DĂ©cembre 8, 2020
Par À Contretemps
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On n’a rien Ă  dire de Jupiter, dieu de la Terre et du ciel, sauf qu’un petit homme portĂ© au pouvoir dans ce qu’il a interprĂ©tĂ© comme un alignement des planĂštes, a vraiment cru qu’il sortait de sa cuisse. Depuis bientĂŽt quatre ans, sa maniĂšre toute personnelle, et trĂšs irrationnelle, de gouverner en attaquant sur tous les fronts Ă  la fois, en ouvrant des brĂšches sans jamais les colmater, en changeant de cible au grĂ© de ses caprices restera un cas d’école pour les futurs analystes de la Macronie disruptive. Car s’il est une singularitĂ© de ce petit homme devenu petit chef, c’est d’agir ou de s’agiter comme l’enfant-roi dĂ©molisseur qui prend plus de plaisir Ă  casser ses jouets qu’au jeu lui-mĂȘme.

Cela dit, tout le monde l’a compris, il y a du rationnel dans cette logique de casse systĂ©matique. Le jeu peut rapporter gros puisqu’il s’agit d’abord, au nom des intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs du capital et de la finance, d’abattre les derniers conquis sociaux qui tiennent encore debout et, en mĂȘme temps, de dĂ©courager prĂ©ventivement ceux qui, tout fous, se seraient mis en tĂȘte de reprendre Ă  leur maniĂšre et sans retenue le flambeau de l’offensive sociale. Notre Fulminator l’a vite compris d’ailleurs puisque, ayant passĂ© sans encombre la bataille sociale contre le « Pacte ferroviaire Â» du printemps 2018 – classique, malgrĂ© la combativitĂ© des bases et l’élargissement des « cortĂšges de tĂȘte Â» –, il lui fallut affronter la horde jaune de l’hiver 2019 qui, comme beaucoup d’autres, y compris dans les bataillons de l’anticapitalisme traditionnel, le prit au dĂ©pourvu. Dans un premier temps condescendant, puis pris de panique au point d’envisager sa fuite vers Varennes, le petit chef reprit vite ses esprits en espĂ©rant que le gĂ©nĂ©ral hiver chasserait les insurgĂ©s de leurs ronds-points et assĂ©cherait leurs « actes Â». Mais le propre d’un casseur, c’est d’éprouver sa jouissance dans l’instant oĂč il casse. Et c’est ainsi que le petit chef a choisi la double voie du Grand DĂ©bat de sourds pour casser des rĂ©putations et du vrai carnage policier pour casser des ĂȘtres. Jamais depuis trĂšs longtemps, mouvement social de grande ampleur n’avait Ă©tĂ© aussi sauvagement rĂ©primĂ© que celui des Gilets jaunes. Si tout le monde dĂ©teste la police, c’est que chacun est en mesure d’attester, pour avoir vu ses Robocops Ă  l’Ɠuvre, que Macron la Casse, petit chef de tout, avait du sang sur le costard. Et ça fait deux ans que ça dure avec, chaque jour qui passe, un nouveau palier franchi dans la bestialitĂ© d’État, le sien, celui qu’il gĂšre comme sa chose.

Avec le temps et dans l’épreuve, il a pris quelques rides, le quadra, mais rien perdu de sa morgue. Autant celle du Sarko Ă  talonnettes pouvait, en face-Ă -face – « Casses-toi, pauv’ con ! Â» –, relever de l’autodĂ©fense du complexĂ©, autant celle de Macron la Casse, toujours froide et distante, est celle du narcissique de la haute qui ne doute pas une seconde de son gĂ©nie. Il s’admire Ă  un tel point, le petit chef, qu’aucun avertissement, mĂȘme sĂ©rieux, n’a d’effet troublant sur l’amour qu’il se porte. A-t-il une rĂ©elle ambition politique ? On n’en est mĂȘme pas sĂ»r. Il joue la surpuissance dans un monde oĂč, reprĂ©sentĂ© par ce coq arrogant, la France, qui fut phare, n’est mĂȘme plus bougie. Elle ne compte, dĂ©sormais, que comme objet statistique systĂ©matiquement Ă©pinglĂ© par diverses commissions internationales ad hoc listant ses atteintes aux droits de l’Homme. Et il y a de quoi faire ! Ce qui n’empĂȘche pas le petit roi, notons-le, de donner des leçons de dĂ©mocratie et de gĂ©opolitique Ă  la terre entiĂšre et, juste retour des choses, comme rĂ©cemment sur la question du « sĂ©paratisme Â», de l’islam et de la laĂŻcitĂ©, de susciter Ă  son Ă©gard un feu de critiques, ironiques ou courroucĂ©es, de l’establishment mĂ©diatique international. Car, hors frontiĂšres, tout le monde semble avoir compris que le seul talent (de figurant) dont dispose ce lynx de pacotille Ă©tait celui de l’approximation impulsive, celle qui peut Ă  tout moment mettre le feu aux poudres. Il suffit de lire, sur le sujet, la presse Ă©tatsunienne ou, sur sa gestion dĂ©sastreuse de la crise sanitaire en cours, la presse allemande de son bord politique pour comprendre Ă  quelle vitesse la crĂ©dibilitĂ© du macronisme est en train de partir en sucette.




