écologiques et les parcs ou réserves naturelles ne sont finalement que des espaces de normalisation – c’est-à-dire de contrôle des populations humaines et non-humaines : contrôle social, contrôle de genre, contrôle de race ; et donc contrôles politiques. Le développement durable est la seule forme d’organisation économique et politique autorisée à se déployer véritablement dans ces espaces. Pourquoi cette forme d’organisation a le monopole sur ces espaces, alors qu’elle menace et exploite constamment l’équilibre dynamique que les vivants entretiennent sur ces zones ?

3. Éloges d’autres mondes : abattre l’écologie.

Cette ambiguïté, présente dans les réserves naturelles entre conservation culturelle et exploitation capitaliste du vivant, qui s’incarne dans les projets de développements durables, est-elle le fruit pourri d’une négociation politique entre la petite-bourgeoisie et la classe possédante face aux contestations locales ? Nous serions tentés ici de répondre par l’affirmative. Cependant, ce simulacre de négociation, découle en réalité du partage d’un même monde : blanc, bourgeois, urbain, capitaliste, masculin, expansionniste et, surtout, se pensant universel. Il s’agirait alors de découvrir quels sont les fondements de ce monde, et frapper à la base pour que tout s’effondre. C’est identifier les mythes coloniaux qui nous habitent. Enfin, c’est célébrer les perspectives de nouveaux mondes, en luttant contre ce monde dévoreur des autres.

L’unimonde, un monde pour nous gouverner toutes et tous.

Le monde né en Europe dévore la Terre : ce monde qu’on nomme parfois occident ou capitalisme, Arturo Escobar (voir note 15) le nomme plus justement “unimonde”, car il se pense unique et universel. Unique, car il n’y aurait qu’un seul monde et donc qu’un seul type de relations qui le produise : la concurrence. Universel, car il vaudrait pour toutes et tous. L’unimonde contient les deux axiomes suivants : nous vivons sur une planète, il n’y a donc qu’une réalité à décrire (en d’autres mots, l’unimonde est forcément omnipotent), que seules les sciences, appartenant elles-mêmes à l’unimonde, seraient capables de révéler à travers l’étude quantifiable d’objets naturels et culturels (l’unimonde est aussi omniscient). À aucun moment celui-ci n’envisage que des mondes existent en dehors de lui, au mieux les autres mondes seraient assujettis à de “simples” variables culturelles que l’unimonde serait prêt à tolérer sous une forme de syncrétisme.

Dans l’unimonde, un berger tekna (amazigh du Sahara occidental) menant son troupeau en suivant la pluie afin de sustenter celui-ci n’aurait du sens que si on projette sur lui une logique d’instrumentalisation du monde naturalisant et familière aux occidentaux : le berger suit la pluie car elle lui est utile pour étancher la soif des animaux (qui à leur tour lui sont utiles pour permettre sa subsistance, etc). En revanche, cette personne commencerait sans doute par se présenter comme appartenant aux gens de la pluie. En effet son activité repose sur la recherche de l’eau, ce qui mobilise un ensemble de relations avec le territoire : s’y déplacer, y communiquer, reconnaître la forme des nuages, la présence d’oued, etc. Ces relations produisent un monde avec ses entités dans lequel une personne est comprise dans une entité plus large qu’elle, la pluie. La pluie est ici non seulement l’entité liquide qui fait sens pour nous, mais elle implique aussi une relation particulière à un territoire, avec lequel elle entretient une relation d’appartenance, afin de la trouver. C’est donc bien un ensemble de relations qui émergent de l’entité “pluie”, puissance d’évocation, créatrice de monde et des savoirs. Pour l’unimonde ce serait, au choix, une culture à préserver pour sa « diversité », sa « richesse » ou un mode de vie sans intérêt et méprisable, car primitif. Alors qu’il s’agit de bien plus, qui ne se réduit ni à un mode de vie, ni à une culture, mais qui constitue bien un ensemble de relations qui font monde, en l’occurrence celui des Tekna qui a son autonomie et sa cohérence. Pourtant l’unimonde méprise et occulte cela, il l’enferme dans un orientalisme [25] ou bien une nature sauvage. Il tient à nous d’en sortir, de réajuster nos regards, nos dogmes et nos positions.

