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Trump l’avait promis, les juges de la Cour suprĂȘme des États-unis l’ont fait. Ce 24 juin, 6 juges sur 9 ont rĂ©voquĂ© l’arrĂȘt Roe vs Wade qui datait de 1973. Cet arrĂȘt consacrait le droit Ă  l’avortement pour les États-Uniennes. Avec cette abrogation, les juges renvoient aux États le choix de maintenir le droit Ă  l’IVG ou pas.

Une bataille larvée vieille de 50 ans

Cela fait 50 ans que les conservateurs et l’extrĂȘme droite Ă©tats-unienne travaillent Ă  leur agenda politique de la Moral Majority, 50 ans qu’ils luttent pour un durcissement patriarcal. Les anti-choix n’ont jamais acceptĂ© cet arrĂȘt historique. Des manifestations, parfois violentes, devant les cliniques pratiquant l’avortement aux enchainements Ă  l’intĂ©rieur des locaux, des menaces de morts aux assassinats de mĂ©decins ou aux attentats, les anti-IVG n’ont cessĂ© de tenter d’interdire l’avortement par n’importe quel moyen.

Leur derniĂšre stratĂ©gie aura Ă©tĂ© la bonne : suite aux nombreuses tentatives d’États rĂ©actionnaires comme le Mississippi ou le Texas de contourner Roe V. Wade, le dossier a Ă©tĂ© amenĂ© devant la Cour suprĂȘme, Ă  majoritĂ© rĂ©publicaine depuis la prĂ©sidence de Trump, permettant d’y porter le coup fatal. Cette attaque, si elle vise sans doute en premier lieu les femmes, concerne globalement toutes les personnes susceptibles de tomber enceintes et donc de recourir Ă  l’avortement : ce sont des femmes mais aussi des personnes intersexes, non-binaires ou des hommes trans, que l’on oublie trop souvent. Un tel recul permet non seulement de contrĂŽler leurs corps et de les empĂȘcher d’en disposer, mais il les enferme aussi dans un rĂŽle procrĂ©atif.

Les manifestations aux USA et partout dans le monde depuis dĂ©but mai (suite Ă  la rĂ©vĂ©lation du projet conservateur par Publico) n’auront pas suffi. Et les États rĂ©actionnaires n’auront pas attendu longtemps pour appliquer l’interdiction d’avorter : 13 États ont interdit dĂšs le 24 juin, de maniĂšre immĂ©diate, l’IVG. Et 13 autres s’apprĂȘtent Ă  les rejoindre. Si les États gouvernĂ©s par des DĂ©mocrates ont fait des lois pour prĂ©parer et faciliter l’arrivĂ©e de femmes qui veulent avorter, les RĂ©publicains dĂ©battent dĂ©jĂ  de savoir s’il faudra poursuivre les femmes qui changent d’État pour avorter.


LĂ©gal ou pas, nous continuerons d’avorter

L’histoire nous l’a appris : que l’avortement soit autorisĂ© ou pas, les femmes ont toujours avortĂ©, au pĂ©ril de leur santĂ© et mĂȘme de leur vie. Dans les pays interdisant l’IVG (ou le restreignant Ă  des situations trĂšs prĂ©cises comme le viol ou la mise en danger de la vie de la femme), seules les personnes qui en ont les moyens peuvent avorter en toute sĂ©curitĂ© (dans des cliniques privĂ©es ou dans des États limitrophes plus progressistes en la matiĂšre). Pour les autres, ce sont les avortements clandestins par n’importe quel moyen. Certain·es font le plein de mĂ©dicaments contre l’arthrose pour faire des IVG maison. L’accĂšs Ă  l’IVG pour toutes est donc aussi une question de classe ! Et c’est aussi une question de “race” : les femmes noires et hispaniques, qui ont plus de difficultĂ©s Ă  obtenir des moyens de contraception de qualitĂ©, avortent plus et seront donc encore plus ciblĂ©es par cette criminalisation. Et que dire des personnes mineures qui ne pourront plus avorter, dans un pays oĂč l’accĂšs Ă  la contraception leur est extrĂȘmement difficile, oĂč l’éducation sexuelle trĂšs mal assurĂ©e et oĂč la seule alternative proposĂ©e est l’abstinence jusqu’au mariage…