Et puis voilĂ  que, cerise sur le gĂąteau d’une annĂ©e maudite, la Macronie parlementaire vient de voter en premiĂšre lecture une loi dite « de sĂ©curitĂ© globale Â» dont on ne sait plus, ce qui du reste importe peu, si le projet Ă©mane du raide Fauvergue, dĂ©putĂ© Larem, de l’éborgneur Castaner, prĂ©sident de groupe, ou de Darmanin (de jardin), ministre de la Police plus que de l’IntĂ©rieur. Ce qu’on a vite compris, en revanche, c’est en quoi et pourquoi cette loi Ă©tait liberticide et, plus encore, ce qu’elle disait de la sujĂ©tion du pouvoir Ă  sa police.

Car lĂ  est bien le problĂšme, et finalement le seul qui compte. Cette maniĂšre de gouverner qui est celle de Macron la Casse ne se met pas en mal d’imagination pour dĂ©faire ce qui l’irrite. II exige de sa police qu’elle remette de l’ordre dans un royaume oĂč tout ce qui bouge doit ĂȘtre matĂ©, quelle qu’en soit la maniĂšre. Et ce faisant, pour que force reste Ă  la loi, c’est Ă  cette force armĂ©e qu’il se livre, le petit chef. Car elle n’est pas Ă  sa botte ; il est dans sa pogne. C’est parce qu’il lui doit tant, Ă  cette police, depuis que les Gilets jaunes ont failli aller le chercher chez lui, qu’il lui lĂąche tout, et par avance. Il l’a exemptĂ©e des bienfaits supposĂ©e d’une contre-rĂ©forme des retraites dont personne ne voulait ; il lui a payĂ© ses nombreuses heures sup’ de salariĂ©s du LBD, de la gazeuse et du canon Ă  eau ; il l’a chouchoutĂ©e comme jamais au moindre de ses bobos ; il l’a portĂ©e au pinacle d’une RĂ©publique si rĂ©pressive qu’aucun de ses projets de dĂ©molition sociale ne peut aujourd’hui se passer de ses concours et coups fourrĂ©s. Et tout cela de maniĂšre si massive, si Ă©vidente, que le « Police partout, justice nulle part Â» des manifestants contre l’Ordre bleu pourrait dĂ©sormais remplacer, aux frontons du dĂ©shonneur, la fiĂšre devise d’une RĂ©publique qui naquit de la chute (violente) de l’Ordre blanc d’un Ancien RĂ©gime renvoyĂ© par les foules haineuses de 1789 aux poubelles de l’Histoire.