Critiquer l’unimonde nous invite ainsi à nous départir d’un point de vue “culturel”, pour aller vers quelque chose de plus profond, vers ce qui a produit les idées de culture et de nature, et l’idée même d’écologie. Mais alors comment combattre quelque chose de si profondément ancré et qui s’est déployé ces derniers siècles avec autant de force ? L’unimonde est le fruit et le vecteur de la colonisation, comme une bête qui s’alimente d’elle-même. Elle ne s’arrêtera pas sans résistance. Hélas nous le savons d’expérience, l’unimonde se maintiendra par la force de la conviction ou la conviction de la force. Ceux qui négocient sont les bourreaux d’aujourd’hui qui espèrent secrètement éviter la potence de demain. Alors pour ne plus être bourreau, il nous faut briser ces fers. Ceux que l’unimonde aimerait présenter comme des périphéries résistent à ce monde brutal avec force. Ces mondes ont toujours considéré l’unimonde comme un monde parmi d’autres mondes, qui peut lui aussi disparaître. Alors si nous devons nous défaire d’un monde, nous avons tout à réapprendre de l’histoire des luttes décoloniales et émancipatrices. Réapprendre, oui, car ces luttes sont occultées par une récupération révisionniste, coloniale et raciste des grands mouvements écologistes. Sans jamais en tirer une vocation originelle de tel ou tel peuple comme le disait Frantz Fanon [26], il nous faut parler de cette histoire qui est la nôtre, de l’Algérie au Larzac, des quartiers populaires aux ZADs. De ces geolliers, l’écologie doit se déchaîner.

La négation verte.

Les mouvements écologistes en Europe oublient à quel point nos luttes dépendent de notre mémoire. Ils sont le fruit d’un contexte et de croyances. Ils ont su judicieusement éviter la violence de l’État et user de leurs privilèges de personnes globalement aisées et blanches pour obtenir la clémence de la justice ainsi que le soutien de l’opinion médiatique. Alors qu’ils avaient le choix d’utiliser leurs privilèges pour user de stratégies plus offensives, comme celles des faucheurs d’OGM, des écologistes ont choisi des méthodes inoffensives.

Hélas, ces “écolos” n’obtiendront jamais gain de cause, car elles ou ils ne représentent pas une menace pour l’unimonde. Alors qu’elles ou ils ont plus que tous et toutes autres sur Terre le privilège de le déborder comme nulle part ailleurs. Ces écolos se sont fait le relai de l’ordre : l’État sait répondre aux personnes qui s’abstiennent de s’insurger. L’État porte ainsi l’ambiguïté de l’unimonde, en ce qu’il souhaite digérer jusqu’à la contestation, en un syncrétisme qui lui est tellement cher. Il le fera au travers du déploiement d’une propagande bien rodée contenant son lot de mises en scène. Le contre-sommet du G7 de Biarritz en est une démonstration exemplaire. L’État laisse les “écolos” faire leurs spectacles et leurs communications. Les représentants et représentantes de ces mouvements finissent par entrer dans les institutions étatiques et reproduire l’ordre, ou démissionner sans avoir rien accompli. En bref, ce sont des forces conservatrices qui s’ignorent, ou de sérieuses et sérieux hypocrites.