Une brĂšche ouverte

D’aprĂšs le juge Alito, qui a rĂ©digĂ© la dĂ©cision, l’arrĂȘt « Roe v. Wade Â», qui fondait le droit Ă  avorter sur le droit constitutionnel au respect de la vie privĂ©e, Ă©tait « totalement infondĂ© dĂšs le dĂ©but  Â» car selon lui les droits relevant de la vie privĂ©e et des libertĂ©s individuelles devaient ĂȘtre “profondĂ©ment enracinĂ©s dans l’histoire et la tradition des États-Unis“. Un recul qui pourrait en appeler d’autres sur la base du mĂȘme argumentaire, ce que souhaite dĂ©jĂ  le juge Thomas ! Pourraient ainsi ĂȘtre remis en cause la transition dans tous ses aspects (chirurgies, hormones, vĂȘtements, pronoms), le mariage pour les personnes de mĂȘme genre, l’accĂšs Ă  la contraception, le droit Ă  une sexualitĂ© hors mariage ou homosexuelle. Des droits acquis de longue lutte et relativement rĂ©cents dans l’histoire de ce pays.

Gardons-nous Ă©galement de penser naĂŻvement qu’un tel retour en arriĂšre ne pourrait pas arriver un jour en France. Si rares sont les figures de la droite et de l’extrĂȘme droite, le plus souvent catholique, qui affichent publiquement une opposition totale Ă  l’avortement comme Christine Boutin ou Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson, elles sont moins rares Ă  mentionner une opposition “personnelle” comme François Fillon ou François-Xavier Bellamy ou Ă  critiquer des soi-disant “dĂ©rives”. Rappelons aussi que le FN (devenu RN) a Ă©tĂ© longtemps radicalement anti-avortement : il exigeait l’abrogation de la loi Veil jusqu’aux annĂ©es 2000 et le dĂ©remboursement de l’IVG jusqu’à la campagne prĂ©sidentielle de 2012. Bien qu’il proclame dĂ©sormais ne plus vouloir toucher Ă  la loi Veil, difficile de croire Ă  un changement sincĂšre avec le choix comme porte-parole pour la campagne 2022 de Laure Lavalette, une ancienne de La Manif Pour Tous qui exigeait en 2014 l’interdiction Ă  terme du droit Ă  l’avortement (bien qu’elle affirme le contraire dĂ©sormais) tout comme HervĂ© de LĂ©pinau, Christophe Bentz et Caroline Parmentier, dĂ©sormais dĂ©puté·es, ou bien avec leur politique systĂ©matique de baisse de financement des plannings familiaux dans les municipalitĂ©.

Si le RN botte en touche Ă  l’heure actuelle en affirmant qu’il s’agit d’une “diversion” et en prĂ©tendant que la volontĂ© de la NUPES, suivie un peu de maniĂšre opportuniste par Renaissance, d’inscrire le droit Ă  l’IVG dans la constitution serait une “panique morale importĂ©e des États-Unis”, rien ne nous dit que ses 89 dĂ©puté·es sans aucun doute accompagné·es de plusieurs de LR ne passeront tout de mĂȘme pas Ă  l’offensive dans les mois ou annĂ©es Ă  venir. Pas besoin de s’attaquer de suite Ă  la loi Veil pour fragiliser et entraver le droit Ă  l’avortement : actuellement, cela se traduit par des baisses de financements, des fermetures de centres mĂ©dicaux pratiquant l’IVG, le maintien de la clause de conscience et la tolĂ©rance vis-Ă -vis de la propagande anti-avortement dans certaines Ă©coles privĂ©es catholiques ; cela pourra aussi passer par une rĂ©duction du dĂ©lai pour avorter, la mise en place de restrictions pour limiter l’accĂšs Ă  l’IVG, le dĂ©remboursement… Nous devons absolument maintenir et renforcer le rapport de force pour que la droite et l’extrĂȘme droite ne se sentent pas pousser des ailes Ă  la suite de la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme.

Le droit Ă  l’avortement, s’il peut sembler acquis pour certain·es, reste une lutte qu’il nous faudra continuer de mener ! Nous devons nous battre pour le droit Ă  l’avortement mĂ©dical ou volontaire partout dans le monde.

L’UCL tient Ă  rappeler que le droit Ă  disposer de son corps, Ă  choisir librement sa grossesse, est une libertĂ© fondamentale. Il en va de mĂȘme pour tous les droits Ă  disposer de son corps, de la transition mĂ©dicamenteuse au refus des mutilations des personnes intersexes.

Pour les États-Uniennes, comme pour toutes les femmes et personnes en minoritĂ© de genre du monde entier, l’heure est Ă  la solidaritĂ©. L’avortement est un droit fondamental qui doit ĂȘtre impĂ©rativement dĂ©fendu et renforcĂ©. Tant que l’un·e de nous ne sera pas libre, aucun·e ne le sera.

L’Union communiste libertaire, le 26 juin 2022.




Source: Unioncommunistelibertaire.org