Cette dĂ©rive hyperflicarde que la Macronie – cette engeance – a dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  des casquettĂ©s de prĂ©fecture au front bas, thĂ©oriciens de la nasse et adeptes du « visez la tĂȘte Â», aurait dĂ» alerter, voire inquiĂ©ter, au plus vite – il y a deux ans donc –, tout ce que ce pays de la libertĂ© de la presse et de la loi de 1881 comptait encore, au sein des rĂ©dactions de la presse Ă©crite et tĂ©lĂ©visuelle, de dĂ©fenseurs, non pas d’une possible rĂ©volution Ă  venir, mais d’une garantie de ne pas finir journalistes accrĂ©ditĂ©s par Lallement. Mais voilĂ , les journalistes, comme les intellectuels de salon, sont durs Ă  la dĂ©tente. Il fallut, ne l’oublions pas, une bonne annĂ©e aux vĂ©rificateurs du Monde, l’organe de tous les pouvoirs, pour admettre que, ben oui, la police exagĂ©rait. Un an ! Le temps d’éborgner Ă  tour de bras des Gilets jaunes qui, eux, avaient fini par s’admettre comme hĂ©ritiers des sans-culotte. On ne parlera Ă©videmment pas des Rizet de service des chaĂźnes d’infos mainstream, dont on ne sait plus depuis longtemps s’ils sont flics ou journaleux, et moins encore des enfoirĂ©s de l’éditorialisme si grassement payĂ© pour salir et diffamer celles et ceux qui, n’en pouvant plus de vivre dans la merde, finissent par devenir objectivement rĂ©volutionnaires, c’est-Ă -dire dĂ©terminĂ©s Ă  abattre les privilĂšges. Il suffisait de les entendre : « Louis XVI on t’a dĂ©capitĂ©, Macron on peut recommencer ! Â» C’est clair, non, Patrick Cohen ? Si clair qu’on comprend que ça vous fasse frĂ©mir, mĂȘme si la peur est toujours mauvaise conseillĂšre en matiĂšre d’information non propagandiste.




D’un coup d’un seul, donc, la Profession, la mĂȘme qui s’est toujours couchĂ©e devant le petit roi et ses chambellans, devant la garde armĂ©e et ses exactions, devant les mensonges d’un pouvoir obstinĂ©ment aveugle Ă  la misĂšre et Ă  la colĂšre du peuple, semble aujourd’hui vent debout contre un seul article de cette loi de « sĂ©curitĂ© globale Â» – le 24 qui, c’est vrai, empiĂšte largement sur des prĂ©rogatives dont, par ailleurs, trop occupĂ©e Ă  ne pas fĂącher le pouvoir, la Profession n’a pas pour habitude d’abuser. On dira, Ă  son crĂ©dit, celui qu’elle a perdu depuis longtemps, que c’est une question de dignitĂ© professionnelle. Mais on ajoutera dans la foulĂ©e qu’on comprend surtout que nombre de journalistes indĂ©pendants, Ă  carte de presse ou sans carte de presse, ceux qui, depuis au moins deux ans, sont systĂ©matiquement rĂ©primĂ©s, gardĂ©s Ă  vue, diffamĂ©s, poursuivis, ne tiennent pas Ă  ĂȘtre mĂ©langĂ©s Ă  cette Profession. Car, large de contours, l’entitĂ© journalistique englobe tout Ă  la fois la lie du mĂ©tier et le sel de la terre, des petits marquis couchĂ©s devant tous les pouvoirs et des soutiers de l’information rĂ©elle, celle qui filme le rĂ©el d’un matraquage en meute qu’aucun danger rĂ©el ne saurait justifier et dont, pourtant, l’image diffusĂ©e pourrait porter atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© physique ou psychique d’un quelconque bourreau matraqueur et devrait, en consĂ©quence, n’exister que « floutĂ©e Â». Comme le rĂ©el de la Macronie illibĂ©rale, autoritaire, policiĂšre.

La dĂ©marche Ă©minemment corporatiste de la caste journalistique encartĂ©e tend donc Ă  rĂ©duire cette loi scĂ©lĂ©rate Ă  son seul article 24 – dĂ©jĂ  retoquĂ©, en cours de rĂ©Ă©criture et probablement destinĂ© Ă  disparaĂźtre de ce dispositif lĂ©gislatif pour en intĂ©grer un autre, le projet de loi censĂ© « conforter les principes rĂ©publicains Â», par exemple. Elle pourra, la Profession, prĂ©senter le retrait de cet article ou son abandon comme une victoire, quand chacun devrait savoir qu’il n’y a de victoire possible que dans le retrait global de cette loi « globale Â» de mise en coupe rĂ©glĂ©e de nos libertĂ©s les plus essentielles : filmer un flic quand il tabasse un manifestant ou un simple citoyen Ă  terre, s’opposer par tout moyen au dronage gĂ©nĂ©ralisĂ© de nos espaces, aux camĂ©ras de reconnaissance faciale, Ă  tout ce qui nous avilit dans nos intimitĂ©s, Ă  toutes ces donnĂ©es qui serviront Ă  alimenter la grande machine rĂ©pressive d’un pouvoir qui a tout cĂ©dĂ© Ă  sa garde prĂ©torienne parce que, sans elle, il ne tiendrait pas trois jours tant les colĂšres qui montent sont puissantes.