En effet, cette tactique politique s’appuie sur une histoire blanche, autrement dit une réécriture faussée des luttes anticoloniales, où les blancs et blanches dans leur grande magnanimité auraient donné les indépendances ou mis fin à l’apartheid racial à la suite de soulèvements uniquement non-violents. Penser cela, c’est avant tout cracher sur la mémoire des populations, puisque de nombreuses tentatives d’indépendances, comme en Algérie avec les lobbies citoyens ou au Cameroun au travers d’une grève générale [27], étaient effectivement non-violentes et se sont soldées par l’arrestation ou l’exécution, de masse, des militants et militantes politiques. Par-delà les nombreux exemples de luttes non-violentes existants, les indépendances et l’autodétermination ont été obtenues par la mise en œuvre d’une diversité de moyens, dont la non-violence ne constituait ni le cœur ni le dénominateur commun. Cette réécriture est surtout une manière d’attribuer le beau rôle à un occident blanc qui après avoir offert la civilisation, offre l’indépendance. Dès la lutte du Larzac, introduisant l’écologie politique en France des années 70, la réécriture historique des luttes décoloniales est mobilisée par les militants qui placent la non-violence au centre de leur stratégie. Les racines idéologiques de l’écologie politique française sont donc empreintes d’une vision ethnocentrée, raciste et moraliste. Elles nient une partie de l’histoire décoloniale qui s’est réalisée dans une dialectique entre différentes stratégies.

’Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu parler. Ce que le [racisé] a vu sur son sol, c’est qu’on pouvait impunément l’arrêter, le frapper, l’affamer ; et aucun professeur de morale jamais, aucun curé jamais n’est venu rece­voir les coups à sa place ni partager son pain avec lui. Pour le [racisé], être moraliste c’est, très concrètement, faire taire la morgue du [raciste], briser sa violence étalée, en un mot l’expulser carrément du panorama.’ Frantz Fanon, 1961. [28]

Les années 70 sont encore rythmées par les mouvements de décolonisation, usant de luttes armées, de sabotages massifs voire de guerres totales comme cela a été le cas en Algérie, au Vietnam ou au Cameroun. Par ailleurs la guerre d’Algérie a alimenté en pensées, en matériels et en espoirs toute l’Afrique francophone comme lusophone, ainsi que le monde entier. Mandela ou Martin Luther King, figures adorées des militants de la désobéissance très obéissante, sont pourtant passés par le Front de Libération National algérien [29], le premier a d’ailleurs organisé, entre autres, des actions, des sabotages et pas seulement. En métropole, les guerres d’Indochine et d’Algérie traumatisent des générations entières, salissent les politiques et imprègnent durablement les pratiques de la police. Au même moment dans l’Hérault, non loin du Larzac, un paysan du Comité Régional d’Action [30] Viticole tue un officier des forces de l’ordre et meurt à son tour sous les balles des fonctionnaires. Cet événement choque. Le souvenir de la guerre d’Algérie est encore très vif et les revendications indépendantistes occitanes sont alors très fortes en ce début de Larzac. « Le monde rural en France est alors un espace d’émergence d’un paradigme militant décolonial » [31]. Toutefois, les autorités et les néo-paysans du Larzac se mettent à accepter les négociations. L’État a tout intérêt à ce que la contestation ne se propage pas à l’ensemble du monde paysan ou à la société entière, sans quoi la situation pourrait lui échapper totalement. Les habitants et habitantes, aussi, ne veulent pas que d’autres personnes meurent. De là, des actions de désobéissance non-violente sont organisées tout en sachant que la situation peut très vite déborder et devenir insurrectionnelle, les paysans et paysannes étant non seulement armés, mais aussi formés, et baignant dans une culture de l’insurrection. En effet, le Larzac est une région marquée par la résistance au pouvoir central de l’État, des huguenots à la résistance maquisarde [32]. Cette stratégie de la non-violence fonctionne alors pour les militants et militantes du Larzac car le rapport de force préalable leur est favorable.

Les grandes mouvances écolos font abstractions des conditions de luttes et produisent des actions non-violentes sans prendre en compte leur contexte, par simple habitude, afin de négocier ce qu’ils appellent transition – ou ce que nous nommons “trahison”. Envisageons un instant que nous ayons tort, que la désobéissance très obéissante dont se revendiquent ces organisations est bien celle des luttes décoloniales comme elles le prétendent à longueur de « Mandela par là » et « Gandhi par ci » : nous ne voyons pas comment des opérations de communications seules changeraient quoi que ce soit à la situation des autochtones ou marrons de Guyane, des Kanaks, des Réunionnais, des Antillais ou des quartiers populaires. Au mieux le pouvoir aménagera son discours, émoussera ses pointes dans un verdissement généralisé et les pauvres resterons pauvres, les racisé·es, racisé·es, les colonisé·es, colonisé·es, l’exploitation de tout ce qui vit continuera jusqu’à leurs exterminations. Tout juste les blanches et les blancs aisé·es auront profité de l’illusion d’une amélioration qui les confortera dans leurs position de dominant·es. Ainsi, l’unimonde assure sa reproduction et la mort des nôtres.

Béton ou plantation : l’écolonialisme militant de Paris à NDDL

Il n’y a pas besoin de voyager dans les colonies, dits territoires extra-marins, pour trouver un exemple de ce décalage, appelé aussi fracture coloniale, il s’illustre parfaitement à Paris. Sur l’ancien Terrain d’Education Physique (TEP) du 11e arrondissement, beaucoup de jeunes racisé·es du quartier de la Banane avaient l’habitude de venir jouer au football. Sous couvert d’un projet d’habitations sociales inutiles, il suffirait de collectiviser les nombreux bâtiments vides du 11e, et de l’installation d’une décharge, la mairie a détruit le TEP et exclu une première fois les personnes racisé·es du très blanc 11e arrondissement. Face à ce projet d’enfouissement, des habitantes et habitants se sont mobilisé.e.s durant plusieurs années et ont finalement occupé la friche. Des organisations écologistes de masses ont alors saisi l’occasion pour s’accaparer du TEP et en faire leur jardin. Des habitantes et habitants prévoyaient de faire coexister un espace en friche avec un nouveau terrain de football pour que les jeunes de la Banane se réapproprient l’espace. Mais sous couvert d’arguments faussement féministes et surtout racistes, les organisations se sont imposées sur le TEP, et en ont exclu une seconde fois les jeunes de la Banane en réallouant l’espace dédié au « nouveau terrain de football » à des sports plus “inclusifs” comme le rugby touch et à une tireuse à bière. Ces mêmes organisations se gargarisent aujourd’hui en défenseuses du sincèrement renommé « Terrain d’Écologie Populaire ». 

Hélas, aucun espace n’échappe à la logique coloniale, entre la doxa raciste des organisations ou les marches climats qui par ethnocentrisme ont pensé qu’ils seraient les premiers, ’la première génération’, à être impactés par le changement climatique jusqu’à ce que tout brûle en Amazonie. Aucun espace n’échappe à la logique coloniale et raciste pas même la Zone A Défendre de Notre-Dames-Des-Landes. Il ne s’agit pas de parler de l’invisibilisation, bien réelle, des habitants sans-papiers de NDDL. Il s’agit de rapporter une parole à propos du projet de la Terre en Commun – projet d’un groupe d’habitantes et d’habitants de la ZAD proposant le rachat des terres occupées dans le cadre des négociations avec la préfecture – porte en lui l’unimonde : « nous savons mieux qu’eux ». C’est toute une machine de délégitimation dans la plus pure tradition des fronts écologiques qui se déploie avec le projet Terre en Commun contre d’autres habitantes et habitants plus marginales·aux. Ce projet mène à l’exclusion définitive de celles et ceux-ci du lieu, par la délégitimation de leurs savoirs écologiques et de leur intelligence tactique, au profit d’un accaparement des terres.