À cet instant, on ne peut qu’avoir une pensĂ©e Ă©mue, mais caustique, pour les idiots utiles qui, le 7 mai 2017, ont votĂ© Jupiter pour n’avoir pas Madame de Montretout. Finalement, ils ont les deux : le petit homme de la « sĂ©curitĂ© globale Â» et la Montretout qui vote sa loi. À vrai dire, personne n’aurait imaginĂ©, lors de sa marche vers la Pyramide, un tel destin caporaliste au souriant Ă©narque ricƓurien. Depuis le soulĂšvement des Gilets, en revanche, la vraie nature – authentiquement policiĂšre – du rĂ©gime qu’il prĂ©side, toujours souriant mais souvent jaune, est actĂ©e. Depuis, les digues tombent une Ă  une. On Ă©vitera d’en rajouter dans la qualification d’une dĂ©rive Ă©vidente vers le tout-policier. Le macronisme est d’abord l’expression presque parfaite du nĂ©ant politique. Sans autres soutiens que la finance, le patronat, le CAC 40 et les startupeurs d’un nouveau monde de la paupĂ©risation absolue et du dĂ©tissage mĂ©thodique des derniers filets de protection sociale, son petit chef a mis le pays, Ă  chacune de ses initiatives punitives et rĂ©pressives, en Ă©tat de siĂšge permanent : contre les Gilets jaunes de l’hiver 2019, contre le mouvement social de l’hiver 2020, contre les opposants Ă  sa dĂ©sastreuse politique sanitaire de l’annĂ©e Covid, contre les sinistrĂ©s sociaux des quartiers pauvres contrĂŽlĂ©s et recontrĂŽlĂ©s au faciĂšs et traitĂ©s comme des chiens, contre quiconque en somme conteste – et ça fait du monde ! – sa politique de destruction massive. Le pire, la preuve de son total Ă©garement, c’est que Jupiterminator s’imagine sans doute que le primat donnĂ© Ă  un maintien de l’ordre oĂč toute bavure est d’avance permise et toujours couverte pourrait ramener Ă  lui des Ă©lecteurs Ă©garĂ©s d’une droite perdue qui l’a cru de gauche. Pauvre type ! Pour cette droite privĂ©e de chef, son ordre, c’est la pĂ©rennisation d’un dĂ©sordre institutionnel qu’elle dĂ©teste et que Macron la Casse organise Ă  un point tel qu’il a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© l’impensable : faire imploser sa propre majoritĂ©, humilier ses oppositions parlementaires de droite, redonner Ă  la gauche de gouvernement un semblant de crĂ©dibilitĂ© contestatrice et conforter la gauche « de gauche Â» dans le rĂŽle, dont elle rĂȘvait, de dernier rempart du peuple. À vrai dire, tout ce qu’il fallait faire pour partir en cacahouĂšte, le petit chef l’a fait.

Rappelez-vous : quand c’est flou, dit le proverbe, c’est qu’il y a un loup. Quand on veut flouter le visage du crime, c’est que le loup est dĂ©jĂ  dans le palais. Si aucune pression n’a, pour l’instant, eut d’effet sur le petit chef du scĂ©lĂ©rat projet de « loi de sĂ©curitĂ© globale Â» – ni la DĂ©fenseure des droits humains (on dit comme ça), ni les mises en garde de l’ONU et de l’Europe, ni la mobilisation de la presse institutionnelle, ni la levĂ©e en masse dans une infinitĂ© de villes du pays d’une colĂšre infinie, la raison en est simple. On la rĂ©pĂšte : c’est que Jupiter ne peut pas plier sauf Ă  risquer d’ĂȘtre pliĂ© lui-mĂȘme par sa police. Car il suffit qu’elle range ses LBD et suspende l’envol de ses matraques pour que les toujours lĂ  Gilets jaunes aillent enfin le chercher chez lui, accompagnĂ©s de tous les dĂ©possĂ©dĂ©s que la Macronie a rendu fous de vengeance sociale. C’est comme ça. Quand un pouvoir ne peut s’exercer que par sa police, c’est la police qui gouverne. Cette police est gangrĂ©nĂ©e par une haine si recuite qu’elle peut s’exprimer de cette maniĂšre :