Alors comment faire pour se débarrasser de l’unimonde si même à Notre-Dames-Des-Landes celui-ci finit par s’imposer ? Comment négocier face à des puissances qui ne pensent le monde qu’en termes de projets, de profits et d’exploitations, si nous n’avons pas la force de l’imaginaire, de la surprise et de la résistance ? C’est pourquoi nous devons nous pencher sur des luttes ancrées dans un territoire et productrices de relations politiques autres que celles de l’exploitation, avec toutes les entités vivantes au même titre que les Maoris ou les Teknas, en bref produire d’autres mondes. Pour cela nous devons nous éloigner rapidement de l’enjeu climatique pour nous consacrer à la production de ces mondes et aller plus loin encore que l’expérience, belle et tragique, de NDDL.

Éloges aux territoires « perdus » de la République et aux autres mondes : pour une écologie du déchainement.

Plusieurs points de flexions se produisent depuis ces 15 dernières années. D’abord les révoltes dans les quartiers populaires en 2005, 2007 et 2017. Dans ces espaces, les personnes produisent de nouveaux mondes, où chaque quartier a son langage, sa musique, son histoire, ses relations. S’y croisent, s’y mélangent les héritages des Afriques, des Asies, de la France, ce sont des espaces qui ont leur identité et leurs façons de s’appeler. Ces quartiers sensibles ont chacun une forme de créolité, de négritude, d’arabité, d’amzaghité, d’afropéanité, mais aussi et surtout une sensibilité populaire, dans tous les sens du termes, avec une production culturelle qui leur est propre, car elle n’est que le fruit d’un ensemble de relations multiples à un espace. Alors même que des agents et agentes néocoloniaux·ales, de l’extrême droite à la gauche souverainiste parlent de territoires perdus de la République. À l’inverse de ces discours qui prônent l’assimilation et la fin de l’altérité : « tais ton nom que je ne saurais entendre » dixit Drumont. Nous savons que, depuis La Marche Pour l’Egalité Et Contre Le Racisme de 1983, il n’y a aucun intérêt à s’appuyer sur les institutions de cette République, cet unimonde. Cela ne tient qu’à ces nouveaux mondes d’affirmer : OUI ! Oui, les quartiers populaires sont des territoires « perdus » de la République, s’ils n’ont jamais été autre chose que des réserves-prisons où une fois encore l’État y parque l’altérité.

L’objectif reste le même dans tous les cas, écarter les populations racisées, considérées comme bêtes. Cette négation se retrouve dans les discours politiques qui d’un côté peuvent promouvoir les pratiques paysannes “exotiques” et complètement mépriser les personnes détentrices de ces mêmes savoirs. Les savoirs écologiques présents dans les quartiers populaires et d’immigrations sont marqués par le même mépris et font l’objet d’une invisibilisation bien qu’il s’agisse souvent de pratiques paysannes identiques ou similaires. Ce faisant toutes dynamiques de transmission est brisée et aggravée par un inégal accès à la parole publique et la terre, même dans les dispositifs de jardins ouvriers. Néanmoins, quand il s’agit de construire un incinérateur, une usine de traitement des déchets, d’ouvrir une mine d’or ou de nickel, d’épandre du chlordécone, bizarrement ce sont les premières populations que les autorités viennent voir pour admirer leur sens du sacrifice pour la République. Face à cet unimonde écocidaire, dont la seule écologie qui tienne est celle de remplacer un abri pour SDF par un pot de fleur, d’expulser un quartier populaire pour un écoquartier, l’écologie doit se déchaîner. Face à ce monde raciste, qui enchaîne, emprisonne et tue, l’écologie doit se déchaîner.

Pour réaliser cette émancipation, dans laquelle nous avons tout à gagner, nous devons nous défendre face à cette écologie qui enchaîne et ne comporte aucune relation. Nous avons à affirmer nos savoirs populaires de nos parents, grand-parents avant qu’ils ne disparaissent, nous devons produire de nouvelles relations avec les entités vivantes, et minérales, afin de nous alimenter et d’affirmer notre autonomie, pas seulement dans une campagne fantasmée, mais surtout dans les pics de bétons que nous appelons maisons ou cités, de les arracher à leur fonction de getho dans lesquels l’unimonde nous enferme. Comme le reste des entités vivantes et plus que jamais auparavant, nous avons à combattre les projets d’extermination, banalisés, dont nous sommes la cible. « Chercher l’autonomie » ne veut pas dire nous couper des autres, mais s’autodéterminer, décider par nous et pour nous-même en accueillant celles et ceux qui souhaiteraient y participer. Il y a des quartiers populaires gérés par leurs habitants et habitantes : le Quartier de la Goutte d’Or à Paris en est un très bon exemple, lui qui a très longtemps résisté aux impulsions de la Préfecture de Paris et de la Mairie grâce à un réseau d’habitants en étroites relations. Le quartier a participé activement aux guerres de décolonisation et il continue à résister face à la gentrification qui ronge Paris tout en multipliant les jardins autogérés par les habitantes et habitants et aidant les personnes exilées. Dans le même temps, la mairie de Paris use de jardins, où il n’est pas question de faire avec les habitantes et habitants, mais sans et surtout contre, comme au Square Alain Bashung, pour gentrifier le quartier et exclure les populations racisées du 18e. Le quartier des Lentillères à Dijon est tout aussi intéressant car il prend la forme d’une ZAD urbaine qui s’est opposé à un écoquartier.

Voilà plus de 10 ans que les Zones A Défendre ont émergé avec force. Ces espaces sont singuliers à divers niveaux : la lutte pour la dignité s’y étend à l’ensemble des entités vivantes, de nouvelles façons de faire monde y émergent. Voilà que des personnes à la fois porteuses et au cœur de l’unimonde se battent pour s’autodéterminer, renouant avec les luttes paysannes, c’est-à-dire plus seulement comme des individus atomisés, mais bien comme des personnes qui entretiennent des relations avec le territoire. En 2014, un militant écologiste mourrait des mains de l’Etat sur la ZAD de Sivens. L’unimonde encore tenu par la peur d’une insurrection et par la mémoire de la guerre d’Algérie était contraint d’abandonner le barrage. Mais cette mémoire était aussi celle de l’État d’urgence née durant la guerre d’Algérie qu’il appliqua un an après contre des militants et militantes écologistes opposé·es au greenwashing étatique que fut la COP21. Avec l’État d’urgence, c’est la Doctrine de Guerre Révolutionnaire (DGR), où plastifier des maisons rime avec maintien de l’ordre, qui fut réactualisée et passa à peu de chose d’être utilisée contre les Gilets Jaunes [33], seulement 2 ans plus tard. Cette doctrine de guerre contre-insurrectionnelle développée contre les Algériens pendant la guerre d’indépendance a été exportée partout dans le monde. Hélas, la DGR est toujours utilisée à l’encontre des populations mapuches ou palestiniennes. Les premiers subissent actuellement une répression encore plus terrible que les Gilets Jaunes.