Alors on fait quoi ? Vous les avez vu ces visages de cognes Ă  la derniĂšre manif parisienne du 5 dĂ©cembre, en principe autorisĂ©e mais nassĂ©e de bout en bout, fragmentĂ©e par les flics en plusieurs tronçons transformĂ©s en champs de tir par les allumĂ©s du LBD ? Vous les avez vus, ces tronches oĂč suintaient la haine et la peur ? C’est quoi, ça. C’est la police d’aujourd’hui ! Elle se croit tout permis. Et elle a raison puisque tout lui est permis et que ses « syndicats Â» majoritaires ne sont plus la voix de leur maĂźtre, mais les maĂźtres du jeu. Quand ils ont lĂąchĂ© Castaner, suspect de mollesse rĂ©pressive, le petit chef l’a dĂ©mis de ses fonctions. Quand ils ont voulu Darmanin, ils ont eu Darmanin. Le cƓur de la Macronie, c’est sa police. Elle influe, elle dĂ©cide, elle peut sanctionner Ă  tout moment, par le zĂšle ou par la grĂšve. Le rĂ©el c’est ça : un corps Ă  l’esprit de corps, corporatiste jusqu’à la caricature, qui n’a de la RĂ©publique qu’une idĂ©e trĂšs vague. Car les types et les typesses qui le composent sont le produit d’une dĂ©faillance gĂ©nĂ©rale : celle qu’a produite depuis des dĂ©cennies l’enseignement de l’ignorance de cette mĂȘme RĂ©publique. La diffĂ©rence, c’est qu’ils ont, eux, elles, le monopole de la violence dite lĂ©gitime, cette saloperie instituant la terreur gĂ©nĂ©ralisĂ©e que la police est en Ă©tat d’exercer. La nouveautĂ© rĂ©side en ceci : alors que l’État fut longtemps son donneur d’ordre et qu’il Ă©tait capable, au grĂ© des avanies, de lui tenir la bride ou de la lĂącher, c’est dĂ©sormais elle qui tient le manche et la cognĂ©e, sous la seule autoritĂ© d’une hiĂ©rarchie interne qui la couvre systĂ©matiquement et dont le casquettĂ© de Paris, le bien nommĂ© Lallement Kommandant, est le grand inspirateur. Avec lui, on est si loin de Grimaud, prĂ©fet de police de Paris en Mai 68 qui disait Ă  ses hommes que « frapper un manifestant tombĂ© Ă  terre, c’est se frapper soi-mĂȘme en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policiĂšre Â», qu’on est en droit de constater l’abyssale distance qui sĂ©pare deux Ă©poques de prĂ©-« guerre civile Â», mais surtout deux types d’hommes en charge de l’ordre bourgeois : un bon type et une canaille.

Cette police, les Ă©meutiers la combattaient en mai 68, mais personne ne la dĂ©testait comme nous dĂ©testons aujourd’hui la nĂŽtre, ce corps autonomisĂ©, sans tĂȘte, sauvage, qui exige d’avoir le droit de mutiler sans qu’on filme ses exactions. Ce sont ses « syndicats Â» majoritaires qui ont nassĂ© le petit chef, inspirĂ© la « nouvelle mĂ©thode Â» de maintien de l’ordre et qui tentent d’imposer aujourd’hui cette infĂąme loi d’insĂ©curitĂ© globale. L’État, c’est elle, et cet État est policier.

Au point oĂč nous en sommes, dans cette merde oĂč nous a mis Jupiter, celui qui allait nous dĂ©livrer du lepĂ©nisme, il faut bien admettre que l’histoire peut ĂȘtre, en mĂȘme temps, farceuse et sanglante. Reste Ă  tenir, coĂ»te que coĂ»te. Ce rĂ©gime est au fond si faible qu’un grand vent de rĂ©volte sociale peut le balayer. Il le sait, d’ailleurs ; c’est mĂȘme pourquoi, Ă  l’abri de sa milice, il ne peut plus reculer. Et nous non plus !

Freddy GOMEZ




Source: Acontretemps.org