Avec les Gilets Jaunes, c’est donc au tour des ronds points d’être arrachés à ce monde, alors qu’ils en sont constitutifs car ils y concentrent les flux de biens mais surtout de personnes. En ralentissant ce flux, en le bloquant, les individus atomisés s’y cristallisent. Les gilets jaunes se mettent à produire du relationnel ancré dans le territoire. Voilà qu’ils et elles ne sont plus seul·es à souffrir. Des relations aux entités qui composent cet espace naissent par l’attachement aux cabanes, aux barricades, aux sculptures et aux potagers qui fleurissent sur les ronds points. Ces relations combattent dans leurs productions et dans leurs réalisations le rythme de l’unimonde. Voilà que pendant un an l’unimonde vacille face à un mouvement porteur d’autres mondes, plus relationnels, au potentiel révolutionnaire. Même si sur ces ronds points se réactivent les fractures propres aux classes populaires, telles que le racisme ou le sexisme. Voilà qu’un nouveau monde a émergé avec ses imaginaires et son ensemble de relations. On ne peut s’y tromper quand les Gilets Jaunes chantent « Nous sommes là pour un monde meilleur ». A l’inverse des milieux militants qui ont longtemps tergiversé sur la convergence avec les Gilets Jaunes et les milieux écologistes qui tergiversent encore un an après, des habitants et habitantes des quartiers populaires ont tout de suite rejoint la lutte en tant que gilets jaunes ou indirectement via le Comité Adama ; les conditions matérielles d’existence ont bien plus contribué à la convergence que n’importe quels discours et die-in devant une banque. Voilà que les manifestations étaient réellement inclusives, les femmes, les personnes racisé·es, non-valides et âgé·es étaient très présentes. Point par point, le mouvement des gilets jaunes avec celui des quartiers populaires ont battu en brèche toute la rhétorique bourgeoise et raciste des organisations écologistes. Ces personnes sont toutes concernées par l’écocide et surtout les premières à pâtir de l’écocide. Le temps est au questionnement.

Conclusion

L’écologie politique dans sa construction et son application, hier comme aujourd’hui, s’est toujours faite contre les populations dominées et n’a jamais eu de vocations sociales – si ce n’est une faible couche de vernis à coup de « Justice Climatique, Justice Sociale ». Alors que de fait, elle produit des injustices, qu’elle est le produit quotidien d’un imaginaire colonialiste notamment au travers du sentiment de wilderness qui est au fondement de l’unimonde en produisant les dualismes nature/culture, sauvage/civilisé. De plus, accepter la wilderness, l’idée de nature, c’est accepter son corollaire : l’idéal universaliste et colonial. Toutes les tentatives de développement durable, de commerce équitable qui ont essayé de changer ces rapports de dominations ont permis la mutation du capitalisme en exploitant ce qu’il délaissait jusqu’alors. Au mieux, ils ont permis un réconfort moral des frères et sœurs blanc.he.s, pour une amélioration matérielle au prix du corps, de la santé et de la dignité de tant de frères et sœurs racisé·es, au prix de la destruction d’autres mondes plus relationnels. Pour ces mondes, il ne s’agit pas de préserver des entités comme des êtres sacrés en surplomb ou/et hors de leur société (comme la nature), mais bien une part de leur collectif (politique) avec lequel ils entretiennent des relations matérielles, symboliques et intimes, proprement sociales. L’unimonde, à l’inverse, présente ces mondes-là comme des particularismes, alors qu’en vérité, ils sont indépendants, autonomes et le contestent avec tant de forces. Hélas, les associations écologistes se sont faites les gardiennes de l’imaginaire colonial, de l’idée de wilderness et ont systématiquement tordu l’histoire afin de justifier leur fonctionnement au mépris des luttes de décolonisations. Encore une fois pour le confort des frères et sœurs blanc·hes. Cela nous mène aujourd’hui dans une impasse que les grandes mouvances écologistes sont incapables de résoudre car elles sont les principales gardiennes de l’unimonde. Et c’est dans l’émergence de nouveaux mondes que nous pourrons arrêter le massacre organisé de tout ce qui vit sur Terre et regagner notre dignité. En Guyane, aux Antilles, dans les quartiers populaires, sur les ronds points, c’est dans ces autres lieux que s’inventent d’autres mondes qui contestent l’autorité de celui qui dévore et enchaîne tout. Définitivement, il nous faut abattre cette écologie et son monde.

*Les genres sont des catégories construites socialement qui n’ont rien d’universel. D’autres populations ont d’autres conceptions du genre.

**on a choisi d’écrire “indiens” avec un “i” minuscule, pour souligner le caractère dépréciatif et méprisant du terme quand il sert à décrire les premières nations.


Article publié le 21 Oct 2019 sur Lundi.am